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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Barge d&#233;barque au Chien rouge !</title>
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		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>



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&lt;p&gt;C'est la f&#234;te ! Les &#233;ditions du Chien rouge r&#233;&#233;ditent Barge, petit bouquin d&#233;j&#224; culte, intime et percutant, autour de la sant&#233; mentale et de la psychiatrie. Entretien avec l'autrice, suivi de morceaux vol&#233;s. Barge, c'est le r&#233;cit de H.K, qui, dans sa vingtaine, a travers&#233; trois &#233;pisodes de bouff&#233;es d&#233;lirantes. Nouveau Messie, elle est charg&#233;e de r&#233;pandre l'anarchie sur terre, de mani&#232;re douce et non violente. Pour ce livre, elle puise dans ses carnets, son dossier m&#233;dical et des lettres de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no226-janvier-2024" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;226 (janvier 2024)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est la f&#234;te ! Les &#233;ditions du Chien rouge r&#233;&#233;ditent &lt;i&gt;Barge&lt;/i&gt;, petit bouquin d&#233;j&#224; culte, intime et percutant, autour de la sant&#233; mentale et de la psychiatrie. Entretien avec l'autrice, suivi de morceaux vol&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5413 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;56&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_barge3d_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH704/web_barge3d_1200px-5a071.jpg?1780129367' width='500' height='704' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Extrait de Barge, de H. K. aux &#233;ditions du Chien Rouge
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;B&lt;/span&gt;&lt;i&gt;arge&lt;/i&gt;, c'est le r&#233;cit de H.K, qui, dans sa vingtaine, a travers&#233; trois &#233;pisodes de bouff&#233;es d&#233;lirantes. Nouveau Messie, elle est charg&#233;e de r&#233;pandre l'anarchie sur terre, de mani&#232;re douce et non violente. Pour ce livre, elle puise dans ses carnets, son dossier m&#233;dical et des lettres de proches pour raconter sa folie, ses rechutes et son r&#233;tablissement. Et dire comment, gr&#226;ce aux rencontres et aux collectifs, elle politise son histoire personnelle et le rapport &#224; l'institution psychiatrique. D'abord auto-&#233;dit&#233; par l'autrice en 2019, &lt;i&gt;Barge&lt;/i&gt; a connu un succ&#232;s impressionnant. Aux &#233;ditions du Chien rouge, on est tr&#232;s heureux&#183;ses de lui permettre de vivre une nouvelle vie en le r&#233;&#233;ditant &#224; l'identique. Le livre, en pr&#233;vente &#224; prix r&#233;duit en nous &#233;crivant (abonnement@cqfd-journal.org), sort le 26 janvier en librairie ! Mais en attendant, la parole est &#224; l'autrice !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as sorti la premi&#232;re &#233;dition de &lt;i&gt;Barge&lt;/i&gt; en 2019. Peux-tu revenir sur ce qui a d&#233;clench&#233; l'&#233;criture du bouquin ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela faisait une dizaine d'ann&#233;es que je racontais des bouts de mon histoire, dans des brochures ou lors de rencontres autour de la psy organis&#233;es avec le collectif Crazy Horde&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le collectif Crazy Horde a men&#233; de nombreuses actions autour du soin et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#224; Toulouse. Le fait que mon amoureux se lance dans un film sur son histoire &#224; lui&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Grand Ordinaire (2019) de Mathieu Kiefer. Pour voir le film, rendez-vous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; m'a donn&#233; de l'&#233;lan pour assumer un r&#233;cit de moi un peu plus complet. Comme lui, je ne visais pas tant l'autobiographie que de donner &#224; comprendre et ressentir les &#233;tats aigus qu'on peut traverser lors de bouff&#233;es d&#233;lirantes. Depuis ma place, avec mes mots et mes convictions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, les questions de sant&#233; mentale et les t&#233;moignages de personnes concern&#233;es par des troubles psy se multiplient dans les m&#233;dias. Est-ce que tu y vois une forme de d&#233;stigmatisation de la folie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les t&#233;moignages &#224; la premi&#232;re personne se multiplient et re&#231;oivent plut&#244;t un bon accueil, et c'est tant mieux. On peut trouver plein d'explications &#224; cela : le champ ouvert par les r&#233;seaux sociaux pour l'expression de soi et la reconnaissance d'un v&#233;cu commun, l'impact des crises li&#233;es au Covid sur la sant&#233; mentale de la population g&#233;n&#233;rale, la pr&#233;sence croissante de personnes concern&#233;es dans les instances de la d&#233;mocratie sanitaire&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Participation des patients et des citoyens aux politiques de sant&#233; et &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; (au sein des conseils locaux de sant&#233; mentale, des commissions de repr&#233;sentants des usager&#183;es, lors de colloques, etc.). Mais il me semble important de pointer un travers de ces avanc&#233;es dans la d&#233;stigmatisation : le propos y est souvent format&#233; pour correspondre aux besoins des plateformes (contenu &lt;i&gt;catchy&lt;/i&gt; et parfois st&#233;r&#233;otyp&#233;, montage ultra &lt;i&gt;cut&lt;/i&gt;, peu de place pour l'analyse longue,etc.). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui d&#233;politise la question de la sant&#233; mentale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On met surtout en avant les individus et leur diagnostic, rarement les collectifs et leurs dynamiques, alors que la solidarit&#233; et l'entraide sont primordiales pour aller mieux. On passe souvent sous silence les param&#232;tres &#233;conomiques, politiques et sociaux qui font qu'on va mal, et les in&#233;galit&#233;s sociales de sant&#233; qui ob&#232;rent aussi nos parcours de r&#233;tablissement. Comme si la sant&#233; mentale &#233;tait avant tout une question individuelle, et qu'avec le bon parcours de r&#233;habilitation, de la m&#233;thode et un peu de bonne volont&#233;, c'&#233;tait &#224; la port&#233;e de chacun&#183;e de se r&#233;tablir&#8230; C'est pour &#231;a que d&#233;couvrir le collectif britannique Recovery in the Bin [Le R&#233;tablissement &#224; la poubelle], pour qui il n'y a pas de r&#233;tablissement sans justice sociale, m'a mise en joie. &#199;a me semble aussi important de rappeler que tout le monde n'a pas les moyens de raconter son histoire : il faut de l'assurance et de la confiance en soi pour se sentir l&#233;gitime de prendre de la place avec sa propre histoire &#8211; &#231;a peut &#234;tre plus compliqu&#233; si l'on appartient &#224; une cat&#233;gorie de population minoris&#233;e ; il faut un capital financier, un acc&#232;s aux moyens de production et de diffusion&#8230; Heureusement que des dispositifs comme les biblioth&#232;ques vivantes&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dispositif permettant &#224; une personne du grand public de d&#233;couvrir l'histoire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; tentent de rem&#233;dier &#224; cela. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5412 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;56&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_illusbarge2_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH630/web_illusbarge2_1200px-84024.jpg?1780129367' width='500' height='630' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Extrait de Barge, de H. K. aux &#233;ditions du Chien Rouge
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as d&#233;j&#224; autodiffus&#233; pr&#232;s de 4 000 bouquins, mazette ! Est-ce que tu peux revenir sur les moments forts des pr&#233;sentations ?
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai moi-m&#234;me &#233;t&#233; surprise par le succ&#232;s du livre. J'y vois la puissance du bouche-&#224;-oreille, la force du r&#233;seau construit au fil des ans, ainsi que le soutien de certaines librairies (Terra Nova &#224; Toulouse, Terre des Livres &#224; Lyon, L'Hydre &#224; Marseille : &lt;i&gt;big up !&lt;/i&gt;). J'avais &#233;crit &lt;i&gt;Barge&lt;/i&gt; pour ouvrir des espaces de discussion autour de la folie et de son accompagnement, et j'ai fait une trentaine de dates depuis la sortie du livre, dans plein de lieux diff&#233;rents. &#192; chaque fois, c'&#233;tait riche et intense. Le moment le plus fort pour moi reste certainement la pr&#233;sentation aux Tanneries &#224; Dijon, parce qu'il y avait mes parents mais aussi des habitant&#183;es qui m'avaient connue bien d&#233;lirante &#224; l'&#233;poque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu es aujourd'hui paire-aidante dans un h&#244;pital psychiatrique (HP). Est-ce que tu peux nous en dire plus ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est &#224; la suite d'une lecture de &lt;i&gt;Barge&lt;/i&gt; que j'ai &#233;t&#233; embauch&#233;e par une nouvelle &#233;quipe de psychiatres du petit HP de Lavaur (Tarn). Elle tente de changer les pratiques de soin en s'inspirant de la psychoth&#233;rapie institutionnelle, de la psychiatrie communautaire et de la ph&#233;nom&#233;nologie. Il y a de la place pour inventer, ouvrir des espaces moins conventionnels. Je tiens la biblioth&#232;que et l'infokiosque, je facilite un groupe de parole sans soignants, je coanime l'atelier journal et le groupe de travail sur les directives anticip&#233;es, je participe &#224; un projet de recherche sur le r&#233;tablissement dans la schizophr&#233;nie, j'accompagne des personnes en individuel aussi&#8230; c'est vraiment tr&#232;s riche. Y compris dans les questions politiques que &#231;a me pose, des compromis que j'accepte de faire et pourquoi. Ce boulot d'intervenante-paire est encore en cours de d&#233;finition au niveau national, et c'est tr&#232;s stimulant de le construire au quotidien.
En ce moment je travaille sur la question de la sexualit&#233; des personnes pendant leur hospitalisation, qui a &#233;videmment &#233;t&#233; un enjeu important pour moi &#224; l'&#233;poque. Je me sens port&#233;e par cette continuit&#233; de sens, m&#234;me si c'est loin d'&#234;tre reposant ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par C&#233;cile Kiefer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;Morceaux vol&#233;s&lt;/strong&gt;
&#171; 19 d&#233;cembre 2000. Centre hospitalier universitaire de Dijon &#8211; Consultation de psychiatrie. Jeune fille de 21 ans venue aux urgences accompagn&#233;e par son p&#232;re apr&#232;s une fugue.
&#8211; contact difficile
&#8211; regard fixe
&#8211; d&#233;faut d'hygi&#232;ne
Dit &#234;tre hospitalis&#233;e &#171; pour faire une pause &#187;. &#171; Je suis un peu nymphomane, c'est-&#224;-dire attir&#233;e par les relations humaines &#187;. Ne se sent pas angoiss&#233;e, n'a pas conscience de pr&#233;senter un comportement anormal.
&#192; la fin de l'entretien, le contact est un peu meilleur. Elle me dit &#171; entendre des voix qui lui parlent, des paroles d'amour ou des injures &#187;. Cela a d&#233;but&#233; cet &#233;t&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; -
Le Zyprexa, il m'a bourr&#233; du coton dans le cerveau et de la mollesse dans le corps. Il a assez vite &#233;touff&#233;, telle une couverture humide, les flammes rugissantes de mon d&#233;lire. Il a souffl&#233; sur mon &#233;lan vital comme on &#233;teint une chandelle. &lt;br /&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5411 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;56&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_illusbarge_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH654/web_illusbarge_1200px-dd7a0.jpg?1780129368' width='500' height='654' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Extrait de Barge, de H. K. aux &#233;ditions du Chien Rouge
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;2002, c'est l'ann&#233;e des manifs contre Le Pen au deuxi&#232;me tour, Dijon qui grouille, des assembl&#233;es sur les places publiques. Le chaos semble possible, c'est terrifiant et excitant &#224; la fois. Je suis souvent au squat des Tanneries et au local libertaire, &#224; zoner, &#224; me taper l'incruste.
Mes phrases sont tordues, mais pas plus que les messages des militants qui me semblent cod&#233;s. Je crains les trahir en les regardant en face : les flics pourraient, via mes yeux-cam&#233;ras, photographier leurs iris et les ficher. Lors d'une manif de nuit, sur les grands boulevards, ma t&#234;te est envahie par des injures racistes, et dans mon champ de vision apparaissent des surimpressions de croix gamm&#233;es, de flammes du Front National. C'est la panique. Sans doute a-t-on vendu l'acc&#232;s de mon cerveau &#224; l'ennemi, qui profite ainsi d'un &#233;metteur surpuissant, universel, puisque tout le monde, et j'entends bel et bien par l&#224; tous les habitants et habitantes de la plan&#232;te, voient ce que je vois et entendent ce que je pense. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le collectif Crazy Horde a men&#233; de nombreuses actions autour du soin et de la psychiatrie : ateliers, infokiosque, projections, th&#233;&#226;tre de l'opprim&#233;&#183;e, et anim&#233; l'&#233;mission Crio Cuervos sur Canal Sud.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Grand Ordinaire &lt;/i&gt;(2019) de Mathieu Kiefer. Pour voir le film, rendez-vous sur &lt;a href=&#034;http://www.legrandordinaire.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;legrandordinaire.com&lt;/a&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Participation des patients et des citoyens aux politiques de sant&#233; et &#224; leurs institutions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dispositif permettant &#224; une personne du grand public de d&#233;couvrir l'histoire d'une personne minoris&#233;e, dont le r&#233;cit est incarn&#233; par un&#183;e lecteur&#183;ice. Lire &lt;a href=&#034;https://centre-ressource-rehabilitation.org/les-bibliotheques-vivantes-provoquer-la-rencontre-pour-lutter-contre-la&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Les biblioth&#232;ques vivantes : provoquer la rencontre pour lutter contre la stigmatisation en sant&#233; mentale &lt;/a&gt; &#187;, site du Centre ressource r&#233;habilitation et rem&#233;diation cognitive (30/07/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; La patiente se lamente : &#8220;J'ai faim, j'ai faim&#8221; &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/La-patiente-se-lamente-J-ai-faim-j</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/La-patiente-se-lamente-J-ai-faim-j</guid>
		<dc:date>2022-07-29T09:45:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les personnes en souffrance psychique n'ont pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;es par la Seconde Guerre mondiale. En France, entre 1940 et 1944, le gouvernement de Vichy a litt&#233;ralement laiss&#233; crever de faim 45 000 &#171; ali&#233;n&#233;&#183;es &#187;, dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale. Le documentaire La Faim des fous (2018), de Franck Seuret, l&#232;ve le voile sur cet &#233;pisode honteux de l'histoire, permettant &#224; certains descendants de briser le silence. Un seul lieu &#233;chappe &#224; cette h&#233;catombe : &#224; l'asile de Saint-Alban, en Loz&#232;re, on ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no211-juillet-aout-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;211 (juillet-ao&#251;t 2022)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les personnes en souffrance psychique n'ont pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;es par la Seconde Guerre mondiale. En France, entre 1940 et 1944, le gouvernement de Vichy a litt&#233;ralement laiss&#233; crever de faim 45 000 &#171; ali&#233;n&#233;&#183;es &#187;, dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale. Le documentaire &lt;i&gt;La Faim des fous&lt;/i&gt; (2018), de Franck Seuret, l&#232;ve le voile sur cet &#233;pisode honteux de l'histoire, permettant &#224; certains descendants de briser le silence. Un seul lieu &#233;chappe &#224; cette h&#233;catombe : &#224; l'asile de Saint-Alban, en Loz&#232;re, on ne meurt pas de faim. On y invente m&#234;me une autre fa&#231;on de faire de la psychiatrie, que documente&lt;i&gt; Les Heures heureuses&lt;/i&gt; (2019), de la r&#233;alisatrice Martine Deyres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4671 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200faimdesfous_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH494/1200faimdesfous_resultat-e1235.jpg?1780129370' width='500' height='494' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Baptiste Alchourroun
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sous l'Occupation, partout en France, la crise alimentaire fait rage. Pour ne rien arranger, P&#233;tain et son gouvernement inf&#233;od&#233; &#224; l'occupant nazi pillent des terres, r&#233;quisitionnent certains troupeaux, affamant de fait la population. En 1940 est mise en place une carte de rationnement qui garantit 1 200 &#224; 1 800 calories par jour et par personne au lieu des 2 400 recommand&#233;es pour tenir le coup. Les malades mentaux, enferm&#233;s entre les quatre murs de l'asile, ne peuvent compl&#233;ter cette maigre ration avec des aliments trouv&#233;s sur le march&#233; noir. R&#233;sultat : on y cr&#232;ve de faim et le taux de mortalit&#233; s'affole. En 1942, au plus fort de la guerre, il atteint 25 % voire 38 % dans certains h&#244;pitaux contre 6 % &#224; 9 % en temps &lt;i&gt;normal&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;&#192; l'&#233;poque, quand on rentrait &#224; l'asile, on savait qu'on en sortirait plus&lt;/i&gt; &#187;, rappelle Coty Clin, directrice du mus&#233;e d'histoire de la psychiatrie de Clermont (Oise), dans le documentaire &lt;i&gt;La Faim des fous&lt;/i&gt; de Franck Seuret&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Visible gratuitement sur Internet, notamment sur YouTube&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Devant cette h&#233;catombe, des psychiatres r&#233;clament d&#232;s 1941 des compl&#233;ments alimentaires. Mais Vichy refuse d'octroyer ce suppl&#233;ment et continue d'affamer ces patients jug&#233;s sans int&#233;r&#234;t. En octobre 1942, le gouvernement c&#232;de. La courbe de mortalit&#233; s'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Des morts-vivants &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#192; travers le dossier de ma grand-m&#232;re, il y aura le dossier de toutes ces personnes qui n'auraient jamais d&#251; mourir&lt;/i&gt; &#187;, estime Isabelle Gautier, figure centrale du film. Sa grand-m&#232;re, H&#233;l&#232;ne Guerrier est morte de cachexie&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Affaiblissement de l'organisme provoqu&#233; par une d&#233;nutrition tr&#232;s importante.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#224; l'h&#244;pital de Clermont en juin 1942, trois ans apr&#232;s son internement. Plac&#233;e en famille d'accueil d&#232;s son plus jeune &#226;ge, elle devient la domestique de grands bourgeois. Quand la guerre &#233;clate, elle prend la route de l'exil, seule avec ses quatre enfants sur les bras. Traumatis&#233;e, elle se fait interner par sa fille &#8211; la m&#232;re d'Isabelle Gautier. &#171; &lt;i&gt;Une chape de plomb &#233;norme pesait sur cet &#233;pisode de la vie de famille&lt;/i&gt; &#187;, explique Isabelle qui d&#233;cide de mener l'enqu&#234;te pour comprendre la trajectoire de sa grand-m&#232;re. On la suit, &#233;pluchant son dossier dans les archives de l'asile de Clermont : &#171; &lt;i&gt;Toujours &#233;nerv&#233;e &#224; la distribution de pain. R&#233;clame une part plus grande. Se lamente :&#8220;J'ai faim, j'ai faim&#8221;.&lt;/i&gt; &#187; Les comptes rendus font froid dans le dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains des patients ne pesaient plus que 35 kilos. &#171; &lt;i&gt;Ils n'&#233;taient plus que l'ombre d'eux-m&#234;mes&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;plore Coty Clin, pr&#233;sentant une des rares photos de l'&#233;poque, prise en 1945. Rassembl&#233;s dans un pavillon de l'h&#244;pital, une dizaine de malades, &#224; la maigreur morbide, le regard absent, rappellent de fa&#231;on saisissante les portraits des prisonniers des camps de concentration. &#171; &lt;i&gt;Ces&lt;/i&gt; &lt;i&gt;gens &#233;taient des morts-vivants. Dans l'h&#244;pital, tout le monde avait honte&lt;/i&gt; &#187;, explique Fran&#231;oise Beaudoin, fille du m&#233;decin-chef de l'h&#244;pital de Mar&#233;ville (Meurthe-et-Moselle), &#226;g&#233;e de 6 ans &#224; l'&#233;poque. &#201;mue aux larmes, elle raconte qu'un patient, aussi jardinier de la structure, lui a un jour montr&#233; sa ration quotidienne. En guise de repas : &#171; &lt;i&gt;un cro&#251;ton naus&#233;abond &#224; la betterave, rempli d'un magma visqueux&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historienne Isabelle von Bueltzingsloewen, auteure de &lt;i&gt;L'H&#233;catombe des fous&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous-titr&#233; La Famine dans les h&#244;pitaux psychiatriques sous l'Occupation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, rappelle par ailleurs que les id&#233;es eug&#233;nistes sont largement r&#233;pandues en Occident dans l'entre-deux-guerres. D&#232;s la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, aux USA certains &#201;tats ont mis en place la st&#233;rilisation des populations marginales (fous, Noirs, mis&#233;reux&#8230;). Sous le nazisme, les m&#234;mes th&#233;ories aboutiront &#224; l'extermination de plus de 300 000 malades mentaux. Concernant le sort r&#233;serv&#233; &#224; ces malades en France, le psychiatre Max Lafont parle d'&lt;i&gt;extermination douce&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Extermination douce, Le Bord de l'eau, 2000.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; : une indiff&#233;rence, un abandon, une privation absolue qui ont caus&#233; la mort d'environ 45 000 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au m&#234;me moment, &#224; l'asile de Saint-Alban-sur-Limagnole (Loz&#232;re), la r&#233;alit&#233; est tout autre...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Opposer l'humanit&#233; &#224; la barbarie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ici, on n'attachait pas les malades&lt;/i&gt; &#187;, introduit Martine Deyres, la r&#233;alisatrice du documentaire &lt;i&gt;Les Heures heureuses&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sorti en avril dernier et encore visible dans quelques cin&#233;mas.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, en pleine discussion avec d'anciens infirmiers de l'h&#244;pital psychiatrique de Saint-Alban. Dans cet asile s'est invent&#233; une nouvelle forme de soin qui a pr&#233;serv&#233; les malades de la faim durant la Seconde Guerre mondiale. Patients, r&#233;sistants, po&#232;tes et philosophes en exil s'y c&#244;toient et fondent, sous l'impulsion du psychiatre catalan Fran&#231;ois Tosquelles (1912-1994), les bases de ce qu'on appellera la psychoth&#233;rapie institutionnelle. On d&#233;couvre sur les bobines tourn&#233;es par le personnel et retrouv&#233;es par la r&#233;alisatrice, le quotidien de cet h&#244;pital hors norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1940, l'h&#244;pital de Saint-Alban compte 540 malades sous la direction du m&#233;decin Paul Balvet. H&#233;ritier d'une tradition occitane de psychoth&#233;rapie moderne, Balvet extrait Tosquelles du camp de Septfonds (Tarn-et-Garonne), o&#249; il est retenu apr&#232;s avoir fui l'Espagne franquiste&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tosquelles &#233;tait notamment membre du Poum (Parti ouvrier d'unification (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; et dans lequel il a entam&#233; un travail psychiatrique avec les autres prisonniers. Balvet l'invite &#224; travailler &#224; Saint-Alban.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les m&#233;thodes r&#233;volutionnaires exp&#233;riment&#233;es par Tosquelles &#224; Saint-Alban figure l'ergoth&#233;rapie : le soin par la mise en place d'activit&#233;s afin de pr&#233;server l'autonomie des personnes. &#171; &lt;i&gt;Tous partaient le matin dans les ateliers pour travailler, faire des activit&#233;s,&lt;/i&gt; rappelle un infirmier. &lt;i&gt;Ceux qui ne pouvaient pas sortir des pavillons faisaient le m&#233;nage.&lt;/i&gt; &#187; Pour survivre &#224; la guerre et &#224; la crise alimentaire, il est alors vital d'abattre les murs de l'asile et de construire des liens avec le village : &#171; &lt;i&gt;Ici, on n'utilise pas les malades pour faire la guerre mais pour participer au march&#233; noir&lt;/i&gt; &#187;, explique Tosquelles. Les infirmiers accompagnent les patients en for&#234;t pour chercher des champignons quand d'autres partent en qu&#234;te d'&#339;ufs, de lait et de viande &#224; la ferme. Les malades sont aussi amen&#233;s &#224; servir le repas aux juifs et aux militants qui trouvent refuge &#224; Saint-Alban. &#171; &lt;i&gt;Soign&#233;s et soignants font &#339;uvre th&#233;rapeutique en bossant ensemble. Sous l'Occupation, utiliser le travail th&#233;rapeutique en faisant travailler la terre est &#224; la fois une r&#233;sistance &#224; la famine et une invention&lt;/i&gt; &#187;, rappelle Lucien Bonnaf&#233; qui prendra la direction de l'h&#244;pital en janvier 1943.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant ces ann&#233;es de guerre, l'h&#244;pital voit aussi na&#238;tre un club des malades, un bar-biblioth&#232;que et une &#233;cole professionnelle d'infirmiers en psychiatrie. On y monte &#233;galement le journal &lt;i&gt;Trait d'union&lt;/i&gt;, instrument de la vie collective et passerelle entre les patients des diff&#233;rents pavillons, mais aussi entre soignants et patients. On organise des veill&#233;es chaque semaine, ainsi que des f&#234;tes votives d&#233;lirantes, ouvertes sur le village. Et on fomente la r&#233;volution de la psychiatrie, le soir, au sein de la Soci&#233;t&#233; du G&#233;vaudan o&#249; m&#233;decins et soignants repensent l'ali&#233;nation sociale et l'ali&#233;nation mentale. C'est ici qu'ils posent les bases de ce qui deviendra la psychoth&#233;rapie institutionnelle afin de soigner l'h&#244;pital et r&#233;inventer la psychiatrie. &#192; Saint-Alban, il n'y a alors plus de distinction entre le soin et la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; la psychiatrie s'effondre, o&#249; le recours &#224; la contention et &#224; l'isolement se g&#233;n&#233;ralisent et o&#249; l'acc&#232;s aux soins devient de plus en plus in&#233;galitaire, il est important de rappeler qu'&#224; une &#233;poque pas si lointaine, dans des circonstances autrement plus dramatiques, on a envisag&#233; le soin d'une fa&#231;on plus humaine et r&#233;volutionnaire. Et tandis qu'on marginalise sans cesse davantage les plus fragiles et les moins productifs, il devient urgent d'y opposer le puissant &lt;i&gt;leitmotiv&lt;/i&gt; de Lucien Bonnaf&#233; : &#171; &lt;i&gt;Singularit&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Solidarit&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;C&#233;cile Kiefer&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Visible gratuitement sur Internet, notamment sur YouTube&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Affaiblissement de l'organisme provoqu&#233; par une d&#233;nutrition tr&#232;s importante.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sous-titr&#233; &lt;i&gt;La Famine dans les h&#244;pitaux psychiatriques sous l'Occupation&lt;/i&gt;, Flammarion, coll. &#171; Champs Histoire &#187;, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Extermination douce&lt;/i&gt;, Le Bord de l'eau, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sorti en avril dernier et encore visible dans quelques cin&#233;mas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tosquelles &#233;tait notamment membre du Poum (Parti ouvrier d'unification marxiste), le parti communiste antistalinien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Drogu&#233;s de tous les pays, unissez-vous !</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Drogues-de-tous-les-pays-unissez</link>
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		<dc:date>2022-07-01T09:58:46Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>


		<dc:subject>r&#233;duction</dc:subject>
		<dc:subject>Nouvelle Aube</dc:subject>
		<dc:subject>risques</dc:subject>
		<dc:subject>Anne-Sophie Lacombe</dc:subject>
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		<dc:subject>Fabrice Olivet</dc:subject>
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		<dc:subject>Sang d'encre</dc:subject>
		<dc:subject>VIH</dc:subject>
		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pouss&#233;s par la n&#233;cessit&#233; d'agir face &#224; l'&#233;pid&#233;mie de sida des ann&#233;es 1980, les militants de la r&#233;duction des risques ont fait preuve d'un pragmatisme vital pour d&#233;pister et accompagner les usagers de drogue injectable. Il aura fallu la mort de nombre d'entre eux et un combat de longue haleine pour revoir le mod&#232;le de soin en addictologie et faire &#233;voluer les repr&#233;sentations des usagers de drogues, quelles qu'elles soient. Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, les contaminations au VIH explosent en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/reduction" rel="tag"&gt;r&#233;duction&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Nouvelle-Aube" rel="tag"&gt;Nouvelle Aube&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/risques" rel="tag"&gt;risques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Anne-Sophie-Lacombe" rel="tag"&gt;Anne-Sophie Lacombe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/drogue" rel="tag"&gt;drogue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/drogues" rel="tag"&gt;drogues&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Sang-d-encre" rel="tag"&gt;Sang d'encre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/VIH" rel="tag"&gt;VIH&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pouss&#233;s par la n&#233;cessit&#233; d'agir face &#224; l'&#233;pid&#233;mie de sida des ann&#233;es 1980, les militants de la r&#233;duction des risques ont fait preuve d'un pragmatisme vital pour d&#233;pister et accompagner les usagers de drogue injectable. Il aura fallu la mort de nombre d'entre eux et un combat de longue haleine pour revoir le mod&#232;le de soin en addictologie et faire &#233;voluer les repr&#233;sentations des usagers de drogues, quelles qu'elles soient.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4626 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200sang_d_encre3_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH622/1200sang_d_encre3_resultat-e24fa.jpg?1779703413' width='500' height='622' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Anne-Sophie Lacombe (&lt;i&gt;Sang d'encre&lt;/i&gt; n&#176;3)
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;u d&#233;but des ann&#233;es 1980, les contaminations au VIH explosent en France, tandis que le virus de l'h&#233;patite C constitue une v&#233;ritable bombe &#224; retardement. Un tournant. &#171; &lt;i&gt;Voir nos amis mourir inutilement du sida nous a donn&#233; la rage &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Nothing about us without us ? Je demande &#224; voir ! &#187;, article paru dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;, explique Jude Byrne, militante et usag&#232;re de drogue depuis la fin des ann&#233;es 1980. &#192; l'&#233;poque, il y a urgence : le sida est un angle mort de la prise en charge des toxicomanes, la r&#233;pression des usagers fait rage, et ces derniers sont condamn&#233;s &#224; une forme d'abandon par les instances de sant&#233;. Partant de ce constat et s'inspirant de pratiques exp&#233;riment&#233;es &#224; Liverpool, des professionnels du sanitaire et social, des usagers de drogues et des militants de la lutte contre le VIH inventent alors les premiers dispositifs de r&#233;duction des risques (RDR). L&#789;enjeu : sensibiliser les usagers aux conduites &#224; risques et leur permettre de consommer avec du mat&#233;riel st&#233;rile. Pas dans l'air du temps : &#224; l'&#233;poque, l'id&#233;e m&#234;me que les usagers de drogues re&#231;oivent gratuitement le mat&#233;riel n&#233;cessaire pour consommer un produit prohib&#233; est un v&#233;ritable blasph&#232;me. Et le cadre l&#233;gislatif va alors clairement en ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des seringues et des traitements de substitution !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 31 d&#233;cembre 1970, un an apr&#232;s la d&#233;claration de &#171; guerre &#224; la drogue &#187; par le pr&#233;sident des &#201;tats-Unis Richard Nixon, la France adopte une loi r&#233;primant la toxicomanie, fortement inspir&#233;e de cette dangereuse croisade. Le 13 mars 1972, elle signe un d&#233;cret r&#233;glementant le commerce et l'importation de seringues qui, dans les faits, interdit la vente de mat&#233;riel st&#233;rile aux h&#233;ro&#239;nomanes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix ans plus tard, cette l&#233;gislation prouve son caract&#232;re meurtrier : au d&#233;but des ann&#233;es 1980, la France est en t&#234;te des contaminations VIH par habitant et le partage des seringues usag&#233;es entre h&#233;ro&#239;nomanes est identifi&#233; comme un important vecteur de contamination : plus de 60 % d'entre eux sont s&#233;ropositifs&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La &#8220;l&#233;gende noire&#8221; du d&#233;cret Barzach &#187;, Swpas n&#176; 66, 2012.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;C'est ce d&#233;cret &#8211; aujourd'hui quasi oubli&#233; &#8211; qui est &#224; l'origine de l'&#233;pid&#233;mie de sida et secondairement des h&#233;patites parmi les h&#233;ro&#239;nomanes en France &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'autosupport des usagers de drogues, une histoire de tox &#187;, paru dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;, estime Fabrice Olivet, un des fondateurs d'Asud, la premi&#232;re association fran&#231;aise d'auto-support par et pour les usagers de drogue. L'interdiction de se procurer des seringues d&#233;coule de cette guerre faite &#224; la drogue et condamne les usagers &#224; une forme d'apartheid. &#192; ce sujet, au milieu des ann&#233;es 1980, une commission de sp&#233;cialistes va jusqu'&#224; &#233;mettre des doutes sur la volont&#233; des h&#233;ro&#239;nomanes de se fournir en mat&#233;riel st&#233;rile dans les pharmacies, m&#234;me pour &#233;chapper au sida. Une stigmatisation alors bien r&#233;sum&#233;e par les propos du Professeur Roger Planche, &#224; l'&#233;poque chef de service psychiatrie au CHU de Clermont-Ferrand&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; dans RDR, tome 1 : l'histoire, documentaire de Laurent Appel et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;C'est bien connu, le toxicomane n'&#233;coute aucun conseil. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques ann&#233;es plus tard, en mai 1987, l'explosion du VIH pousse la ministre de la Sant&#233; Mich&#232;le Barzach &#224; faire sauter le d&#233;cret sur la vente de seringues et lib&#233;ralise enfin leur commerce. Six mois apr&#232;s, les contaminations au VIH entre usagers de drogues ont baiss&#233; de 80 %. Une avanc&#233;e tardive mais repr&#233;sentative d'un d&#233;but d'&#233;volution dans l'approche : &#171; &lt;i&gt;Le succ&#232;s de la RDR impose un changement de paradigme qui rompt avec une approche ant&#233;rieure &#8220;psychologisante&#8221; fond&#233;e sur &#8220;la pulsion de mort&#8221; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir note 3.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187;, poursuit Fabrice Olivet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir milit&#233; pour les programmes d'&#233;changes de seringues, consistant &#224; mettre &#224; la disposition des usagers de drogues le mat&#233;riel st&#233;rile dont ils ont besoin, les associations de r&#233;duction des risques participent activement &#224; la g&#233;n&#233;ralisation de l'acc&#232;s aux traitements de substitution aux opiac&#233;s (TSO)&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;dicaments qui rendent possible la diminution ou l'arr&#234;t de la consommation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Ces traitements, comme la m&#233;thadone ou le Subutex, sont d'abord pens&#233;s pour limiter les risques d'exposition au VIH en diminuant la fr&#233;quence des injections. Mais ils repr&#233;sentent tr&#232;s vite l'espoir d'une vie meilleure et d'un confort jusque-l&#224; inaccessible pour nombre d'usagers de drogues. &#171; &lt;i&gt;Avant la substitution, un h&#233;ro&#239;nomane devait trouver chaque jour de quoi calmer une b&#234;te vorace qui, pour les plus gourmands, r&#233;clamait l'&#233;quivalent de 300 ou 400 euros quotidiens &#187;&lt;/i&gt;, pr&#233;cise Fabrice Olivet. En 1994, M&#233;decins du Monde participe au premier programme de distribution de m&#233;thadone &#224; Paris et sillonne la ville en bus, au contact des publics concern&#233;s. Cette ann&#233;e-l&#224;, le nombre de surdose d'h&#233;ro&#239;ne est divis&#233; par trois, du simple fait de l'acc&#232;s aux TSO. Une usag&#232;re du bus Ga&#239;a-Paris, association partenaire de M&#233;decins du Monde dans la r&#233;duction des risques, explique la r&#233;volution qu'a repr&#233;sent&#233; pour elle la m&#233;thadone : &#171; &lt;i&gt;Je prenais 5 grammes d'h&#233;ro&#239;ne par jour. Quand j'ai connu la m&#233;tha' et que j'ai vu ce que &#231;a me faisait, j'ai tout arr&#234;t&#233;&lt;/i&gt;.&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;RDR, tome 2 : le dispositif, documentaire de Laurent Appel et Philippe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s la vague sida&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Inscrite au Code de la sant&#233; publique en 2004 apr&#232;s avoir prouv&#233; son efficacit&#233; dans la lutte contre le sida, la r&#233;duction des risques a depuis &#233;tendu son action &#224; l'ensemble des consommations de drogues. Elle a notamment investi le milieu de la &lt;i&gt;free party &lt;/i&gt;(voir p.IV) tout en continuant d'aller &#224; la rencontre de publics marginalis&#233;s , rel&#233;gu&#233;s en p&#233;riph&#233;rie, coup&#233;s du syst&#232;me de soins. Ce travail, c'est entre autres Nouvelle Aube qui le m&#232;ne depuis 2010 dans les rues marseillaises ainsi qu'en prison. Issus du monde de la rue, des squats ou du milieu festif, les membres de cette association d'auto-support pratiquent &#171; l'aller-vers &#187;, soit le fait d'aller &#224; la rencontre des usagers, &lt;i&gt;l&#224; o&#249; ils sont&lt;/i&gt;. Ces rencontres se font alors sur les lieux de manche, d'approvisionnement en drogue et de consommation, sur des campements, abris et en squat sur invitation des personnes qui y vivent. Pas toujours &#233;vident, explique Joachim, un des membres fondateurs, qui n'aurait jamais eu acc&#232;s &#224; ces espaces sans l'aide d'un ancien camarade d'Asud : &#171; &lt;i&gt;Nasser &#233;tait issu de la r&#233;duction des risques des ann&#233;es 1980, de l'&#233;poque du sida et de la flamb&#233;e de l'h&#233;ro&#239;ne &#224; Marseille. Il m'a pr&#233;sent&#233; tout le r&#233;seau, les lieux de deal, de conso. Je n'aurais pas pu monter Nouvelle Aube sans cette pr&#233;cieuse transmission. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce qui devient ali&#233;nation, ce qui l'a toujours &#233;t&#233; et le sera toujours, ce sont les conditions infamantes et d&#233;gradantes dans lesquels la soci&#233;t&#233; maintient cet usage.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce travail de rue permet &#233;galement &#224; l'association de faire sortir des murs les professionnels du soin pour apporter une aide directe &#224; des personnes qui ne peuvent pas se d&#233;placer. Lors des maraudes, ils emportent mat&#233;riel de prise de sang rapide, programme d'&#233;change de seringues, sacoche de bricolage quand il s'agit de s&#233;curiser un squat, ou encore tickets services&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Titres de paiement distribu&#233;s aux personnes en situation de pr&#233;carit&#233;.&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;La RDR c'est aussi travailler &#224; la socialisation de personnes qui sont dans un isolement total &#187;&lt;/i&gt;, ajoute Jihane, charg&#233;e de projet &lt;i&gt;SaNg d'EnCRe &lt;/i&gt;&#224; Nouvelle Aube. L'enjeu est de taille : cette situation de rel&#233;gation condamne les usagers de drogue &#224; se cacher pour consommer, les exposant par exemple &#224; des risques d'agression, ou mettant leur vie en danger quand ils doivent g&#233;rer seuls une surdose. Ce que d&#233;noncent des militants d'Asud qui rappellent un de leurs principes de base : &#171; &lt;i&gt;Ce qui devient ali&#233;nation, ce qui l'a toujours &#233;t&#233; et le sera toujours, ce sont les conditions infamantes et d&#233;gradantes dans lesquelles la soci&#233;t&#233; maintient cet usage. &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Historique de l'auto-support &#187;, &#224; lire sur asud.org.&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Guerre &#224; la drogue&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autre cheval de bataille des associations de r&#233;duction des risques, la lutte contre la p&#233;nalisation et la criminalisation des usagers de drogue, contraire &#224; leur d&#233;marche : l'usager doit &#234;tre accompagn&#233; par des structures relevant de la sant&#233; plut&#244;t que de la justice. Pourtant, la loi du 31 d&#233;cembre 1970, encore en vigueur, condamne et enferme toujours plus. Le nombre d'arrestations pour infraction &#224; la loi sur les stup&#233;fiants a &#233;t&#233; multipli&#233; par 60 depuis 1970, tandis que le nombre de condamnations pour usage simple a quadrupl&#233; en vingt ans. &#171; &lt;i&gt;La prohibition criminalise l'offre dans un premier temps et pathologise la demande &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir note 3.&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &#187;, explique Fabrice Olivet, qui ajoute que cette guerre &#224; la drogue freine aussi l'acc&#232;s au soin et &#224; une offre plus large concernant les traitements de substitution. En r&#233;action, les associations de r&#233;duction des risques se positionnent en faveur de la d&#233;p&#233;nalisation et appellent &#224; sortir de l'hypocrisie concernant les drogues licites et illicites : pourquoi les amateurs de vin seraient-ils mieux consid&#233;r&#233;s que les consommateurs de drogues ill&#233;gales ? Un combat port&#233; par Asud depuis sa cr&#233;ation en 1992 &lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au moment de sa fondation en 1992, Asud est d'abord une revue. Elle se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt; , comme en t&#233;moigne la fa&#231;on dont elle se d&#233;finit : une association d'auto-sup port qui r&#233;unit &#171; &lt;i&gt;quelques allum&#233;s pr&#234;ts &#224; d&#233;fendre l'id&#233;e que l'usage de drogues n'est ni une perversion, ni un crime, ni m&#234;me une maladie, mais l'expression d'un besoin d'ivresse profond&#233;ment ancr&#233; au c&#339;ur du psychisme humain &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir note 3.&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4627 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200sangd_encre9_resultat-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH702/1200sangd_encre9_resultat-2-47170.jpg?1779703413' width='500' height='702' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Andro Malis (&lt;i&gt;Sang d'encre&lt;/i&gt; n&#176;9)
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quand usagers et chercheurs collaborent&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En se basant sur le savoir exp&#233;rientiel des usagers de drogue, la r&#233;duction des risques a aussi contribu&#233; &#224; renverser les r&#244;les soignant/soign&#233;. C'est bien &#224; partir de la confrontation de leurs deux savoirs que le projet de soin peut &#234;tre n&#233;goci&#233;. &#171; &lt;i&gt;L'institution s'adapte &#224; l'usager, pas le contraire &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le documentaire cit&#233; en note 7.&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt; &#187;, pr&#233;cise &#201;lisabeth Avril, m&#233;decin et directrice de Ga&#239;a-Paris. Une collaboration n&#233;cessaire, notamment face &#224; la d&#233;ferlante de nouveaux produits accessibles sur Internet, dont la composition et les effets sont parfois moins connus et impr&#233;visibles. Les &#233;l&#233;ments fournis par le consommateur deviennent alors le seul outil disponible pour accompagner l'usage. Il existe d'ailleurs de nombreux forums o&#249; circulent entre usagers les informations concernant les produits, leurs consommations, leurs effets.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; En se basant sur le savoir exp&#233;rientiel des usagers de drogue, la r&#233;duction des risques a aussi contribu&#233; &#224; renverser les r&#244;les soignant/soign&#233;. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; Marseille, les &#233;quipes de Nouvelle Aube ont aussi &#224; coeur de favoriser la collaboration entre usagers de drogues et chercheurs : &#171; &lt;i&gt;Lorsque l'on constate des effets inhabituels apr&#232;s la prise d'une drogue, on la fait tester et, en cas de danger, on fait remonter les informations &#187;&lt;/i&gt;, indique Sophie, la pr&#233;sidente. L'association participe aussi &#224; des &#171; groupes experts &#187;, notamment &#224; l'initiative de l'&#233;quipe de chercheurs du Sesstim&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Unit&#233; de l'universit&#233; d'Aix-Marseille regroupant des sp&#233;cialistes en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt; / Inserm&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Institut national de la sant&#233; et de la recherche m&#233;dicale.&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt; pour travailler ensemble sur des sujets pr&#233;cis ; c'est ce genre d'approche qui permet de faire avancer la r&#233;duction des risques. &#171; &lt;i&gt;Par exemple, de nombreux usagers s'injectent du Subutex alors que ce n'est pas pr&#233;vu pour &#234;tre inject&#233; : &#231;a d&#233;fonce les veines. En travaillant au plus pr&#232;s des usagers, les chercheurs ont r&#233;fl&#233;chi &#224; transformer le produit pour qu'il soit injectable, &lt;/i&gt;explique Sophie. &lt;i&gt;Si les personnes continuent &#224; injecter, alors c'est le produit qu'il faut adapter. &#187;&lt;/i&gt; Leurs efforts ont pay&#233; : il existe d&#233;sormais un produit de substitution injectable.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#233;cloisonner les savoirs&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour faire entendre la voix des usagers et d&#233;cloisonner les savoirs des scientifiques, Nouvelle Aube a aussi mont&#233; en juin 2017 la pr&#233;cieuse revue d'expression collective &lt;i&gt;SaNg d'EnCRe&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;On a r&#233;alis&#233; que c'&#233;tait vraiment n&#233;cessaire de faire dialoguer toutes ces envies d'expressions et de m&#233;langer diff&#233;rentes formes d'&#233;crits, que ce soient des po&#232;mes, des nouvelles, des articles scientifiques, du pratico-pratique &#187;&lt;/i&gt;, explique Jihane. Dans &lt;i&gt;SaNg d'EnCRe&lt;/i&gt;, on peut voir cohabiter un costaud dossier sur le virus de l'h&#233;patite C, une histoire des drogues psych&#233;d&#233;liques en Occident ou un focus sur le CBD ; mais aussi des articles sur le logement insalubre, des techniques pour &#233;radiquer les punaises de lit, des collages et de nombreux t&#233;moignages d'usagers sur leur consommation. &#171; &lt;i&gt;L'addiction est un th&#232;me qui revient souvent parce que les gens ont compris que c'&#233;tait un espace pour en parler. Pour causer pr&#233;carit&#233;, marginalit&#233;, stigmatisation, et du manque d'acc&#232;s au droit et au soin &#187;&lt;/i&gt;, poursuit Jihane. La revue, tir&#233;e &#224; 6 000 exemplaires et imprim&#233;e trois fois par an, est distribu&#233;e gratuitement dans plus de 200 lieux &#224; Marseille et en R&#233;gion PACA, envoy&#233;e en France et &#224; l'&#233;tranger dans plus de 150 structures et associations, principalement de soin et de solidarit&#233;, mais aussi dans des bars ou des librairies. En faisant se rencontrer des mondes qui ne se croisent jamais, dans la revue mais aussi lors d'ateliers et d'&#233;v&#233;nements en acc&#232;s libre, &lt;i&gt;SaNg d'EnCRe &lt;/i&gt;r&#233;alise un v&#233;ritable tour de force. &#171; &lt;i&gt;Les f&#234;tes de lancement de chaque nouveau num&#233;ro sont des espaces d'&#233;changes pr&#233;cieux, &lt;/i&gt;raconte Sophie. &lt;i&gt;On est heureux de voir r&#233;unis usagers, militants et chercheurs. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;R&#233;inventer la RDR&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la r&#233;duction des risques est riche de cette alliance entre pouvoir m&#233;dical et voix des usagers. Pourtant, son aspect militant est menac&#233; depuis l'&#233;mergence, dans les ann&#233;es 2000, de la discipline scientifique de l'addictologie. Pour Fabrice Olivet, il est clair qu'elle &#171; &lt;i&gt;emprunte &#224; la RDR son rationalisme mais ignore son combat citoyen. Tout devient addiction : le jeu, le sexe, l'h&#233;ro&#239;ne, l'ordinateur, le crack, le caf&#233;...&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir note 3.&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt; &#187; L'usager est renvoy&#233; &#224; la place de patient souffrant d'une pathologie, ce qui aggrave encore l'exclusion sociale. Un tournant pris par certaines associations de RDR que d&#233;nonce Fabrice Olivet, citant le cas d'Asud : &#171; &lt;i&gt;En quarante ans, nous sommes pass&#233;s des notions transgressives de d&#233;linquance, de contre-culture, de marginalit&#233;, au monde de la pr&#233;carit&#233; sociale, de la maladie mentale et du traitement &#224; vie. [&#8230;] D'une association de drogu&#233;s militant pour le droit de se droguer, Asud est devenue une association de malades chroniques destin&#233;e &#224; relayer des demandes de prise en charge.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le constat a beau &#234;tre s&#233;v&#232;re, il rappelle en creux que la r&#233;duction des risques aura aussi contribu&#233; &#224; transformer en profondeur le syst&#232;me de sant&#233; et la prise en charge des usagers de drogues. Mais dans son l&#233;gitime combat pour transformer les repr&#233;sentations li&#233;es aux usages de drogues et de ceux qui les consomment, la route reste longue. Qui de mieux plac&#233; alors que les premiers concern&#233;s pour le mener ?&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;C&#233;cile Kiefer&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Nothing about us without us ? Je demande &#224; voir ! &#187;, article paru dans le recueil &lt;a href=&#034;https://www.medecinsdumonde.org/publication/histoire-et-principes-de-la-reduction-des-risques/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Histoire &amp; Principes de la r&#233;duction des risques&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (M&#233;decins du Monde, 2013), &#224; lire sur &lt;i&gt;m&#233;decinsdumonde.org&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pistes.fr/swaps/66_4.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La &#8220;l&#233;gende noire&#8221; du d&#233;cret Barzach &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Swpas &lt;/i&gt;n&#176; 66, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; L'autosupport des usagers de drogues, une histoire de tox &#187;, paru dans le recueil &lt;a href=&#034;https://www.medecinsdumonde.org/publication/histoire-et-principes-de-la-reduction-des-risques/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Histoire &amp; Principes de la r&#233;duction des risques&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (2013), &#224; lire sur &lt;i&gt;medecinsdumonde.org&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cit&#233; dans &lt;i&gt;RDR, tome 1 : l'histoire&lt;/i&gt;, documentaire de Laurent Appel et Philippe Lachambre, produit par ASUD en 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir note 3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;M&#233;dicaments qui rendent possible la diminution ou l'arr&#234;t de la consommation du produit en &#233;vitant les effets physiques du manque.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;RDR, tome 2 : le dispositif&lt;/i&gt;, documentaire de Laurent Appel et Philippe Lachambre, produit par Asud en 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Titres de paiement distribu&#233;s aux personnes en situation de pr&#233;carit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Historique de l'auto-support &#187;, &#224; lire sur &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.asud.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;asud.org&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir note 3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Au moment de sa fondation en 1992, Asud est d'abord une revue. Elle se constitue en association l'ann&#233;e suivante.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir note 3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir le documentaire cit&#233; en note 7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Unit&#233; de l'universit&#233; d'Aix-Marseille regroupant des sp&#233;cialistes en sciences humaines et sociales et en sant&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Institut national de la sant&#233; et de la recherche m&#233;dicale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir note 3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pour une psychanalyse de combat</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Pour-une-psychanalyse-de-combat</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Pour-une-psychanalyse-de-combat</guid>
		<dc:date>2022-05-27T09:12:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>


		<dc:subject>Baptiste Alchourroun</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qui a dit que la psychanalyse devait se tenir &#224; l'&#233;cart de la politique ? Certainement pas Florent Gabarron-Garcia, psychanalyste et psychologue form&#233; notamment &#224; la clinique de La Borde, qui s'insurge contre l'id&#233;e d'une psychanalyse neutre. &#192; travers Histoire populaire de la psychanalyse (La Fabrique, 2021), il rappelle comment cette discipline, des ann&#233;es 1920 aux ann&#233;es 1970, s'est rang&#233;e du c&#244;t&#233; des classes populaires, contribuant aux luttes pour l'&#233;mancipation et contre les in&#233;galit&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no209-mai-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;209 (mai 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Baptiste-Alchourroun" rel="tag"&gt;Baptiste Alchourroun&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qui a dit que la psychanalyse devait se tenir &#224; l'&#233;cart de la politique ? Certainement pas Florent Gabarron-Garcia, psychanalyste et psychologue form&#233; notamment &#224; la clinique de La Borde, qui s'insurge contre l'id&#233;e d'une psychanalyse neutre. &#192; travers &lt;i&gt;Histoire populaire de la psychanalyse&lt;/i&gt; (La Fabrique, 2021), il rappelle comment cette discipline, des ann&#233;es 1920 aux ann&#233;es 1970, s'est rang&#233;e du c&#244;t&#233; des classes populaires, contribuant aux luttes pour l'&#233;mancipation et contre les in&#233;galit&#233;s sociales. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4561 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200psychanalyse_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH486/1200psychanalyse_resultat-9ee8a.jpg?1779607980' width='500' height='486' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Baptiste Alchourroun
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;omment na&#238;t la psychanalyse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, Sigmund Freud, neurologue de profession, a affaire &#224; des patientes souffrant d'&#233;pilepsie ou de paralysies partielles. Les docteurs, qui par ailleurs sont tous des hommes, ont beau chercher une cause &#233;tiologique, dans l'organe, ils ne trouvent rien et soup&#231;onnent ces femmes d'&#234;tre des simulatrices. Pire, des hyst&#233;riques. Elles vont alors protester et demander &#224; &#234;tre enfin &#233;cout&#233;es. Freud prend acte, les &#233;coute. Peu &#224; peu les sympt&#244;mes disparaissent. Il d&#233;couvre ici qu'une causalit&#233; psychique inconsciente non organique &#8211; li&#233;e &#224; l'histoire personnelle de la personne et souvent &#224; son enfance &#8211; peut s'emparer de son corps et provoquer des sympt&#244;mes. C'est comme &#231;a que Freud fait l'hypoth&#232;se d'un inconscient. Il d&#233;veloppera ensuite une m&#233;thode bas&#233;e sur l'association libre : &#8220;&lt;i&gt;Dites tout ce qui vous vient&lt;/i&gt;.&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi son &#171; discours de Budapest &#187; en 1918 est-il fondateur d'une psychoth&#233;rapie populaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On a souvent l'image d'un Freud r&#233;actionnaire, pour lequel, notamment, les s&#233;ances doivent &#234;tre obligatoirement payantes. Mais il y a aussi celle d'un Freud qui sort de la cure type, celle du divan et de l'&#233;change d'argent contre un flux de parole, celle qui s'exerce dans un cadre bourgeois puisqu'il faut en avoir les moyens. Un Freud qui, &#224; l'&#233;coute de son &#233;poque et de cette s&#233;quence g&#233;opolitique particuli&#232;rement r&#233;volutionnaire, notamment dans la Russie de 1917, appelle, dans son &#8220;discours de Budapest&#8221;, &#224; une prise de conscience sociale en proposant &#224; ses coll&#232;gues analystes de cr&#233;er des institutions &#224; destination des plus d&#233;munis dans lesquelles les cures seraient gratuites. Il enjoint m&#234;me l'&#201;tat &#224; reconna&#238;tre l'urgence de ses obligations : le malaise psychique dans la population n'est pas moins grave que la tuberculose et il faut promouvoir une psychanalyse dans la cit&#233;. Pour cela, il incite les analystes &#224; cr&#233;er des &#8220;policliniques&#8221; dans toute l'Europe. Le choix politique freudien d'inscrire ces institutions dans la cit&#233; se retrouve jusque dans l'orthographe choisie pour d&#233;signer les &#8220;policliniques&#8221; : il pr&#233;f&#232;re le &#8220;i&#8221; de &#8220;politique&#8221; au &#8220;y&#8221; &#233;voquant la multiplicit&#233; des soins. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous revenez sur l'exp&#233;rience des &#171; homes &#187; d'enfants de la psychanalyste Vera Schmidt. En quoi participe-t-elle &#224; la construction d'un nouveau r&#233;gime social dans la Russie r&#233;volutionnaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'&#233;poque, il y a un d&#233;bat concernant la l&#233;gitimit&#233; de l'approche psychanalytique &#224; destination des enfants. Au d&#233;part, la psychanalyse s'adresse aux adultes : l'analyste s'int&#233;resse aux r&#233;miniscences de son patient, g&#233;n&#233;ralement li&#233;es &#224; ses souvenirs infantiles. En d'autres termes, il s'occupe de l'enfant dans l'adulte. Une des th&#233;ories freudiennes montre que la n&#233;vrose adulte est li&#233;e &#224; des mauvais principes &#233;ducatifs. C'est la raison pour laquelle l'analyste va s'interroger et remettre en cause la p&#233;dagogie classique : s'il intervient plus t&#244;t dans l'&#233;ducation de l'enfant, il pourrait en faire un &#234;tre moins n&#233;vros&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en Russie sovi&#233;tique que le v&#339;u freudien d'une psychanalyse populaire est le plus accompli. Et c'est dans ce contexte que la psychanalyste Vera Schmidt va ouvrir une policlinique gratuite &#224; destination des enfants, ce qui dans les ann&#233;es 1920 est loin d'&#234;tre &#233;vident. Et son exp&#233;rience est doublement r&#233;volutionnaire, puisque les soins sont pris en charge par l'&#201;tat sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la psychanalyse est tr&#232;s bien accueillie dans les premi&#232;res ann&#233;es du mouvement r&#233;volutionnaire, y compris dans les mouvements populaires et f&#233;ministes. Les &#339;uvres de Freud sont traduites et disponibles dans la &#8220;biblioth&#232;que des Soviets&#8221; et l'&#233;lite au pouvoir, comme la jeunesse, s'emparent de la psychanalyse. Cette soif analytique permet de repenser les rapports hommes/femmes, la famille et la sexualit&#233;. Mais la reconnaissance de la psychanalyse, et sa place dans la soci&#233;t&#233;, vont &#234;tre remises en cause &#224; mesure que la gauche libertaire est mise au ban. &#192; la fin des ann&#233;es 1920, avec l'arriv&#233;e de Staline, la f&#234;te est finie. C'est le retour du pouvoir patriarcal. Les enjeux d'une r&#233;flexion sur la sexualit&#233; et ses rapports &#224; l'&#233;ducation sont d&#233;sormais consid&#233;r&#233;s comme des probl&#232;mes de bourgeois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi les travaux du psychiatre et psychanalyste Wilhelm Reich remettent profond&#233;ment en cause la pratique analytique classique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Wilhelm Reich est loin d'&#234;tre un personnage isol&#233; ou marginal comme le pr&#233;sentent souvent les manuels d'histoire de la psychanalyse. C'est un proche de Freud et une figure extr&#234;mement reconnue dans le champ analytique. Il va se politiser au contact des patients qui affluent &#224; la policlinique de Vienne, dont il est responsable.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Cette soif analytique permet de repenser les rapports hommes/femmes, la famille et la sexualit&#233;. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Reich et ses coll&#232;gues analystes s'inqui&#232;tent des sympt&#244;mes que pr&#233;sentent leurs patients et les maux dont t&#233;moignent les ouvriers, &#233;tudiants et ch&#244;meurs qui viennent consulter. Il va commencer &#224; explorer, au niveau th&#233;orique, les rapports entre clinique et politique et proposer de nouveaux concepts pour penser le malaise sp&#233;cifique qui frappe ces classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;veloppe notamment l'id&#233;e de &#8220;cuirasse caract&#233;rielle&#8221; et propose d'aller plus loin que la th&#233;orie freudienne de &#8220;sublimation des pulsions&#8221; (un m&#233;canisme pour d&#233;crire le destin de la pulsion et sa r&#233;alisation dans le travail qui permet au sujet de se r&#233;aliser&#8230; ou de ne pas aller trop mal). Reich, au contact des ouvriers, constate que cette sublimation n'est pas possible dans certaines conditions de travail. Pour supporter la cha&#238;ne, l'ouvrier doit se &lt;i&gt;cuirasser&lt;/i&gt;. Il forme une armure, son caract&#232;re se ferme : il se d&#233;fend. On ne peut pas reprocher &#224; une personne d'avoir une &#8220;cuirasse caract&#233;rielle&#8221; puisque ce sont pr&#233;cis&#233;ment ses conditions mat&#233;rielles qui lui imposent de mettre en place ce type de m&#233;canisme psychique. En transformant sa condition sociale, les sympt&#244;mes dispara&#238;tront. Reich pointe la c&#233;cit&#233; de ses coll&#232;gues qui pathologisent les sujets prol&#233;taires, alors que pour lui, leurs sympt&#244;mes n'ont pas forc&#233;ment de rapport avec une structure psychique d&#233;faillante &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi est-ce si important pour Wilhelm Reich de &#171; politiser la vie sexuelle &#187; dans le contexte de mont&#233;e du nazisme des ann&#233;es 1930 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tandis que Freud se replie dans le pessimisme, Reich radicalise son articulation du clinique et du politique &#224; mesure que le contexte politique s'assombrit. Pourquoi les masses pl&#233;biscitent le F&#252;hrer alors qu'il va &#224; l'encontre de leur int&#233;r&#234;t de classe ? Qu'est-ce que le projet r&#233;volutionnaire de la gauche n'entend pas ? Et comment rem&#233;dier &#224; cette situation ? Voil&#224; les quelques questions que formulent Reich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fait l'hypoth&#232;se psychanalytique d'une coupure entre l'int&#233;r&#234;t de classe et &#8220;l'int&#233;r&#234;t libidinal&#8221;, c'est-&#224;-dire le d&#233;sir qui porte les gens. La force de la propagande nazie vient de la captation de cet &lt;i&gt;int&#233;r&#234;t libidinal&lt;/i&gt; des masses. La tromperie qu'elles subissent n'est pas due &#224; un simple mensonge de la part d'Hitler et de ses sbires, mais repose sur des m&#233;canismes inconscients que les fascistes tournent &#224; leur profit pour avoir un soutien populaire. Reich va se servir de la psychanalyse pour essayer de r&#233;concilier l'int&#233;r&#234;t libidinal et l'int&#233;r&#234;t de classe. De ce point de point de vue, il s'&#233;carte de la propagande marxiste qui &#233;chouait &#224; rassembler les masses autour de son discours. Reich pr&#233;f&#232;re s'int&#233;resser &#224; la vie quotidienne des ouvriers et organise de nombreuses conf&#233;rences pour r&#233;pondre aux questions concr&#232;tes qu'ils se posent sur l'&#233;ducation, la sexualit&#233; ou l'avortement ; pour tenter de lever la r&#233;pression dont ils sont l'objet : c'est la naissance du mouvement Sexpol&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association allemande pour une politique sexuelle prol&#233;tarienne.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Reich tient aussi ces conf&#233;rences dans la r&#233;gion de la Ruhr, largement acquise au national-socialisme. Elles rencontreront pourtant un certain succ&#232;s, &#224; tel point que des ouvriers, dont beaucoup de femmes, quitteront les jeunesses hitl&#233;riennes pour adh&#233;rer au Parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un moment o&#249; la barbarie menace, Reich arrive &#224; inventer une nouvelle voie et m&#232;ne l'une des actions les plus abouties de lutte contre le fascisme. Par ailleurs, il est un des rares analystes qui critiquera ouvertement les nazis lorsqu'il &#233;crit &lt;i&gt;Psychologie de masse du fascisme&lt;/i&gt; (1933). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'av&#232;nement du nazisme marque un tournant dans le champ analytique...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Freud d&#233;fend l'exp&#233;rience communiste russe et les mouvements progressistes jusqu'en 1927 au moins. Mais en 1930, il sombre dans le pessimisme et publie &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt;. Un livre dans lequel il se d&#233;clare anticommuniste et confie s'&#234;tre illusionn&#233; sur les fruits que pourraient donner une perspective progressiste. Il reprend m&#234;me &#224; son compte la maxime de Thomas Hobbes : &#8220;&lt;i&gt;L'homme est un loup pour l'homme.&lt;/i&gt;&#8221; L'affirmation d'une telle anthropologie pessimiste est nouvelle dans la th&#233;orie freudienne et condamne toute possibilit&#233; de r&#233;forme sociale &#224; l'&#233;chec.
Indirectement, ce tournant nihiliste inaugure une nouvelle orientation dans la pratique qui se r&#233;v&#233;lera catastrophique : dans les ann&#233;es 1930 la policlinique de Berlin va se transformer en Institut G&#246;ring&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Institut allemand de recherche en psychologie et de psychoth&#233;rapie.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; et s'int&#233;grera aux institutions du III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Reich. C'est dans cette s&#233;quence que Freud va d&#233;fendre la &#8220;neutralit&#233;&#8221; politique de la psychanalyse. Quand on regarde le contexte politique et r&#233;volutionnaire dans lequel la psychanalyse s'est &#233;panouie durant la s&#233;quence ant&#233;rieure, on mesure bien le virage que constitue cette &lt;i&gt;neutralit&#233;&lt;/i&gt;. Et cela va profond&#233;ment fracturer la discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que la psychanalyse subsiste en Allemagne, puisqu'il s'agit de la &#8220;sauver&#8221; sous des pr&#233;textes extr&#234;mement douteux, il faut l'&#233;purer. Freud, par l'interm&#233;diaire d'Ernest Jones, alors pr&#233;sident de l'Association internationale de psychanalyse, se chargera de transformer l'institution dans ce sens : les rouges et les Juifs en seront chass&#233;s, Reich sera exclu, des analystes aryens prendront le pouvoir et participeront aux op&#233;rations les plus immondes, comme la d&#233;portation des homosexuels. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le sillage du travail de Reich, la psychanalyste Marie Langer fait le lien entre mis&#232;re psychique et mis&#232;re sociale. Qu'a-t-elle apport&#233; de nouveau ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Marie Langer est une jeune analyste dans la Vienne des ann&#233;es 1930. Elle est f&#233;ministe, marxiste, psychanalyste et pratique des avortements clandestins. Face &#224; l'av&#232;nement du nazisme et au virage morbide que prend la psychanalyse promue par l'&#233;cole officielle, elle s'engage en 1936 dans les Brigades internationales en Espagne, comme un certain nombre d'analystes. Elle refuse la vision de Freud selon laquelle l'horizon est bouch&#233; par le nazisme. Car en Espagne, en particulier en Catalogne, des mouvements r&#233;volutionnaires sont en cours. Mais l'histoire tourne mal, Franco arrive au pouvoir et Langer s'exile en Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1960, on voit &#233;merger de nouveaux mouvements progressistes et anti-imp&#233;rialistes, notamment contre la guerre au Vietnam. En Argentine, il y a un important mouvement de r&#233;volte chez les &#233;tudiants et les ouvriers : c'est le &lt;i&gt;Cordobazo&lt;/i&gt;. Langer, membre &#233;minente de la Soci&#233;t&#233; psychanalytique argentine, va appeler les analystes de sa soci&#233;t&#233; &#224; rejoindre cette r&#233;volte : la psychanalyse doit sortir de son cabinet. Elle se rendra notamment dans les bidonvilles et les quartiers populaires d'Avellaneda pour proposer des th&#233;rapies de groupe, qui s'adresseront surtout aux femmes, particuli&#232;rement asservies et isol&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi la pratique de Fran&#231;ois Tosquelles a &#233;t&#233; d&#233;terminante dans les fondements de la psychoth&#233;rapie institutionnelle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En 1936, Tosquelles est membre du POUM&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parti ouvrier d'unification marxiste.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; et sera nomm&#233; chef des services psychiatriques pendant la guerre en Espagne. Il devient un psychiatre nomade et soigne les gens l&#224; o&#249; il sont. La guerre permet de sortir des murs de l'asile, de s'organiser avec les personnes psychotiques, ceux que l'on dit fous. Tout le monde est mobilis&#233; dans une optique de survie. En faisant un jardin partag&#233; pour ne pas mourir de faim, ces personnes sortent de leur isolement. Tosquelles mentionne m&#234;me que, par temps de guerre, le psychotique est moins malade et va plut&#244;t mieux quand le psychiatre, lui, tombe en d&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le mod&#232;le des &lt;i&gt;comarcas&lt;/i&gt; en Catalogne, communes locales dans lesquelles l'argent est aboli, les terres r&#233;parties, et o&#249; s'exp&#233;rimentent des formes d'autogestion spontan&#233;e, Tosquelles va organiser les soins, de fa&#231;on transversale et horizontale. Lors de son exil en France&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tosquelles a fait partie des r&#233;fugi&#233;s de la guerre civile espagnole.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, il va garder ce mod&#232;le communautaire et le mettre en place &#224; l'h&#244;pital de Saint-Alban, un petit asile dans un village perdu de Loz&#232;re. Il va abattre les murs, mettre en place un march&#233; noir avec les paysans du coin et organiser une vie communautaire avec les patients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tosquelles va &#233;galement cr&#233;er ce qu'il appelle le &#8220;Club th&#233;rapeutique&#8221;. Un mode autogestionnaire pour organiser l'h&#244;pital au quotidien et dont les membres sont les soignants et les patients. Alors qu'on est dans les pires ann&#233;es du p&#233;tainisme, l'h&#244;pital de Saint-Alban est un haut lieu de soin pour les patients mais aussi de la R&#233;sistance. De nombreuses figures viennent s'y r&#233;fugier comme le philosophe Georges Canguilhem ou le po&#232;te Paul &#201;luard. Les psychiatres Jean Oury ou encore Frantz Fanon viendront s'y former dans l'apr&#232;s-guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous revenez sur l'exp&#233;rience du SPK &#224; la policlinique de Heidelberg &#224; la fin des ann&#233;es 1960. Un collectif de patients y porte une critique radicale &#224; l'encontre de la psychiatrie et appelle &#224; &#171; politiser la maladie &#187;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme la psychanalyse allemande s'est compromise avec le nazisme et qu'il n'y a pas eu de remise en question de ces noces contre-nature dans la p&#233;riode d'apr&#232;s-guerre, il faut attendre les ann&#233;es 1970, et un contexte social et politique favorable pour que des mouvements pour une psychanalyse engag&#233;e &#233;mergent de nouveau. C'est le cas, en Allemagne du SPK (&lt;i&gt;Sozialistisches Patientenkollektiv&lt;/i&gt; ou &#8220;Collectif socialiste de patients&#8221;) qui se constitue au sein du service de psychiatrie de l'h&#244;pital de Heidelberg, dans lequel d'anciens cadres SS sont toujours en fonction. Cette exp&#233;rience est une version de la psychanalyse populaire tr&#232;s radicale par le contexte national de l'&#233;poque mais aussi parce que c'est celle qui a le plus mal fini&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En juillet 1971, le local du SPK a &#233;t&#233; investi par 300 flics lourdement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le SPK d&#233;marre sur les m&#234;mes bases que la psychiatrie institutionnelle port&#233;e par Tosquelles, dans le sens o&#249; l'on peut la pratiquer &#224; partir d'un service de psychiatrie classique et de sa s&#233;gr&#233;gation ordinaire. L'id&#233;e est que si l'asile ou l'h&#244;pital psychiatrique ne sont pas &#8220;soign&#233;s&#8221;, ils sont juste des lieux d'enfermement o&#249; le psychiatre est le garant de l'ordre social bourgeois. La r&#233;volte doit donc partir du lieu o&#249; l'on trouve le plus d'exclusion, &#224; savoir l'h&#244;pital psychiatrique et la prison. Elle doit &#234;tre port&#233;e par la marge, par les &#8220;inutiles&#8221; du Capital, les fous, les d&#233;linquants, dans une collectivisation du soin. Au-del&#224; du projet de soin, c'est ce projet politique qui est port&#233; par le SPK.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Si l'asile ou l'h&#244;pital psychiatrique ne sont pas &#8220;soign&#233;s&#8221;, ils sont juste des lieux d'enfermement o&#249; le psychiatre est le garant de l'ordre social bourgeois. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En analysant les causes r&#233;elles de la maladie psychique et organique, le SPK va d&#233;montrer que cette souffrance est directement li&#233;e au Capital, &#224; l'exploitation de la force de travail, &#224; l'exploitation de la vie des gens. Et pour ses membres, il s'agit de &lt;i&gt;Faire de la maladie une arme&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Titre du manifeste du SPK, publi&#233; en France en 1973 aux &#233;ditions Champ Libre.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. C'est une fa&#231;on de d&#233;masquer l'id&#233;ologie de la sant&#233; et celle du bien-&#234;tre, qui ne sont en r&#233;alit&#233; qu'une mani&#232;re de reproduire la force de travail. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On voit bien la richesse de cette histoire populaire de la psychanalyse mais aussi les forces obscures qui l'ont d&#233;lib&#233;r&#233;ment pass&#233;e sous silence. &#224; ce sujet, vous parlez de psychanalysme...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce terme a d'abord &#233;t&#233; avanc&#233; par le sociologue Robert Castel&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le psychanalysme, l'ordre psychanalytique et le pouvoir, Maspero, 1973.&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; qui a montr&#233; que les psychanalystes, malgr&#233; leurs brillantes analyses, occultaient la question du pouvoir. Cette posture, toujours &#224; l'&#339;uvre aujourd'hui, am&#232;ne &#224; des aberrations th&#233;oriques comme lorsqu'on pathologise le malaise social, qu'on le renvoie &#224; un probl&#232;me psychique individuel. Le suicide au travail n'aurait par exemple rien &#224; voir avec l'organisation sociale du travail, ce seraient les individus qui auraient un probl&#232;me psychique. Il ne s'agit plus ici de psychanalyse mais de &lt;i&gt;psychanalysme&lt;/i&gt;. Les paralogismes&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raisonnements faux qui apparaissent comme valides.&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; qui sont avanc&#233;s par ces analystes le sont au nom de la &lt;i&gt;neutralit&#233;&lt;/i&gt; politique. Comme ces &#233;nonc&#233;s cens&#233;s &#234;tre &lt;i&gt;neutres&lt;/i&gt; qui racontent que notre civilisation s'effondre parce que les homosexuels ont d&#233;sormais le droit de se marier. Quand on &#233;nonce un avis aussi radical et qu'on pr&#233;tend &#234;tre neutre, &#231;a veut juste dire qu'on est du c&#244;t&#233; du pouvoir. &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dites que &#171; le divan est essentiellement le lieu d'une contestation et d'une prise de parole &#187;. La psychanalyse est-elle un outil th&#233;rapeutique int&#233;ressant &#224; opposer &#224; l'actuelle h&#233;g&#233;monie de la biologisation de la psychiatrie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La psychanalyse est un endroit de subjectivation, de singularit&#233;. C'est &#233;videmment un endroit tout &#224; fait d&#233;rangeant pour l'ordre n&#233;olib&#233;ral comme pour celui de la science qui s'associent, ces derni&#232;res ann&#233;es, dans des noces qui laissent songeur quant &#224; la barbarie qui vient : l'homme &lt;i&gt;cyborg&lt;/i&gt; par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est pour moi une chim&#232;re. L'&#234;tre humain est cliv&#233;. C'est un sujet qui r&#234;ve, qui est pris dans des paradoxes, qui est mortel. Ces limites constitutives de notre humanit&#233; sont &#224; la base m&#234;me de la psychanalyse. Elle est un lieu d'objection aux forces de &lt;i&gt;thanatos&lt;/i&gt;, aux pulsions de mort et de ma&#238;trise contemporaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par C&#233;cile Kiefer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association allemande pour une politique sexuelle prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Institut allemand de recherche en psychologie et de psychoth&#233;rapie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Parti ouvrier d'unification marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tosquelles a fait partie des r&#233;fugi&#233;s de la guerre civile espagnole.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En juillet 1971, le local du SPK a &#233;t&#233; investi par 300 flics lourdement arm&#233;s et, malgr&#233; les pressions internationales, le docteur Huber, &#224; l'origine du groupe, et un de ses proches furent condamn&#233;s &#224; quatre ans et demi de prison pour participation &#224; une organisation criminelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Titre du manifeste du SPK, publi&#233; en France en 1973 aux &#233;ditions Champ Libre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le psychanalysme, l'ordre psychanalytique et le pouvoir&lt;/i&gt;, Maspero, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Raisonnements faux qui apparaissent comme valides.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vivre avec le trouble</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Vivre-avec-le-trouble</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>


		<dc:subject>Lisa Mandel</dc:subject>
		<dc:subject>Lisa Mandel</dc:subject>
		<dc:subject>sant&#233; mentale</dc:subject>
		<dc:subject>souvent difficile</dc:subject>
		<dc:subject>difficile d'envisager</dc:subject>
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		<dc:subject>r&#233;tablir</dc:subject>
		<dc:subject>diagnostic tombe</dc:subject>
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		<dc:subject>Lisa</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au printemps prochain, la talentueuse Lisa Mandel sortira sa nouvelle bande dessin&#233;e, Se r&#233;tablir. L'album sera publi&#233; aux &#233;ditions Exemplaire, mais on peut d&#233;j&#224; le d&#233;couvrir sur les r&#233;seaux sociaux. Ce travail de longue haleine pr&#233;sente le concept de &#171; r&#233;tablissement &#187; en sant&#233; mentale, c'est-&#224;-dire l'id&#233;e que l'on peut vivre avec un trouble psychiatrique tout en menant une existence &#233;panouie. Que l'on reste une personne avant d'&#234;tre un diagnostic. L'ouvrage recueille, avec humour, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no206-fevrier-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;206 (f&#233;vrier 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Lisa-Mandel" rel="tag"&gt;Lisa Mandel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Lisa-Mandel-17988" rel="tag"&gt;Lisa Mandel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/sante-mentale" rel="tag"&gt;sant&#233; mentale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/souvent-difficile" rel="tag"&gt;souvent difficile&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/difficile-d-envisager" rel="tag"&gt;difficile d'envisager&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/serait-impossible" rel="tag"&gt;serait impossible&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/existence-heureuse" rel="tag"&gt;existence heureuse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/retablir" rel="tag"&gt;r&#233;tablir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/diagnostic-tombe" rel="tag"&gt;diagnostic tombe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/maladie" rel="tag"&gt;maladie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Lisa" rel="tag"&gt;Lisa&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au printemps prochain, la talentueuse Lisa Mandel sortira sa nouvelle bande dessin&#233;e, &lt;i&gt;Se r&#233;tablir&lt;/i&gt;. L'album sera publi&#233; aux &#233;ditions Exemplaire, mais on peut d&#233;j&#224; le d&#233;couvrir sur les r&#233;seaux sociaux. Ce travail de longue haleine pr&#233;sente le concept de &#171; r&#233;tablissement &#187; en sant&#233; mentale, c'est-&#224;-dire l'id&#233;e que l'on peut vivre avec un trouble psychiatrique tout en menant une existence &#233;panouie. Que l'on reste une personne avant d'&#234;tre un diagnostic. L'ouvrage recueille, avec humour, les t&#233;moignages de plusieurs personnes directement concern&#233;es. Il revient aussi sur l'histoire du r&#233;tablissement et la r&#233;volution qu'il repr&#233;sente dans la fa&#231;on dont on traite les probl&#232;mes psys.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4362 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/e00f68fa-874d-4a90-874f-77b1556ae16a.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH313/e00f68fa-874d-4a90-874f-77b1556ae16a-ffbb0.jpg?1779689624' width='500' height='313' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Dessin de Lisa Mandel
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;n mati&#232;re de sant&#233; mentale, quand le couperet du diagnostic tombe, il est souvent difficile d'envisager de &lt;i&gt;vivre avec&lt;/i&gt; la maladie : il serait impossible de mener une existence heureuse et &#233;panouie, de fonder une famille, de construire des projets. Bref, on ne pourrait pas se r&#233;tablir d'une maladie psychiatrique. Et c'est justement ce que combat le concept de r&#233;tablissement en sant&#233; mentale : &lt;i&gt;se r&#233;tablir&lt;/i&gt;, ce n'est pas gu&#233;rir mais apprendre &#224; vivre avec ses troubles. Pour cela, il existe de nombreux outils permettant de reprendre le pouvoir sur sa vie et de ne plus r&#233;sumer son identit&#233; &#224; son diagnostic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement d&#233;fendant ce concept nous vient tout droit des &#201;tats-Unis &#8722; o&#249; il est appel&#233; &lt;i&gt;recovery&lt;/i&gt; &#8722; et a &#233;t&#233; largement port&#233; par les premi&#232;res et premiers concern&#233;&#183;es. &#192; partir de 2005, se sont d&#233;velopp&#233;s &#224; Marseille des dispositifs alternatifs &#224; la psychiatrie classique&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Folie et pr&#233;carit&#233; : la double peine &#187;, CQFD n&#176; 184 (f&#233;vrier 2020).&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, bas&#233;s sur le r&#233;tablissement et sur l'importance du &#171; travail pair &#187;, qui reconna&#238;t les usager&#183;es de la psychiatrie comme des expert&#183;es en la mati&#232;re. &lt;i&gt;Se r&#233;tablir&lt;/i&gt;, la bande dessin&#233;e de Lisa Mandel dont nous publions ici quelques planches, pr&#233;sente plusieurs de ces structures qui proposent une autre mani&#232;re d'aborder la sant&#233; mentale, &#171; &lt;i&gt;en redonnant le pouvoir d'agir aux personnes concern&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, comme l'&#233;crivent les &#233;ditions Exemplaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs sur les t&#233;moignages de ces personnes que repose la BD : &#171; &lt;i&gt;Qu'elles soient entendeuses de voix comme Romain, bipolaires comme Chlo&#233; ou atteintes de TDAH&lt;/i&gt; [trouble de d&#233;ficit de l'attention avec ou sans hyperactivit&#233;] &lt;i&gt;&#224; l'instar de Jonathan, chacune nous [prouve] que nous ne sommes pas uniquement d&#233;finis par nos neurodivergences, et qu'avec un accompagnement adapt&#233;, il est possible de s'en sortir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Se r&#233;tablir&lt;/i&gt; permet &#233;galement d'entrevoir les outils que mettent en place ces personnes, leurs proches, et certain&#183;es alli&#233;&#183;es du monde m&#233;dical pour entamer ce long chemin : &#171; &lt;i&gt;(re)conna&#238;tre son trouble, le comprendre, l'apprivoiser, trouver du soutien&lt;/i&gt; &#187;, retrouver de l'autonomie et du pouvoir sur sa vie. Le r&#233;tablissement, c'est avant tout changer de perspective, comme le d&#233;finit Agathe Martin, membre de l'association Comme des fous, fond&#233;e par des personnes concern&#233;es par un trouble psychique : &#171; &lt;i&gt;Se r&#233;tablir, c'est peut-&#234;tre simplement donner sa juste dimension &#224; la maladie dans sa vie et dans son identit&#233;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Travailler pour s'en sortir ? &#187;, revue Rhizome, n&#176; 65-66 (d&#233;cembre 2017).&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Se r&#233;tablir&lt;/i&gt;, puissant outil pour lutter contre la stigmatisation des personnes concern&#233;es par des troubles psys, para&#238;tra en mai prochain aux &#233;ditions Exemplaire, cofond&#233;es par Lisa Mandel. Le but de cette structure est notamment d'assurer une juste r&#233;partition des revenus aupr&#232;s des auteur&#183;es, victimes d'une pr&#233;carisation galopante depuis plusieurs d&#233;cennies. Cerise sur le g&#226;teau, une partie des b&#233;n&#233;fices sera revers&#233;e &#224; des structures marseillaises alternatives ax&#233;es sur le r&#233;tablissement. Bref, on vous le dit tout net, chopez cette BD !&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;C&#233;cile Kiefer&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4363 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200bd-lisamandel_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH368/1200bd-lisamandel_resultat-17be6.jpg?1779689625' width='500' height='368' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4364 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200bd-lisamandel2_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH756/1200bd-lisamandel2_resultat-88b8f.jpg?1779689626' width='500' height='756' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4365 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200bd-lisamandel3_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH740/1200bd-lisamandel3_resultat-26615.jpg?1779689627' width='500' height='740' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Folie-et-precarite-la-double-peine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Folie et pr&#233;carit&#233; : la double peine &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 184 (f&#233;vrier 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-rhizome-2017-3-page-13.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Travailler pour s'en sortir ? &#187;&lt;/a&gt;, revue &lt;i&gt;Rhizome&lt;/i&gt;, n&#176; 65-66 (d&#233;cembre 2017).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;cole : les &#171; petites mains &#187; haussent le ton</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Ecole-les-petites-mains-haussent</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Ecole-les-petites-mains-haussent</guid>
		<dc:date>2022-02-04T09:56:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer, &#201;milien Bernard, Laurent Perez, Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Th&#233;o Bedard</dc:subject>
		<dc:subject>Plonk et Replonk</dc:subject>
		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Mini-salaires et contrats pr&#233;caires. Voil&#224; avec quoi sont remerci&#233;s un paquet de professionnels essentiels au bon fonctionnement de l'&#233;cole. Parmi eux, il y a celles qui accompagnent les &#233;l&#232;ves en situation de handicap. Celles et ceux qui r&#232;glent les conflits dans la cour du bahut et font le lien entre l'institution et les familles. D'autres encore qui accueillent les enfants avant et apr&#232;s la classe. Fragments de quotidiens en lutte. Dans les d&#233;bats sur la d&#233;gringolade de l'&#201;ducation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no206-fevrier-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;206 (f&#233;vrier 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Theo-Bedard" rel="tag"&gt;Th&#233;o Bedard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Plonk-et-Replonk" rel="tag"&gt;Plonk et Replonk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH119/1200verbatim_resultat-2-4cc91.jpg?1780129374' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='119' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mini-salaires et contrats pr&#233;caires. Voil&#224; avec quoi sont remerci&#233;s un paquet de professionnels essentiels au bon fonctionnement de l'&#233;cole. Parmi eux, il y a celles qui accompagnent les &#233;l&#232;ves en situation de handicap. Celles et ceux qui r&#232;glent les conflits dans la cour du bahut et font le lien entre l'institution et les familles. D'autres encore qui accueillent les enfants avant et apr&#232;s la classe. Fragments de quotidiens en lutte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;ans les d&#233;bats sur la d&#233;gringolade de l'&#201;ducation nationale, ce sont souvent les grands oubli&#233;s. Qu'ils soient assistants d'&#233;ducation (AED &#8211; parfois appel&#233;s &#171; surveillants &#187;), accompagnantes d'&#233;l&#232;ves en situation de handicap (AESH, &#224; 93 % des femmes) ou animateurs p&#233;riscolaires, beaucoup estiment ne pas &#234;tre suffisamment consid&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cas des &#171; anim' &#187; embauch&#233;s par les mairies pour assurer l'accueil des &#233;l&#232;ves de maternelle et de primaire sur le temps de la cantine ainsi qu'avant et apr&#232;s la classe. En 2013, ils &#171; avaient servi de variable d'ajustement lors de la r&#233;forme des rythmes scolaires, &#233;crit &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;. Recrut&#233;s en nombre lors de la mise en place de la semaine de quatre jours et demi sous le quinquennat Hollande, [ils ont ensuite &#233;t&#233;] &#233;vinc&#233;s lorsque Jean-Michel Blanquer [a laiss&#233;] aux communes le choix de revenir &#224; la semaine de quatre jours&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Mini-salaires, horaires hach&#233;s, sous-effectifs&#8230; Les raisons de la gr&#232;ve (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &#187; La plupart de ceux qui continuent aujourd'hui d'officier dans les &#233;coles gagnent entre 800 et 900 euros mensuels. En d&#233;cembre dernier, ils ont &#233;t&#233; nombreux &#224; d&#233;brayer pour d&#233;noncer leur pr&#233;carit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AESH et AED sont pour leur part r&#233;mun&#233;r&#233;s par les inspections acad&#233;miques (IA). Les premi&#232;res sont recrut&#233;es par contrat de droit public pour trois ans, renouvelable une fois. Ce n'est qu'&#224; l'issue de ces six ann&#233;es qu'elles peuvent pr&#233;tendre &#224; une embauche en CDI. Quant aux seconds, ils cumulent les CDD sans perspective de contrat p&#233;renne. Si une loi vient d'&#234;tre adopt&#233;e en premi&#232;re lecture &#224; l'Assembl&#233;e pour am&#233;liorer leurs statuts, &#224; l'heure o&#249; ces lignes sont &#233;crites, elle doit encore passer par le S&#233;nat et reste largement insuffisante : les AED ne pourraient ainsi &#234;tre CDIs&#233;s qu'au bout de six ans de contrats &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e (trois ans pour les AESH). Logique, dans ces conditions, qu'ils crient leur ras-le-bol et luttent pour des statuts moins pr&#233;caires. Depuis fin 2020, les d&#233;brayages se succ&#232;dent, &#224; l'image des 20 et 27 janvier derniers, o&#249; AED et AESH ont d&#233;fil&#233; dans la rue aux c&#244;t&#233;s des enseignants. On a donn&#233; la parole &#224; quatre de ces travailleurs et travailleuses pr&#233;caires. Amel*&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;* : pr&#233;nom modifi&#233;.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, Charlie*, Anouk et C&#233;lia nous racontent leur quotidien et leurs luttes en temps de Covid. Verbatim&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4330 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200verbatim_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH398/1200verbatim_resultat-9dce5.jpg?1780129374' width='500' height='398' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Th&#233;o B&#233;dard
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On n'a pas les moyens d'accomplir nos t&#226;ches &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;V&lt;/span&gt;oil&#224; six ans qu'Amel est accompagnante d'&#233;l&#232;ves en situation de handicap (AESH). Elle travaille &#224; Marseille dans une &#233;cole REP+ (r&#233;seau d'&#233;ducation prioritaire renforc&#233;). Sa mission ? Assister en classe un jeune autiste de 9 ans et demi, scolaris&#233; en CM1. Amel travaille 21 heures par semaine pour 720 euros, sans r&#233;elle formation au handicap.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'accompagne un enfant diagnostiqu&#233; autiste asperger&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Forme d'autisme sans d&#233;ficience intellectuelle, et qui se d&#233;finit par une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; depuis un an et demi. Suivant ses besoins, je fais du soutien scolaire pendant le cours, je l'accompagne dans ses troubles du comportement et de l'attention. M&#234;me s'il peut avoir des comp&#233;tences sup&#233;rieures &#224; ses camarades, cet enfant manque parfois d'autonomie alors je l'aide aussi dans les gestes du quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'AESH, on suit des &#233;l&#232;ves atteints de troubles tr&#232;s diff&#233;rents, parfois visibles, parfois non. Ces derni&#232;res ann&#233;es, on accompagne beaucoup d'enfants atteints de dyslexie, d'autisme, de troubles du comportement. Une fois que les parents ont d&#233;pos&#233; un dossier accompagn&#233; d'attestations de divers soignants, la Maison d&#233;partementale des personnes handicap&#233;es (MDPH) attribue &#224; l'enfant un nombre d'heures de suivi par une AESH. Mais dans l'&#233;cole o&#249; je travaille, et c'est le cas dans bien d'autres &#233;tablissements, des &#233;l&#232;ves sont laiss&#233;s sans soutien alors que la MDPH leur a attribu&#233; des heures. Quant aux AESH, elles sont g&#233;n&#233;ralement amen&#233;es &#224; accompagner entre un et trois enfants tout au long de l'ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais ce boulot depuis six ans. Je suis employ&#233;e par l'inspection acad&#233;mique (IA), mais c'est un lyc&#233;e employeur qui s'occupe de la gestion de mon contrat et de mon salaire. D'autres AESH d&#233;pendent uniquement de l'IA. On a un statut pr&#233;caire et la hi&#233;rarchie se permet de nous traiter &#224; la l&#233;g&#232;re. Par exemple, en juin 2019, on a rompu mon contrat sans pr&#233;avis. Je me suis retrouv&#233;e au ch&#244;mage pendant les vacances scolaires (ce qui a permis &#224; mon employeur de ne pas me les payer) sans savoir si j'allais &#234;tre r&#233;embauch&#233;e. On m'a finalement fait un nouveau contrat mi-octobre. L&#224; o&#249; c'est l'arnaque, c'est que j'ai &#233;t&#233; r&#233;trograd&#233;e d&#233;butante alors que &#231;a faisait d&#233;j&#224; trois ans que je travaillais en tant qu'accompagnante. Bref, il n'y a pas de petites &#233;conomies !&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; L&#224; o&#249; c'est l'arnaque, c'est que j'ai &#233;t&#233; r&#233;trograd&#233;e d&#233;butante alors que &#231;a faisait d&#233;j&#224; trois ans que je travaillais en tant qu'accompagnante. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les AESH revendiquent une revalorisation de leur salaire et un meilleur statut. Elles se sont aussi mobilis&#233;es contre les P&#244;les inclusifs d'accompagnement localis&#233;s (Pial), des &#8220;plateformes de flexibilit&#233;&#8221; mises en place de fa&#231;on exp&#233;rimentale en 2019 et que le gouvernement &#233;tend aujourd'hui &#224; toutes les &#233;coles. Ces Pial risquent de d&#233;grader toujours plus notre travail, car plut&#244;t que de suivre un, deux ou trois &#233;l&#232;ves fixes, on peut &#234;tre balad&#233;es dans diff&#233;rents &#233;tablissements scolaires au gr&#233; des besoins. Tout &#231;a pour compenser le manque d'AESH.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon &#233;cole, je me sens reconnue et plac&#233;e au m&#234;me niveau que les enseignants. Mais je sais que j'ai de la chance. Certaines coll&#232;gues se plaignent d'&#234;tre peu consid&#233;r&#233;es par l'administration, voire par des enseignants qui supportent mal la pr&#233;sence d'un autre adulte dans la classe. Parfois, c'est avec les parents que c'est compliqu&#233; : il y a quelques ann&#233;es, dans une r&#233;union d'AESH, une accompagnante noire racontait avoir &#233;t&#233; victime de racisme de la part de parents qui n'acceptaient pas que leur enfant soit suivi par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces postes d'AESH ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s pour permettre &#224; l'&#233;cole d'inclure les enfants en situation de handicap. Mais il y a un d&#233;faut quasi total de formation : une demi-journ&#233;e sur l'autisme, une autre sur les troubles de l'attention, c'est &#224; peu pr&#232;s tout. &#199;a ne donne aucune cl&#233; pratique et c'est tr&#232;s g&#233;n&#233;raliste. On n'a pas de r&#233;els moyens pour accomplir nos t&#226;ches correctement, sauf si on se les donne nous-m&#234;me. La premi&#232;re fois que j'ai accompagn&#233; un enfant autiste, il a bien fallu que je me renseigne sur ce trouble. J'ai eu la chance d'&#234;tre en contact avec sa psychologue : elle est venue quelques fois &#224; l'&#233;cole et on pouvait s'appeler, on se tenait au courant des progr&#232;s, des &#233;volutions. Mais on manque de r&#233;f&#233;rents &#224; qui on pourrait faire remonter certaines de nos difficult&#233;s. On nous parle d'&#233;cole inclusive, mais ce n'est qu'un &#233;cran de fum&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le boulot d&#233;passe toujours les limites du coll&#232;ge &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;epuis trois ans, C&#233;lia est AED dans des coll&#232;ges REP+. Elle a d'abord travaill&#233; dans un gros &#233;tablissement du quartier d&#233;favoris&#233; de la Meinau, &#224; Strasbourg. Puis dans un autre, plus petit et tranquille, au centre de Marseille. En REP+, raconte-t-elle, les AED sont au c&#339;ur de la vie des &#233;l&#232;ves et constituent souvent le cha&#238;non manquant entre les familles, les enfants, les profs et l'administration.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le boulot de la vie scolaire en th&#233;orie, c'est la surveillance de la cour et du self et quelques t&#226;ches administratives. Mais la plupart du temps, on fait un tas de choses qui n'ont rien &#224; voir avec &#231;a. Quand on est AED dans un &#233;tablissement REP+, les &#233;l&#232;ves sont &#224; tout moment en train de nous solliciter et sont compl&#232;tement d&#233;pendants de la vie scolaire. L'&#233;ventail des probl&#232;mes est sans fin : on leur a vol&#233; une trousse, il y en a un qui a fait chier l'autre, ils se sont tap&#233;s dessus&#8230; Alors forc&#233;ment, &#231;a cr&#233;e une relation de proximit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les profs le savent et &#231;a fonctionne parfois tr&#232;s bien avec eux, comme avec la direction. Dans mon coll&#232;ge pr&#233;c&#233;dent, les AED avaient leurs casiers dans la salle des profs, on en tutoyait la plupart, on communiquait. Quand les profs savaient qu'on s'entendait bien avec un &#233;l&#232;ve, &#231;a arrivait r&#233;guli&#232;rement qu'ils viennent nous demander de l'aide &#8211; parce qu'il les faisait soudain chier ou parce que ses notes d&#233;gringolaient, par exemple. De plus, la vie scolaire &#233;tait souvent impliqu&#233;e dans ce qui &#233;tait mis en place en lien avec le statut REP+. On faisait &#8220;l'&#233;cole ouverte&#8221;, qui consiste &#224; ouvrir le coll&#232;ge pendant les vacances et accueillir les &#233;l&#232;ves pour qu'ils participent &#224; des ateliers &#224; l'initiative des profs. On avait aussi chacun un ou deux &#233;l&#232;ves en tutorat, des jeunes compliqu&#233;s ou qui avaient des probl&#232;mes de concentration, avec le besoin d'apprendre &#224; s'organiser ou des notes pas fameuses, et qu'on suivait toute l'ann&#233;e. C'&#233;taient surtout des troisi&#232;mes qu'on aidait &#224; trouver un stage. On pr&#233;parait avec eux CV et lettre de motivation, on les amenait sur place, on discutait avec leur potentiel ma&#238;tre de stage, on les aidait ensuite &#224; r&#233;diger leur rapport&#8230; Le boulot de l'orientation, quoi. En plus de &#231;a, pendant le confinement et m&#234;me apr&#232;s, il est arriv&#233; qu'on fasse cours &#224; la place de profs qui &#233;taient en arr&#234;t &#8211; ce qui est compl&#232;tement ill&#233;gal, et pour le m&#234;me salaire, bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les &#233;l&#232;ves nous parlent tout le temps, on a acc&#232;s &#224; des informations qu'il faut savoir g&#233;rer. C'est souvent &#224; la vie scolaire qu'ils s'adressent en premier lieu. Il arrive que &#231;a cr&#233;e des tensions avec les psychologues scolaires et l'infirmi&#232;re. Elles trouvent souvent absurde qu'un gamin se confie &#224; la vie scolaire plut&#244;t qu'&#224; elles. On est cens&#233;s leur passer toutes les informations qui les concernent, sauf qu'il y a des infos un peu d&#233;licates que les gamins nous demandent de ne pas donner&#8230; Quand &#231;a tombe sous le coup de la loi ou que &#231;a n&#233;cessite un signalement (par exemple si on remarque qu'un enfant pr&#233;sente des marques corporelles qui font penser qu'il est battu &#224; la maison), on passe le mot. Mais dans d'autres cas, ce serait plus intelligent qu'on puisse d'abord en parler en t&#234;te-&#224;-t&#234;te avec le gamin.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Pendant le confinement et m&#234;me apr&#232;s, il est arriv&#233; qu'on fasse cours &#224; la place de profs qui &#233;taient en arr&#234;t &#8211; ce qui est compl&#232;tement ill&#233;gal. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le boulot d&#233;passe toujours les limites du coll&#232;ge. &#192; la Meinau, je bossais pas mal avec le centre socioculturel et je connaissais le m&#233;diateur de quartier. Il y avait aussi une m&#233;diatrice sur le site de l'&#233;cole, avec qui la communication &#233;tait assez fluide. &#199;a permettait de se passer des informations pour suivre les jeunes &#224; l'ext&#233;rieur. Quand un gamin en tutorat ne venait pas pendant deux semaines, &#231;a m'est arriv&#233; d'aller le chercher chez lui. Ce ne sont pas des trucs qu'on est cens&#233;s faire &#8211; on s'y colle un peu par d&#233;sespoir. Il y a aussi la question du rapport avec la police. On a l'ordre de ne leur donner aucune info quand ils appellent, mais ces salauds essaient &#233;videmment d'en gratter. La vie scolaire est parfois impliqu&#233;e plus directement. Une fois, une bande de gamins s'est fait arr&#234;ter. Le lendemain, les parents n'avaient pas de nouvelles. Quand les pions ont eu l'info par des gosses dans la cour, c'est nous qui avons d&#251; annoncer aux mamans que leurs gamins &#233;taient au commissariat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4332 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200plonketreplonk_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH345/1200plonketreplonk_resultat-2535b.jpg?1780129375' width='500' height='345' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Illustration de Plonk &amp; Replonk
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; C'est pas cher pay&#233; le manque de respect &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;harlie est elle aussi AED dans un coll&#232;ge de Marseille estampill&#233; REP+. Son poste est particulier : elle fait partie de l'&#233;quipe d'une classe passerelle, un dispositif qui accueille une dizaine d'&#233;l&#232;ves en situation de &#171; d&#233;crochage scolaire &#187;, souvent exclus de leurs &#233;tablissements respectifs pour des faits de violence. Dans ces classes collaborent un AED, un enseignant et des &#233;ducateurs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis embauch&#233;e en tant qu'AED, mais mon job n'a pas grand-chose &#224; voir avec les fiches de poste habituelles : je ne fais rien qui soit en lien avec la vie scolaire, je ne surveille pas la cantine, ni la cour de r&#233;cr&#233;ation, je ne suis pas au portail le matin, je n'appelle pas les parents quand un jeune est absent...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gros de mon boulot se fait en classe, o&#249; j'assiste l'enseignante. J'aide les jeunes dans le travail qu'on leur donne. Quand un &#233;l&#232;ve ne peut pas suivre le cours avec les autres, soit parce qu'il perturbe trop, soit parce que c'est trop compliqu&#233; pour lui, je l'emm&#232;ne dans une autre salle pour travailler en individuel. L'ann&#233;e derni&#232;re, je m'occupais aussi de tout ce qui concerne les recherches de stages et j'assistais les jeunes dans la pr&#233;paration de leur examen &#8211; le Certificat de formation g&#233;n&#233;rale (CFG) &#8211;, notamment en les aidant &#224; s'entra&#238;ner &#224; l'oral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein d'une classe passerelle, plusieurs professionnels travaillent ensemble : un enseignant, un AED, des &#233;ducateurs, un psychologue. C'est un vrai apport : on n'appr&#233;hende pas les situations de la m&#234;me mani&#232;re, ce qui cr&#233;e de la compl&#233;mentarit&#233;. Mais parfois les fronti&#232;res sont floues. J'ai par exemple d&#251; m'interposer physiquement au milieu d'une violente altercation entre un prof et un jeune dans la cour. Ce qui rel&#232;ve plus du boulot d'&#233;ducateur. Je ne me plains pas, parce que c'est aussi pour moi ce qui fait l'int&#233;r&#234;t de ce job. D'autant que j'ai une formation d'&#233;ducatrice. Clairement, &#231;a arrangeait tout le monde que j'ai ce dipl&#244;me et cette exp&#233;rience. C'est d'ailleurs pour &#231;a que j'ai &#233;t&#233; embauch&#233;e. Ce qui me pose parfois des cas de conscience : je prends le boulot de quelqu'un qui n'est pas dipl&#244;m&#233; et qui aurait peut-&#234;tre besoin de ce taf pour acqu&#233;rir de l'exp&#233;rience et passer des concours&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; On n'appr&#233;hende pas les situations de la m&#234;me mani&#232;re, ce qui cr&#233;e de la compl&#233;mentarit&#233;. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et j'accepte avec mes comp&#233;tences d'&#234;tre pay&#233;e 642 euros par mois pour 18 heures par semaine. Alors que c'est parfois dur. Je me souviens par exemple d'un jour o&#249; je me suis fait malmener par un jeune. Ce matin-l&#224;, je n'avais pas eu le temps de faire de pause. Quand j'ai pu m'&#233;clipser aux toilettes et souffler un coup, j'ai vu sur mon t&#233;l&#233;phone le virement de mon salaire. 642 euros, je me suis dit que c'&#233;tait pas cher pay&#233; le manque de respect. Et le boulot ne s'arr&#234;te pas quand on rentre chez soi. D&#232;s le d&#233;but, j'ai d&#233;cid&#233; que je ne ferai pas une heure de plus que ce qui est &#233;crit sur mon contrat. Sauf que parfois, tu as besoin d'&#233;changer avec les coll&#232;gues, de les joindre hors du temps scolaire. C'est n&#233;cessaire pour g&#233;rer certaines situations : quand tu n'as qu'une seule r&#233;union d'&#233;quipe par semaine, ce n'est souvent pas suffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de la relation avec l'enseignant, tu peux aussi bien tomber sur un prof qui te prend pour son &#233;gal que sur un autre qui pense qu'il est ton sup&#233;rieur hi&#233;rarchique. Eux sont en CDI, ind&#233;boulonnables, ils gagnent parfois le triple du salaire des AED. Ils ont aussi la l&#233;gitimit&#233; de la transmission du savoir per&#231;ue comme plus noble. D'ailleurs, eux touchent une prime pour travailler en REP+ &#224; laquelle les AED n'ont pas le droit. Pourtant, on travaille dans le m&#234;me &#233;tablissement, face aux m&#234;mes jeunes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une des raisons pour lesquelles les AED sont descendus dans la rue &#224; plusieurs reprises l'ann&#233;e derni&#232;re. Ils demandaient aussi la possibilit&#233; d'&#234;tre embauch&#233;s en CDI. Aujourd'hui, nos contrats sont des CDD renouvelables sur une p&#233;riode de 6 ans maximum. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les bras arm&#233;s de directives d&#233;connect&#233;es des r&#233;alit&#233;s &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;nouk est coordinatrice p&#233;dagogique dans une petite ville d'Auvergne. Embauch&#233;e par la mairie, c'est elle qui g&#232;re, entre autres, les personnes employ&#233;es par la ville et travaillant au sein de l'&#233;cole. Parmi elles, il y a les animateurs p&#233;riscolaires. Anouk fait partie de celles et ceux qui ont particip&#233; au mouvement de gr&#232;ve de d&#233;cembre dernier lanc&#233; par les professionnels de l'animation pour d&#233;noncer la pr&#233;carit&#233; de ce job.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pendant longtemps, l&#224; o&#249; je travaille, il n'y avait pas de r&#233;elle d&#233;marche pour penser le sens de l'accueil p&#233;riscolaire. Le plan, c'&#233;tait : on garde les gosses avant et apr&#232;s l'&#233;cole, point barre. En termes de taux d'encadrement et de qualification du personnel, c'&#233;tait un peu le bordel. Certaines personnes se retrouvaient &#224; faire de l'animation sans &#234;tre form&#233;es. On demandait par exemple &#224; des agentes d'entretien de s'en charger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, un effort a &#233;t&#233; fait. Sauf que l'ann&#233;e derni&#232;re, tout le monde pleurait parce qu'on n'arrivait pas &#224; recruter d'animateurs. Quand tu regardes les conditions de travail, il ne faut pas s'&#233;tonner ! On parle de contrats &#224; 16 ou 18 heures par semaine, avec des horaires hach&#233;s : on les fait venir trois fois dans la journ&#233;e. Certains commencent &#224; 7 h 30 pour ouvrir l'&#233;cole, repartent &#224; 8 h 30, reprennent vers 11 h, repartent &#224; 14 h, reviennent &#224; 15 h 45 pour finir &#224; 18 h 30. Il faut imaginer le budget essence quand tu vis en zone rurale ! Et puis avec des salaires au Smic horaire. Clairement, tu ne peux pas vivre avec &#231;a. Pour ma part, je suis titulaire de mon poste et gagne 1 300 &#8364; net par mois dans une collectivit&#233; qui ne prend m&#234;me pas la moiti&#233; de la mutuelle en charge. Et je suis dans l'&#233;quipe de direction !&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Certaines personnes se retrouvaient &#224; faire de l'animation sans &#234;tre form&#233;es. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup d'animateurs et animatrices p&#233;riscolaires sont contractuels : ils ne peuvent pas b&#233;n&#233;ficier du droit &#224; la formation, et ne sont pas titulaires. &#199;a a aussi des cons&#233;quences sur la qualit&#233; de leur boulot : tu ne peux pas demander aux gens un r&#233;el investissement, ni de r&#233;fl&#233;chir au sens de leurs missions s'ils n'ont pas de perspective. Mais &#231;a peut bouger : l&#224; o&#249; je bosse, on a fait remonter cette situation &#224; la mairie et cette ann&#233;e, sur six anim', quatre ont &#233;t&#233; stagiairis&#233;s. C'est-&#224;-dire qu'ils sont embauch&#233;s pendant une ann&#233;e &#224; l'issue de laquelle ils seront titularis&#233;s et deviendront fonctionnaires territoriaux. Ils ont toujours des salaires de merde mais obtiennent le droit &#224; des formations, &#224; la mutation, etc. Leurs contrats sont aussi plus int&#233;ressants : ils font 26 ou 28 heures par semaine. C'est pas la panac&#233;e, mais c'est d&#233;j&#224; mieux. Ce qui peut changer la donne, c'est la volont&#233; des &#233;lus d'inscrire les &#233;coles dans un projet global d'&#233;ducation o&#249; tous les maillons de la cha&#238;ne (enseignants, anim', etc.) travailleraient ensemble. Mais &#231;a n&#233;cessite une professionnalisation des animateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parle souvent du boulot d'anim' comme d'un job &#233;tudiant. Eh bien dans mon &#233;cole, il y a z&#233;ro profil de ce genre. On compte un guitariste de punk-buvette de quarante piges qui veut finir sa carri&#232;re comme il peut dans l'animation, une nana de 27 ans qui a un CAP petite enfance, une jeune maman de 25 ans, &#233;galement titulaire de ce dipl&#244;me, qui a pass&#233; son temps &#224; faire des remplacements et &#224; choper des contrats courts non reconduits. Ou encore Martine, qui bosse pour la mairie depuis vingt ans et qui est &#224; la fois Atsem&lt;i&gt; [agent territorial sp&#233;cialis&#233; des &#233;coles maternelles]&lt;/i&gt;, femme de m&#233;nage et animatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au mois de d&#233;cembre, je suis la seule de mon &#233;cole &#224; avoir pu faire gr&#232;ve pour d&#233;noncer la pr&#233;carit&#233; de ce boulot. Personne d'autre n'avait la possibilit&#233; de d&#233;brayer : une journ&#233;e en moins, c'est souvent l'assurance que tu n'auras pas de quoi payer ton loyer le mois prochain. Pourtant, les anim' sont en col&#232;re. Depuis le d&#233;but de la crise sanitaire, ils sont dans le Covid ras la gueule ! Les protocoles sanitaires impactent aussi radicalement leur job. Ils s'occupent de gamins qui sont dans un &#233;tat lamentable : ils ne peuvent plus se moucher &#224; cause des tests &#224; r&#233;p&#233;tition, ils hurlent, d&#233;veloppent pour certains des troubles du comportement &#224; cause de cette ambiance anxiog&#232;ne au possible. Les animateurs sont aussi confront&#233;s &#224; des parents qui disjonctent, arrivent en larmes &#224; force d'avoir d&#251;, au mois de janvier, r&#233;cup&#233;rer plusieurs fois dans la semaine leurs m&#244;mes en milieu de journ&#233;e parce qu'ils &#233;taient cas contact. Au milieu de tout ce bordel, les anim' sont impuissants. Ils ont le sentiment d'&#234;tre les bras arm&#233;s de directives minist&#233;rielles d&#233;connect&#233;es des r&#233;alit&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par C&#233;cile Kiefer, Laurent Perez, Tiphaine Gu&#233;ret &amp; &#201;milien Bernard&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/societe/education/mini-salaires-horaires-haches-sous-effectifs-les-raison-de-la-greve-des-animateurs-du-periscolaire-20211214_QZOWNVBOWNCHTHER2KRPADQFUM/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Mini-salaires, horaires hach&#233;s, sous-effectifs&#8230; Les raisons de la gr&#232;ve des animateurs du p&#233;riscolaire &#187;&lt;/a&gt; (14/12/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;* : pr&#233;nom modifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Forme d'autisme sans d&#233;ficience intellectuelle, et qui se d&#233;finit par une difficult&#233; &#224; d&#233;coder l'environnement et les codes sociaux, impactant donc la fa&#231;on dont les personnes interagissent avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Trouver les br&#232;ches dans l'&#233;difice r&#233;pressif &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Trouver-les-breches-dans-l-edifice</link>
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		<dc:date>2021-11-26T19:40:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Des &#233;meutes de 2005 au mouvement des Gilets jaunes, de la mort de R&#233;mi Fraisse &#224; la gestion polici&#232;re de la crise sanitaire, l'&#201;tat n'a cess&#233; de s'enfoncer dans la brutalit&#233;. Engag&#233; dans des collectifs de mutil&#233;s et chercheur en sciences sociales, Pierre Douillard-Lef&#232;vre vient de publier une saisissante radiographie de ce durcissement durable du maintien de l'ordre. Paru en septembre chez Grevis, Nous sommes en guerre &#8211; Terreur d'&#201;tat et militarisation de la police tente &#233;galement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no203-novembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;203 (novembre 2021)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des &#233;meutes de 2005 au mouvement des Gilets jaunes, de la mort de R&#233;mi Fraisse &#224; la gestion polici&#232;re de la crise sanitaire, l'&#201;tat n'a cess&#233; de s'enfoncer dans la brutalit&#233;. Engag&#233; dans des collectifs de mutil&#233;s et chercheur en sciences sociales, Pierre Douillard-Lef&#232;vre vient de publier une saisissante radiographie de ce durcissement durable du maintien de l'ordre. Paru en septembre chez Grevis, &lt;i&gt;Nous sommes en guerre &#8211; Terreur d'&#201;tat et militarisation de la police&lt;/i&gt; tente &#233;galement d'esquisser des pistes de r&#233;sistance. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4113 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/650nousommesenguerre.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/650nousommesenguerre-1f5d2.jpg?1779692218' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Aur&#233;lien Godin
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2016, tu as &#233;crit &lt;i&gt;L'Arme &#224; l'&#339;il &lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;d. Le Bord de l'eau.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;, sous-titr&#233; &#171; Violences d'&#201;tat et militarisation de la police &#187;. Dans ton nouvel ouvrage, tu utilises plut&#244;t l'expression &#171; terreur d'&#201;tat &#187;. Pourquoi ce changement de termes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai &#233;t&#233; bless&#233; &#224; l'&#339;il droit par un tir de lanceur de balles de d&#233;fense &#8211; LBD 40 &#8211; en novembre 2007. &#192; l'&#233;poque, j'avais 16 ans, j'&#233;tais lyc&#233;en, et le gouvernement de Nicolas Sarkozy exp&#233;rimentait cette nouvelle arme contre les quartiers et les mobilisations de la jeunesse. Suite &#224; cette blessure, avec des proches, nous avons men&#233; l'enqu&#234;te, essay&#233; de comprendre quelles &#233;taient ces armes, leur g&#233;n&#233;alogie et leurs promoteurs, ce qu'elles disaient de notre &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aboutissement de ce travail a &#233;t&#233; la publication d'un premier livre, r&#233;dig&#233; apr&#232;s la mort de R&#233;mi Fraisse &lt;i&gt;[tu&#233; &#224; Sivens, dans le Tarn, par une grenade offensive en octobre 2014]&lt;/i&gt;. La mise &#224; mort d'un manifestant &#233;cologiste par un gouvernement socialiste, dans une indiff&#233;rence quasiment g&#233;n&#233;rale, ouvrait une nouvelle s&#233;quence. &#192; l'&#233;poque, il s'agissait de proposer une histoire de la militarisation de la police, en repartant des premiers Flash-Ball, distribu&#233;s par Claude Gu&#233;ant &#8211; alors directeur g&#233;n&#233;ral de la police nationale &#8211; au milieu des ann&#233;es 1990. Ces armes ont constitu&#233; un tournant : on autorisait de nouveau les policiers &#224; faire feu, &#224; presser sur la d&#233;tente en direction d'un individu, &#224; frapper les corps &#224; distance. Quand &lt;i&gt;L'Arme &#224; l'&#339;il&lt;/i&gt; sort, nous sommes au d&#233;but de l'&#233;tat d'urgence, l'antiterrorisme est employ&#233; pour mater le mouvement contre la loi Travail, les LBD sont utilis&#233;s massivement contre les cort&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, cinq ans plus tard, non seulement les diagnostics et les alertes &#233;nonc&#233;s dans le livre ont &#233;t&#233; confirm&#233;s, mais ils sont d&#233;sormais d&#233;pass&#233;s par la r&#233;alit&#233;, tant l'obscurit&#233; s&#233;curitaire avance vite. &#192; pr&#233;sent, personne ne peut nier que la police est charg&#233;e de semer la terreur : tout, de l'arsenal jusqu'&#224; la tenue du policier, est organis&#233; pour insuffler la peur dans les esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous sommes en guerre&lt;/i&gt; n'est donc pas seulement une mise &#224; jour. Il s'agit d'abord d'une radiographie de la police, une histoire du temps pr&#233;sent. C'est aussi un recueil de la parole des mutil&#233;s, une exploration sensible des blessures et des traumatismes invisibles de la r&#233;pression : qu'est-ce que signifie le fait de perdre un &#339;il ou une main, qui sont des outils intimes ? Comment ces mutilations, ces images de violences polici&#232;res s'impriment-elles dans les mentalit&#233;s collectives ? Enfin, ce livre propose une s&#233;rie de pistes de r&#233;sistance face &#224; l'ordre s&#233;curitaire. Les constats ne suffisent pas, il nous faut des perspectives. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La crise sanitaire, dis-tu, n'a fait qu'accentuer la militarisation &#224; l'&#339;uvre depuis plusieurs d&#233;cennies. En quoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;pisode de la pand&#233;mie fait partie d'une s&#233;quence plus large de brutalisation acc&#233;l&#233;r&#233;e. Lors du soul&#232;vement des Gilets jaunes, un nouveau curseur est franchi avec l'utilisation de l'arm&#233;e, l'envoi de blind&#233;s, l'emploi industriel de grenades sur tout le territoire, la cr&#233;ation de nouvelles unit&#233;s de choc motoris&#233;es et militaris&#233;es &lt;i&gt;[les Brigades de r&#233;pression des actions violentes motoris&#233;es (BRAV-M) cr&#233;&#233;es en 2019]&lt;/i&gt;. Ce moment est suivi par la gestion autoritaire de la pand&#233;mie, avec des exp&#233;rimentations biopolitiques sans pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Covid-19 joue un r&#244;le d'acc&#233;l&#233;rateur, il donne un aper&#231;u du monde qui vient, avec des in&#233;galit&#233;s accentu&#233;es, un espace public quadrill&#233; et contr&#244;l&#233; et des mesures sanitaires r&#233;pressives. En quelques mois, nous avons vu des drones avec des haut-parleurs et des h&#233;licopt&#232;res avec des capteurs thermiques d&#233;ploy&#233;s au-dessus des grandes villes, des rues d&#233;sertes encadr&#233;es par la police, un tra&#231;age num&#233;rique de notre sant&#233; et de nos d&#233;placements. Au d&#233;but du confinement, le nombre de personnes tu&#233;es dans les quartiers lors de contr&#244;les de police a explos&#233;, et la r&#233;pression s'est &#233;tendue &#224; de nombreuses f&#234;tes priv&#233;es ou publiques au nom du couvre-feu. Les attaques r&#233;centes de free parties &lt;i&gt;[au mois de juin 2021 &#224; Redon (Ille-et-Vilaine), un jeune f&#234;tard a eu la main arrach&#233;e]&lt;/i&gt; avec des moyens consid&#233;rables, constituent encore un cran suppl&#233;mentaire et terrifiant de cette nouvelle normalit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu expliques que la g&#233;n&#233;ralisation des armes dites &#171; non-l&#233;tales &#187; n'a fait qu'accentuer l'impunit&#233; polici&#232;re, facilitant le fait de presser sur la d&#233;tente. Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'abord il faut &#233;vacuer les concepts marketing de &#8220;non-l&#233;talit&#233;&#8221; ou &#8220;l&#233;talit&#233; att&#233;nu&#233;e&#8221;, puisque les lanceurs de balles en caoutchouc ont d&#233;j&#224; tu&#233; plusieurs personnes en France, &#224; tel point que ces notions ne sont gu&#232;re plus utilis&#233;es que par les promoteurs de ces armes. &#192; partir de 1995, les policiers sont dot&#233;s de Flash-Ball, pr&#233;sent&#233;s comme des armes &#8220;&lt;i&gt;interm&#233;diaires&lt;/i&gt;&#8221;, charg&#233;es de r&#233;pondre aux &#8220;&lt;i&gt;nouvelles menaces urbaines&lt;/i&gt;&#8221;. Personne ne s'en rend compte &#224; l'&#233;poque, mais c'est un v&#233;ritable changement de doctrine : on ne repousse plus un corps collectif, mais on frappe, extr&#234;mement violemment, un corps individuel. On ne maintient pas &#224; distance, on tire pour &#8220;&lt;i&gt;neutraliser&lt;/i&gt;&#8221;, selon le vocable policier. On ne s'adresse pas &#224; une foule, on mutile pour l'exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 2007, le gouvernement distribue les premiers LBD, beaucoup plus pr&#233;cis et puissants que les Flash-Ball. Ils sont officiellement class&#233;s dans la cat&#233;gorie des armes de guerre. D'abord ils sont confi&#233;s &#224; des policiers volontaires &#224; titre exp&#233;rimental, et imm&#233;diatement utilis&#233;s dans les quartiers &#8211; lorsqu'une r&#233;volte &#233;clate &#224; Villiers-le-Bel (Val-d'Oise) apr&#232;s la mort de deux adolescents renvers&#233;s par une voiture de police en novembre 2007 &#8211; et contre les cort&#232;ges lyc&#233;ens. C'est &#224; ce moment que je suis bless&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement va rapidement g&#233;n&#233;raliser l'arme, qui se tient comme un fusil d'&#233;paule et qui est dot&#233;e d'un viseur militaire. Le LBD incarne l'hybridation entre guerre et r&#233;pression, maintien de l'ordre et conflit arm&#233;. C'est un outil ostentatoire, il v&#233;hicule un imaginaire militaire : les policiers adorent viser une foule avec cette arme, agiter la menace d'une mutilation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le LBD n'est probablement qu'une &#233;tape. Les CRS sont d&#233;j&#224; dot&#233;s de fusils dits &#8220;multi-coups&#8221;, qui permettent de tirer six munitions en quelques secondes, une firme fran&#231;aise propose un outil pouvant tirer &#8220;&lt;i&gt;jusqu'&#224; vingt coups par minute&lt;/i&gt;&#8221; ou encore des drones qui envoient des grenades depuis le ciel. En parall&#232;le, le nombre de tirs policiers &#224; &#8220;balles r&#233;elles&#8221; continue d'exploser&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ao&#251;t 2021, un automobiliste et sa compagne sont cribl&#233;s de balles &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le fait de mettre en joue, de tirer sur un individu, a &#233;t&#233; banalis&#233; par le Flash-Ball et le LBD. La militarisation est donc un processus toujours en cours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu parles d'armement &#171; rh&#233;ostatique &#187;. Que signifie ce terme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le rh&#233;ostat est un appareil permettant de r&#233;gler l'intensit&#233; du courant &#233;lectrique, un curseur pour r&#233;gler le niveau d'un voltage. Le Taser et ses impulsions &#233;lectriques, les lanceurs de balles de d&#233;fense et leurs diff&#233;rentes munitions, la concentration plus ou moins forte d'un gaz irritant r&#233;pondent &#224; cette id&#233;e : l'institution polici&#232;re peut d&#233;cider de moduler sa violence, d'aller de la douleur &#224; la blessure, et de la blessure &#224; la mort, selon l'utilisation qu'elle fait de ses armes. Selon les &#8220;cibles&#8221; vis&#233;es, et selon son agenda politique. Elle doit pouvoir choisir le degr&#233; de l&#233;talit&#233; &#224; appliquer &#224; chaque situation de conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une m&#234;me arme, selon la fa&#231;on dont elle est utilis&#233;e, la distance du tir, la vis&#233;e, peut &#234;tre plus ou moins mortelle. Tirer une balle en caoutchouc &#224; plusieurs dizaines de m&#232;tres au niveau des jambes provoque une forte douleur et un h&#233;matome. Presser sur la d&#233;tente &#224; hauteur de t&#234;te &#224; courte distance, c'est l'assurance de marquer un corps pour toute une vie, et potentiellement de tuer. La pr&#233;cision du LBD permet de moduler le pr&#233;judice en fonction de la cible. Le policier est juge et bourreau. Envoyer une grenade lacrymog&#232;ne peut suffire &#224; repousser une foule. Saturer une ruelle de gaz en tirant des salves sur une masse compacte, ou sur des jeunes qui dansent pr&#232;s d'un fleuve, c'est &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt; la certitude de punir, d'asphyxier, de faire peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour certaines situations, le rh&#233;ostat reste au minimum, on pense par exemple aux manifestations d'agriculteurs productivistes de la FNSEA. Pour d'autres, le curseur est au maximum : contre les Gilets jaunes ou lors de soul&#232;vements dans les banlieues. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu qualifies la France de &#171; lacrymocratie &#187; : que veux-tu dire par l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si le gaz lacrymog&#232;ne est utilis&#233; sous toutes les latitudes, l'&#201;tat fran&#231;ais en fait un usage immod&#233;r&#233;. D&#232;s son &#233;lection, Emmanuel Macron commande pour 22 millions d'euros de grenades lacrymog&#232;nes, l'&#233;quivalent de centaines de milliers de munitions. Et d'autres commandes ont &#233;t&#233; effectu&#233;es depuis. Il n'y a quasiment plus de protestation ni d'op&#233;ration de police sans lacrymog&#232;nes. M&#234;me un cort&#232;ge d'infirmi&#232;res, de pompiers ou d'enseignants peut d&#233;sormais subir les effets du gaz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour donner un ordre de grandeur, plus de 12 000 grenades sont tir&#233;es en quelques jours sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes au printemps 2018. Plus de 5 000 munitions lacrymog&#232;nes sont envoy&#233;es rien qu'&#224; Paris pour l'acte 2 des Gilets jaunes, et plus de 10 000 le samedi suivant dans la capitale ! En quelques ann&#233;es, l'usage des munitions a augment&#233; de fa&#231;on exponentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la composition des munitions lacrymog&#232;nes reste opaque &#8211; les autorit&#233;s et les fabricants refusent de communiquer sur leur toxicit&#233;. Des t&#233;moignages concordants de femmes &#233;voquent des r&#232;gles douloureuses, irr&#233;guli&#232;res ou abondantes, voire des fausses couches, apr&#232;s avoir respir&#233; du gaz CS. Un professeur chilien, Andrei Tchernitchin, explique que &#8220;&lt;i&gt;l'exposition au gaz durant une grossesse pourrait &#234;tre &#224; l'origine de malformations f&#339;tales et de b&#233;b&#233;s morts-n&#233;s&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ce que les gaz lacrymog&#232;nes font &#224; nos ut&#233;rus &#187;, Street Press (9/01/2020).&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&#8221;. Des &#233;tudes ind&#233;pendantes ont &#233;t&#233; entreprises en France, mais entrav&#233;es par les autorit&#233;s&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pourquoi Alexander Samuel, docteur en biologie qui enqu&#234;te sur le gaz (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est ce que l'expression &#171; &lt;i&gt;Nous sommes en guerre&lt;/i&gt; &#187;, prononc&#233;e par Macron la veille du premier confinement en mars 2020, nous dit de l'&#233;volution du discours politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est dans ce moment particulier que Macron applique l'id&#233;e de &#8220;guerre&#8221; au contexte sanitaire, il r&#233;p&#232;te un slogan militariste pour l&#233;gitimer des restrictions de libert&#233;. Cette rh&#233;torique fait partie d'une brutalisation des discours. Le PS avait parl&#233; de &#8220;guerre contre le terrorisme&#8221; et m&#234;me de &#8220;guerre de civilisation&#8221; quand il &#233;tait au pouvoir. Tout un lexique belliciste a infus&#233; la parole politique : les m&#233;dias parlent &#8220;d'ultras&#8221;, &#8220;d'assaillants&#8221; ou de &#8220;black blocs&#8221; pour d&#233;signer les manifestants. Une partie de la classe politique et de l'appareil militaire agitent ouvertement le spectre d'une &#8220;guerre civile&#8221;. Les discours pr&#233;parent les actes. Ils l&#233;gitiment la violence d'Etat contre des cat&#233;gories toujours plus vaste de la population. Il a d'abord fallu d&#233;shumaniser dans les discours publics certaines cat&#233;gories de population &#8211; les habitants de banlieue, les exil&#233;s, les ZADistes ou les supporters de foot &#8211; pour rendre &#8220;acceptable&#8221; de les frapper par les armes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Puissante du point de vue militaire, la police ma&#238;trise aussi le terrain du soft power...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pendant la guerre du Vietnam, le pr&#233;sident &#233;tats-unien Lyndon B. Johnson r&#233;sumait ainsi la finalit&#233; contre-insurrectionnelle de l'op&#233;ration militaire : &#8220;&lt;i&gt;Winning hearts and minds&lt;/i&gt;&#8221; (&#8220;Gagner les c&#339;urs et les esprits&#8221;). Les artisans des doctrines de contre-insurrection pr&#233;conisent &#224; la fois des actions de choc contre leurs opposants et des initiatives de propagande envers le plus grand nombre : il s'agit d'isoler les insurg&#233;s du reste de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ma&#238;trise de la communication est d&#233;cisive pour la police. Des communicants professionnels sont recrut&#233;s pour animer les r&#233;seaux sociaux, des agents issus de la gendarmerie et de la police sont charg&#233;s d'intervenir &#224; tout moment sur les plateaux t&#233;l&#233;s s'il faut justifier un cas trop flagrant de violence polici&#232;re, les syndicats policiers monopolisent les antennes. En parall&#232;le, il ne se passe pas un jour sans la diffusion d'un reportage anxiog&#232;ne ou d'une s&#233;rie polici&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne suffit pas. &#192; pr&#233;sent, des policiers interviennent dans les &#233;coles et coll&#232;ges pour expliquer leur m&#233;tier &#224; des enfants, des &#8220;villages de la s&#233;curit&#233;&#8221; sont organis&#233;s par certains pr&#233;fets, dans l'espace public, pour pr&#233;senter les outils des forces de l'ordre et &#8220;&lt;i&gt;rapprocher la police et la population&lt;/i&gt;&#8221;. Au cin&#233;ma, un film d'extr&#234;me droite valorise une &#233;quipe d'agents ripoux de la Bac Nord de Marseille&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bac Nord de C&#233;dric Jimenez, 2021.&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, une telle d&#233;bauche de moyens &#224; tous les niveaux pour l&#233;gitimer l'institution polici&#232;re r&#233;v&#232;le une certaine f&#233;brilit&#233; du pouvoir. Comme s'il fallait en permanence conjurer le slogan &#8220;Tout le monde d&#233;teste la police&#8221;. Comme s'il fallait oublier que l'acronyme &#8220;ACAB&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; All Cops Are Bastards &#187; ; &#171; Tous les flics sont des b&#226;tards &#187;.&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&#8221; est d&#233;sormais partag&#233; par des millions de personnes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu abordes la notion &#171; d'effet cliquet &#187;, th&#233;oris&#233;e par l'&#233;conomiste James Duesenberry dans la p&#233;riode d'apr&#232;s-guerre. En quoi n'y aura-t-il pas de retour en arri&#232;re possible concernant l'antiterrorisme et l'&#233;tat d'exception ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Giorgio Agamben explique que l'&#233;tat d'urgence est &#8220;&lt;i&gt;le dispositif par lequel les pouvoirs totalitaires se sont install&#233;s en Europe&lt;/i&gt;&#8221;. Avant m&#234;me l'arriv&#233;e au pouvoir d'Hitler, les gouvernements de Weimar avaient eu si souvent recours &#224; l'&#233;tat d'urgence que l'Allemagne avait d&#233;j&#224; cess&#233; d'&#234;tre une d&#233;mocratie parlementaire. Il souligne que &lt;i&gt;&#8220;le premier acte d'Hitler, apr&#232;s sa nomination, a &#233;t&#233; de proclamer un &#233;tat d'urgence qui n'a jamais &#233;t&#233; r&#233;voqu&#233;&#8221;. &lt;/i&gt;La France conna&#238;t un &#233;tat d'exception presque sans interruption depuis six ans. La plupart des mesures antiterroristes sont pass&#233;es dans le droit commun. &#192; pr&#233;sent, avec l'&#233;tat d'urgence sanitaire dont la dur&#233;e est ind&#233;finie, c'est un &#8220;conseil de d&#233;fense&#8221;, militaro-policier, qui prend les d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas du passe sanitaire est une illustration de ce ph&#233;nom&#232;ne de cliquet : en quelques semaines, le gouvernement a dit qu'il n'y aurait jamais de passe sanitaire, puis que celui-ci ne toucherait pas la vie quotidienne, avant de prendre une mesure qui r&#233;duit fortement les libert&#233;s, mais qui est pr&#233;sent&#233;e comme temporaire. L'Assembl&#233;e nationale vient &lt;i&gt;[l'entretien a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; mi-octobre]&lt;/i&gt; de voter la prolongation &lt;i&gt;[de la possibilit&#233; de recourir au passe sanitaire]&lt;/i&gt; jusqu'en juillet prochain. Un porte-parole du gouvernement parle d'un &lt;i&gt;&#8220;outil formidable de protection&#8221;&lt;/i&gt; qui pourrait avoir un &lt;i&gt;&#8220;usage &#233;tendu&#8221;&lt;/i&gt;. C'est une technique de manipulation de base. Il s'agit de fabriquer le consentement. Une fois leurs mesures liberticides incorpor&#233;es progressivement, au nom de l'urgence, il est quasiment impossible de les supprimer. Sauf, bien s&#251;r, par un soul&#232;vement g&#233;n&#233;ralis&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les banlieues, les stades de foot ou encore les &lt;i&gt;free parties&lt;/i&gt; constituent des laboratoires du maintien de l'ordre. Quels points communs r&#233;pressifs vois-tu entre ces diff&#233;rents mondes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les cibles de la police dessinent une cartographie des populations ind&#233;sirables. Les personnes touch&#233;es, malgr&#233; leur diversit&#233;, sont reli&#233;s par la m&#234;me r&#233;pression. Parmi les laboratoires du maintien de l'ordre, il y a le monde du football. Depuis 2006, l'&#201;tat fran&#231;ais cr&#233;e des fichiers sp&#233;cifiques pour les plus turbulents d'entre les supporters, et organise des &#8220;interdictions de stade&#8221;, c'est-&#224;-dire l'ostracisation d'un supporter fich&#233;, de fa&#231;on pr&#233;ventive, de l'enceinte de l'ar&#232;ne sportive, elle-m&#234;me forteresse du contr&#244;le, cern&#233;e de vigiles et de cam&#233;ras. Ces interdictions administratives seront appliqu&#233;es en 2016 &#224; plusieurs centaines de manifestants au nom de l'&#233;tat d'urgence. Trois ans plus tard, le premier ministre &#201;douard Philippe souhaite une loi qui permettrait une &#8220;interdiction administrative de manifester&#8221; inspir&#233;e des interdictions de stade existantes. Durant l'Euro de football en France, il fallait entrer dans des &lt;i&gt;fanzones &lt;/i&gt;pour assister aux matchs : des zones confin&#233;es, entour&#233;es de policiers. Au m&#234;me moment, ce dispositif est utilis&#233; pour contenir une manifestation contre la loi Travail &#224; Paris : les protestataires devaient franchir des barrages policiers herm&#233;tiques et d&#233;filer en rond, sous haute surveillance. D'une certaine mani&#232;re, depuis deux ans, l'espace public dans son ensemble peut &#234;tre transform&#233; en &lt;i&gt;fanzone&lt;/i&gt;, selon les circonstances. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi la figure du militant &#233;colo fait-elle particuli&#232;rement l'objet d'une r&#233;pression f&#233;roce ces derni&#232;res ann&#233;es, notamment avec la cr&#233;ation de la Cellule Demeter ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les gouvernants n'ont aucune intention de freiner le saccage de la plan&#232;te, d'agir sur ses causes. Au contraire, ils acc&#233;l&#232;rent la d&#233;vastation. Pendant que les riches investissent dans des &#238;les privatis&#233;es et des r&#233;sidences s&#233;curis&#233;es capables de survivre au d&#233;sastre, les &#201;tats comptent faire tenir l'&#233;difice social chancelant par la police et le contr&#244;le. Ils tentent aussi de faire taire les d&#233;fenseurs du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, le FBI consid&#232;re l'&#233;cologie radicale comme &lt;i&gt;&#8220;la deuxi&#232;me menace terroriste la plus importante&#8221;&lt;/i&gt;, en Russie un journaliste qui enqu&#234;tait sur la destruction d'une for&#234;t par l'entreprise Vinci a &#233;t&#233; battu &#224; mort, au Br&#233;sil des opposants &#224; l'abattage ill&#233;gal d'arbres en Amazonie sont tu&#233;s, comme bien d'autres d&#233;fenseurs de la nature. En France, les ZAD ont toutes &#233;t&#233; attaqu&#233;es par des dispositifs r&#233;pressifs massifs et co&#251;teux. Ces assauts font l'objet de Retex &#8211; des &#8220;&lt;i&gt;retours sur exp&#233;rience&lt;/i&gt;&#8221;, en langage militaire &#8211; destin&#233;s &#224; am&#233;liorer les strat&#233;gies d'intervention en milieu rural. Le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur a m&#234;me inaugur&#233; en 2019 au sein de la gendarmerie nationale la Cellule D&#233;m&#233;ter &#8211; du nom de la d&#233;esse grecque des moissons &#8211;sp&#233;cialement d&#233;di&#233;e &#224; la r&#233;pression des &#233;cologistes et des opposants au productivisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi, selon toi, la profusion d'images et de vid&#233;os de violences polici&#232;res joue-t-elle un r&#244;le ambigu ? Comment d&#233;passer le stade de l'indignation et de la comptabilit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces derni&#232;res ann&#233;es, nos &#233;crans ont affich&#233; des images terribles : l'agonie de C&#233;dric, p&#232;re de famille, sous le poids de policiers. Le Gilet jaune J&#233;r&#244;me Rodriguez mutil&#233; en direct sur Facebook, ou Manu, un autre Gilet jaune, l'&#339;il fracass&#233; par une grenade alors qu'il discutait. Il y a eu les images &#233;pouvantables d'Olivier &#224; Bordeaux, gisant dans son sang apr&#232;s avoir re&#231;u un tir dans le dos, ou celles de Genevi&#232;ve, &#224; Nice, retrait&#233;e pi&#233;tin&#233;e par les forces de l'ordre. Et celles de S&#233;bastien et d'Antoine dont la main venait d'&#234;tre souffl&#233;e par une grenade, ne laissant qu'une plaie b&#233;ante au bout de leur bras. Ces images ont &#233;t&#233; vues par des millions de personnes, provoquant des s&#233;quelles psychologiques de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, ces images ont eu un r&#244;le r&#233;v&#233;lateur mais n'ont pas provoqu&#233; de r&#233;action d'ampleur. L'horreur diffus&#233;e sur les &#233;crans n'aura pas suscit&#233; de sursaut mais parfois, malheureusement, simplement accentu&#233; la peur et le repli. On a pu entendre dans nos entourages : &#8220;&lt;i&gt;Je ne vais plus manifester, j'ai vu sur les r&#233;seaux ce que les policiers faisaient.&lt;/i&gt;&#8221; Par ailleurs, m&#234;me les images les plus accablantes ont &#233;t&#233; assum&#233;es par le pouvoir, qui r&#233;p&#233;tait, m&#234;me contre l'&#233;vidence, que les violences polici&#232;res n'existent pas. C'est une question complexe car il est vital de pouvoir documenter les violences d'&#201;tat, sans pour autant alimenter l'engrenage de terreur. Autrement dit, la diffusion de ces images doit aller de pair avec des actions concr&#232;tes qui nous permettent de renverser le rapport de peur, de nous sentir plus forts. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment lutter contre la mise &#224; mort sociale caus&#233;e par les mutilations et la terreur qu'instaurent les forces de l'ordre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aucune forteresse n'est imprenable et il est toujours possible de trouver les br&#232;ches dans l'&#233;difice r&#233;pressif. Cela commence par la constitution de collectifs de mutil&#233;s, comme l'Assembl&#233;e des bless&#233;s par la police ou Les Mutil&#233;s pour l'exemple, qui permettent aux cibles des violences d'&#201;tat de sortir de l'isolement et de partager un v&#233;cu commun, d'&#233;changer des conseils, de faire face. Ces espaces ont d&#233;j&#224; permis que diff&#233;rents mondes confront&#233;s &#224; la r&#233;pression &#8211; habitants de quartier, Gilets jaunes, supporters ou zadistes &#8211; se rencontrent et fassent front commun. Du reste, les collectifs de bless&#233;s se constituent dans de nombreux pays, et l'&#339;il est m&#234;me devenu, par endroits, un symbole de la violence d'&#201;tat&lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des cort&#232;ges avec un bandage sur le visage ont &#233;t&#233; organis&#233;s &#224; Hong Kong, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;. En parall&#232;le, toute une expertise populaire se d&#233;veloppe face &#224; la r&#233;pression, notamment les travaux essentiels du collectif D&#233;sarmons-les, les enqu&#234;tes ind&#233;pendantes du groupe Index, et bien d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, un r&#233;pertoire de pratiques d'autod&#233;fense se d&#233;veloppe partout : il est possible d'aller encercler les usines qui fabriquent les armes en France, de bloquer des blind&#233;s en collant des briques sur la route ou de se prot&#233;ger avec des parapluies &#224; Hong Kong, de cr&#233;er une &#8220;zone sans police&#8221; &#224; Seattle (&#201;tats-Unis) ou d'aveugler les policiers tireurs avec des lasers &#224; Santiago (Chili). Ces pratiques qui se d&#233;veloppent partout autour du globe se nourrissent, se r&#233;pondent, et dessinent une internationale des r&#233;sistances. Plusieurs pistes sont d&#233;velopp&#233;es dans le livre, et il en existe bien d'autres, &#224; inventer collectivement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu appelles &#224; &#171; &lt;i&gt;r&#233;apprendre &#224; &#233;prouver de la joie dans les combats collectifs&lt;/i&gt; &#187; et &#224; &#171; &lt;i&gt;tuer le flic qui est en chacun de nous&lt;/i&gt; &#187;. En quoi le fait d'entretenir le chagrin sert-il le pouvoir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8220;&lt;i&gt;Les pouvoirs &#233;tablis ont int&#233;r&#234;t &#224; nous communiquer des affects tristes [&#8230;], tous ceux qui diminuent notre puissance d'agir. Les pouvoirs &#233;tablis ont besoin de nos tristesses pour faire de nous des esclaves. [Ils] ont moins besoin de nous r&#233;primer que de nous angoisser&lt;/i&gt;&#8221;, expliquait Gilles Deleuze&lt;a href=&#034;#nb7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze et Claire Parnet, Dialogues, Flammarion, 1977.&#034; id=&#034;nh7-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; il y a d&#233;j&#224; quarante ans. La p&#233;riode actuelle, en particulier depuis le confinement, ressemble &#224; une d&#233;pression de masse, une tristesse collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La moindre parcelle de joie partag&#233;e, de bonheur non contr&#244;l&#233;, est encadr&#233;e voire r&#233;prim&#233;e. Les moyens colossaux pour attaquer les &lt;i&gt;free parties&lt;/i&gt;, ou tout moment festif auto-organis&#233;, en sont des illustrations. Notre &#233;poque est travers&#233;e de passions tristes et de pulsions de mort, nous sommes invit&#233;s &#224; surveiller nos voisins et m&#234;me &#224; nous contr&#244;ler nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la frustration ne se manifeste plus en r&#233;volte, elle se transforme en repli, en autodestruction. Alors que la puissance d'agir, de sentir, d'&#234;tre compris, la &#8220;puissance d'exister&#8221; est, selon Spinoza, la source du bonheur. Ces derni&#232;res ann&#233;es, les moyens de joie et de puissance retrouv&#233;es le sont, pr&#233;cis&#233;ment, lorsque la police est mise en &#233;chec, que la f&#234;te et la rage s'emparent des rues, que tout redevient possible. Ce sont des instants de bonheur vol&#233;s au pouvoir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par C&#233;cile Kiefer&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte est la version allong&#233;e de l'entretien paru sur papier dans le n&#176;203 de &lt;/i&gt;CQFD &lt;i&gt;(octobre 2021)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;d. Le Bord de l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En ao&#251;t 2021, un automobiliste et sa compagne sont cribl&#233;s de balles &#224; Stains (Seine-Saint-Denis) par des agents de la BAC, et Souheil El Khalfaoui abattu &#224; Marseille, lors d'un contr&#244;le (nous en parlions &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Souheil-19-ans-tue-par-un-policier' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.streetpress.com/sujet/1600421388-ce-que-gaz-lacrymogenes-font-nos-uterus-femmes-police-manifestations-regles-fausses-couches&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Ce que les gaz lacrymog&#232;nes font &#224; nos ut&#233;rus &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Street Press&lt;/i&gt; (9/01/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.gazlacrymo.fr/2019/12/26/pourquoi-alexander-samuel-docteur-en-biologie-qui-enquete-sur-le-gaz-lacrymo-a-t-il-ete-place-en-garde-a-vue/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Pourquoi Alexander Samuel, docteur en biologie qui enqu&#234;te sur le gaz lacrymo, a-t-il &#233;t&#233; plac&#233; en garde &#224; vue ? &#187;&lt;/a&gt;,&lt;i&gt; Lib&#233;ration&lt;/i&gt; (31/10/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Bac Nord&lt;/i&gt; de C&#233;dric Jimenez, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; All Cops Are Bastards &#187; ; &#171; Tous les flics sont des b&#226;tards &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Des cort&#232;ges avec un bandage sur le visage ont &#233;t&#233; organis&#233;s &#224; Hong Kong, et au Chili des processions brandissent des pancartes repr&#233;sentant des yeux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Gilles Deleuze et Claire Parnet, &lt;i&gt;Dialogues, &lt;/i&gt;Flammarion, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Ne pas &#234;tre enterr&#233; comme un chien &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Ne-pas-etre-enterre-comme-un-chien</link>
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		<dc:date>2021-11-18T15:50:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Th&#233;o Bedard</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La pauvret&#233; et l'isolement se poursuivent jusque dans la tombe. De nombreuses personnes en grande pr&#233;carit&#233; ou &#224; la rue sont ainsi priv&#233;es de fun&#233;railles d&#233;centes. Une situation qui n'&#233;meut pas grand monde en dehors d'une poign&#233;e d'associations. De Rennes &#224; Paris en passant par Marseille, leurs membres se d&#233;m&#232;nent pour organiser des c&#233;r&#233;monies dignes pour celles et ceux dont l'existence a &#233;t&#233; vol&#233;e par la gal&#232;re. &#171; Tous les soirs, lorsque je m'endors, je sais que le lendemain j'ai perdu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no203-novembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;203 (novembre 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Theo-Bedard" rel="tag"&gt;Th&#233;o Bedard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La pauvret&#233; et l'isolement se poursuivent jusque dans la tombe. De nombreuses personnes en grande pr&#233;carit&#233; ou &#224; la rue sont ainsi priv&#233;es de fun&#233;railles d&#233;centes. Une situation qui n'&#233;meut pas grand monde en dehors d'une poign&#233;e d'associations. De Rennes &#224; Paris en passant par Marseille, leurs membres se d&#233;m&#232;nent pour organiser des c&#233;r&#233;monies dignes pour celles et ceux dont l'existence a &#233;t&#233; vol&#233;e par la gal&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4104 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH430/650_mortsdelarue-2-2c4f3.jpg?1779692219' width='500' height='430' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Dessin de Th&#233;o Bedard
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tous les soirs, lorsque je m'endors, je sais que le lendemain j'ai perdu 200 grammes.&lt;/i&gt; &#187; Dans la rue, on meurt d'usure, comme s'y attendrait presque Samir&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T&#233;moignage issu du recueil &#192; la rue ! port&#233; par le collectif Les Morts de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. On meurt de suicide, de maladie, d'accidents. On meurt aussi d'&#233;puisement comme ce fut le cas d'un autre Samir, dit &#171; Samy &#187;, &#226;g&#233; de 48 ans, parti &#224; l'h&#244;pital pour se soigner et mort d'&#233;puisement de ne l'avoir jamais trouv&#233;&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Mourir &#224; la rue, c'est mourir deux fois. On y meurt d'abord physiquement. Puis on y meurt symboliquement, quand la soci&#233;t&#233; tue le souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1989, quand Patrick et ses camarades se rendent au cimeti&#232;re de l'Est, &#224; Rennes, pour se recueillir sur les tombes de leurs compagnons de rue, ils font ce triste constat : &#171; &lt;i&gt;On s'est dit que nous, les gens de la rue, on &#233;tait vraiment enterr&#233;s comme des chiens.&lt;/i&gt; &#187; Un &#233;c&#339;urement qu'il partage alors avec Jean-Marie, r&#233;sident du foyer Saint-Beno&#238;t Labre, &#224; qui on venait de demander de reconna&#238;tre le corps de Daniel, son compagnon de gal&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Il allait &#234;tre enterr&#233; avec ses habits tout pourris. &#187; &lt;/i&gt;Une id&#233;e germe et finit par aboutir : en 1998, ils montent le collectif Dignit&#233; cimeti&#232;re afin d'&#171; offrir &#187; une mort respectueuse aux personnes sans ressources. Leurs objectifs ? Veiller &#224; ce que les corps soient lav&#233;s, correctement habill&#233;s, pr&#233;sentables m&#234;me apr&#232;s une autopsie. Que les personnes soient inhum&#233;es ou cr&#233;matis&#233;es (et tant pis si &#231;a co&#251;te plus cher !) en pr&#233;sence de proches avertis du d&#233;c&#232;s. Que soient indiqu&#233;s leurs nom, pr&#233;nom, date de naissance et de mort &#224; l'endroit de la s&#233;pulture. Qu'elle soit de qualit&#233; et r&#233;guli&#232;rement entretenue. Des &#233;vidences qui, pour &#171; les gens de la rue &#187;, constituent une v&#233;ritable bataille.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un vaste r&#233;seau&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;&#233;e en 2003, l'association Marseillais solidaires des morts anonymes m&#232;ne le m&#234;me type d'actions que celle de Rennes. &#171; &lt;i&gt;On n'est pas tr&#232;s nombreux&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise &#201;ric Saint-Sevin, son pr&#233;sident, avant d'expliquer que &#171; &lt;i&gt;les b&#233;n&#233;voles sont aussi investis dans des collectifs qui aident ces personnes isol&#233;es, quand elles sont encore vivantes&lt;/i&gt; &#187;. Les deux collectifs appartiennent &#224; un vaste r&#233;seau r&#233;unissant une cinquantaine d'associations pr&#233;sentes dans une vingtaine de villes et rassembl&#233;es au sein du collectif Les Morts de la rue, cr&#233;&#233; en 2002 et bas&#233; &#224; Paris. Chaque groupe local est ind&#233;pendant de l'association nationale et a ses sp&#233;cificit&#233;s, mais leur mission reste commune, pr&#233;cise la pr&#233;sidente, B&#233;rang&#232;re Grisoni : &#171; &lt;i&gt;Accompagner les morts isol&#233;s, qu'ils soient sans-abri ou non, et toute personne pour laquelle aucun proche susceptible d'assister aux obs&#232;ques et &#224; la mise en terre n'a &#233;t&#233; retrouv&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;unissant quelques salari&#233;s et davantage de b&#233;n&#233;voles que les groupes locaux, le collectif Les Morts de la rue agit sur d'autres terrains. Le premier est d'alerter sur le fait que vivre &#224; la rue m&#232;ne &#224; une mort pr&#233;matur&#233;e aux causes souvent violentes et brutales. Pour cela, il pilote chaque ann&#233;e, depuis 2012, une enqu&#234;te intitul&#233;e &#171; D&#233;nombrer et d&#233;crire&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec l'appui de la Direction g&#233;n&#233;rale de la coh&#233;sion sociale et de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;. Le dernier rapport, sorti le 27 octobre dernier et qui porte sur l'ann&#233;e 2020, est accablant : il recense 670 d&#233;c&#232;s de personnes ayant v&#233;cu pendant un temps sans domicile fixe. Chiffre qui, selon les membres du collectif devrait plut&#244;t se situer autour de 2 000 d&#233;c&#232;s par an, de nombreuses morts &#233;chappant aux radars de l'enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Accompagner les proches&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis ses d&#233;buts, le collectif Les Morts de la rue accompagne aussi les proches qui leur signalent un d&#233;c&#232;s ou cherchent des renseignements &#224; propos d'une personne disparue. B&#233;rang&#232;re Grisoni pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt;Ce mot &#8220;proche&#8221;, on l'emploie au sens large. On y met la famille, le copain de rue, les voisins ainsi que les professionnels qui ont rencontr&#233; la personne d&#233;c&#233;d&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Un soutien d'autant plus n&#233;cessaire pour les camarades de gal&#232;re qui ne sont pas forc&#233;ment en lien avec les chambres mortuaires et &#224; qui on refuse parfois l'acc&#232;s aux informations. Le but du collectif est alors de faire en sorte que le travail de deuil se d&#233;roule correctement, que les proches n'apprennent pas un d&#233;c&#232;s par hasard et que les compagnons de rue de la personne d&#233;c&#233;d&#233;e puissent c&#233;l&#233;brer leur ami et se sentir reconnus. Pour accompagner ces proches, le collectif a &#233;galement mont&#233; un groupe de parole autour de la question du deuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble de ces missions a permis &#224; B&#233;rang&#232;re Grisoni de r&#233;pondre &#224; quelques-unes des interrogations qui la traversaient lorsqu'elle travaillait au 115, dans les ann&#233;es 2000 : &#171; &lt;i&gt;Quand je me suis retrouv&#233;e pour la premi&#232;re fois confront&#233;e au d&#233;c&#232;s d'une personne sans-abri que je suivais, je me suis pos&#233; plein de questions : est-ce qu'on va aux obs&#232;ques ? Est-ce qu'on &#233;crit un petit texte ? Est-ce que je pr&#233;viens sa maman, avec qui j'&#233;tais aussi en lien ?&lt;/i&gt; &#187; B&#233;rang&#232;re a bien senti que ces r&#233;flexions embarrassaient son &#233;quipe : &#171; &lt;i&gt;Ici, on s'occupe des sans-abri vivants, &lt;/i&gt;lui a-t-on r&#233;torqu&#233;. &lt;i&gt;Il est mort, c'est plus de notre ressort.&lt;/i&gt; &#187; Elle s'est alors tourn&#233;e vers le collectif Les Morts de la rue afin de pallier ce manque de consid&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;R&#233;colter des informations&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2004, le collectif national signe une convention avec la Ville de Paris. Il sera d&#233;sormais inform&#233; par l'institut m&#233;dico-l&#233;gal et les services fun&#233;raires du d&#233;c&#232;s des personnes dont les services publics n'ont pas retrouv&#233; les proches. &#171; &lt;i&gt;La plupart des collectifs surveillent aussi les pages n&#233;cro des m&#233;dias locaux. En fonction des conventions qu'ils ont &#233;tablies dans leur ville, ils sont avertis par les h&#244;pitaux, les centres d'h&#233;bergement d'urgence ou les pompiers, mais aussi par des particuliers qui s'inqui&#232;tent de ne plus voir un sans-abri qui dormait devant leur immeuble&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise B&#233;rang&#232;re Grisoni. Les maraudes, que la plupart de ces collectifs effectuent quotidiennement, permettent aussi de faire remonter des informations sur les disparus. Les Marseillais solidaires des morts anonymes ont quant &#224; eux sign&#233; une convention avec l'AP-HM&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Assistance publique-H&#244;pitaux de Marseille.&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;Cette convention nous autorise &#224; aller &#224; la chambre fun&#233;raire de l'h&#244;pital de la Timone ou de l'h&#244;pital Nord et &#224; &#234;tre en lien avec l'institut m&#233;dico-l&#233;gal,&lt;/i&gt; note &#201;ric Saint-Sevin. &lt;i&gt;Il nous envoie par mail le nom, le pr&#233;nom et l'ann&#233;e de naissance, nous signalant au passage que la personne est sans famille.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort d'une personne isol&#233;e et sans ressources est d'abord consid&#233;r&#233;e comme un &#171; probl&#232;me &#187; &#224; r&#233;soudre, le plus rapidement possible. C'est ainsi que les enqu&#234;tes administratives pour retrouver les familles tournent souvent court, que les h&#244;pitaux, la police ou l'institut m&#233;dico-l&#233;gal peuvent parfois n&#233;gliger de pr&#233;venir les associations concern&#233;es, qui repr&#233;sentent pourtant un des rares liens maintenus avec la personne &#224; la rue. &#201;ric Saint-Sevin rappelle ainsi que deux ou trois fois par an, des personnes sont enterr&#233;es sous X : &#171; &lt;i&gt;Je connaissais un sans-abri qui vivait devant l'&#233;glise Saint-Victor, &#224; Marseille. Il se faisait appeler Ali dans le quartier et par les maraudeurs. Mais impossible de retrouver sa vraie identit&#233; au moment de sa mort. On l'a donc enterr&#233; sous X. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2015, des volontaires en service civique au sein du collectif Les Morts de la rue tentent d'identifier les personnes dont ils savent peu de choses en accrochant des affiches, accompagn&#233;es de bouquets de fleurs, sur un banc, une bouche de m&#233;tro. L'id&#233;e &#233;tant de signaler le d&#233;c&#232;s et d'appeler ceux et celles qui connaissaient le d&#233;funt &#224; contacter le collectif. Les volontaires interrogent aussi voisins et commer&#231;ants pour recomposer les puzzles de ces vies souvent morcel&#233;es et faire vivre la m&#233;moire des personnes sans-abri d&#233;c&#233;d&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Veiller &#224; la dignit&#233; des fun&#233;railles&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour les collectifs, s'assurer que les fun&#233;railles se d&#233;roulent de mani&#232;re d&#233;cente est &#233;galement essentiel : &#171; &lt;i&gt;Les pompes fun&#232;bres t&#233;l&#233;phonent deux ou trois jours avant l'inhumation pour nous donner l'heure et le jour,&lt;/i&gt; raconte &#201;ric Saint-Sevin, de l'association marseillaise. &lt;i&gt;Nous prenons un temps &#224; la chambre fun&#233;raire de l'h&#244;pital, pour ensuite partir avec le convoi, direction le cimeti&#232;re Saint-Pierre.&lt;/i&gt; &#187; Une rose est alors d&#233;pos&#233;e sur la s&#233;pulture. Puis vient parfois le moment des t&#233;moignages : &#171; &lt;i&gt;Si l'un de nous connaissait la personne, il prend la parole et raconte une anecdote. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'il est souvent difficile de conna&#238;tre les derni&#232;res volont&#233;s des plus isol&#233;&#183;es, prudence et neutralit&#233; sont de mise lors de ces c&#233;r&#233;monies. Ces collectifs ayant une approche non confessionnelle, les c&#233;r&#233;monies d'inhumation sont la&#239;ques par d&#233;faut &#8211; sauf s'ils ont pu v&#233;rifier la confession de la personne. &#171; &lt;i&gt;On est tr&#232;s vigilants l&#224;-dessus, &lt;/i&gt;note B&#233;rang&#232;re Grisoni. &lt;i&gt;Quand on est approch&#233;s par des religieux qui veulent rendre un hommage &#224; certains morts parce qu'ils ont vu que le nom avait une certaine consonance, on ne laisse pas passer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Recycler des cadavres&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En principe, toute personne a droit &#224; un enterrement d&#233;cent. Et les municipalit&#233;s ont l'obligation d'inhumer gratuitement les personnes sans ressources ni famille identifi&#233;e d&#233;c&#233;dant dans leur circonscription. Dans les faits, il ne fait pas bon mourir dans la pr&#233;carit&#233; et l'isolement. &#192; Paris par exemple, la mairie attend qu'il y ait quatre corps &#224; inhumer pour les transporter ensemble jusqu'au cimeti&#232;re afin de r&#233;duire ses frais. Les personnes sont ensuite enterr&#233;es dans un &#171; carr&#233; pour indigents &#187;, aussi appel&#233; &#171; terres communes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans certains cimeti&#232;res, ces emplacements ont &#233;t&#233; remplac&#233;s par des tombes identiques, plac&#233;es dans des &#171; caveaux &#224; d&#233;composition rapide &#187; permettant &#224; la municipalit&#233; de r&#233;cup&#233;rer l'usage de la concession au bout de cinq ans minimum. &#201;quip&#233;es d'un syst&#232;me d'introduction et d'&#233;vacuation d'air, ces s&#233;pultures en b&#233;ton acc&#233;l&#232;rent le dess&#232;chement du corps. Une technique honteuse pour le collectif rennais Dignit&#233; cimeti&#232;re, dont Jean-Claude se fait le porte-voix : &#171; &lt;i&gt;Les caveaux &#224; d&#233;composition rapide sont une discrimination. On attend que les restes se r&#233;duisent &#224; des ossements pour mettre un autre corps &#224; la place.&lt;/i&gt; Il poursuit : &lt;i&gt;On les transporte ensuite dans des carr&#233;s particuliers, o&#249; le nom de la personne n'est m&#234;me pas inscrit. Pour qu'elles soient d&#233;centes, les s&#233;pultures devraient &#234;tre m&#233;lang&#233;es et harmonis&#233;es avec d'autres concessions et pas parqu&#233;es dans un &#8220;carr&#233; pour indigents&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marcel, les &#171; caveaux &#224; d&#233;composition rapide &#187; s'apparentent aux conditions d'accueil qu'il a connues au sein des h&#233;bergements d'urgence : &#171; &lt;i&gt;On est press&#233; que les gens dorment, on est press&#233; de les foutre dehors. [...] un mec qu'on a d&#233;j&#224; m&#233;pris&#233;, oubli&#233;, mis de c&#244;t&#233;, on n'arrive pas &#224; le respecter quand il est mort&#8230; On arrive encore &#224; trouver un moyen pour le faire d&#233;composer plus rapidement, pour pouvoir en faire des cendres et l'&#233;liminer sans nom, sans rien&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T&#233;moignage issu de l'ouvrage cit&#233; en note 1.&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187; M&#234;me s'il n'est pas utilis&#233; uniquement pour les personnes sans-abri, mais aussi pour tout individu n'ayant pas les moyens de se payer une concession, le &#171; caveau &#224; d&#233;composition rapide &#187; fait dire &#224; l'anthropologue Daniel Terrolle que &#171; &lt;i&gt;la soci&#233;t&#233; recycle les cadavres de SDF comme elle le ferait de n'importe quel d&#233;chet&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les 1 800 &#8220;caveaux &#224; d&#233;composition rapide&#8221; du cimeti&#232;re de Thiais &#187;, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, certaines mairies n'h&#233;sitent pas &#224; renvoyer &#224; d'autres communes la responsabilit&#233; de prendre en charge les corps des personnes ayant eu la mauvaise id&#233;e de mourir &#224; quelques bornes du lieu o&#249; elles avaient l'habitude de survivre. Daniel Terrolle y voit un conflit comptable ind&#233;cent &#224; propos de la gestion des cadavres des personnes sans-abri : &#171; &lt;i&gt;La r&#232;gle &#8220;&#224; chacun ses pauvres&#8221; pr&#233;valant dans la gestion des vivants perdure ainsi &lt;/i&gt;post-mortem.&lt;i&gt; [&#8230;] Si notre soci&#233;t&#233; g&#232;re ainsi le &#8220;d&#233;sordre&#8221; caus&#233; par la mort, elle le fait au nom d'une efficacit&#233; et d'une rationalit&#233; &#233;conomique qui ne la transcendent pas. Elle absorbe ces cadavres, elle les assimile dans sa comptabilit&#233;. Le deuil ici n'a pas sa place&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Priv&#233;s de deuil &#187;, Daniel Terrolle, Le Nouveau Mascaret n&#176; 55, 1999.&#034; id=&#034;nh8-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;. Pour rappeler les municipalit&#233;s &#224; leurs devoirs, le collectif Les Morts de la rue fait parfois pression &#224; travers les r&#233;seaux sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Entretenir les s&#233;pultures&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une fois que la c&#233;r&#233;monie s'est d&#233;roul&#233;e et que la personne a &#233;t&#233; inhum&#233;e, il faut ensuite g&#233;rer l'entretien des &#171; terres communes &#187; : pose de gazon synth&#233;tique sur les s&#233;pultures quand elles sont en b&#233;ton, confection de cadres en bois pos&#233;s sur les carr&#233;s en terre nue, personnalisation des lieux d'ensevelissement par des plaques m&#233;talliques grav&#233;es au nom du d&#233;funt et fix&#233;es sur un piquet en bois, etc. &#171; &lt;i&gt;&#192; Marseille, il y a tous les ans au moins 1 500 personnes sans ressources et dont les familles ne peuvent pas prendre en charge l'inhumation qui se retrouvent dans ces carr&#233;s. La municipalit&#233; a pris beaucoup de retard sur leur am&#233;nagement &#187;,&lt;/i&gt; d&#233;plore &#201;ric Saint-Sevin. Et quand ils existent, ils se d&#233;gradent vite, rage-t-il : &#171; &lt;i&gt;Six mois apr&#232;s l'inhumation, il n'y a plus d'all&#233;es, la terre s'enfonce et il y a parfois des trous. Un jour, alors qu'on accompagnait un mort isol&#233;, on nous a m&#234;me refus&#233; l'acc&#232;s &#224; un carr&#233; car il s'effondrait.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une col&#232;re que partage Patrick, un des Rennais fondateurs de Dignit&#233; cimeti&#232;re : &#171; &lt;i&gt;En 2004, on a &#233;t&#233; choqu&#233;s de voir une s&#233;pulture commune d&#233;laiss&#233;e, avec des plaques rouill&#233;es. Apr&#232;s l'am&#233;nagement des s&#233;pultures individuelles, nous ne pouvions pas accepter que les restes de nos camarades aillent dans un lieu aussi indigne.&lt;/i&gt; &#187; Alors, Patrick et ses compagnons ont eux-m&#234;mes r&#233;nov&#233; ces s&#233;pultures communes. &#171; &lt;i&gt;Plus de 600 heures de travail &#187;&lt;/i&gt;, pr&#233;cise-t-il. Chaque samedi, de juillet &#224; d&#233;but novembre, ils fleurissent les tombes de leurs camarades avec des fleurs cultiv&#233;es dans un jardin que la mairie met &#224; leur disposition.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Rendre hommage aux morts de la rue&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; ces lignes sont &#233;crites, certains se pr&#233;parent pour la Toussaint, pr&#233;texte pour rendre un hommage annuel aux morts isol&#233;s. &#171; &lt;i&gt;&#192; Rennes, on invite les gens &#224; venir au cimeti&#232;re de l'Est par une campagne d'affichage dans les commerces et les maisons de quartier,&lt;/i&gt; raconte Dominique, de Dignit&#233; cimeti&#232;re. &lt;i&gt;Puis on se rassemble &#224; l'entr&#233;e du cimeti&#232;re et on part en procession vers la section concern&#233;e. On fait un temps de silence, on lit des t&#233;moignages, on fleurit les tombes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Paris, l'hommage national, qui a lieu au printemps, est aussi l'occasion d'alerter sur les chiffres des morts de la rue. &#171; &lt;i&gt;Cette ann&#233;e, aux Buttes-Chaumont, on a r&#233;alis&#233; un parcours chronologique compos&#233; de pots de fleurs. Les nom, pr&#233;nom, date de naissance et de d&#233;c&#232;s avaient au pr&#233;alable &#233;t&#233; inscrits sur chaque pot. C'est lourd &#233;motionnellement de voir plus de 600 noms de personnes d&#233;c&#233;d&#233;es dans l'ann&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;meut B&#233;rang&#232;re Grisoni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de l'hommage parisien d'avril 2019, Erv&#233;, proche du collectif Les Morts de la rue, clamait sa col&#232;re et sa lassitude : &#171; &lt;i&gt;En vingt ans, j'ai perdu 22 compagnons de rue. Je pourrais vous parler de Marc, de Sergio, de Philippe, de Val&#233;rie, de Jip&#233;, et de cette non-exhaustive macabre liste qui me fait dire que j'en serai bient&#244;t &#224; &#234;tre hommag&#233;. La rue, &#231;a cr&#232;ve. Tout simplement [&lt;a href=&#034;http://www.mortsdelarue.org/spip.php?rubrique138&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Hommage aux morts de la rue &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;mortsdelarue.org&lt;/i&gt; (02/04/2019).]].&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de conclure, s'adressant &#224; son auditoire : &#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes l&#224;, vous soutenez, il y a un peu de vie qui flotte au-dessus des cadavres de l'indiff&#233;rence.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;C&#233;cile Kiefer&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;T&#233;moignage issu du recueil &lt;i&gt;&#192; la rue !&lt;/i&gt; port&#233; par le collectif Les Morts de la rue et &#233;dit&#233; en 2005 aux &#233;ditions Buchet-Chastel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Avec l'appui de la Direction g&#233;n&#233;rale de la coh&#233;sion sociale et de la D&#233;l&#233;gation interminist&#233;rielle &#224; l'h&#233;bergement et &#224; l'acc&#232;s au logement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Assistance publique-H&#244;pitaux de Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;T&#233;moignage issu de l'ouvrage cit&#233; en note 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/2001/04/11/les-1-800-caveaux-a-decomposition-rapide-du-cimetiere-de-thiais_4167762_1819218.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Les 1 800 &#8220;caveaux &#224; d&#233;composition rapide&#8221; du cimeti&#232;re de Thiais &#187;,&lt;/a&gt; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (11/04/2001).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00068550/document&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Priv&#233;s de deuil &#187;&lt;/a&gt;, Daniel Terrolle, &lt;i&gt;Le Nouveau Mascaret&lt;/i&gt; n&#176; 55, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Que fait la prison &#224; nos corps ?</title>
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		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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&lt;p&gt;C'est un petit bouquin &#233;dit&#233; par le collectif anticarc&#233;ral lillois La Br&#232;che. Sous-titr&#233; &#171; Notes sur l'enfermement sensoriel &#187;, un peu de bon sens, que diable !, r&#233;unit des textes initialement publi&#233;s dans le journal du collectif, Ligne 12B, qui a paru entre 2003 et 2005. Des membres de ce collectif ainsi que des prisonniers et prisonni&#232;res y &#233;voquent comment leurs cinq sens per&#231;oivent l'univers carc&#233;ral et l'enfermement. Extraits. L'odorat &#171; La prison pue. Pue la mort. Beaucoup le disent. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no197-avril-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;197 (avril 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/LMG" rel="tag"&gt;LMG&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/n-est" rel="tag"&gt;n'est&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/detenu" rel="tag"&gt;d&#233;tenu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est un petit bouquin &#233;dit&#233; par le collectif anticarc&#233;ral lillois La Br&#232;che. Sous-titr&#233; &#171; Notes sur l'enfermement sensoriel &#187;, un peu de bon sens, que diable !, r&#233;unit des textes initialement publi&#233;s dans le journal du collectif, &lt;i&gt;Ligne 12B&lt;/i&gt;, qui a paru entre 2003 et 2005. Des membres de ce collectif ainsi que des prisonniers et prisonni&#232;res y &#233;voquent comment leurs cinq sens per&#231;oivent l'univers carc&#233;ral et l'enfermement. Extraits.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3621 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-1763-ffa0d.jpg?1779734599' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de LMG N&#233;vroplasticienne
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'odorat&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; La prison pue. Pue la mort. Beaucoup le disent. Mais plus directement la bouffe en d&#233;composition, celle que les d&#233;tenu&#183;es jettent par la fen&#234;tre de leur cellule, et qui pourrit au pied des murs. Elle sert de nourriture au chats, aux rats ou aux mouettes. Toute une faune qui participe, elle aussi, &#224; l'odeur d&#233;testable qui r&#232;gne autour des taules et dont les relents p&#233;n&#232;trent cellules et couloirs. &#199;a pue le renferm&#233; et la moisissure. Les chiottes &#233;videmment. La merde dont certains badigeonnent les murs. Mais aussi le d&#233;tergent. &lt;i&gt;[&#8230;] &lt;/i&gt;Odeurs corporelles aussi. Celle des cod&#233;tenu&#183;es &#233;videmment, qui peuvent &#234;tre aussi p&#233;nibles qu'agr&#233;ables ou rassurantes. Celle aussi des matons, leur haleine, f&#233;tide, lorsqu'ils vous gueulent dessus, ou l'odeur de leurs semelles lorsqu'ils vous &#233;crasent la t&#234;te par terre avant de vous foutre au mitard. Celles des auxiliaires et des diff&#233;rents intervenants ext&#233;rieurs, source de joie ou d'angoisse. Mais jamais innocentes. Le parfum discret de l'avocat bien propre sur lui. Celui de son ch&#233;ri, de sa copine, sa m&#232;re ou son enfant. Celui enfin du directeur de taule. Celui qui sent le plus fort. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'ou&#239;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui frappe lorsqu'on entre en prison, c'est le bruit des portes qui claquent, celui des verrous qui se tournent derri&#232;re vous, le rythme des chasses d'eau, les braillements du personnel, le cri des d&#233;tenu&#183;es, le bruit des mouettes et des pigeons, les insultes, les t&#233;l&#233;s qui gueulent, les parloirs sauvages, les bagarres, les pri&#232;res, les crises de pleurs, la musique du voisin, l'&#233;cho dans les coursives, les structures m&#233;talliques, tous ces &#233;l&#233;ments contribuent &#224; faire de la taule une &#233;norme caisse de r&#233;sonance. &lt;i&gt;[&#8230;]&lt;/i&gt; La promiscuit&#233;, ce n'est pas seulement le regard que l'autre porte sur moi. Ce n'est pas le fait de le voir tout le temps devant ma gueule. Ce ne sont pas que ses odeurs qu'il faut supporter. Ce ne sont pas que son corps et les craintes qu'il soul&#232;ve qu'il faut &#233;viter. C'est aussi ce qu'il raconte et qu'on n'a pas forc&#233;ment envie d'entendre, ses commentaires qui vous embarquent dans des trucs que vous auriez pr&#233;f&#233;r&#233; &#233;viter, ce sont ses ronflements, sa musique, le son de sa t&#233;l&#233; ou de la console. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le go&#251;t&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le deuxi&#232;me plaisir de la vie, c'est sans doute la gastronomie. Or, en prison, on mange de la merde. Le vin et la bi&#232;re n'existent pas. On ne re&#231;oit pas de boisson aux repas de midi. &#192; la prison de Forest (ailes A et B) et &#224; Saint-Gilles (ailes C et D), &lt;i&gt;[&#8230;]&lt;/i&gt; il n'y a m&#234;me pas de robinet : on boit l'eau croupie d'une cruche. Le matin et le soir, on re&#231;oit du caf&#233;, mais il est imbuvable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Paul Depouchon, prison de Saint-Gilles, Bruxelles, f&#233;vrier 1999. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le toucher&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le toucher n'est pas absent de taule. Il est quotidien et obligatoire. Le corps en d&#233;tention est objet de suspicion jusque dans ses orifices. Les gardien&#183;nes s'emploient donc &#224; fouiller au corps chaque d&#233;tenu&#183;e &#224; l'occasion des mouvements &#224; l'int&#233;rieur de l'&#233;tablissement ou des fouilles de cellules. La fouille intime comprend souvent le touch&#233; rectal chez les hommes et vaginal chez les femmes. Cela s'accompagne de violences et de sanctions pour ceux et celles qui s'y refusent. Car l'autre versant des contacts physiques qui lient les prisonnier&#183;es aux gardien&#183;nes est la bastonnade, lorsqu'il ne s'agit pas de torture ou de viol. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La vue&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des mois d&#233;j&#224; que je ne vois plus les &#233;toiles. La lumi&#232;re des r&#233;flecteurs est trop puissante... Peut-&#234;tre que, si je m'allonge par terre, sur les dalles, et que je colle mon visage contre le mur de cette cellule, juste sous la fen&#234;tre, je pourrais chercher un angle o&#249; la lumi&#232;re soit refl&#233;t&#233;e par la vitre, et qui sait ! Je pourrais peut-&#234;tre voir quelques-uns de ces petits points brillants qui nous ont tant fait r&#234;ver... Mais j'avais oubli&#233; le barbel&#233;, au-dessus de la fen&#234;tre. Ce qui brille, ce ne sont pas les &#233;toiles. Ce sont les lames. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Idoia&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos choisis par C&#233;cile Kiefer&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tous les corps sont d&#233;sirables</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Tous-les-corps-sont-desirables</link>
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		<dc:date>2020-08-04T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>LMG</dc:subject>
		<dc:subject>corps</dc:subject>
		<dc:subject>sexualit&#233;</dc:subject>
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		<dc:subject>Elisa Rojas</dc:subject>
		<dc:subject>handicap&#233;es</dc:subject>
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		<dc:subject>l'assistanat sexuel</dc:subject>
		<dc:subject>s'indignait Elisa</dc:subject>
		<dc:subject>Collectif lutte</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; qui exclut les corps qu'elle consid&#232;re comme dysfonctionnels, la question de l'assistanat sexuel divise. Entre ceux qui associent ce service &#224; de la prostitution et ceux qui consid&#232;rent qu'il rentre dans le cadre de la compensation du handicap, des voix s'&#233;l&#232;vent et avancent d'autres arguments &#8212; ou affirment que ce d&#233;bat est avant tout un &#233;cran de fum&#233;e. Tour d'horizon. &#171; Force est de constater qu'il n'y a que deux sujets qui passionnent et excitent les personnes valides (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no189-juillet-aout-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;189 (juillet-ao&#251;t 2020)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/LMG" rel="tag"&gt;LMG&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/corps" rel="tag"&gt;corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/sexualite" rel="tag"&gt;sexualit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/sexuelle" rel="tag"&gt;sexuelle&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Collectif-lutte" rel="tag"&gt;Collectif lutte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; qui exclut les corps qu'elle consid&#232;re comme dysfonctionnels, la question de l'assistanat sexuel divise. Entre ceux qui associent ce service &#224; de la prostitution et ceux qui consid&#232;rent qu'il rentre dans le cadre de la compensation du handicap, des voix s'&#233;l&#232;vent et avancent d'autres arguments &#8212; ou affirment que ce d&#233;bat est avant tout un &#233;cran de fum&#233;e. Tour d'horizon.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Force est de constater qu'il n'y a que deux sujets qui passionnent et excitent les personnes valides nous concernant : nous aider &#224; mourir ; nous aider &#224; b*****&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Comment faire diversion : la strat&#233;gie politique du cul &#187;, Elisa Rojas, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;, s'indignait Elisa Rojas, membre du Collectif lutte et handicaps pour l'&#233;galit&#233; et l'&#233;mancipation (CHLEE), en f&#233;vrier dernier. La secr&#233;taire d'&#201;tat charg&#233;e du handicap, Sophie Cluzel, venait de proposer de l&#233;galiser l'assistance sexuelle pour les personnes handicap&#233;es. Une pratique autoris&#233;e en Suisse et en Allemagne, mais interdite en France car assimil&#233;e &#224; de la prostitution &#8211; ce qui n'emp&#234;che pas qu'elle y existe en dehors de tout cadre l&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3404 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH635/-1589-be353.jpg?1779603212' width='400' height='635' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par LMG
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je ne peux &#234;tre ni pour, ni contre l'assistanat sexuel, la probl&#233;matique est complexe, mais il faut bien prendre en compte la question des personnes qui n'ont aucune possibilit&#233; d'acc&#232;s &#224; leur corps&lt;/i&gt; &#187;, expose Milena, militante du Planning familial de Marseille. Intervenante sur les questions de sexualit&#233; et de handicap, Milena n'oublie pas que cette question se pose dans une soci&#233;t&#233; intrins&#232;quement validiste. Le corps valide et en bonne sant&#233; reste le standard, quand ceux qui sont moins norm&#233;s continuent d'&#234;tre stigmatis&#233;s, d&#233;nigr&#233;s. Infantilis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour certaines personnes concern&#233;es, ce sont les bases m&#234;mes de ce d&#233;bat qui posent probl&#232;me. R&#233;mi Gendarme-Cerquetti, do&#8202;cumentariste et auteur du puissant pamphlet &lt;i&gt;Je n'accepterai aucune assistante sexuelle si lui faire l'amour ne la fait pas elle-m&#234;me trembler de plaisir &lt;/i&gt;(&#233;ditions FLBLB, 2014), s'oppose ainsi &#224; l'id&#233;e &#171; &lt;i&gt;essentialisante&lt;/i&gt; &#187; selon laquelle la sexualit&#233; est &#171; &lt;i&gt;une probl&#233;matique &#224; prendre plus sp&#233;cifiquement pour une personne handicap&#233;e que pour une personne valide&lt;/i&gt; &#187;. Et l'auteur, t&#233;trapl&#233;gique, de pr&#233;ciser son propos : &#171; &lt;i&gt;Amiti&#233;, amour, s&#233;duction, sexualit&#233;... Nous sommes tou&#183;tes confront&#233;.es aux diff&#233;rentes probl&#233;matiques que conna&#238;t le monde, et d'autres personnes l'ont parfois &#233;t&#233; beaucoup plus violemment que moi.&lt;/i&gt; &#187; R&#233;mi Gendarme-Cerquetti va m&#234;me plus loin, en affirmant que la focalisation m&#233;diatique sur l'accompagnement sexuel d&#233;tourne l'attention d'autres probl&#232;mes essentiels : &#171; &lt;i&gt;Il est facile de faire de jolis reportages France 3 en montrant un.e travailleur.se du sexe qui vient branler un.e gentil.le handicap&#233;.e. &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;Mais pour l'extr&#234;me pauvret&#233;, l'isolement social absolu, la maltraitance subis par les personnes handicap&#233;es, on fait quoi ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Normaliser la sexualit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;R&#233;mi Gendarme-Cerquetti s'est senti profond&#233;ment bless&#233; lorsqu'il a entendu parler de ce projet, qu'il consid&#232;re comme d&#233;shumanisant : &#171; &lt;i&gt;Dire qu'on va mettre en place de l'accompagnement sexuel &#224; destination des personnes handicap&#233;es, c'est dire que leurs corps, &#224; cause de leur handicap, les disqualifient. Il en r&#233;sulte forc&#233;ment une ode au corps valide comme seul corps valable.&lt;/i&gt; &#187; La logique sur laquelle repose ce type de service serait en quelque sorte la suivante : les personnes handicap&#233;es doivent avoir droit &#224; un assistant sexuel parce qu'elles n'ont plus aucun espoir de s&#233;duire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des opposants &#224; l'assistance sexuelle consid&#232;rent &#233;galement que cette pratique v&#233;hicule l'image du corps valide comme &#233;tant le seul &#224; pouvoir procurer du plaisir. No An&#8202;ger, blogueuse f&#233;ministe et handicap&#233;e physique, trace m&#234;me un pertinent parall&#232;le entre la pr&#233;tendue passivit&#233; du corps f&#233;minin et celle du corps handicap&#233; : &#171; &lt;i&gt;L'activit&#233; du valide ou de l'homme va permettre l'exploration d'un corps passif qui se m&#233;conna&#238;t.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; De la masturbation et autres consid&#233;rations sexuelles &#187;, Amongestedefendant.wo&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique concernant l'assistanat sexuel va encore plus loin. Aux yeux de nombre de ses d&#233;tracteurs, il homog&#233;n&#233;iserait et aseptiserait la sexualit&#233; des personnes handicap&#233;es. Pour R&#233;mi Gendarme-Cerquetti, cet accompagnement v&#233;hicule une moralisation de la sexualit&#233;, l'imposition de &#171; bonnes pratiques &#187; sexuelles, de d&#233;sirs l&#233;gitimes. Autrement dit, une sexualit&#233; s&#233;curis&#233;e qui nie la part de troubles, d'exp&#233;rimentations, d'exc&#232;s que le sexe peut porter : &#171; &lt;i&gt;Ce projet est bas&#233; sur une sexualit&#233; &#233;minemment normative. L'id&#233;e est de &#8220;faire comme&#8221;. Comme les autres, les valides, dans les pubs et les s&#233;ries. J'affirme qu'il en faut plus que &#231;a pour rendre les gens libres et autonomes&lt;/i&gt;. &#187; S'ajoutant &#224; la marginalisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e dont sont victimes les personnes handicap&#233;es, ce service pourrait les enfermer dans une sexualit&#233; de seconde zone. Honteuse et tarif&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un lien ambigu avec la prostitution&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat autour de l'assistanat sexuel a un aspect hypocrite. Il serait en effet paradoxal de l&#233;galiser cette activit&#233; tout en continuant &#224; traquer les prostitu&#233;s et leurs clients. &#171; &lt;i&gt;Si l'assistance sexuelle est du soin, alors la prostitution l'est aussi, &lt;/i&gt;estime Kristin, ex-assistante sexuelle.&lt;i&gt; Et si elle l'est, alors chacun, valide ou non, a le droit de se faire soigner, non&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Alors, les prostitu&#233;s aussi sont des param&#233;dicaux et devraient &#234;tre reconnus.&lt;/i&gt; &#187; Et Kristin de souligner l'&#233;pineuse contradiction que pose cet aspect du d&#233;bat. Selon elle, certains se disent : &#171; &lt;i&gt;J'ai bonne conscience parce que je suis contre la prostitution (l'exploitation du corps de la femme)&lt;/i&gt; &#187; tandis que d'autres raisonnent &#224; partir du handicap : &#171; &lt;i&gt;J'ai bonne conscience parce que je permets aux personnes handicap&#233;es d'avoir une sexualit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des voix s'&#233;l&#232;vent &#233;galement pour d&#233;noncer la misogynie qui accompagne souvent l'id&#233;e de l'assistance sexuelle. Parmi elles, les militants de CHLEE qui, dans leur &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, affirment que &#171; &lt;i&gt;comme la prostitution, le syst&#232;me s'adresserait d'abord aux hommes handicap&#233;s qui feraient le m&#234;me raisonnement que les clients de prostitu&#233;s&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : leurs besoins sexuels sont irr&#233;pressibles et vitaux.&lt;/i&gt; &#187; D&#232;s lors, &#171; &lt;i&gt;ce serait un syst&#232;me archa&#239;que et misogyne de marchandisation du corps&lt;/i&gt; &#187;, mais cette fois-ci l&#233;galis&#233;. Une hypoth&#232;se que Kristin corrobore au vu de son exp&#233;rience de l'assistanat sexuel : &#187; &lt;i&gt;Tous mes clients n'&#233;taient pas des hommes, mais ces derniers &#233;taient tout de m&#234;me la majorit&#233;. Je pense que cette situation est due au fait que les femmes ne songent pas &#224; faire appel &#224; ce service et/ou qu'elles n'y ont pas acc&#232;s financi&#232;rement. De plus, pour les femmes, recevoir un homme peut &#234;tre associ&#233; au danger.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une histoire d'assistante sexuelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Kristin a effectu&#233; des prestations sexuelles de fa&#231;on occasionnelle, quatre fois par mois pendant trois ans. Sa vie sexuelle, avant, &#233;tait faite de rencontres furtives &#171; &lt;i&gt;sur le mode Tinder, mais sans l'application&lt;/i&gt; &#187;. Kristin le dit sans d&#233;tour : &#171; &lt;i&gt;J'ai une addiction au sexe.&lt;/i&gt; &#187; Un jour, elle a d&#233;couvert qu'une association belge proposait une formation &#224; l'accompagnement sexuel des personnes handicap&#233;es : &#171; &lt;i&gt;Cette formation a constitu&#233; une solution &#224; mon probl&#232;me de libido d&#233;bordante. Une solution ad&#233;quate, c'est-&#224;-dire s&#233;cure et qui pr&#233;serve mon int&#233;grit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Kristin d&#233;crit la profonde lib&#233;ration que cette exp&#233;rience lui a apport&#233;e, notamment sur son rapport aux corps et &#224; la norme : &#171; &lt;i&gt;J'ai acquis la connaissance intime que le plaisir sexuel ne rel&#232;ve pas de l'attirance physique. N'importe qui peut s'av&#233;rer &#234;tre un partenaire sexuel satisfaisant. Petit, ob&#232;se, maigre, chauve, valide ou non, amput&#233;, atrophi&#233;, en chaise, avec des b&#233;quilles, une proth&#232;se&#8230; tout cela n'a aucune importance. Seule la qualit&#233; de la communication compte.&lt;/i&gt; &#187; Ces rencontres l'ont aussi aid&#233;e, en tant que femme, &#224; davantage formuler son consentement et ses d&#233;sirs, tout en &#233;tant &#224; l'&#233;coute de ceux de ses clients : &#171; &lt;i&gt;J'ai appris &#224; verbaliser les actes, &#224; demander, &#224; consentir, &#224; refuser, &#224; mettre des limites.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;St&#233;phanie, d&#233;cid&#233;e &#224; faire la formation d'assistante sexuelle en France, a quant &#224; elle rebrouss&#233; chemin. Elle explique qu'au d&#233;part, le cadre lui semblait rassurant, professionnel, qu'il y avait une r&#233;flexion sur les implications affectives et les motivations du candidat. Mais la rencontre avec R&#233;mi Gendarme-Cerquetti et la lecture de son pamphlet contre l'assistanat sexuel ont profond&#233;ment boulevers&#233; sa vision du handicap : &#171; &lt;i&gt;J'ai compris que la formation et le statut d'assistante sexuelle proposaient une vision aseptis&#233;e et &lt;/i&gt;safe&lt;i&gt; de la sexualit&#233;. Une forme de &#8220;service&#8221; assez jud&#233;o-chr&#233;tien, de sacrifice pour les &#8220;pauvres handicap&#233;s&#8221;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;ducation, autonomie et sextoys&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il existe diff&#233;rentes approches de l'accompagnement sexuel. Celle qui est d&#233;fendue en Espagne par le projet &#171; Tus manos, mis manos &#187; (&#171; Tes mains, mes mains &#187;) trace un cadre pr&#233;cis, o&#249; l'accompagnant sexuel n'apporte qu'une aide technique : &#171; &lt;i&gt;Le travail de l'assistant ne consiste ni &#224; exciter la personne assist&#233;e, ni &#224; s'exciter elle-m&#234;me ou &#224; ressentir du plaisir,&lt;/i&gt; lit-on sur le site internet du projet&lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Asistenciasexual.org.&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. Il ne s'agit pas non plus d'&#233;du&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;quer ou de r&#233;aliser une intervention th&#233;rapeutique. L'intervention de l'assistant est purement instrumentale.&lt;/i&gt; &#187; Responsable de &#171; Tus manos, mis manos &#187;, Antonio Centeno ne con&#231;oit ce service qu'&#224; destination des personnes n'ayant pas acc&#232;s &#224; leur propre corps &#8211; ou pour des couples ne pouvant pas avoir de relation sexuelle sans l'aide d'un tiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cor&#233;alis&#233; en 2015 par Antonio Centeno, l'excellent documentaire &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://vimeo.com/123177395&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Yes we fuck !&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; aborde, sans d&#233;tour et de fa&#231;on crue, la question de la sexualit&#233; des personnes handicap&#233;es (dans le film, le handicap est appel&#233; &#171; diversit&#233; fonctionnelle &#187;). Il met en lumi&#232;re le manque profond de repr&#233;sentation &#233;rotique ou pornographique des personnes handicap&#233;es dans notre soci&#233;t&#233;. On y voit, &#224; la fin, une vid&#233;o pr&#233;sentant une s&#233;ance d'accompagnement sexuel. &#171; &lt;i&gt;C'est fondamental qu'il y ait du feeling entre toi et moi&lt;/i&gt; &#187;, explique Soledad &#224; Teo, la personne qui l'assiste. Teo s'empare de la main de Soledad et l'aide &#224; se parcourir. Pour la premi&#232;re fois, Soledad d&#233;couvre la sensation de ses cheveux, de son visage, de ses t&#233;tons. L'&#233;change est beau. Respectueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son pamphlet, R&#233;mi Gendarme-Cerquetti d&#233;fend la cr&#233;ation de &lt;i&gt;sextoys&lt;/i&gt; adapt&#233;s permettant aux personnes handicap&#233;es de se masturber de mani&#232;re autonome : &#171; &lt;i&gt;Pourquoi un aide m&#233;dico-psychologique ne pourrait-il pas sortir un tel sextoy adapt&#233; d'un tiroir avant que la personne concern&#233;e ne passe une soir&#233;e d'extase&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Il s'agirait alors que le personnel soignant accepte simplement de nettoyer l'objet quelques heures plus tard.&lt;/i&gt; &#187; Une id&#233;e que porte aussi Milena avec le Planning familial, notamment en r&#233;ponse &#224; des cas comme celui de l'adolescent &#171; soulag&#233; &#187; par sa grand-m&#232;re&lt;i&gt; [voir&lt;/i&gt; &lt;i&gt;encadr&#233;]&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Si des sextoys &#233;taient rembours&#233;s par la S&#233;cu pour certaines personnes handicap&#233;es, on pourrait peut-&#234;tre &#233;viter ce genre de situation.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est s&#251;re : le d&#233;bat sur l'assistanat sexuel reste et restera &#233;pineux. &#171; &lt;i&gt;En France, on n'est pas m&#251;r pour &#231;a, &lt;/i&gt;opine Milena. &lt;i&gt;Tant qu'on n'aura pas fait de l'&#233;ducation &#224; la sexualit&#233; d&#232;s le plus jeune &#226;ge et qu'on n'aura pas donn&#233; la possibilit&#233; aux gens de choisir ce qui est bon pour eux, d'affirmer ses d&#233;sirs et son consentement, de rep&#233;rer et respecter le consentement de l'autre, de comprendre les questions de contraception et de consentement &#233;clair&#233;, ce sera un faux d&#233;bat.&lt;/i&gt; &#187; L'&#233;ducation sexuelle, notre rapport au sexe, &#224; la pr&#233;tendue normalit&#233;, l'acc&#232;s &#224; son propre corps, la d&#233;couverte de ses envies, ses d&#233;sirs, est affaire de tous, valides comme non-valides : &#171; &lt;i&gt;C'est bien &#224; l'&#233;chelle de toute une soci&#233;t&#233; qu'il faut revendiquer les id&#233;es de libert&#233;s, d'&#233;ducation et de sant&#233; sexuelles&lt;/i&gt; &#187;, nous affirme R&#233;mi Gendarme-Cerquetti. Avant de conclure : &#171; &lt;i&gt;Dans ma vie, mon handicap m'a apport&#233; autant de choses qu'il m'en a emp&#234;ch&#233;es. Sur le plan sexuel, c'est s&#251;rement identique. Aurais-je connu les personnes que j'ai rencontr&#233;es sans mon handicap&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Peut-&#234;tre que sans lui j'aurais &#233;t&#233; un as de la levrette. Je ne sais pas. J'aurais peut-&#234;tre aussi &#233;t&#233; un sale con.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile Kiefer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des violences sexuelles pass&#233;es sous silence&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si le d&#233;bat sur l'assistanat sexuel est port&#233; par un grand nombre de professionnels du handicap, c'est sans doute en partie parce qu'il leur permet de d&#233;l&#233;guer la question de la sexualit&#233; &#224; d'autres professionnels. Ce constat est dramatique pour Milena, militante au Planning familial et intervenante dans des institutions sp&#233;cialis&#233;es. Selon elle, c'est bien toutes ces structures qu'il faudrait sensibiliser &#224; la sexualit&#233; : &#171; La sexualit&#233; des personnes handicap&#233;es &#8211; mineures et majeures &#8211; reste extr&#234;mement taboue dans les institutions sp&#233;cialis&#233;es et le personnel n'est absolument pas form&#233; &#224; ces questions. Les gens ne nomment pas les parties du corps, n'ont pas int&#233;gr&#233; la question de l'intimit&#233;, du respect de l'autre, du consentement. Quand on leur dit qu'on fait de l'&#233;ducation sexuelle, ils pensent qu'on forme les personnes handicap&#233;es &#224; l'acte sexuel reproductif h&#233;t&#233;ronorm&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce manque de formation et/ou ce d&#233;ni am&#232;nent aussi parfois &#224; passer sous silence des violences sexuelles : &#171; J'ai re&#231;u un adolescent qui s'est fait masturber par sa grand-m&#232;re quand il &#233;tait en &#233;rection. Les parents ont &#233;t&#233; avertis, il n'est plus en contact avec sa grand-m&#232;re. On lui a expliqu&#233; que cela &#233;tait interdit, mais son d&#233;veloppement psychoaffectif a &#233;t&#233; effract&#233;, et maintenant, c'est difficile de pouvoir l'aider &#224; supporter la frustration, &#233;tant donn&#233; qu'il n'est pas en capacit&#233; de pouvoir se satisfaire tout seul. &#187; Par ailleurs, dans les groupes de parole que Milena anime, les t&#233;moignages de femmes handicap&#233;es victimes de violences sexuelles &#8211; dans leur famille ou au sein des institutions sp&#233;cialis&#233;es &#8211; abondent : &#171; &lt;i&gt;La majorit&#233; te raconte des incestes, des viols, dans la famille ou dans le couple, parfois c'est la premi&#232;re fois qu'elles en parlent. Quand les structures arrivent &#224; porter plainte, ce qui est rare, c'est plut&#244;t exceptionnel qu'un accompagnement adapt&#233; de la victime soit mis en place. Ils essayent plus ou moins d'&#233;loigner l'auteur de la victime, en le transf&#233;rant dans une autre structure. Si l'&#233;ducation au respect de l'autre et au consentement n'a pas &#233;t&#233; faite, il y a de fortes probabilit&#233;s que l'agresseur recommence. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un constat que partagent les militants du CHLEE, qui d&#233;noncent &#233;galement la mainmise des institutions sur la sexualit&#233; des personnes handicap&#233;es : &#171; Les institutions ont de tout temps cadr&#233; la vie intime, sexuelle et reproductive de leurs r&#233;sidents : interdiction d'avoir des relations sexuelles, st&#233;rilisations&#8230; L'assistance leur offre une nouvelle modalit&#233; de contr&#244;le des corps handicap&#233;s et de cadrage de leur sexualit&#233;. Pire encore, en proposant des formations &#8220;certifiantes&#8221; aux personnels du m&#233;dico-social qui y travaillent, en les &#8220;sensibilisant&#8221; &#224; la dimension sexuelle des personnes handicap&#233;es au lieu d'envisager en priorit&#233; une v&#233;ritable &#233;ducation sexuelle des concern&#233;s, on encourt le risque de multiplier les abus sexuels que ces milieux ferm&#233;s favorisent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://auxmarchesdupalais.wordpress.com/2020/02/10/comment-faire-diversion-la-strategie-politique-du-cul/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment faire diversion : la strat&#233;gie politique du cul&lt;/a&gt; &#187;, Elisa Rojas, &lt;i&gt;Auxmarchesdupalais.wordpress.com&lt;/i&gt; (10/02/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://amongestedefendant.wordpress.com/2015/02/24/de-la-masturbation-et-autres-considerations-sexuelles/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;De la masturbation et autres consid&#233;rations sexuelles&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Amongestedefendant.wordpress.com&lt;/i&gt; (24/02/2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://asistenciasexual.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Asistenciasexual.org&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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