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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Voler du temps au patron &#187;</title>
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		<dc:date>2024-08-06T07:09:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Bertoyas</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De 2005 &#224; 2015, le camarade Jean-Pierre Levaray a tenu une chronique intitul&#233;e Je vous &#233;cris de l'usine dans CQFD, instantan&#233;s vol&#233;s &#224; la turne chimique rouennaise o&#249; il bossait. Il y contait les combats des salari&#233;s, les vilenies patronales, les amiti&#233;s tiss&#233;es dans le dos des machines... &#192; la retraite apr&#232;s 42 ans au turbin, il revient sur les combines et astuces pour grappiller quelques heures &#224; ce vampire qu'est le patronat. Voler du temps au patron. Ce devrait &#234;tre le leitmotiv de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no232" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;232 (juillet-ao&#251;t 2024)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bertoyas" rel="tag"&gt;Bertoyas&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De 2005 &#224; 2015, le camarade Jean-Pierre Levaray a tenu une chronique intitul&#233;e &lt;i&gt;Je vous &#233;cris de l'usine&lt;/i&gt; dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, instantan&#233;s vol&#233;s &#224; la turne chimique rouennaise o&#249; il bossait&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il en est n&#233; un livre tr&#232;s conseill&#233;, Je vous &#233;cris de l'usine (Libertalia, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Il y contait les combats des salari&#233;s, les vilenies patronales, les amiti&#233;s tiss&#233;es dans le dos des machines... &#192; la retraite apr&#232;s 42 ans au turbin, il revient sur les combines et astuces pour grappiller quelques heures &#224; ce vampire qu'est le patronat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5730 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_232_ds_20_bertoyas_patron_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH381/web_232_ds_20_bertoyas_patron_1200px-6b8cd.jpg?1768730514' width='500' height='381' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Bertoyas
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;V&lt;/span&gt;oler du temps au patron. Ce devrait &#234;tre le leitmotiv de tous et toutes les salari&#233;&#183;es. Parce que, comme disait Vaneigem : &#171; &lt;i&gt;Le temps pay&#233; ne revient plus.&lt;/i&gt; &#187; C'est quand m&#234;me une grave humiliation de devoir vendre son temps, sa t&#234;te et son corps &#224; un patron, pour un salaire qui nous permet uniquement de consommer &#8211; dans le meilleur des cas. C'est comme penser &#224; s'&#233;vader quand on est en prison. C'est un devoir, une fa&#231;on de tenir. &lt;span style=&#034;position: absolute;left: -43123px;&#034;&gt;&lt;a href = &#034;https://slots-online-canada.ca/review/moonwin-casino/&#034;&gt;MoonWin Casino&lt;/a&gt; - your key to the exciting world of games and huge wins.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pass&#233; toute ma vie de salari&#233; &#224; essayer de voler du temps au patron. Et je n'&#233;tais pas le seul. Nous avions tou&#183;tes nos recettes. Je ne parle pas des moments de luttes, de gr&#232;ves et de manifs qui &#233;taient une fa&#231;on d'essayer de reprendre nos affaires en main, mais des moments marginaux, conviviaux ou solitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai sans doute eu une certaine &#171; chance &#187; de travailler dans l'industrie chimique, pour une bo&#238;te qui a appartenu, entre autres, &#224; Elf puis &#224; Total. C'est-&#224;-dire une usine o&#249; le travail est tr&#232;s technique et n&#233;cessite pas mal de connaissances, o&#249; il faut &#234;tre pr&#234;ts &#224; intervenir &#224; n'importe quel moment, mais qui laisse des plages de veilles, notamment lorsqu'on travaille la nuit ou les week-ends.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'imagine que c'est beaucoup plus difficile si tu travailles chez Amazon, dans un centre d'appel t&#233;l&#233;phonique, chez Lidl ou Action, en EHPAD, &#224; la cha&#238;ne, dans le nettoyage ou m&#234;me dans l'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que je suis rentr&#233; &#224; l'usine, la premi&#232;re &#233;quipe dans laquelle on m'a coll&#233; m'a mis au diapason. Elle &#233;tait compos&#233;e de syndiqu&#233;s CGT qui faisaient gr&#232;ve &#224; tout propos. Parfois m&#234;me uniquement pour emmerder la hi&#233;rarchie. La gr&#232;ve, c'&#233;tait surtout un moyen de nous procurer du temps libre. Un pr&#233;texte pour ne pas bosser. On n'&#233;tait pas si loin de Mai 68 et je laissais tra&#238;ner &lt;i&gt;Le droit &#224; la paresse&lt;/i&gt; dans le r&#233;fectoire.
Il y avait un meneur, G&#233;rard, prolo tendance stalinien mais plut&#244;t bon vivant et marrant. Sauf quand, la nuit, il nous infligeait sur son magn&#233;to les discours de Georges Marchais ou les premiers disques de Johnny. En boucle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette &#233;quipe, lorsqu'on travaillait de nuit, c'&#233;tait couscous. On faisait le tour de l'atelier en d&#233;but de poste, on v&#233;rifiait le bon fonctionnement des turbines, pompes et autres machines, puis on retournait en salle de contr&#244;le, dans le coin r&#233;fectoire, pour la pr&#233;paration du repas. &#201;pluchage en groupe, tandis que Baaba brassait la semoule et veillait aux marmites pour laisser mijoter les l&#233;gumes et les morceaux de moutons. G&#233;rard s'occupait des merguez dans la salle des machines, tranquille. &#199;a nous occupait toute la nuit. Le couscous de Baaba &#233;tait renomm&#233; et on en parlait dans les autres ateliers. Ce qui fait qu'au moment du repas, des coll&#232;gues d'autres unit&#233;s rappliquaient fr&#233;quemment. D'autres fois, le chef pompier amenait le dessert. Il &#233;tait sp&#233;cialiste en trop&#233;zienne. L'ambiance &#233;tait &#224; la f&#234;te malgr&#233; les machines et les sales odeurs acides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas toutes les nuits, bien s&#251;r, mais &#231;a revenait souvent. Les autres nuits, on jouait aux fl&#233;chettes, on lisait, G&#233;rard faisait de la gym derri&#232;re les tableaux de contr&#244;le, je dormais un peu&#8230; Du banal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; force de casser les pieds de nos chefs, au bout de trois ans, le &lt;i&gt;pool&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; cass&#233; et remodel&#233;. Je me suis retrouv&#233; mut&#233; dans une &#233;quipe beaucoup plus calme. Du coup, j'ai demand&#233; &#224; changer d'atelier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai voyag&#233; dans d'autres coins de l'usine. Et partout, les coll&#232;gues, comme moi-m&#234;me, on cherchait des &#233;chappatoires, que ce soit de la perruque1 pour les uns, les jeux de cartes, une sieste malgr&#233; les n&#233;ons pour les autres, ou tout b&#234;tement l'ap&#233;ro : qui devient un grand moment, lorsque vers 18 heures, les cadres sont partis et qu'on peut s'attabler autour d'une table, pour go&#251;ter cet instant de libert&#233; sans chef, au go&#251;t d'anis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai m&#234;me vu un bar clandestin se monter. C'&#233;tait au fin fond de l'usine, l&#224; o&#249; personne n'allait. Du moins, o&#249; les cadres ne s'aventuraient pas. Ce n'&#233;tait pas rien puisque c'&#233;tait au pied du plus gros stockage d'ammoniac d'Europe (22 000 tonnes). Une &#233;quipe tenait le comptoir ouvert et des habitu&#233;s, venus en v&#233;los ou voiture de service, y &#233;clusaient quelques bi&#232;res. Cela n'a dur&#233; qu'un temps, mais &#231;a a exist&#233;. Il parait m&#234;me qu'il y avait d'autres bistros clandos dans d'autres coins de l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je viens de narrer se passait dans les ann&#233;es 1975-1985 &#8211; un bail. Apr&#232;s, les choses ont un peu chang&#233;. Les vieux prolos, qui avaient connu la guerre, sont partis en retraite ou ont &#233;t&#233; d&#233;cim&#233;s par l'alcool. Il y a eu un changement dans les mentalit&#233;s et de nouveaux ateliers ont &#233;t&#233; construits. &#192; l'&#233;poque ils &#233;taient modernes, aujourd'hui ils tombent presque en ruine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis retrouv&#233; dans un nouvel atelier de fabrication d'ammoniac tout neuf et encore en rodage. Les &#233;quipes &#233;taient compos&#233;es majoritairement de trentenaires. La direction pensait sans doute que ces jeunes seraient plus mall&#233;ables. Dans un premier temps, elle a eu raison : tout le monde se d&#233;menait pour mettre en route l'atelier, car les d&#233;marrages de nouvelles unit&#233;s sont toujours probl&#233;matiques. Mais au bout de quelques mois intenses, les moments de rel&#226;chement sont arriv&#233;s. Les nuits ont commenc&#233; &#224; ressembler &#224; celles que j'avais connues ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but c'&#233;tait du basique, genre jeux de cartes &#8211; tarot, belote, r&#233;ussites &#8211; et puis, &#231;a a commenc&#233; &#224; monter en gamme. Un copain amenait la t&#233;l&#233; et le magn&#233;toscope et on a parfait notre culture cin&#233;matographique &#224; coup de VHS, de DVD et de CD-Rom. Il y avait Manu qui voulait perfectionner son jeu de guitare et de basse et qui ramenait ses instruments pour jouer du Metallica. Il y avait ce chef d'&#233;quipe qui amenait des pi&#232;ces de son bateau pour les r&#233;parer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu des moments limites, par exemple ce dimanche apr&#232;s-midi o&#249; des coll&#232;gues chasseurs ont fait une descente chez les pigeons qui commen&#231;aient &#224; envahir la salle des machines et les portiques de l'atelier. Ou bien cet autre exalt&#233; qui, un soir, a amen&#233; son mat&#233;riel de paintball et d&#233;cid&#233; que le terrain de jeu se situerait entre les turbines en marche&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; moi, je n'&#233;tais pas en reste. De 1985 &#224; 2000, j'ai anim&#233; une association anarchopunk-alternative (&lt;i&gt;On A Faim !&lt;/i&gt;). Les nuits &#224; l'usine, je d&#233;cryptais les interviews de groupes, j'&#233;crivais des articles&#8230; Plusieurs fois les coll&#232;gues m'ont aid&#233; &#224; r&#233;aliser l'assemblage et l'agrafage du fanzine. Marrant de nous voir installer les ramettes de papier et tous (ou presque) faire le tour de la table &#224; amasser les feuilles.
Apr&#232;s &lt;i&gt;On A Faim !&lt;/i&gt;, j'ai continu&#233; dans l'&#233;criture, puisque &lt;i&gt;Putain d'usin&lt;/i&gt;e, je l'ai &#233;crit volontairement sur mon temps de travail. Et ce n'est pas pour rien que ma chronique pour &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; s'appelait &lt;i&gt;Je vous &#233;cris de l'usine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je ne suis plus &#224; l'usine mais je sais que &#231;a continue. M&#234;me si le boulot s'est davantage informatis&#233;, m&#234;me s'il y a beaucoup moins de monde dans les &#233;quipes, que Fifa a remplac&#233; les cartes &#224; jouer, et qu'aux VHS se sont substitu&#233;es le partage des donn&#233;es des smartphones permettant de visualiser Netflix (ou ArteTV).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces petits gestes, ces petits moments piqu&#233;s aux patrons sont rarement de la paresse ou de la flemme, c'est s'octroyer un temps pour se venger de la domination patronale.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Jean-Pierre Levaray&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il en est n&#233; un livre tr&#232;s conseill&#233;, &lt;i&gt;Je vous &#233;cris de l'usine &lt;/i&gt;&lt;/i&gt;(Libertalia, 2016). Lire &#233;galement ses romans noirs, dont le savoureux &lt;i&gt;Tue ton patron&lt;/i&gt; (Libertalia, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Que des larves</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Que-des-larves</link>
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		<dc:date>2023-04-21T10:00:07Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Nicolas de la Casini&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;crivain prol&#233;taire et auteur pendant dix ans dans nos colonnes de la chronique &#171; Je vous &#233;cris de l'usine &#187;, Jean-Pierre Levaray renoue avec la fiction dans Comme si on domptait les machines, recueil de nouvelles &#224; para&#238;tre en juin[[Pour permettre la sortie du livre (illustr&#233; par Thierry Guitard), une souscription est lanc&#233;e jusqu'au 31 mai sur le site des &#233;ditions de la Pigne : lapigne.org]. Il partage ici avec nous le d&#233;but de l'un des seize textes de l'ouvrage. Au menu : hypocrisie, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no218-mars-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;218 (mars 2023)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Nicolas-de-la-Casiniere-95" rel="tag"&gt;Nicolas de la Casini&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;crivain prol&#233;taire et auteur pendant dix ans dans nos colonnes de la chronique &#171; Je vous &#233;cris de l'usine &#187;, Jean-Pierre Levaray renoue avec la fiction dans &lt;i&gt;Comme si on domptait les machines&lt;/i&gt;, recueil de nouvelles &#224; para&#238;tre en juin&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour permettre la sortie du livre (illustr&#233; par Thierry Guitard), une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Il partage ici avec nous le d&#233;but de l'un des seize textes de l'ouvrage. Au menu : hypocrisie, m&#233;pris et ivresse du pouvoir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5083 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_dp_lacasiniere12_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH684/web_dp_lacasiniere12_1200px-2afb5.jpg?1768730515' width='500' height='684' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Nicolas de la Casini&#232;re
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;I&lt;/span&gt;Ils sont venus, ils sont tous l&#224;. Non, pas tous, mais presque. Plusieurs m'ont t&#233;l&#233;phon&#233; pour s'excuser. M&#234;me Nicolas m'a contact&#233;. Il m'a juste dit qu'il ne pouvait pas venir, &#224; cause de la date et qu'il avait pr&#233;vu autre chose avec sa dame. La prochaine fois qu'il me le demandera, je ne lui pr&#234;terai pas mon h&#244;tel priv&#233;. Non, mais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai fait expr&#232;s, de choisir le 24 d&#233;cembre pour f&#234;ter mon d&#233;part. Pour voir sur qui je pouvais vraiment compter. En m&#234;me temps, maintenant, je m'en fous. Je vais avoir d'autres chats &#224; fouetter et un autre milieu &#224; m'occuper.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Voir l'action grimper autant, tripler sa valeur en si peu d'ann&#233;es, &#231;a valait un petit sacrifice&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je m'aper&#231;ois que dans la salle, il y a quelques-uns de mes concurrents directs, certains auraient voulu me voir mordre la poussi&#232;re. J'ai gagn&#233;, tant pis pour eux. J'ai maintenu l'entreprise lors des crises successives et j'ai r&#233;ussi &#224; conforter notre soci&#233;t&#233; dans le haut du panier du CAC 40, c'est quand m&#234;me pas rien. FFI&#169; est devenue une valeur de r&#233;f&#233;rence, aujourd'hui. J'ai de quoi &#234;tre fier. Bien s&#251;r, cela s'est fait au prix de divers abandons et de diverses restructurations, mais changer de m&#233;thodes de travail, investir dans des pays &#233;mergents et se recentrer sur des march&#233;s porteurs, c'est le b.a.-ba. On est pass&#233; de 150 000 collaborateurs dans le monde, &#224; 80 000. C'est plut&#244;t pas mal. On ne fait pas d'omelette sans casser d'&#339;ufs. Et puis, voir l'action grimper autant, tripler sa valeur en si peu d'ann&#233;es, &#231;a valait un petit sacrifice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! Voici enfin un plateau de coupes de champagne qui passe. Voyons voir ce qu'il donne ce champagne. FFI&#169; en a command&#233; des caisses, je veux voir o&#249; est pass&#233; notre argent. Le producteur est un ami, mais j'ai parfois du mal avec sa piquette. Oups ! Pas terrible encore cette ann&#233;e. Mais &#231;a m'amuse d'autant plus que tous ces zouaves rassembl&#233;s devront boire &#231;a jusqu'&#224; la lie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai bien fait de choisir La Verri&#232;re pour organiser mon pot de d&#233;part. Mon &#171; pot de d&#233;part &#187;, &#231;a me fait marrer. Comme mes prolos lorsqu'ils partent en retraite&#8230; Je suis peut-&#234;tre un peu comme eux. Va savoir. &#192; force de voir leurs repr&#233;sentants syndicaux, je les ai imit&#233;s. Non, je rigole. N'emp&#234;che que je les ai bien eus aussi, ceux-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Verri&#232;re vient juste d'ouvrir, au pied de la tour, et je ne pouvais pas faire moins que de les aider &#224; pendre leur cr&#233;maill&#232;re tout en f&#234;tant mon d&#233;part. Je suis encore dans le coup, non ?! Jolies, les guirlandes lumineuses. Ils font de ces trucs maintenant. Et les sapins d&#233;cor&#233;s, c'est pas mal. &#199;a donne &#224; la soir&#233;e un c&#244;t&#233; kitsch qui me va bien, un c&#244;t&#233; hollywoodien, fin de film &#224; gros budget.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, il faut que j'aille faire la tourn&#233;e de mes ouailles avant les discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faune des courtisans et des l&#232;che-bottes. Ce sont eux qui viennent &#224; moi les premiers, &#233;videmment. Ils croient vraiment que c'est en &#233;tant &#224; mes pieds qu'ils acc&#233;deront au vrai pouvoir ? Que des larves. Ils me sourient, se tortillent devant moi. Ils veulent mon bien, croient &#234;tre l'incarnation du pouvoir parce qu'ils sont d&#233;f&#233;rents envers moi. On ne se rend pas compte mais faire partie de l'&#233;lite, &#231;a a des d&#233;savantages. Et m&#234;me si j'ai peu de sympathie pour l'esp&#232;ce humaine, ce genre de comportement n'arrange pas ma perception. De toute fa&#231;on, ils sont fichus : s'ils se rebellaient, je les casserais. Leur alternative est quasi nulle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais o&#249; sont Bertrand et Charles, mes fid&#232;les, mon &#233;quipe, mes hommes de main, ceux sur lesquels je peux compter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! Quelques membres du conseil d'administration. L&#224;, on est en terrain connu. On se c&#244;toie depuis si longtemps. On a la m&#234;me vision du monde et presque le m&#234;me costume. On n'a pas besoin qu'on nous raconte des histoires, c'est nous qui avons fait ce que FFI&#169; est devenu. Il faudra que j'invite l'un d'eux &#224; nous rendre visite quelques jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, je reste membre du CA, pas seulement pour les jetons de pr&#233;sence, mais pour rester aux commandes et mettre la pression sur mon successeur. Ah, il a voulu ma place de PDG, va falloir bosser. C'est lui qui devra fermer les quelques bo&#238;tes qui restent implant&#233;es en Europe du Nord. &#199;a m'amuse d'avance de savoir qu'il commencera son r&#232;gne en supprimant des emplois. Il faut pourtant que je me montre avec lui, comme si nous &#233;tions complices, comme si nous ne faisions qu'un. Pour l'avenir de FFI&#169;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; La Fayette, le repr&#233;sentant des clients, des coop&#233;ratives agricoles. Le type qui me fait bien sentir que sans lui, sans ses achats de mes phytosanitaires, je serais coul&#233;. Tu parles. Maintenant que je fourgue la moiti&#233; des productions en Inde, il peut toujours se la jouer. Il est adipeux et veule, je ne le supporte pas. Il transpire, en plus, dans son costard de parvenu. Et sa rosette de la L&#233;gion d'honneur, qu'est-ce qu'il a fait pour l'avoir ? Il faudra d'ailleurs que j'en parle en haut lieu. C'est moi qui la m&#233;rite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me d&#233;fais vite de ce type, mais c'est pour tomber sur pire : Petrovitch est l&#224;. Cette fois, j'ai un peu les boules, on a pass&#233; des accords et j'ai un peu d&#233;pass&#233; les bornes. Ce sont les lois du march&#233;. Il faudra bien que ces Russkoffs se mettent au go&#251;t du jour. Tout ne se r&#232;gle pas &#224; coups de flingue. Le march&#233; africain, c'&#233;tait pour moi. Je vois qu'il sourit d'une fa&#231;on pas tr&#232;s agr&#233;able, mais il est courtois. Je m'&#233;loigne.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Levaray&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour permettre la sortie du livre (illustr&#233; par Thierry Guitard), une souscription est lanc&#233;e jusqu'au 31 mai sur le site des &#233;ditions de la Pigne : &lt;a href=&#034;https://lapigne.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lapigne.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> R&#233;forme des retraites : enfumage et cruaut&#233;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Reforme-des-retraites-enfumage-et</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Reforme-des-retraites-enfumage-et</guid>
		<dc:date>2023-02-02T23:18:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Godin, Jean-Pierre Levaray, L'&#233;quipe de CQFD, Olivier Cyran</dc:creator>


		<dc:subject>Serge D'Ignazio</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voil&#224; que &#231;a les reprend. Neuf ans apr&#232;s la r&#233;forme des retraites de Fran&#231;ois Hollande et Marisol Touraine, le gouvernement de Macron, minoritaire au Parlement et dans l'opinion, s'appr&#234;te &#224; imposer un nouveau recul des droits des travailleurs, et m&#234;me en r&#233;alit&#233; de quasi tout le monde. Sans surprise, le programme annonc&#233; est bien moche. Analyse et t&#233;moignages. Entrons dans le vif : pour jouir d'une retraite &#224; taux plein, la dur&#233;e de cotisation passera progressivement de 40 &#224; 43 ans en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no217-fevrier-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;217 (f&#233;vrier 2023)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Serge-D-Ignazio" rel="tag"&gt;Serge D'Ignazio&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voil&#224; que &#231;a les reprend. Neuf ans apr&#232;s la r&#233;forme des retraites de Fran&#231;ois Hollande et Marisol Touraine, le gouvernement de Macron, minoritaire au Parlement et dans l'opinion, s'appr&#234;te &#224; imposer un nouveau recul des droits des travailleurs, et m&#234;me en r&#233;alit&#233; de quasi tout le monde. Sans surprise, le programme annonc&#233; est bien moche. Analyse et t&#233;moignages.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4984 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_52638373675_af31af6eed_o_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH286/web_52638373675_af31af6eed_o_1200px-2dcb7.jpg?1768672673' width='500' height='286' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo : Serge D'Ignazio
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;ntrons dans le vif : pour jouir d'une retraite &#224; taux plein, la dur&#233;e de cotisation passera progressivement de 40 &#224; 43 ans en 2027 (huit ans plus t&#244;t que ce que pr&#233;voyait la pr&#233;c&#233;dente r&#233;forme). Pour les carri&#232;res longues, les heures sup' sont toujours &#224; l'ordre du jour : ceux qui ont commenc&#233; &#224; travailler &#224; seize ans pourront partir d&#232;s 60, c'est-&#224;-dire apr&#232;s 44 ans de travail. Elle est pas belle, la vie ? Les autres attendront d&#233;sormais l'&#226;ge de 64 ans, au lieu de 62.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre atteinte, la suppression des r&#233;gimes sp&#233;ciaux, tels ceux des cheminots ou des employ&#233;s des industries &#233;nerg&#233;tiques, cens&#233;s compenser la p&#233;nibilit&#233; de leur travail. &#192; la place, on promet une meilleure prise en compte de la p&#233;nibilit&#233; sur examen m&#233;dical, permettant une retraite anticip&#233;e &#224;&#8230; 62 ans, l'&#226;ge actuel de d&#233;part. Comme on pouvait s'y attendre, la mesure r&#233;put&#233;e la plus &#171; sociale &#187; est un enfumage : la fameuse retraite minimale &#224; 85 % du Smic ne serait en r&#233;alit&#233; applicable qu'&#224; un tout petit nombre de personnes&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le mirage des petites retraites &#224; 1 200 euros &#187;, Mediapart (15/01/2023).&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est compliqu&#233; ? C'est fait expr&#232;s. L'opacit&#233;, les annonces contradictoires, les &#171; lignes rouges &#187; du gouvernement qui se d&#233;placent du jour au lendemain&#8230; Autant de strat&#233;gies de d&#233;mobilisation qui ont fait leurs preuves sur d'autres mouvements, autant de mani&#232;res d'intimider la populace en l'emp&#234;chant de comprendre ses droits.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les plus vuln&#233;rables en auront pris encore un peu plus plein la gueule &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour y entendre quelque chose, on essaie de se raccrocher &#224; du concret, on sort les calculettes. L'&#226;ge moyen d'entr&#233;e dans la vie active &#233;tant aujourd'hui de 22 ans et demi, 43 ans de cotisations, &#231;a nous am&#232;ne d&#233;j&#224; au-del&#224; de 65 ans &#8211; et encore, &#224; supposer que les conditions ne soient pas durcies d'ici l&#224;, et dans l'hypoth&#232;se (d&#233;sormais inimaginable) d'une carri&#232;re sans trous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'arriv&#233;e, une chose est s&#251;re : les plus vuln&#233;rables en auront pris encore un peu plus plein la gueule. Les travailleurs pauvres, dont l'esp&#233;rance de vie est la plus faible, et les femmes, dont les bonifications li&#233;es &#224; la maternit&#233; se verront dilu&#233;es par la r&#233;forme, sont les grands perdants de la r&#233;forme&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Retraites : la r&#233;forme n'est pas &#8220;plus juste&#8221; pour les femmes &#187;, Mediapart (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;Passer de 62 &#224; 64 ans, c'est aussi deux ans de gal&#232;re en plus pour les ch&#244;meurs et les pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a trente ans, sous Balladur, la premi&#232;re &#171; r&#233;forme des retraites &#187; allongeait d&#233;j&#224; de 37,5 &#224; 40 ans la dur&#233;e de cotisation des salari&#233;s du priv&#233; et basait le calcul de leur pension sur leurs 25 meilleures ann&#233;es au lieu des dix meilleures. Dans l'&#233;tat actuel des choses, on attend d&#233;j&#224; la prochaine : le projet actuel ne pr&#233;tend m&#234;me pas financer le r&#233;gime des retraites apr&#232;s 2030&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, apr&#232;s avoir sorti la calculette, l'heure est peut-&#234;tre de la ranger. Sur la question du travail, CQFD a toujours plut&#244;t &#233;t&#233; de la team sieste, sabotage et collectivisation des moyens de production. Le terrain de la compta, a priori c'est pas le n&#244;tre : quand on veut pas travailler (ou le moins possible), tu parles si on s'en fout que les r&#233;gimes de retraite soient en d&#233;ficit. Mais ce n'est pas parce qu'on n'aime pas le travail qu'on a envie de laisser bazarder une &#224; une les conqu&#234;tes sociales de nos a&#238;n&#233;s et passer nos vieux jours dans la gal&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Le syst&#232;me de la retraite par cotisation tant d&#233;fendu est d&#233;j&#224; d'une injustice totale &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'aube, on l'esp&#232;re, d'un &#233;norme mouvement de r&#233;volte, pas question donc de se laisser dicter les termes du d&#233;bat par les lib&#233;raux, pas plus que par les syndicats et le reste de la gauche fran&#231;aise. Car, en entendant LFI, le PCF ou la CGT r&#233;clamer &#224; l'unisson le retour &#224; la retraite &#224; 60 ans, on en oublierait presque que, si c'&#233;tait certes &#171; mieux avant &#187;, le syst&#232;me de la retraite par cotisation tant d&#233;fendu est d&#233;j&#224; d'une injustice totale. Contrairement aux imp&#244;ts, les cotisations sont strictement proportionnelles. Surtout, fonder le niveau des retraites sur les cotisations des salari&#233;s tout au long de leur vie, cela signifie que ceux qui ont gagn&#233; le plus d'argent toucheront aussi de plus grosses retraites &#8211; quand bien m&#234;me ils ont pu accumuler entre-temps un patrimoine&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'angle mort des retraites les plus &#233;lev&#233;es en France &#187;, Mediapart (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les solutions, en attendant l'abolition de l'argent, du travail et de l'&#201;tat ? On en discute. Sans bouleverser le syst&#232;me actuel, augmenter les salaires &#8211; en particulier ceux des femmes, pour atteindre enfin l'&#233;galit&#233; salariale &#8211; permettrait d&#233;j&#224; d'augmenter les cotisations&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#201;galit&#233; salariale pour les femmes, p&#233;nibilit&#233;, cotisations : les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. En allant un chouille plus loin, on peut aussi imaginer qu'&#224; partir d'un certain &#226;ge, la soci&#233;t&#233; prenne soin de tout le monde, fain&#233;ants compris, comme elle le fait (de plus en plus mal) des enfants et des malades, en versant &#224; tous une allocation unique, suffisante pour vivre dignement. On la financerait, comme les autres politiques publiques, par un imp&#244;t fortement progressif. Apr&#232;s s'&#234;tre engraiss&#233;s sur leur dos pendant toute leur vie, les riches permettraient ainsi aux pauvres de se reposer enfin. Ce serait bien le minimum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui pour porter cette id&#233;e dans les prochaines manifs ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;daction&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4986 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_52637422527_1d77442971_o_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH452/web_52637422527_1d77442971_o_1200px-af3b1.jpg?1768672673' width='500' height='452' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo : Serge D'Ignazio
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Retrouver la confiance&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sent dans le cort&#232;ge parisien du 19 janvier, le journaliste Olivier Cyran nous fait part de son enthousiasme pour une mobilisation &#171; qui ne pourra pas rester sans suite &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une bien belle manif &#224; Paris et je regrette pas d'&#234;tre mont&#233; de mon patelin pour prendre ce bol de vitamines. Rien que de bouger dans cette foule immense et remont&#233;e &#224; bloc, o&#249; tu croisais &#224; la fois des totos&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Militants de la &#171; mouvance autonome &#187;.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, des lyc&#233;ens v&#233;n&#232;res (&#171; m&#233;tro, boulot, caveau &#187;, disait l'une de leurs pancartes), des sans-pap', des pr&#233;caires, des cheminots SUD-Rail qui ambian&#231;aient de dingue, toutes sortes d'&#233;nergies de tous poils, y compris celles plus exotiques et bien peign&#233;es, de la CFDT et de la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale des cadres, eh ben &#231;a revigore. On a beau se douter que Macron et sa bande de managers congestionn&#233;s n'en ont rien &#224; secouer d'avoir deux millions de gens en p&#233;tard dans la rue, et qu'ils tenteront de passer en force en envoyant dix mille flics de plus la prochaine fois, et m&#234;me si on n'a pas une confiance infinie dans les capacit&#233;s strat&#233;giques des centrales syndicales, on se dit qu'une telle mobilisation ne pourra pas rester sans suite. D'une mani&#232;re ou d'une autre, &#231;a r&#233;chauffera de plus belle, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux &#171; casseurs &#187; dont les cha&#238;nes d'info ont fait leurs choux gras (avec les &#233;ditorialistes Christophe Barbier, Franz-Olivier Giesbert et les deux Duhamel en phalange patronale sur BFM pour d&#233;briefer la manif), il se trouve que j'&#233;tais &#224; l'endroit o&#249; &#231;a a chauff&#233; avec les cond&#233;s sur le boulevard Beaumarchais. Les policiers fran&#231;ais me filent beaucoup trop la p&#233;toche pour que je ne me fasse pas tout petit quand ils chargent comme des malades, mais j'avoue bien volontiers avoir ressenti de la sympathie pour les moins peureux que moi (qui &#233;taient aussi, let's face it, beaucoup plus jeunes), lorsqu'ils ont fait fuir les troopers en leur balan&#231;ant des trucs. C'est une toute petite monnaie pour les violences sanglantes et syst&#233;matiques qui ont bless&#233;, mutil&#233; ou traumatis&#233; tant de monde dans tant de manifs. Cette fois le traumatisme a &#233;t&#233; surmont&#233; et de la confiance collective retrouv&#233;e, et ce n'est pas le moindre des gains de cette journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;i&gt;Olivier Cyran&lt;/i&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4987 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_52637422497_ff31b9aa76_o_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH379/web_52637422497_ff31b9aa76_o_1200px-a046b.jpg?1768672673' width='500' height='379' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo : Serge D'Ignazio
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h6 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; D&#233;j&#224; pr&#232;s d'un senior sur deux est sans emploi au moment de partir &#224; la retraite &#187;&lt;/h6&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les cort&#232;ges du 19 janvier se retrouvaient beaucoup de travailleurs et travailleuses, mais aussi, ne l'oublions pas, nombre de ch&#244;meurs et ch&#244;meuses. Valentine Maillochon, une des porte-parole du Mouvement national des ch&#244;meurs et pr&#233;caires (MNCP), nous explique pourquoi ils et elles se retrouvent en premi&#232;re ligne face &#224; cette r&#233;forme des retraites.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; A&lt;/span&gt;vec le syst&#232;me actuel, qui part &#224; la retraite &#224; 62 ans en &#233;tant serein, en ayant cotis&#233; le nombre suffisant d'ann&#233;es ? On n'est plus sur les carri&#232;res de nos parents ou grands-parents : les parcours sont toujours plus hach&#233;s, marqu&#233;s par des p&#233;riodes de ch&#244;mage et d'emploi &#224; temps partiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos gouvernants vivent avec un haut capital social, culturel, financier de d&#233;part, un acc&#232;s facile aux soins, des conditions de travail confortables&#8230; et tous les privil&#232;ges qu'on leur conna&#238;t. Ils ne s'imaginent pas ce qu'est l'existence de quelqu'un qui a gal&#233;r&#233;, est pass&#233; de mission d'int&#233;rim en mission d'int&#233;rim, n'est pas arriv&#233; &#224; trouver de job stable ou &#224; temps complet en CDI, qui subit souvent un degr&#233; de p&#233;nibilit&#233; &#233;norme&#8230; Ils leur disent de travailler plus longtemps, mais ces gens-l&#224; sont us&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Un nivellement par le bas flagrant des conditions de vie des Fran&#231;ais &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, il y a un nivellement par le bas flagrant des conditions de vie des Fran&#231;ais et la seule r&#233;ponse qu'on nous donne, c'est : pas d'augmentation des salaires et une amputation des droits au ch&#244;mage, &#224; la retraite&#8230; C'est quoi, l'&#233;tape suivante ? S'attaquer aux aides sociales ? Histoire de se donner bonne conscience, le gouvernement nous sort de temps en temps des mesurettes comme r&#233;cemment le ch&#232;que carburant. Mais les ch&#244;meurs n'y avaient pas droit, ce n'&#233;taient que pour les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde du travail est tr&#232;s cruel, et encore plus envers les seniors qui sont consid&#233;r&#233;s comme plus co&#251;teux, moins performants. &#192; partir de 45 ans, cela devient d&#233;j&#224; extr&#234;mement compliqu&#233;. R&#233;sultat : on constate qu'actuellement, pas loin d'un senior sur deux est sans emploi au moment de partir &#224; la retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette r&#233;forme passe, il faut s'attendre &#224; une hausse du nombre de personnes demandant le RSA. Parce que ces ch&#244;meurs seniors qui ne sont pas embauch&#233;s, qui ne touchent plus d'allocations ch&#244;mage, qui ne pourront pas partir &#224; la retraite&#8230; vont se tourner fatalement vers les minima sociaux. Pour rappel, les allocataires du RSA touchent &#224; peine 500 balles par mois et ne cotisent pas pour la retraite. Ce qui veut dire qu'ils devront rester pr&#233;caires encore plus longtemps avant de recevoir, si on veut bien la leur donner, une toute petite retraite. Ou un minimum vieillesse qui ne les sortira pas plus de leur pauvret&#233;. Et n'oublions pas qu'un quart des plus pauvres de notre pays meurent avant l'&#226;ge actuel de la retraite !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos diff&#233;rents collectifs locaux ont &#233;t&#233; pr&#233;sents dans de nombreuses manifs &#8211; Strasbourg, Toulouse, Clermont-Ferrand&#8230; C'est important de se montrer en tant que ch&#244;meur ou ch&#244;meuse et de d&#233;fendre nos droits. Si ce n'est pas pour nous, c'est pour nos proches. Cette r&#233;forme qui touche &#224; nos fins de vie, c'est vraiment la goutte d'eau. On est d&#233;j&#224; pr&#233;caris&#233;s et vous nous rajoutez &#231;a ! &#199;a fait ressortir toutes les rages qu'on accumule depuis plusieurs quinquennats d&#233;j&#224;. M&#234;me si c'est clair qu'avec Macron, on a fait un sacr&#233; bond en avant dans la casse des droits sociaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Beno&#238;t Godin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4985 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_52638193649_b934cd3164_o_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH541/web_52638193649_b934cd3164_o_1200px-4f706.jpg?1768672674' width='500' height='541' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo : Serge D'Ignazio
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;h6 class=&#034;spip&#034;&gt;C'est juste un crime...&lt;/h6&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pendant dix ans, de 2005 &#224; 2015, Jean-Pierre Levaray a tenu dans les pages de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; une chronique corrosive intitul&#233;e &#171; Je vous &#233;cris de l'usine &#187;. Il reprend ici la plume pour nous livrer son regard sur l'impact de la r&#233;forme des retraites sur les ouvriers.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;O&lt;/span&gt;n va finir par me dire que je suis privil&#233;gi&#233; d'avoir pu partir en retraite &#224; 60 ans (apr&#232;s 42 ann&#233;es d'usine quand m&#234;me)&#8230; Quelques jours avant que je passe les grilles de l'usine pour la derni&#232;re fois, avec la CGT de ma bo&#238;te nous avions obtenu pour les travailleurs sur les postes &#224; p&#233;nibilit&#233; un d&#233;part en pr&#233;retraite deux ans avant la date pr&#233;vue de leur retraite. Ce ne serait pas pour ma pomme, mais on &#233;tait plut&#244;t contents d'avoir obtenu de longue lutte cet accord. C'&#233;tait il y a plus de sept ans. &#201;videmment, aujourd'hui cet accord est remis en cause par le taulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;60 ans, c'est pourtant pas du luxe. Combien de coll&#232;gues n'ont pas atteint cet &#226;ge ? Et aussi combien sont morts dans les premiers temps de leur retraite ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le monument aux morts de l'usine se couvre toujours davantage des noms des salari&#233;s&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Denis &#233;tait en retraite depuis trois mois. Il disait qu'il profiterait de son temps libre pour s'adonner plus r&#233;guli&#232;rement &#224; la course &#224; pied, discipline o&#249; il excellait. En f&#233;vrier de cette ann&#233;e-l&#224;, il participa au semi-marathon de la ville. Son temps de course fut honorable. Pourtant, en rentrant chez lui, il s'assit dans son fauteuil, histoire de se reprendre. Il ne se r&#233;veilla pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Momo nous cuisinait le couscous &#224; l'usine, lorsque le week-end nous travaillions de nuit. Peut-&#234;tre &#233;tait-ce &#224; cause de la harissa qu'il avalait &#224; la petite cuill&#232;re, peut-&#234;tre &#233;tait-ce &#224; cause des produits toxiques respir&#233;s dans son labo ? Toujours est-il qu'il succomba &#224; un cancer foudroyant, un an apr&#232;s avoir quitt&#233; l'usine.
Mon pote Patrice &#233;tait sportif &#233;galement. &#192; part le fait qu'il &#233;tait fan de Johnny, on s'entendait bien et avions le m&#234;me point de vue sur cette putain d'usine. Lui n'a touch&#233; sa retraite que pendant deux ans. Crise cardiaque lors d'une randonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liste pourrait s'allonger. Je pourrais citer G&#233;rard, Manuel, Daniel et d'autres. Le monument aux morts de l'usine se couvre toujours davantage des noms des salari&#233;s et lorsque gouvernants et patrons veulent reculer l'&#226;ge de la retraite, c'est juste un crime&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Levaray&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4983 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_52638374535_0a69bea11c_o_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/web_52638374535_0a69bea11c_o_1200px-736a5.jpg?1768672674' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo : Serge D'Ignazio
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Le mirage des petites retraites &#224; 1 200 euros &#187;, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; (15/01/2023).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Retraites : la r&#233;forme n'est pas &#8220;plus juste&#8221; pour les femmes &#187;, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; (23/01/2023).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; L'angle mort des retraites les plus &#233;lev&#233;es en France &#187;, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; (23/01/2023).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &#201;galit&#233; salariale pour les femmes, p&#233;nibilit&#233;, cotisations : les propositions alternatives pour les retraites &#187;, &lt;i&gt;Basta&lt;/i&gt; (11/03/2023).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Militants de la &#171; mouvance autonome &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un dr&#244;le de conflit</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Un-drole-de-conflit</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Un-drole-de-conflit</guid>
		<dc:date>2023-01-10T16:02:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>Nardo</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; With or whitout you &#187;. Les paroles de Bono montent dans le cr&#233;matorium du cimeti&#232;re rouennais. C'est comme &#231;a maintenant, U2, comme d'autres, a d&#233;tr&#244;n&#233; les Te Deum ou la musique de Bach, lors des c&#233;r&#233;monies fun&#233;raires. On se retrouve environ 200, pour un dernier rencard avec Robin. Certains ont rev&#234;tu un gilet fluo sigl&#233; CGT. Robin &#233;tait salari&#233; chez P&#233;troplus, pompier et militant CGT. Je l'avais crois&#233; plus d'une fois, lors de r&#233;unions, de manifs et de stages. Du genre &#233;nerv&#233;, un physique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no107-janvier-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;107 (janvier 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-usine" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'usine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Nardo-59" rel="tag"&gt;Nardo&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div&gt;&lt;span class=&#034;base64php13015788556a07eee8d462c8.14149671&#034; title=&#034;PD9waHAKaW5jbHVkZV9vbmNlKCIuLyIgLiBfRElSX1JBQ0lORSAuICJlY3JpcmUvYmFsaXNlL2Zvcm11bGFpcmVfLnBocCIpOwppZiAoJGxhbmdfc2VsZWN0ID0gImZyIikgJGxhbmdfc2VsZWN0ID0gbGFuZ19zZWxlY3QoJGxhbmdfc2VsZWN0KTsKaW5zZXJlcl9iYWxpc2VfZHluYW1pcXVlKGJhbGlzZV9GT1JNVUxBSVJFX19keW4oYXJndW1lbnRzX2JhbGlzZV9keW5fZGVwdWlzX21vZGVsZSgnRk9STVVMQUlSRV9GT1JNSURBQkxFJyksICcxJyksIGFycmF5KCcnLCAnJywgJycsICcnLCAnZnInLCAnMScpKTsKaWYgKCRsYW5nX3NlbGVjdCkgbGFuZ19zZWxlY3QoKTsKPz4=&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; With or whitout you &#187;&lt;/i&gt;. Les paroles de Bono montent dans le cr&#233;matorium du cimeti&#232;re rouennais. C'est comme &#231;a maintenant, U2, comme d'autres, a d&#233;tr&#244;n&#233; les Te Deum ou la musique de Bach, lors des c&#233;r&#233;monies fun&#233;raires. On se retrouve environ 200, pour un dernier rencard avec Robin. Certains ont rev&#234;tu un gilet fluo sigl&#233; CGT. Robin &#233;tait salari&#233; chez P&#233;troplus, pompier et militant CGT. Je l'avais crois&#233; plus d'une fois, lors de r&#233;unions, de manifs et de stages. Du genre &#233;nerv&#233;, un physique et des prises de position dignes de Don Quichotte, il &#233;tait tr&#232;s impliqu&#233; dans le conflit de la raffinerie. Il est mort d'un arr&#234;t cardiaque, le jour de ses 46 ans. C'est le deuxi&#232;me qui meurt de mort pas vraiment naturelle, depuis que P&#233;troplus est en liquidation. Un premier, Patrick, s'est suicid&#233; en mars dernier. Un &#233;crivain qui suivait, il y a quelques ann&#233;es, la fermeture d'une usine et qui en a fait un livre&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Bon, Daewoo, Fayard, 2004.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, s'enthousiasmait presque &#224; l'annonce que, dans cette bo&#238;te-l&#224;, quelqu'un &#233;tait mort. Pour le &#171; c&#244;t&#233; dramatique &#187; sans doute. Mais, &#224; chaque fois qu'il y a un plan de suppression d'emplois ou une fermeture d'usine, il y a au moins un salari&#233; qui meurt ou se suicide. Il y a toujours quelqu'un pour qui c'est si lourd que la mort prend le dessus. Dommage collat&#233;ral, en quelque sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour certains des coll&#232;gues de Robin, sa mort est un peu symbolique de l'avenir de leur raffinerie. D'autant que Shell qui avait pass&#233;, avec difficult&#233;, un contrat de processing pour quelques mois, a annonc&#233; qu'elle ne renouvellerait pas. Depuis, la raffinerie est en cours d'arr&#234;t. Entre les pseudo-repreneurs, les d&#233;clarations de ministres non suivies d'effets, les dossiers incomplets et les pressions des autres multinationales pour fermer le site, l'avenir semble &#234;tre du c&#244;t&#233; du &lt;i&gt;no future&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait plus d'un an que&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_537 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH391/107-nardo-petroplus-a544b.png?1768649208' width='400' height='391' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Nardo
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;le conflit P&#233;troplus dure. Un conflit sans patron (en faillite, il a mis la cl&#233; sous la porte) &#224; qui adresser ses revendications. Alors se bagarrer pour en avoir un nouveau n'est pas la perspective la plus enthousiasmante. Le personnel de la raffinerie n'a jamais &#233;t&#233; des plus offensifs non plus, certains se prenant m&#234;me pour les rois du p&#233;trole, avec des salaires plus &#233;lev&#233;s que la plupart des salari&#233;s de la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but, on assiste &#224; de dr&#244;les d'assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, o&#249; il n'y a pas de d&#233;cisions de prises mais o&#249; &#171; l'Intersyndicale &#187; semble tout faire, tout d&#233;cider. Les syndicalistes (notamment les deux responsables CGT) font comme un show, comme le r&#244;le de leur vie devant des salari&#233;s juste venus &#233;couter les derni&#232;res infos avant de retourner bosser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de lutte &#224; proprement parler et les heures de gr&#232;ves ont &#233;t&#233; tr&#232;s rares. Il faut dire que ce n'est pas facile d'occuper une raffinerie, car les contraintes environnementales et s&#233;curitaires &#171; Seveso 2 &#187;, obligeraient les autorit&#233;s &#224; une intervention rapide. Une raffinerie n'est pas non plus le type d'usine qu'on peut autog&#233;rer (rapports avec les pays producteurs de p&#233;trole, transport de brut&#8230;). En plus, la moyenne d'&#226;ge y est relativement &#233;lev&#233;e et l'attente d'un plan de suppression d'emplois serait une perspective int&#233;ressante pour plus d'un. Quant aux plus jeunes, ils sont d&#233;j&#224; plusieurs &#224; avoir pr&#233;f&#233;r&#233; la d&#233;mission (80 sur 550 salari&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un peu tout cela qui a donn&#233; naissance &#224; cette mythique &#171; Intersyndicale &#187; qui passe son temps dans les bureaux des ministres, pr&#233;fets, marchands de p&#233;trole, financiers et possibles repreneurs. Il s'agit en quelque sorte d'un conflit-spectacle o&#249;, faute de vraies luttes, l'accent est mis sur la m&#233;diatisation, la venue de politiques, des barbecues g&#233;ants quasi-quotidiens et de tr&#232;s nombreuses manifestations artistiques (expo photos, pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre, film, bouquin&#8230;). Quant aux quelques actions qui ont eu lieu, il y avait plus de militants des autres secteurs (Poste, sant&#233;, chimie&#8230;) que de la raffinerie. Sans doute que les habitants des villes avoisinantes ont plus &#224; perdre &#233;conomiquement de la fermeture de cette raffinerie puante et polluante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, quelques propos un peu amers sur un conflit qui, je l'esp&#232;re, ne fera pas &#233;cole, m&#234;me s'il aboutit positivement pour les salari&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Fran&#231;ois Bon, &lt;i&gt;Daewoo&lt;/i&gt;, Fayard, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; l'ombre d'une aci&#233;rie russe</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/A-l-ombre-d-une-acierie-russe</link>
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		<dc:date>2022-04-29T09:25:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Vitrine de la grandeur industrielle sovi&#233;tique sous Staline, le complexe sid&#233;rurgique de Magnitogork est le sujet de Kombinat, film documentaire du r&#233;alisateur Gabriel Tejedor. Pr&#232;s d'un si&#232;cle apr&#232;s sa construction, il est aujourd'hui embl&#233;matique de la Russie de Poutine, entre patriotisme autoritaire et capitalisme d&#233;brid&#233;. En ces temps funestes o&#249; Poutine est en guerre contre l'Ukraine, le film documentaire Kombinat, en salles depuis le 2 mars et r&#233;alis&#233; par le cin&#233;aste suisse Gabriel (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no208-avril-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;208 (avril 2022)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Vitrine de la grandeur industrielle sovi&#233;tique sous Staline, le complexe sid&#233;rurgique de Magnitogork est le sujet de &lt;i&gt;Kombinat&lt;/i&gt;, film documentaire du r&#233;alisateur Gabriel Tejedor. Pr&#232;s d'un si&#232;cle apr&#232;s sa construction, il est aujourd'hui embl&#233;matique de la Russie de Poutine, entre patriotisme autoritaire et capitalisme d&#233;brid&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4519 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200kombinat_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH750/1200kombinat_resultat-40224.jpg?1768730516' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En ces temps funestes o&#249; Poutine est en guerre contre l'Ukraine, le film documentaire &lt;i&gt;Kombinat&lt;/i&gt;, en salles depuis le 2 mars et r&#233;alis&#233; par le cin&#233;aste suisse Gabriel Tejedor, offre un aper&#231;u percutant de ce que vivent quantit&#233; de Russes au quotidien. Au c&#339;ur du sujet, les salari&#233;s (plut&#244;t agents de ma&#238;trise que prolos) d'une aci&#233;rie monstre, le &lt;i&gt;Magnitogorski Metallourguitcheski Kombinat&lt;/i&gt;, situ&#233; &#224; Magnitogorsk, dans le sud de l'Oural. Une ville o&#249; le quotidien tourne autour de l'usine, avec prise en charge de tous et de chacun, de l'&#233;cole au sanatorium, dans un univers paternaliste, voire patriarcal &#8211; sur fond de fum&#233;es sombres et de poussi&#232;res crach&#233;es en continu par une for&#234;t de chemin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est peu question des conditions de travail (compliqu&#233;es &#224; filmer), en sous-texte les voix &lt;i&gt;off&lt;/i&gt; des ouvriers parlent d'accidents fr&#233;quents, de maladies professionnelles, d'enfants naissant avec des handicaps physiques ou mentaux, de cancers, de pollution des eaux et de l'air&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;cran, on suit Sasha et ses proches, que le r&#233;alisateur et sa petite &#233;quipe ont accompagn&#233;s lors de nombreux repas de famille &#8211; durant lesquels les vieilles encensent Poutine &#8211; ou quand Sasha danse la salsa. Son truc &#224; lui, c'est &#231;a : aller au club et s'&#233;clater aux rythmes de la musique cubaine &#8211; pays toujours ami de la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propagande &#224; tous les &#233;tages&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si la culture sovi&#233;tique forgeait jadis les mentalit&#233;s, &#233;rigeant les travailleurs en h&#233;ros servant le socialisme par le productivisme, aujourd'hui de nouvelles l&#233;gendes les fa&#231;onnent, d&#233;sormais au service d'oligarques qui vivent en Suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque 9 mai, on continue &#224; c&#233;l&#233;brer les morts de la Seconde Guerre mondiale, en pr&#233;sence de militaires et &#224; grand renfort de d&#233;fil&#233;s et de chants quasi mystiques. S'y ajoute l'annuelle Journ&#233;e des m&#233;tallurgistes organis&#233;e par les patrons et le gouvernement. Une c&#233;r&#233;monie &#224; laquelle les salari&#233;s sont quasiment oblig&#233;s de participer, et o&#249; l'on assiste par exemple &#224; des sc&#232;nes chor&#233;graphi&#233;es et th&#233;&#226;tralis&#233;es, que la r&#233;volution culturelle chinoise n'aurait pas reni&#233;es, avec force slogans et drapeaux russes. Ce jour-l&#224;, un message de Poutine f&#233;licite le patron du Kombinat d' &#187; &lt;i&gt;avoir appliqu&#233; activement la charte &#233;cologique de la Russie&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;sic&lt;/i&gt;) tandis qu'un enfant de sept ans d&#233;clare qu'il est fier de savoir que dans dix ans, il sera ouvrier m&#233;tallurgiste lui aussi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans&lt;i&gt; Kombinat&lt;/i&gt;, peu de r&#233;volte et pas plus de revendications pour l'am&#233;lioration des conditions de travail. Pourtant, le doute pointe : la propagande quotidienne ne fonctionne plus &#224; plein. Ainsi, c'est pour &#233;viter l'usine que le jeune couple qui tient le club de danse de Sasha a mont&#233; son affaire. Las, il en faudrait plus pour &#233;chapper au monstre d'acier : le &lt;i&gt;kombinat&lt;/i&gt; utilise les danseurs &#224; l'occasion de son spectacle annuel... L'ali&#233;nation sous dictature, c'est &#233;videmment pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste un go&#251;t de &lt;i&gt;No Future&lt;/i&gt;, surtout face aux silences de la fille de Sasha, jeune adolescente qui sert presque de fil rouge et semble d&#233;sesp&#233;r&#233;e de devoir, &#224; son tour, travailler un jour dans cette usine.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Levaray&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La fin du monde industriel ?</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/La-fin-du-monde-industriel</link>
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		<dc:date>2021-06-17T05:26:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>ann&#233;es</dc:subject>
		<dc:subject>usines</dc:subject>
		<dc:subject>usine</dc:subject>
		<dc:subject>l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>usines chimiques</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;gion</dc:subject>
		<dc:subject>Rouen</dc:subject>
		<dc:subject>Total</dc:subject>
		<dc:subject>d'engrais</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pendant dix ans, de 2005 &#224; 2015, Jean-Pierre Levaray a tenu dans les pages de CQFD une chronique corrosive intitul&#233;e &#171; Je vous &#233;cris de l'usine &#187;. Il a repris la plume pour ce dossier, posant son regard aiguis&#233; sur l'impact des restructurations et des fermetures. J'ai travaill&#233; pendant plus de quarante ann&#233;es en usine. Une usine de l'industrie chimique de la r&#233;gion de Rouen (Seine-Maritime). Gasp ! Quarante ans dans la m&#234;me usine ! Quelque chose qu'on ne peut plus imaginer aujourd'hui. Je (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no199-juin-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;199 (juin 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/annees" rel="tag"&gt;ann&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/usines" rel="tag"&gt;usines&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/usine" rel="tag"&gt;usine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-usine" rel="tag"&gt;l'usine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/usines-chimiques" rel="tag"&gt;usines chimiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/region" rel="tag"&gt;r&#233;gion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Rouen" rel="tag"&gt;Rouen&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Total" rel="tag"&gt;Total&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-engrais" rel="tag"&gt;d'engrais&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pendant dix ans, de 2005 &#224; 2015, Jean-Pierre Levaray a tenu dans les pages de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; une chronique corrosive intitul&#233;e &#171; Je vous &#233;cris de l'usine &#187;. Il a repris la plume pour ce dossier, posant son regard aiguis&#233; sur l'impact des restructurations et des fermetures.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3658 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH515/-1797-6723e.jpg?1768730517' width='500' height='515' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de L.L. De Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai travaill&#233; pendant plus de quarante ann&#233;es en usine. Une usine de l'industrie chimique de la r&#233;gion de Rouen (Seine-Maritime). &lt;i&gt;Gasp&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! &lt;/i&gt;Quarante ans dans la m&#234;me usine ! Quelque chose qu'on ne peut plus imaginer aujourd'hui. Je vous en ai d&#233;j&#224; parl&#233;, il y a quelques ann&#233;es, &#224; travers ma chronique &#171; Je vous &#233;cris de l'usine &lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#233;pisodes de ces chroniques ont depuis &#233;t&#233; r&#233;unis dans un ouvrage &#233;ponyme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, ce n'est pas pour jouer au vieux con mais, pendant tout ce temps, j'en ai vu des usines fermer, des r&#233;gions sinistr&#233;es, des ouvriers qui se battent pour leur survie, des suicides lors de licenciements, des ch&#244;meurs... Dans la r&#233;gion rouennaise, d&#232;s les ann&#233;es 1970, j'ai commenc&#233; &#224; voir plier boutique les usines de filature et de m&#233;tallurgie. Apr&#232;s, ce furent les usines chimiques &#8211; notamment d'engrais, nombreuses dans le coin &#8211;, suivies des sous-traitants de l'automobile. Cela a toujours entra&#238;n&#233; des conflits, souvent durs et longs, rarement victorieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque fermeture son lot de ch&#244;meurs mais aussi un brassage. Dans l'usine o&#249; je pointais, ce sont des ouvriers licenci&#233;s de papeteries ou d'usines d'engrais, des chaudronniers, des &#233;lectriciens, qui arrivaient pour remplacer nos coll&#232;gues partant en retraite. C'&#233;tait une bonne chose pour nous : chacun amenait ses exp&#233;riences de travail mais &#233;galement de rapport &#224; la hi&#233;rarchie voire de bagarres sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon usine aussi, nous avons connu des restructurations ; des arr&#234;ts d'ateliers pour cause de v&#233;tust&#233; ou d'obsolescence ; des produits qui se vendent moins bien, aux yeux des actionnaires. Ce qui fait que, de rachats en changements de nom, l'effectif de l'usine, en quarante ann&#233;es, est pass&#233; de 2 000 &#224; 350.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tr&#232;s nombreuses fois, nous avons pens&#233; que la bo&#238;te allait fermer. &#192; chaque annonce de plan &#171; social &#187;, nous &#233;tions convaincus que ce serait le dernier. Quand nos usines sont pass&#233;es sous le giron de Total, nous savions que c'&#233;tait pour se d&#233;barrasser d'un secteur jug&#233; pas assez rentable. La catastrophe d'AZF, &#224; Toulouse en 2001, a oblig&#233; Total &#224; ralentir ses vell&#233;it&#233;s. Les fermetures ont tout de m&#234;me eu lieu et pr&#232;s de dix usines ont disparu, ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e. En 2013, &#233;chaud&#233; par un des proc&#232;s de la catastrophe, &#224; l'issue duquel la responsabilit&#233; d'une de ses filiales avait &#233;t&#233; point&#233;e, Total a vendu ce qui restait : ses trois derniers sites de fabrication d'engrais (se situant dans des zones fortement agricoles et surtout c&#233;r&#233;ali&#232;res) &#224; Borealis, bo&#238;te autrichienne aux capitaux venant d'Abu Dhabi. Une 4e situ&#233;e &#224; Mazingarbe (Pas-de-Calais) a &#233;t&#233; c&#233;d&#233;e &#224; Maxam. Aujourd'hui, Maxam ferme l'usine et Borealis cherche &#224; revendre ses sites fran&#231;ais depuis deux ans. &#199;a continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les restructurations et les d&#233;localisations font partie de l'histoire industrielle. Les fabriques, ateliers, usines ont r&#233;guli&#232;rement connu des mutations, parfois brutales. Cela commen&#231;a sans doute lorsque la vapeur et les turbines remplac&#232;rent les moulins le long des fleuves et rivi&#232;res. Ensuite il y eut le gaz puis l'&#233;lectricit&#233;, le taylorisme, le toyotisme, l'automatisation, la robotisation, l'informatisation...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque bouleversement technique son lot de changement de fa&#231;on de travailler, mais aussi ses fermetures d'usines ou ses constructions de nouveaux sites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les modifications de produits et &#233;volutions des techniques, outre les modes, outre les ateliers trop vieux, c'est d&#233;sormais surtout une guerre &#233;conomique qui se joue &#224; coups de dividendes jug&#233;s toujours trop faibles par les actionnaires. Et si, devant les cam&#233;ras, les PDG se tapent dans le dos, c'est pour mieux s'&#233;charper sur les march&#233;s. Chacun d'entre eux ne visant qu'&#224; faire couler ou acheter le concurrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, ceux qui trinquent sont celles et ceux qui travaillent dans ces bo&#238;tes. Aussi bien les salari&#233;s qui sont vir&#233;s que ceux qui les remplacent dans un autre pays o&#249; l'usine a &#233;t&#233; r&#233;implant&#233;e et o&#249; l'on bosse pour des salaires de mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe, il semblerait qu'il y ait eu une certaine inertie dans les restructurations, notamment par rapport au continent am&#233;ricain o&#249;, pourtant, le tissu industriel s'amenuise aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En moins de quarante ans, le nombre d'ouvriers en France, r&#233;pertori&#233; par l'INSEE, est pass&#233; de 6,9 millions &#224; 5,3 millions... Ce n'est pas rien. Et c'est surtout dans l'industrie que &#231;a s'est vid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, au niveau mondial, le nombre d'ouvriers est en progression. Ils se trouvent maintenant en Asie, o&#249; l'agriculture intensive a vid&#233; les campagnes et offert une main-d'&#339;uvre pas cher aux entreprises qui prosp&#232;rent d&#233;sormais en Inde, au Pakistan, en Chine, en Cor&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la situation sanitaire et &#233;conomique contribue &#224; amplifier le mouvement vers une industrie connect&#233;e, d&#233;j&#224; entrepris depuis quelques ann&#233;es. L'industrie asiatique a pris les devants mais, dans les pays occidentaux, pour ceux et celles qui ne se retrouvent pas sur le carreau, cela entra&#238;ne la casse des collectifs : t&#233;l&#233;travail et ub&#233;risation des m&#233;tiers. Ainsi que la fin du salariat (c'est autre chose que l'abolition du salariat revendiqu&#233;e jadis) par la mise en concurrence de chacun, somm&#233; de devenir autoentrepreneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;gion de Rouen a &#233;t&#233; tr&#232;s touch&#233;e par ces restructurations. Le nombre d'usines a fondu comme neige au soleil. Le seul avantage, c'est qu'on y respire mieux (sauf quand Lubrizol s'est enflamm&#233;e en septembre 2019). Le dernier gros bastion historique &#224; avoir ferm&#233;, c'est la Chapelle Darblay, une papeterie historique de la r&#233;gion qui fabriquait du papier recycl&#233; de qualit&#233;. Pour l'instant, il n'y a pas de repreneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on suit les m&#233;andres de la Seine autour de Rouen, on ne voit plus que de gigantesques hangars en taule avec des plateformes de chargement pour semi-remorques. Bollor&#233; et consorts ont pris la rel&#232;ve et livrent &#224; pr&#233;sent par la route les contenus de containers arrivant par gros tankers, bourr&#233;s de &lt;i&gt;big bags &lt;/i&gt;d'engrais ou de produits chimiques qui &#233;taient fabriqu&#233;s aux m&#234;mes endroits avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre usine historique de la r&#233;gion, la raffinerie Shell-Petroplus de Petit-Couronne, a &#233;t&#233; ferm&#233;e il y a plus de six ans. Voil&#224; qu'on apprend, apr&#232;s la d&#233;pollution du site, que, dans les grands hangars en cours de montage, c'est Amazon qui s'installe. Carr&#233;ment. Un mouvement s'est cr&#233;&#233; pour emp&#234;cher cette implantation, avec p&#233;titions et manifestations &#224; la cl&#233;. Seul le maire de la ville milite pour que &#231;a se fasse, &#171; pour l'emploi &#187;. Et quel emploi ! Des exploit&#233;s en CDD qui doivent aller chercher les produits d'une all&#233;e &#224; l'autre en vitesse (faisant jusqu'&#224; 20 bornes par jour) et des livreurs, au statut impos&#233; de micro-entrepreneurs, qui doivent livrer au plus vite et dans n'importe quelles conditions. Sans compter tout ce qu'implique Amazon dans la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple de cette fin d'un monde industriel, &#224; quelques kilom&#232;tres de ce site, en lisi&#232;re de Rouen, juste aux portes de l'usine Lubrizol, la M&#233;tropole a lanc&#233; en 2011 la cr&#233;ation d'un &#171; &#233;coquartier &#187;, ce qui est tendance. L'objectif &#233;tant en partie d'y faire venir vivre celles et ceux qui bossent &#224; La D&#233;fense (une heure de route ou de train quand il n'y a pas de bouchon ou de parpaing sur les voies). Le hic, c'est que sur ce terrain se trouvaient auparavant des usines chimiques et m&#233;tallurgiques. Il y a dans ces sols des hydrocarbures, des m&#233;taux lourds et j'en passe. Plut&#244;t que de d&#233;polluer, il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de faire venir des tas de terre par trains et camions pour remonter le sol de plus de six m&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bienvenue dans le meilleur des mondes.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Jean-Pierre Levaray&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article fait partie du dossier &#171; Apr&#232;s l'usine &#187; du num&#233;ro 199 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les &#233;pisodes de ces chroniques ont depuis &#233;t&#233; r&#233;unis dans un ouvrage &#233;ponyme publi&#233; chez Libertalia (2016).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3661 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1798.jpg' width=&#034;350&#034; height=&#034;577&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Justice de classe</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Justice-de-classe</link>
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		<dc:date>2019-11-26T04:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;En 2001, l'explosion de l'usine toulousaine AZF causait morts, bless&#233;s et destructions. En 2017, les dirigeants de Total, reconnus responsables, n'ont toujours pas &#233;t&#233; condamn&#233;s. Un sc&#233;nario qui justifierait presque les propos du pr&#233;sident-qui-ne-devrait-pas-dire-&#231;a sur la l&#226;chet&#233; cong&#233;nitale de l'institution judiciaire en France. Ce lundi 23 janvier, une centaine de militants CGT battent le pav&#233;, devant la tour Total de la D&#233;fense. Je suis venu avec mes ex-coll&#232;gues de l'usine, militants (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 2001, l'explosion de l'usine toulousaine AZF causait morts, bless&#233;s et destructions. En 2017, les dirigeants de Total, reconnus responsables, n'ont toujours pas &#233;t&#233; condamn&#233;s. Un sc&#233;nario qui justifierait presque les propos du pr&#233;sident-qui-ne-devrait-pas-dire-&#231;a sur la l&#226;chet&#233; cong&#233;nitale de l'institution judiciaire en France.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3085 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1319.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH444/-1319-b8d43.jpg?1768730518' width='500' height='444' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Jean-Michel Bertoyas
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;e lundi 23 janvier, une centaine de militants CGT battent le pav&#233;, devant la tour Total de la D&#233;fense. Je suis venu avec mes ex-coll&#232;gues de l'usine, militants eux-aussi &#224; la CGT. Battant le pav&#233;, &#224; nos c&#244;t&#233;s, on retrouve des copains des raffineries de Gonfreville et de Grandpuits, ainsi que des raffineries de Dunkerque et Petroplus qui, elles, ont ferm&#233;. Il y a aussi des copains de la chimie ainsi que d'anciens salari&#233;s d'AZF. Face &#224; nous, derri&#232;re les barri&#232;res amen&#233;es expr&#232;s et les vitres anti-balles de la tour, des flics en nombre, bien au chaud, des fois qu'on essaierait de d&#233;bouler dans les locaux du p&#233;trolier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se les p&#232;le grave. La D&#233;fense est un lieu rempli de courants d'air, &#224; cause de toutes ces tours, immeubles et buildings qui ne cessent de se monter, et aujourd'hui, avec le froid qui r&#232;gne, c'est comme un blizzard : il faut &#234;tre motiv&#233;s pour manifester.
La raison de notre pr&#233;sence ici ? un nouveau proc&#232;s concernant la &#171; catastrophe &#187; AZF de Toulouse s'ouvre le lendemain. Oui, vous avez bien lu, 15 ans apr&#232;s les faits, on en est toujours au m&#234;me point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 septembre 2001, l'usine AZF, appartenant au groupe Grande Paroisse, filiale engrais de Total, explosait, tuant 31 personnes, en blessant plus de 2 500 autres, traumatisant 11 000 habitants (chiffres S&#233;curit&#233; sociale) et d&#233;truisant une partie de la Ville rose. Depuis, la justice n'a toujours pas &#233;t&#233; rendue. Les familles des morts, les infirmes et meurtris dans leur chair attendent toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La responsabilit&#233; de Total a pourtant &#233;t&#233; clairement d&#233;montr&#233;e, preuves &#224; l'appui. Mais il s'agit de Total, avec ses m&#233;thodes de barbouzes, ses r&#233;seaux, ses amis, ses m&#233;dias aux ordres&#8230; Cette multinationale se veut inattaquable en d&#233;pit de toutes les casseroles qu'elle tra&#238;ne derri&#232;re elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier proc&#232;s en correctionnelle se concluait, le 19 novembre 2009, par une relaxe g&#233;n&#233;rale des pr&#233;venus, au b&#233;n&#233;fice du doute. Pourtant ce jugement &#233;tait assorti d'une d&#233;nonciation de l'organisation au sein de l'entreprise et du recours trop important &#224; la sous-traitance. Les r&#233;quisitions du Parquet confirmaient &#233;galement qu'un m&#233;lange de produits chimiques incompatibles avait &#233;t&#233; &#224; l'origine de l'explosion et que ce d&#233;faut dans la s&#233;curit&#233; d'un site pourtant class&#233; Seveso &#233;tait la cons&#233;quence de cette organisation laissant la part belle &#224; la sous-traitance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, ce jugement reconnaissant la culpabilit&#233; mais ne condamnant pas &#233;tait inacceptable. Une vraie justice de classe, comme on dit. Un peu dans la m&#234;me veine que celle du proc&#232;s de Christine Lagarde. Les riches et les patrons sont au-dessus des lois, ce n'est une information pour personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, l'ensemble des 1 600 parties civiles, ainsi que la CGT et le Parquet ont fait appel de ce jugement inique. Un nouveau proc&#232;s s'est ouvert en novembre 2011, &#224; Toulouse, et s'est termin&#233; le 24 septembre 2011 (10 mois !). La cour d'appel a condamn&#233; le directeur d'AZF et l'a d&#233;clar&#233; coupable d'homicides involontaires &lt;i&gt;&#171; par n&#233;gligence ou imprudence &#187;.&lt;/i&gt; Grande Paroisse a &#233;t&#233; condamn&#233;e &#224; 225 000 euros d'amende, somme ridicule au regard de la catastrophe mais peine maximale. Serge Biechlin, directeur d'AZF, a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; trois ans de prison, dont deux avec sursis, et 45 000 euros d'amende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette condamnation, m&#234;me en de&#231;&#224; du pr&#233;judice, les victimes pouvaient enfin &#233;prouver un sentiment de justice. Sauf que &#231;a ne s'arr&#234;te jamais&#8230; Le 24 janvier 2013, la cour administrative de Bordeaux reconnaissait la responsabilit&#233; de l'&#201;tat dans l'explosion par une faute de surveillance des services publics charg&#233;s de l'inspection des installations class&#233;es. Cette responsabilit&#233; a &#233;t&#233; lev&#233;e en d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#231;a n'en finit toujours pas. Les victimes ne seront jamais tranquilles. Le 13 janvier 2015, Total et sa batterie d'avocats ont r&#233;ussi &#224; faire casser le jugement de la cour d'appel de Toulouse. Un jugement cass&#233; sur des d&#233;tails de proc&#233;dure qui ne remettent pas en cause la responsabilit&#233; de Total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce nouveau proc&#232;s qui s'est ouvert le 24 janvier et qui va durer quatre mois. En plus de cela, il se tient &#224; Paris. Bien loin de Toulouse. &lt;i&gt;&#171; Nous avions propos&#233; que ce soient les juges de Paris qui se d&#233;placent sur Toulouse&lt;/i&gt; &lt;i&gt;afin que les victimes puissent assister au proc&#232;s : &#231;a nous a &#233;t&#233; refus&#233; &#187;,&lt;/i&gt; dit Armand, ancien d'AZF. Les familles et les victimes ne pourront plus &#234;tre les acteurs du processus judiciaire ne serait-ce que par leur pr&#233;sence. Parce que je vous prie de croire que voir tous les jours les victimes, en chaises roulantes ou avec des b&#233;quilles, cass&#233;es, infirmes, &#231;a montre tout le concret de la catastrophe. On n'est plus dans les discours des &#171; sp&#233;cialistes &#187; ou des avocats. C'est &#233;vident que ce &#171; d&#233;paysement &#187; sur Paris prouve que la justice veut tout faire pour pr&#233;server la multinationale Total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cauchemar continue donc pour les victimes et leur famille. La justice qui sait aller tr&#232;s vite pour condamner les salari&#233;s et militants d'Air France, de Goodyear et d'autres bo&#238;tes, qui sait condamner les soi-disant casseurs des manifs anti-loi travail, prend son temps lorsqu'il s'agit des riches et des patrons. Ce proc&#232;s fleuve est public, souhaitons que salari&#233;s et victimes sachent se faire entendre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Levaray&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Lu, entendu&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Intervention de Carlos Moleira, secr&#233;taire Chimie CGT pendant la conf&#233;rence de presse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Mieux vaut tuer des dizaines de milliers de travailleurs par l'amiante, provoquer des catastrophes industrielles et environnementales, comme &#224; Toulouse, dilapider 400 millions d'argent public, comme l'a fait Christine Lagarde, que de protester contre des plans de licenciements chez GoodYear ou Air France, ou encore &#234;tre SDF et voler des p&#226;tes, ce qui conduit &#224; une peine de prison ferme apr&#232;s des jugements exp&#233;ditifs. Il n'y a toujours pas, aujourd'hui, dans notre pays, un seul proc&#232;s au p&#233;nal li&#233; &#224; l'amiante, plusieurs d&#233;cennies apr&#232;s les d&#233;p&#244;ts de plaintes. Aujourd'hui, en France, il n'y a pas un accident mortel du travail sur dix qui donne lieu &#224; sanction p&#233;nale et, en moyenne, seulement un par an qui donne lieu &#224; une peine de prison effective. Verra-t-on, enfin, avec ce nouveau proc&#232;s, une justice digne d'une v&#233;ritable d&#233;mocratie ? En tout cas, quinze ans se sont &#233;coul&#233;s. Le nouveau proc&#232;s qui s'ouvre l'est en correctionnelle et pas aux assises et, pour l'instant, la direction g&#233;n&#233;rale de Total n'est pas inqui&#233;t&#233;e. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extrait d'un tract distribu&#233; sur le parvis de la D&#233;fense.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; AZF : &#8220;Une catastrophe&#8221;, dit-on habilement, ayant caus&#233; 31 morts. Mais une catastrophe &#233;tant souvent sujette &#224; un &#233;v&#233;nement naturel tel que temp&#234;te ou ouragan, ce terme n'est pas appropri&#233; &#224; une justice digne de ce nom puisque cette explosion qui a tu&#233; n'&#233;tait pas le r&#233;sultat d'&#233;v&#233;nements climatiques mais de choix financiers du groupe Total. Les dirigeants du groupe peuvent dormir sur leurs deux oreilles, le pouvoir politique les prot&#232;ge juridiquement et p&#233;nalement. Comme Christine Lagarde, ils seront au pire jug&#233;s par leurs pairs, sans grands risques. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rouen : &#171; Toxique mais pas trop &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Rouen-Toxique-mais-pas-trop</link>
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		<dc:date>2019-11-25T08:20:04Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Jean-Pierre Levaray est un habitu&#233; des pages de CQFD, qu'il a longtemps habit&#233;es de sa chronique &#171; Je vous &#233;cris de l'usine &#187;, consacr&#233;e &#224; son turbin dans une raffinerie rouennaise class&#233;e Seveso . Autant dire que fin septembre, il a v&#233;cu la catastrophe Lubrizol de pr&#232;s. Voici son r&#233;cit, r&#233;dig&#233; &#224; quelques encablures du site parti en fum&#233;e. Le 26 septembre, il fait encore nuit quand le t&#233;l&#233;phone me fait bondir hors du lit. C'est mon fils, qui m'apprend que l'usine Lubrizol est en flamme. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no181-novembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;181 (novembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/noire" rel="tag"&gt;noire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jean-Pierre Levaray est un habitu&#233; des pages de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, qu'il a longtemps habit&#233;es de sa chronique &#171; &lt;i&gt;Je vous &#233;cris de l'usine &#187;&lt;/i&gt;, consacr&#233;e &#224; son turbin dans une raffinerie rouennaise class&#233;e Seveso&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il en est sorti un ouvrage, fort recommand&#233;, publi&#233; par Libertalia en 2016 : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Autant dire que fin septembre, il a v&#233;cu la catastrophe Lubrizol de pr&#232;s. Voici son r&#233;cit, r&#233;dig&#233; &#224; quelques encablures du site parti en fum&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3135 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH368/-1362-1590f.jpg?1768730518' width='500' height='368' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par L. L. de Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e 26 septembre, il fait encore nuit quand le t&#233;l&#233;phone me fait bondir hors du lit. C'est mon fils, qui m'apprend que l'usine Lubrizol est en flamme. Les routes sont coup&#233;es et il y a d&#233;j&#224; des bouchons : certains veulent fuir et d'autres aller bosser. Sortant de chez moi, je vois au nord une lueur rose-orang&#233;, comme un coucher de soleil retardataire. Un panache s'&#233;l&#232;ve dans la nuit noire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que le jour se l&#232;ve, la fum&#233;e est de plus en plus visible, de plus en plus lourde, de plus en plus noire. On dirait le ciel d'un film catastrophe am&#233;ricain, si ce n'est que ce ne sont pas des effets sp&#233;ciaux et qu'il n'y a pas de soucoupes volantes mais des h&#233;licos de la protection civile. Tout de suite je pense &#224; la catastrophe d'AZF&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 21 septembre 2001, cette usine explosait &#224; Toulouse, faisant 31 morts.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;
.
Le vent pousse le nuage en direction de la rive droite de la Seine et du centre-ville, ainsi que vers le plateau nord de la r&#233;gion rouennaise. En dehors des abords de l'usine, la rive gauche (bourgades ouvri&#232;res o&#249; r&#233;sident celles et ceux qui bossent dans les usines Seveso de la r&#233;gion) est relativement pr&#233;serv&#233;e. &#171; &lt;i&gt;C'est les riches qui trinquent, pour une fois&lt;/i&gt; &#187;, disent certains. Pas si simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, la vision est impressionnante : Rouen est une ville d&#233;serte et naus&#233;abonde, o&#249; ne circulent que quelques rares pi&#233;tons portant des masques chirurgicaux ou antipoussi&#232;re peu op&#233;rants.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Comme une mar&#233;e noire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le nuage est impressionnant &#8211; 22 kilom&#232;tres sur 6 &#8211; et tr&#232;s mobile. Il file vers le nord de la Normandie, puis atteint les Hauts-de-France, la Belgique et les Pays-Bas. De la suie tombe du ciel, &#171; &lt;i&gt;comme de l'huile de vidange&lt;/i&gt; &#187;, tandis qu'on trouve des morceaux d'amiante dans des jardins. Les parcs et les piscines municipales ext&#233;rieures sont noirs, tout comme des prairies enti&#232;res, des vergers, des vaches rest&#233;es en p&#226;ture. On dirait une mar&#233;e noire qui tombe du ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont plus de 5 000 tonnes de produits CMR (canc&#233;rog&#232;nes, mutag&#232;nes et reprotoxiques) qui br&#251;lent. On apprendra par la suite que les hangars de Normandie Logistique, eux aussi d&#233;truits par l'incendie, ont vu se consumer 4 000 tonnes de produits du m&#234;me tonneau appartenant &#224; Lubrizol et, dans une moindre mesure, &#224; Total. En tout, plus de 9 000 tonnes, l'&#233;quivalent de 400 camions-citernes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est conseill&#233; de ne pas manger les fruits et les l&#233;gumes du jardin &#171; &lt;i&gt;qui ne pourraient &#234;tre &#233;pluch&#233;s ou lav&#233;s de fa&#231;on approfondie&lt;/i&gt; &#187;. Les agriculteurs, eux, doivent &#233;viter de &#171; &lt;i&gt;r&#233;colter leurs productions en l'attente de pr&#233;cisions ult&#233;rieures&lt;/i&gt; &#187;. Il est recommand&#233; aux &#233;leveurs de rentrer leurs animaux et de s&#233;curiser leur abreuvement et leur alimentation, de fa&#231;on &#224; ce qu'ils &#171; &lt;i&gt;ne consomment pas d'aliments souill&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. Mais ce n'est pas toujours possible. Cons&#233;quence : des millions de litres de lait sont jet&#233;s directement sur le sol des prairies, dans les fosses &#224; lisier ou les cours d'eau&#8230; Les &#339;ufs et le miel collect&#233;s depuis le 26 septembre sont &#233;galement consign&#233;s. Quelque 3 000 agriculteurs sont impact&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les loup&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La gestion de crise par la pr&#233;fecture est particuli&#232;rement scandaleuse. On se demande &#224; quoi servaient tous ces PPRT (Plan de pr&#233;vention des risques technologiques), PPI (Plan particulier d'intervention), tous ces exercices de simulation dans les &#233;coles et administrations. On avait l'habitude d'entendre l'essai de sir&#232;ne d'alarme tous les premiers mercredis du mois, mais ce 26 septembre, elle n'est actionn&#233;e qu'&#224; 8 heures du matin, soit cinq heures apr&#232;s le d&#233;but de l'incendie... et seulement sur Rouen et Le-Petit-Quevilly.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 250 pompiers qui interviennent sur le site n'ont pas de masques ad&#233;quats. Ils pataugent dans dix centim&#232;tres d'hydrocarbures. Beaucoup seront malades apr&#232;s cette intervention. Toutes proportions gard&#233;es, on ne peut s'emp&#234;cher de penser &#224; ceux qui sont intervenus &#224; Tchernobyl sans protection idoine. Seuls les flics qui font la circulation portent des masques adapt&#233;s. Quand la raffinerie Petroplus &#233;tait encore dans la r&#233;gion, il y avait du mat&#233;riel efficace pour lutter contre les feux d'hydrocarbures, mais il a disparu avec la raffinerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camp de gens du voyage, situ&#233; &#224; quelques centaines de m&#232;tres de Lubrizol, n'est m&#234;me pas &#233;vacu&#233;. Pis : on les emp&#234;che de partir avec leurs caravanes. Toute proche &#233;galement, la maison d'arr&#234;t Bonne-Nouvelle, directement sous le nuage, n'est pas confin&#233;e (un comble) et un grand nombre de prisonniers croient leur derni&#232;re heure venue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvelle catastrophe : on assiste au d&#233;fil&#233; des ministres, avec en t&#234;te de ligne Christophe Castaner (Int&#233;rieur), &#233;gal &#224; lui-m&#234;me, qui assurera qu' &#187; &lt;i&gt;il n'y a pas de dangerosit&#233; particuli&#232;re&lt;/i&gt; &#187;. Agn&#232;s Buzyn (Sant&#233;), elle, conc&#232;dera que Rouen est effectivement pollu&#233;e et le Premier ministre &#201;douard Philippe d&#233;clarera que l'incendie n'est pas reconnu officiellement comme &#171; &lt;i&gt;catastrophe technologique&lt;/i&gt; &#187;. Tous affirment qu'il y aura une &#171; transparence totale &#187;, mais tout le monde sait que c'est de l'enfumage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y a eu ni bless&#233; ni mort, plus de 250 personnes sont tout de m&#234;me pass&#233;es aux Urgences respiratoires et on ne sait pas ce qu'il en sera au cours des mois et des ann&#233;es &#224; venir, avec ces benz&#232;ne, dioxine, amiante et autres cochonneries pr&#233;sentes dans l'air.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Lubrizol coupable, l'&#201;tat complice &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lubrizol, on connaissait d&#233;j&#224; bien dans le coin. Surtout on la sentait, cette usine. Construite en 1954, elle appartient &#224; la holding Berkshire Hathaway, dont l'archimilliardaire Warren Buffet est l'un des principaux actionnaires. Lubrizol est leader sur le march&#233; des additifs pour lubrifiants et huiles de moteur. C'est aussi le premier exportateur normand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'ouverture de l'usine, de nombreux &#233;pisodes de pollution avaient d&#233;j&#224; eu lieu, notamment en 1975, en 1989 et en 2013, quand les odeurs pestilentielles ont &#233;t&#233; senties jusqu'&#224; Paris et m&#234;me sur les c&#244;tes anglaises. Pour ce dernier rejet, Lubrizol n'a &#233;cop&#233; que d'une amende de 4 000 &#8364;. &#192; ces trois &#171; incidents &#187; industriels, il faut ajouter tous les rejets nocturnes de mercaptan &#8211; cet adjuvant gazeux pr&#233;sent&#233; comme inoffensif sent un m&#233;lange d'&#339;uf pourri et de pisse de chat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tout le monde conna&#238;t Lubrizol dans le coin, pas facile de glaner des infos sur les conditions de travail. Il semble y avoir une clause de confidentialit&#233; ou une culture du secret. Les syndicats (CFDT, CFTC et CGC) n'apparaissent jamais &#224; l'ext&#233;rieur. Ils ne participent ni aux manifs ni &#224; la vie publique. Il est m&#234;me difficile de savoir combien de salari&#233;&#8226;es y travaillent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier dernier, Lubrizol a re&#231;u l'autorisation de construire un nouveau hangar de 1 600 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;, sans qu'aucune &#233;tude d'impact n'ait &#233;t&#233; diligent&#233;e par la pr&#233;fecture. Comme cadeau aux patrons et dans la lign&#233;e de ses pr&#233;d&#233;cesseurs, le gouvernement Macron a en effet supprim&#233; un certain nombre de proc&#233;dures pour &#171; &lt;i&gt;simplifier et acc&#233;l&#233;rer les installations industrielles&lt;/i&gt; &#187;, ce qui a r&#233;duit consid&#233;rablement les conditions de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre probl&#232;me gravissime : comme indiqu&#233; pr&#233;c&#233;demment, Lubrizol avait stock&#233; des milliers de tonnes de produits dangereux chez son voisin Normandie Logistique, transporteur&#8230; non soumis aux contraintes Seveso. Les industriels (ce n'est pas un scoop) peuvent donc faire ce qu'ils veulent.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je suie Rouen &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y en a douze autres dans les parages, mais Lubrizol est la derni&#232;re usine chimique class&#233;e Seveso seuil haut sur la commune de Rouen. La ville s'est agrandie, la zone industrielle s'est vid&#233;e. Un projet de gigantesque &#233;coquartier commence &#224; se r&#233;aliser. Juste au pied de l'usine, sur un sol bourr&#233; des r&#233;sidus de m&#233;taux lourds, d'huiles, charbons, etc. La m&#233;tropole compte faire venir 17 000 nouveaux habitants, plut&#244;t des cadres travaillant &#224; la D&#233;fense. Pour les attirer, Rouen cherche donc &#224; se donner un look &#171; vert &#187;. Argument : depuis la fermeture de la raffinerie Petroplus et de quelques ateliers polluants sur d'autres usines, on y &#171; respire mieux &#187; (sic). Avec Lubrizol, l'image verte est fortement &#233;corn&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; sont &#233;crites ces lignes, on ne sait pas si Lubrizol restera &#224; Rouen. Le gros de la population n'en veut plus, mais la m&#233;tropole et le port y perdraient beaucoup d'argent. Quant aux salari&#233;s qui y travaillent, pour l'instant ils nettoient la casse, pour l'avenir on verra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; indemnisation, plusieurs m&#233;dias ont rapport&#233; que Lubrizol avait d&#233;bloqu&#233; un fonds de solidarit&#233; de 50 millions d'euros pour tous les agriculteurs touch&#233;s par l'incendie. Mais la direction de Lubrizol a pr&#233;cis&#233; qu'aucun montant n'avait encore &#233;t&#233; d&#233;fini ou arr&#234;t&#233;. En gros, les agriculteurs ne sont pas pr&#232;s de toucher un centime. Et les dossiers d'indemnisation ne risquent pas d'&#234;tre trait&#233;s dans l'urgence. En plus, si les &#233;leveurs et laitiers touchent un jour des indemnit&#233;s, ce n'est pas encore jou&#233; pour les mara&#238;chers, notamment les &#171; bio &#187;, qui vont sans doute voir leur label retir&#233;. Comme il n'y a pas eu de victimes directes, d'habitations d&#233;truites, l'&#201;tat semble jouer la montre et pense que tout &#231;a va s'oublier avec le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lumi&#232;re dans la suie, la catastrophe (Lubrizol parle d'un &#171; &lt;i&gt;incident&lt;/i&gt; &#187;) a entra&#238;n&#233; des r&#233;actions int&#233;ressantes. Des collectifs se sont cr&#233;&#233;s, comme le Collectif Lubrizol. Pour l'instant, 130 personnes et quelques mairies ont annonc&#233; porter plainte contre l'entreprise et l'&#201;tat. Comme plus personne ne croit aux discours &#233;tatiques ni &#224; ceux des patrons, c'est une forme de mouvement social qui se construit, m&#234;lant syndicalistes, &#233;colos, Gilets jaunes et simples quidams. Des manifs ont eu lieu (celle du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; octobre &#233;tait particuli&#232;rement imposante) ; des r&#233;unions aussi, mais qui pour l'instant ne d&#233;bouchent pas sur grand-chose. Des professionnels de sant&#233; cr&#233;ent un r&#233;seau de surveillance sanitaire sur le territoire impact&#233;. Des syndicalistes qui bossent depuis des ann&#233;es sur la sant&#233; au travail et les risques industriels sont &#233;galement aux premiers rangs. Les r&#233;v&#233;lations tombent jour apr&#232;s jour et une chose est s&#251;re : le scandale et la lutte pour la justice n'en sont qu'&#224; leurs balbutiements.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Levaray&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il en est sorti un ouvrage, fort recommand&#233;, publi&#233; par Libertalia en 2016 :&lt;i&gt; Je vous &#233;cris de l'usine&lt;/i&gt;. Jean-Pierre Levaray est &#233;galement l'auteur de Putain d'usine (L'Insomniaque/Agone), qui a &#233;t&#233; adapt&#233; en bande dessin&#233;e, et du bien nomm&#233; &lt;i&gt;Tue ton patron &lt;/i&gt;(Libertalia).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 21 septembre 2001, cette usine explosait &#224; Toulouse, faisant 31 morts.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le dernier bar de docker</title>
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&lt;p&gt;Jean-Pierre Levaray, qui nous a cont&#233; pendant de nombreuses ann&#233;es ses aventures &#224; l'usine, est normand. C'est donc en r&#233;gional de l'&#233;tape qu'il va nous parler du port du Havre et de ses dockers rebelles. Choses vues et entendues. Je vais souvent au Havre ces temps-ci parce que c'est une ville que j'ai appris &#224; aimer. Il y a la plage, le port et cette architecture particuli&#232;re. Il y a aussi un &#233;tat d'esprit que j'aime bien. Plein de groupes rock sans concession, de rappeurs assez (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no152-mars-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;152 (mars 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Jean-Pierre-Levaray-334" rel="tag"&gt;Jean-Pierre Levaray&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bob" rel="tag"&gt;Bob&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jean-Pierre Levaray, qui nous a cont&#233; pendant de nombreuses ann&#233;es ses &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-usine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;aventures &#224; l'usine&lt;/a&gt;, est normand. C'est donc en r&#233;gional de l'&#233;tape qu'il va nous parler du port du Havre et de ses dockers rebelles. Choses vues et entendues.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3024 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH405/-1260-35689.jpg?1768649263' width='400' height='405' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Jean-Pierre Levaray
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;J&lt;/span&gt;e vais souvent au Havre ces temps-ci parce que c'est une ville que j'ai appris &#224; aimer. Il y a la plage, le port et cette architecture particuli&#232;re. Il y a aussi un &#233;tat d'esprit que j'aime bien. Plein de groupes rock sans concession, de rappeurs assez sympathiques et de syndicalistes comme on voudrait en rencontrer plus souvent. Du coup, je coordonne un projet de livre, pour l'Union locale CGT du Havre, sur le &lt;i&gt;Havre populaire et insoumis &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Oui, je sais le terme est galvaud&#233; par M&#233;lenchon, mais pour le moment on n'a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Ce livre se veut une r&#233;ponse aux festivit&#233;s fastueuses que pr&#233;pare la mairie (de droite) pour les 500 ans de la cr&#233;ation de la ville par Fran&#231;ois I&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je suis donc amen&#233;&lt;/strong&gt; &#224; interviewer des personnalit&#233;s artistiques et syndicales de la ville. Aujourd'hui, je dois rencontrer Little Bob, figure incontournable et papy du rock. L'endroit qu'il a choisi pour cet entretien, c'est le bar Marie-Louise, quai de Sa&#244;ne. Le dernier bar de dockers du Havre, mais aussi un lieu mythique depuis qu'Aki Kaurism&#228;ki y a film&#233; des sc&#232;nes pour son film &lt;i&gt;Le Havre&lt;/i&gt;, ainsi que Dominique Abel et Fiona Gordon pour &lt;i&gt;Les F&#233;es&lt;/i&gt;. Le bar o&#249; aurait &#233;t&#233; film&#233; &lt;i&gt;Quai des brumes&lt;/i&gt; est, lui, d&#233;finitivement d&#233;truit. Quant au Marie-Louise, il risque de fermer tr&#232;s bient&#244;t, Jacquotte, qui le tient depuis tant d'ann&#233;es, veut prendre sa retraite et personne ne semble vouloir lui succ&#233;der, au grand dam de Little Bob.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que le quartier se d&#233;sertifie. Hangars vides, habitations mur&#233;es en attendant des projets immobiliers. L'immeuble qui abritait la Caisse des cong&#233;s pay&#233;s des ouvriers du port tombe en ruine. On n'a plus trop envie d'y tra&#238;ner le soir m&#234;me si le quai de Sa&#244;ne est encore fr&#233;quent&#233; par quelques promeneurs et p&#234;cheurs du week-end, au pied des habitats en containers qui font cages &#224; lapin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je suis pas mal en avance&lt;/strong&gt;, alors je fais le touriste. En face du bar, sur l'autre rive, le port. Ses grues et portiques, ses hangars gigantesques et ses milliers de containers qui s'empilent comme des t&#233;triminos. Plus loin, d'&#233;normes r&#233;servoirs attendent goul&#251;ment les tankers charg&#233;s de p&#233;trole ou de carburant pour alimenter Paris et les r&#233;gions Nord et Ouest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le trafic de camions et de bateaux est intense, on ne voit plus grand monde. C'est devenu impersonnel et froid. O&#249; sont les travailleurs du port et les dockers ? &#171; &lt;i&gt;Quand il fallait 1 000 dockers pour un million de containers, il en suffit d&#233;sormais de trente sur un terminal enti&#232;rement automatis&#233;&lt;/i&gt; &#187;, me disait Laurent, syndicaliste au port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On &#233;tait plus de 1 600 dans les ann&#233;es 1990, puis 1 450 en 2000. Aujourd'hui, on se maintient - uniquement par la lutte - &#224; 1 200 salari&#233;s. L'objectif de la r&#233;forme de 2008 &#233;tait de nous descendre &#224; 560 salari&#233;s sur le Grand-Port du Havre pour se recentrer sur les m&#233;tiers d'administration, de gestion. Il ne devait rester que &#231;a. Un peu comme ce qui s'est pass&#233; au Port Autonome de Paris : il g&#232;re son patrimoine et son domanial, laissant bosser tous les priv&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2008&lt;/strong&gt;, la loi de coordination interportuaire a &#233;t&#233; appliqu&#233;e. Et au niveau de la Seine, les ports de Rouen, Paris et Le Havre sont devenus un regroupement d'int&#233;r&#234;t &#233;conomique. Ce qui entra&#238;ne une fusion des trois entit&#233;s avec mutualisation des services, notamment administratifs. Les rives de la Seine, du Havre &#224; Paris, devront accueillir un seul et m&#234;me grand port. Les plates-formes logistiques et de r&#233;ception de containers s'y multiplient ; Le Havre a pourtant perdu sa vocation europ&#233;enne, m&#234;me s'il reste le premier port fran&#231;ais. 2,5 millions de containers transitent par Le Havre alors que Rotterdam en fait 10 millions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une privatisation&lt;/strong&gt; &#224; marche forc&#233;e frappe aussi bien la logistique que la maintenance. Et il s'agit surtout de casser les statuts des travailleurs portuaires et des dockers. Avec un taux de syndicalisation de 80 % pour les premiers et 100 % pour les seconds, ils repr&#233;sentent le pire cauchemar des patrons et de l'administration. D'autant que ces salari&#233;s ont d&#233;velopp&#233; une culture particuli&#232;rement combative : &#171; &lt;i&gt;On a eu de grandes luttes depuis 2008. Et on se bat tous les deux ou trois mois, parce qu'il faut montrer aux patrons qu'on est l&#224;.&lt;/i&gt; &#187; Laurent ajoute : &#171; &lt;i&gt;On est des combattants, m&#234;me si certaines organisations ont perdu cet objectif. On reste des syndicats, on n'est pas des partenaires sociaux. On ne sera jamais des partenaires sociaux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;videmment&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; tous ces travailleurs portuaires se sont retrouv&#233;s au printemps 2016 dans les rues contre la loi Travail, aux c&#244;t&#233;s des salari&#233;.e.s, lyc&#233;en.ne.s et autres. &#171; &lt;i&gt; On a commenc&#233; &#224; mordre d&#232;s le 9 mars avec un mouvement de 24 heures. Quatorze autres jours de gr&#232;ve ont suivi. &lt;/i&gt; &#187; Il y a eu, au Havre, des mobilisations record dans la rue, des barrages routiers titanesques sur le Pont de Normandie, devant les raffineries, aux entr&#233;es de la ville. Un v&#233;ritable blocage&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le blocage n'est pas une nouveaut&#233; au Havre o&#249; les dockers, mais aussi les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; de l'&#233;conomie que les chefs d'entreprises de la r&#233;gion ont mod&#233;r&#233;ment appr&#233;ci&#233; : ils sont all&#233;s qu&#233;mander &#224; la pr&#233;fecture des mesures pour que cela ne se reproduise plus. Mais essayez de stopper des dockers motiv&#233;s, &#231;a ne sera pas facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En cette p&#233;riode bizarre d'&#233;lections,&lt;/strong&gt; ces luttes semblent lointaines. Les quelques essais de manifs et de blocages de ces derniers mois lanc&#233;s au Havre n'ont pas &#233;t&#233; suivis nationalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bon, j'arr&#234;te de vous parler&lt;/strong&gt; du port du Havre. Je vois Little Bob qui arrive, veste en cuir, k&#233;fi&#233;, chaussures pointues et cheveux gris en brushing. Il est souriant. Nous nous saluons et entrons chez Marie-Louise, l'interview va commencer et c'est une autre histoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Texte et photo Jean-Pierre Levaray&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Oui, je sais le terme est galvaud&#233; par M&#233;lenchon, mais pour le moment on n'a pas trouv&#233; mieux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le blocage n'est pas une nouveaut&#233; au Havre o&#249; les dockers, mais aussi les salari&#233;.e.s de Sidel ou d'autres bo&#238;tes l'utilisent r&#233;guli&#232;rement depuis 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Ne tirez plus sur l'h&#244;pital</title>
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		<dc:date>2019-03-15T01:33:38Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


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&lt;p&gt;Saint-&#201;tienne-du-Rouvray, son &#233;glise, son cur&#233; assassin&#233;&#8230; mais aussi son h&#244;pital psy en lutte. Depuis la fin de l'&#233;t&#233;, le personnel soignant s'est mis en gr&#232;ve contre la r&#233;forme manag&#233;riale impos&#233;e par la loi Touraine et appliqu&#233;e par la direction. Reportage. Derri&#232;re de hauts murs de silex et de briques qui s'&#233;tendent sur plusieurs kilom&#232;tres et encerclent le plus grand parc arbor&#233; de Seine-Maritime se trouve le Centre hospitalier psychiatrique du Rouvray. Plus de 2 000 personnes y (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no147-octobre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;147 (octobre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Emilie-Seto" rel="tag"&gt;Emilie Seto&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/mouvement" rel="tag"&gt;mouvement&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/hopitaux" rel="tag"&gt;h&#244;pitaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Saint-&#201;tienne-du-Rouvray, son &#233;glise, son cur&#233; assassin&#233;&#8230; mais aussi son h&#244;pital psy en lutte. Depuis la fin de l'&#233;t&#233;, le personnel soignant s'est mis en gr&#232;ve contre la r&#233;forme manag&#233;riale impos&#233;e par la loi Touraine et appliqu&#233;e par la direction. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2847 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L335xH500/-1099-fed2d.jpg?1768650687' width='335' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Emilie Seto
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;erri&#232;re de hauts murs de silex et de briques qui s'&#233;tendent sur plusieurs kilom&#232;tres et encerclent le plus grand parc arbor&#233; de Seine-Maritime se trouve le Centre hospitalier psychiatrique du Rouvray. Plus de 2 000 personnes y bossent, dont 1 300 des services de soins et 160 m&#233;decins. Concernant les &#171; soign&#233;s &#187;, c'est plus difficile &#224; comptabiliser, outre ceux et celles qui sont en traitement pour d&#233;pression, drogue ou autres, le centre du Rouvray a, d&#232;s les ann&#233;es 1970, &#233;t&#233; un &#233;tablissement pilote au niveau de la sectorisation. Ce qui fait qu'il y a un gros contingent de malades en ambulatoire (qui sortent de l'h&#244;pital chaque soir) ou qui fr&#233;quentent les h&#244;pitaux de jour diss&#233;min&#233;s dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur les grilles de l'entr&#233;e, &lt;/strong&gt;des banderoles appellent au retrait de la loi sant&#233; ou loi Touraine, disent non aux &#171; effectifs cible &#187; ou, tout simplement annoncent que le personnel est en gr&#232;ve. Une situation qui n'est pas rare dans cet &#233;tablissement o&#249; le personnel est assez combatif. Lors du printemps dernier, une grande banderole exigeait &#233;galement le retrait de la loi El Khomry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En entrant &lt;/strong&gt;dans l'&#233;tablissement, je longe un chemin balis&#233; par de nouvelles banderoles appelant aux AG quotidiennes &#224; 15 heures ou disant &lt;i&gt;&#171; Si nous sommes les cibles, nous ne nous laisserons pas faire &#187;. &lt;/i&gt;J'atteins un tas de palettes et un grand barnum o&#249; se trouve le piquet de gr&#232;ve. Une dizaine de personnes discutent, offrent le caf&#233;. Sur les murs les derni&#232;res infos sur le mouvement ainsi que le planning des volontaires pour tenir le piquet de gr&#232;ve. Des habitants du quartier et des militants mais &#233;galement des patients font un passage, s'informent ou tout simplement viennent apporter leur soutien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
&lt;strong&gt;&#171; Le mouvement de gr&#232;ve &lt;/strong&gt;a commenc&#233; le 30 ao&#251;t&lt;/i&gt;, me dit Romuald. &lt;i&gt;C'est &#224; l'initiative du personnel soignant non syndiqu&#233;. Rapidement la CGT s'est jointe au mouvement et la CFTC vient de le faire &#233;galement. &#187; &lt;/i&gt;Ce n'est m&#234;me pas la peine de le pr&#233;ciser mais, le 3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; syndicat de la bo&#238;te, la CFDT, approuve la r&#233;forme. &lt;i&gt;&#171; Cette gr&#232;ve fait suite aux annonces de la direction sur sa volont&#233; de r&#233;duire de fa&#231;on drastique les effectifs, &lt;/i&gt;ajoute Ren&#233;. &lt;i&gt;Alors que nous, ce que nous demandons, c'est qu'ils prennent en compte notre souffrance et que, pour le moins, les d&#233;parts en retraite soient remplac&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Ce qui se passe &lt;/strong&gt;au centre du Rouvray correspond juste &#224; l'application de la loi Sant&#233; qui pr&#233;voit, dans les ann&#233;es &#224; venir, la suppression de 60 &#224; 70 000 postes dans les h&#244;pitaux. Pour quiconque a d&#251; c&#244;toyer les h&#244;pitaux ces derni&#232;res ann&#233;es, on sent partout le manque de personnel et le stress des soignants et soignantes. G&#233;rer l'h&#244;pital comme une entreprise reste, h&#233;las , le mantra r&#233;p&#233;t&#233; par les managers, lesquels &lt;i&gt;&#171; comptabilisent et prennent en charge des lits et non plus des &#234;tres en souffrance &#187;, &lt;/i&gt;poursuit Ren&#233;. Jusqu'&#224; pr&#233;sent plut&#244;t &#233;pargn&#233;, le personnel soignant du Rouvray se retrouve soumis, depuis cet &#233;t&#233; et le rattachement du centre au CHU de Rouen, &#224; la Gestion hospitali&#232;re territoriale charg&#233;e de r&#233;organiser les effectifs en fonction des besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concr&#232;tement, &lt;/strong&gt;pour l'h&#244;pital psychiatrique, la direction veut fixer un effectif minimum dans chaque service avec un pool, une &#233;quipe polyvalente, qui pourra intervenir n'importe o&#249; (et &#233;videmment sans embauche). &#192; croire qu'on soigne de la m&#234;me fa&#231;on en p&#233;diatrie, en g&#233;riatrie, en addictologie ou aupr&#232;s des malades dangereux. &lt;i&gt;&#171; Et depuis quand r&#233;duire le nombre de soignants dans une &#233;quipe est mieux pour le patient et mieux pour l'&#233;quipe ou pour la qualit&#233; de soins ? &#187;, &lt;/i&gt;demande Fran&#231;ois. &lt;i&gt;&#171; Il s'agit d'une organisation essentiellement comptable, &lt;/i&gt;reprend Ren&#233;, &lt;i&gt;qui va &#224; l'encontre de toute approche humaniste et respectueuse des patients. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Dans le calcul &lt;/strong&gt;de la direction, les chambres d'isolement, les renforts, les rendez-vous, les accompagnements ne sont aucunement pris en compte. Cela aura des r&#233;percussions sur le temps accord&#233; aux patients hospitalis&#233;s ainsi que sur la r&#233;flexion par rapport aux soins &#224; apporter. Cerise sur le g&#226;teau, la directrice a &#233;galement annonc&#233; que, pour faciliter et rendre plus efficace les interventions du pool, un logiciel sera install&#233; pour g&#233;rer l'ensemble du personnel en tranchant l&#224; o&#249; il manque du monde et l&#224; o&#249; il y en a trop. &lt;i&gt;&#171; Jusqu'&#224; pr&#233;sent, &lt;/i&gt;me dit Carole, &lt;i&gt;c'&#233;tait nous qui g&#233;rions nos repos et nos vacances dans les &#233;quipes, entre nous, apr&#232;s discussion. Maintenant &#231;a va &#234;tre un logiciel ! On est de plus en plus loin de l'humain. &#187; &lt;/i&gt;Et une autre jeune femme de m'interpeller : &lt;i&gt;&#171; Comme si s'occuper des patients, c'&#233;tait juste leur donner des m&#233;dicaments et faire des piq&#251;res&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Le personnel soignant &lt;/strong&gt;est en col&#232;re partout en France. Il doit payer le prix fort de la restructuration lib&#233;rale. Ces derniers mois, il y a eu 5 suicides dans les h&#244;pitaux. Le 14 septembre, un mouvement touchait l'ensemble des h&#244;pitaux. Le 15, infirmiers et infirmi&#232;res du Rouvray &#233;taient massivement en gr&#232;ve et en t&#234;te de manif rouennaise. &#192; l'heure o&#249; cet article est &#233;crit, le mouvement continue, la gr&#232;ve vient d'&#234;tre &#224; nouveau vot&#233;e pour les huit prochains jours, les syndicats font intervenir le comit&#233; hygi&#232;ne, s&#233;curit&#233; et des conditions de travail et d'autres actions sont men&#233;es. Une nouvelle banderole a &#233;t&#233; plant&#233;e sur la pelouse : &#171; Gr&#232;ve totale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Levaray&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Coup de gueule d'un soignant&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;&#171; C&lt;/petitelettrine&gt;e management exalt&#233; et froid, ces praticiens occup&#233;s &#224; faire passer et imposer leurs nouvelles r&#233;formes, r&#233;duire les co&#251;ts, faire des &#233;conomies, mutualiser les moyens, tracent un trait sur les sp&#233;cificit&#233;s de notre m&#233;tier, sur l'humain, sur l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette humanit&#233; qui nous a fait choisir de nous occuper de patients atteint par ce type de troubles. L'essence m&#234;me de notre investissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dites-vous bien que cette dimension humaine est d&#233;sormais bannie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce souci de rationalisation se traduit par une destruction lente et progressive des soins en psychiatrie. Ce lien si durement acquis avec le malade n'est plus essentiel. Cette dimension humaine se dissout au profit d'un &#8220;objet&#8221; &#224; traiter, de cibles de soins et de troubles &#224; corriger. Nous ne parlons plus de souffrance psychique et humaine qu'il s'agit de comprendre et d'apaiser, mais de troubles. Trouble &#224; l'ordre public qui devient l'ennemi &#224; r&#233;primer. Le d&#233;lire n'est plus un langage &#224; entendre et d&#233;crypter mais un sympt&#244;me &#224; supprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous inonde de protocoles, de normes, de contr&#244;les, d'accr&#233;ditations. Une traque &#224; la dimension humaine du soin est lanc&#233;e. Il ne faut surtout plus s'impliquer ou prendre des initiatives. Il faut lisser les attitudes et les soins, supprimer les temps d'&#233;changes, supprimer toute subjectivit&#233;, ne plus discuter d'alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La norme fait acte de loi. Bosser en obst&#233;trique sera bient&#244;t la m&#234;me chose que de travailler en psychiatrie. Seule la technicit&#233; sera diff&#233;rente. Le somatique se prend en charge de la m&#234;me mani&#232;re que le psychiatrique. On nous demande de traiter une psychose comme on traiterait un cancer. La normalisation est l&#224; pour parachever ce travail de destruction de notre m&#233;tier. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne laissons pas faire. Car ce combat s'adresse &#224; toutes et tous. Car, outre le fait de cette perte d'identit&#233; de ce m&#233;tier que nous aimons, outre le fait que nous ne travaillerons bient&#244;t qu'en effectif minimum, peu importe la charge de travail, outre le fait que nos temps de repos, de vacances nous seront impos&#233;s, accepter cela c'est renoncer &#224; ce qui fait de nous des soignants, renoncer &#224; ce qui fait de nous des &#234;tres humains. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;
&lt;i&gt;Extrait d'un tract distribu&#233; dans la r&#233;gion rouennaise.&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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