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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Un fossile dans la street</title>
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		<dc:creator>Margo Chou</dc:creator>



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&lt;p&gt;Underground, poussi&#233;reux, les vid&#233;oclubs ont disparu sans qu'on ne s'en rende compte avec l'arriv&#233;e du streaming. Il en aurait fallu plus pour d&#233;courager Juan : camp&#233; &#224; quelques pas du centre de Bruxelles, son magasin de location de films est toujours debout. Rencontre avec l'un des derniers survivants d'une &#233;poque r&#233;volue. Quartier Saint-Gilles, Bruxelles, septembre 2020. Au fond de sa boutique, le sourire accrocheur, Juan &#233;coute le Tour de France &#224; la radio. &#199;a lui rappelle son oncle. Et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no192-novembre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;192 (novembre 2020)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Underground, poussi&#233;reux, les vid&#233;oclubs ont disparu sans qu'on ne s'en rende compte avec l'arriv&#233;e du streaming. Il en aurait fallu plus pour d&#233;courager Juan : camp&#233; &#224; quelques pas du centre de Bruxelles, son magasin de location de films est toujours debout. Rencontre avec l'un des derniers survivants d'une &#233;poque r&#233;volue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4763 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/videoclub-reduit.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH750/videoclub-reduit-75646.jpg?1780244545' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo Florine Thiebaud
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;Q&lt;/span&gt;uartier Saint-Gilles, Bruxelles, septembre 2020. Au fond de sa boutique, le sourire accrocheur, Juan &#233;coute le Tour de France &#224; la radio. &#199;a lui rappelle son oncle. Et son premier vid&#233;oclub ? &#171; &lt;i&gt;La premi&#232;re fois que j'ai eu un contact avec un &#8220;vid&#233;oclub&#8221;, c'en &#233;tait m&#234;me pas un. C'&#233;tait un mec qui venait dans le quartier, &#224; Schaerbeek, avec une voiture. Il ouvrait son coffre rempli de films &#8211; essentiellement des cassettes en espagnol &#8211; et il fallait choisir. Nous &#233;tions cinq familles d'Espagnols. Il venait pour nous toutes les semaines. Apr&#232;s, les vid&#233;oclubs sont arriv&#233;s dans le centre de Bruxelles. Chez nous, en p&#233;riph&#233;rie, y en avait pas. C'&#233;tait super cher : tu devais donner un billet vert en acompte, 5 000 francs belges&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il y a deux d&#233;cennies, quand le franc belge a officiellement disparu, cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. Et puis &#231;a s'est popularis&#233;. On a commenc&#233; &#224; y aller. Il n'y avait que &#231;a pour voir des films. On n'allait pas au cin&#233;ma.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'ouvrir son magasin, Juan a encha&#238;n&#233; les petits boulots. Le dernier : deux ans chez Century &#8211; fabrication &#224; la cha&#238;ne de bidons d'huile pour les moteurs de voiture. &#171; &lt;i&gt;Un jour, un mec a fait tomber de l'huile sur le parking. J'&#233;tais dans ma voiture, j'avais fini ma journ&#233;e. Le patron est arriv&#233; et m'a ordonn&#233; de descendre et nettoyer. Je lui ai r&#233;pondu&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : &#8220;Tu vas nettoyer toi, moi je me casse.&#8221; Au revoir et merci. Deux jours apr&#232;s, j'&#233;tais vir&#233;. Un mois plus tard, l'usine a br&#251;l&#233;.&lt;/i&gt; &#187; C'&#233;tait il y a plus de vingt ans. Et c'est juste apr&#232;s que le Vid&#233;o Express a vu le jour, le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; avril 1999. Juan avait alors 27 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvrir un vid&#233;oclub, un r&#234;ve d'ado ? &#171; &lt;i&gt;Non, un r&#234;ve d'ouvrier d'usine.&lt;/i&gt; &#187; Au d&#233;marrage, un stock de 862 films rachet&#233;s &#224; un loueur en liquidation : &#171; &lt;i&gt;J'ai eu la chance que ma femme accepte. D'ailleurs heureusement qu'elle travaille parce que moi je gagne pas grand-chose. Faut aimer son m&#233;tier.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je suis vraiment le dernier &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La devanture bleue ? D&#233;lav&#233;e par le temps. Et quand on rentre dans le club, c'est d'abord tout un pan de mur consacr&#233; au cin&#233;ma italien qui saute aux yeux. &#192; c&#244;t&#233; se profilent longs-m&#233;trages et films ind&#233;pendants introuvables : iraniens, espagnols, br&#233;siliens, japonais... Une explosion de jaquettes aux univers d&#233;suets et pr&#233;cieux. Ici, c'est class&#233; par pays et r&#233;alisateurs. En face, sur le comptoir, tr&#244;ne une s&#233;lection d'une quinzaine de films. En ce moment, c'est celle du Nova, salle embl&#233;matique du cin&#233;ma ind&#233;pendant bruxellois. Au sous-sol, un stock impressionnant de com&#233;dies et de dessins anim&#233;s habite l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je suis vraiment le dernier &#224; Bruxelles, les autres &#233;tablissements qui pourraient ressembler &#224; un vid&#233;oclub font night-shop, avec journaux et boissons, mais la s&#233;lection de films est tr&#232;s r&#233;duite&lt;/i&gt; &#187;, expose Juan, avant d'expliquer qu'en France non plus, ce n'est pas la panac&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Il y a un vid&#233;oclub avec lequel on est li&#233;, le Yoyo Vid&#233;o. Lui &#231;a fait trente-cinq ans qu'il existe, &#224; Bordeaux ; c'est le seul qui reste. Celui qui tient &#231;a, c'est un personnage. J'ai des clients qui sont all&#233;s l&#224;-bas. Il y a aussi des clients &#224; lui qui sont venus ici.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une association de soutien&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sa notori&#233;t&#233;, la boutique de Juan ne l'a pas vol&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Maintenant on est &#224;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;27 600 DVD.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Des nouveaut&#233;s arrivent toutes les semaines. Un mois sur l'autre, on passe commande &#224; un distributeur qui recense tous les nouveaux films.&lt;/i&gt; &#187; Pour &#233;toffer ses choix, Juan s'appuie sur une association, Les Amis du Vid&#233;o Express, qui lui propose r&#233;guli&#232;rement des s&#233;lections de films. &#192; l'origine, ce sont trois clients r&#233;guliers qui se sont r&#233;unis pour aider Juan &#224; l'av&#232;nement de Netflix, alors qu'il voyait sa fr&#233;quentation baisser de moiti&#233;. Les Amis du Vid&#233;o Express ont ensuite rassembl&#233; des habitu&#233;s du quartier, mettant en place un financement participatif et s'attelant &#224; la commande de films. C'est ainsi que de nouveaux clients ont d&#233;couvert le magasin. Chaque mois, un invit&#233; est &#233;galement convi&#233; &#224; proposer sa s&#233;lection. Et &#171; &lt;i&gt;si des personnes sont d&#233;sireuses de films qui nous manquent, l'association s'en occupe. Ils font &#231;a pour aider. &#199;a permet d'actualiser r&#233;guli&#232;rement la vitrine.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'association a aussi soutenu Juan pendant le (premier) confinement : &#171; &lt;i&gt;On a r&#233;ussi &#224; obtenir des aides gr&#226;ce aux amis : 4 000 &#8364; sur les trois mois qui ont permis de payer le loyer &#8211; 1 280 &#8364;.&lt;/i&gt; &#187; Pendant cette p&#233;riode, Juan a mis en place un syst&#232;me de livraisons &#224; domicile : &#171; &lt;i&gt;Les gens envoyaient des commandes et on allait livrer avec mes enfants. On faisait &#231;a en v&#233;lo pour ceux qui &#233;taient proches et sinon on louait une voiture.&lt;/i&gt; &#187; Un succ&#232;s ? Non : &#171; &lt;i&gt;&#199;a n'a pas fonctionn&#233; du tonnerre. On faisait quinze &#224; vingt livraisons par jour.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Mon chien a le sida &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors que beaucoup de commer&#231;ants ont profit&#233; du confinement pour offrir un ravalement de fa&#231;ade &#224; leur boutique, Juan, comme &#224; son habitude, n'a touch&#233; &#224; rien. Gris-gris, souvenirs de passage, affiches collectors, drapeau de l'arm&#233;e r&#233;publicaine espagnole : les objets traversent les ann&#233;es sans bouger, comme en t&#233;moignent ces sph&#232;res ressemblant &#224; des boules de No&#235;l fix&#233;es au-dessus du comptoir : &#171; &lt;i&gt;Ce ne sont pas des boules, ce sont des plan&#232;tes pos&#233;es par des filles qui bossaient l&#224; &#224; un moment. Elles s'&#233;taient amus&#233;es &#224; d&#233;corer. J'ai tout laiss&#233; comme c'&#233;tait. C'est une marque de leur passage.&lt;/i&gt; &#187; Chaque objet est une sorte de troph&#233;e, comme si les vingt ans d'histoire du lieu pouvaient s'y lire, comme si tout avait sa place, qu'il n'y avait pas de style et que les fautes de go&#251;t n'existaient pas ici. Au milieu de ce joyeux bordel, des dizaines de photos de ses enfants. &#171; &lt;i&gt;Il y avait aussi une photo de ma femme,&lt;/i&gt; s'amuse Juan. U&lt;i&gt;n jour elle est arriv&#233;e, elle l'a arrach&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;pingl&#233;s aux murs, les courriers de clients et les lettres d'excuses concernant les films rendus en retard laissent imaginer la relation privil&#233;gi&#233;e que Juan peut entretenir avec ses clients. Parmi ces &#233;crits plus ou moins d&#233;lirants ou appliqu&#233;s, on peut lire sur un post-it : &#171; &lt;i&gt;Mon p&#232;re est alcoolique, Trump est au pouvoir, mon chien a le sida, mon boss est raciste, le PS &lt;/i&gt;[belge] &lt;i&gt;est de gauche&#8230; &#199;a suffit comme raison pour avoir un mois de retard&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Ou encore : &#171; &lt;i&gt;La honte me submerge, je suis d&#233;shonor&#233;, je vous ai rendu un bo&#238;tier vide, d&#233;sesp&#233;r&#233;ment vide. Voil&#224; le CD qui va avec, d&#233;sol&#233;. Euh... voil&#224;. &#192; bient&#244;t.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margo Chou&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il y a deux d&#233;cennies, quand le franc belge a officiellement disparu, cette somme &#233;quivalait &#224; 124 &#8364;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Paris dans sa bulle</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Paris-dans-sa-bulle</link>
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		<dc:date>2019-11-13T12:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margo Chou</dc:creator>


		<dc:subject>Benoit Guillaume</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;C'&#233;tait en novembre 2016, porte de La Chapelle : la municipalit&#233; parisienne ouvrait un Centre d'accueil pour migrants de 400 lits. Las, cette vaste structure gonflable jaune et blanche est bien trop petite. Et les migrants n'ont d'autre choix que d'attendre encore et encore une &#233;ventuelle place. Partout, des hommes qui dorment au sol. Depuis que les tentes Quechua ont &#233;t&#233; interdites, il n'y a plus d'intimit&#233; possible. Les gestes du quotidien sont expos&#233;s &#224; tous, au soleil. Sur deux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no156-juillet-aout-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;156 (juillet-ao&#251;t 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Benoit-Guillaume" rel="tag"&gt;Benoit Guillaume&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/hommes" rel="tag"&gt;hommes&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait en novembre 2016, porte de La Chapelle : la municipalit&#233; parisienne ouvrait un Centre d'accueil pour migrants de 400 lits. Las, cette vaste structure gonflable jaune et blanche est bien trop petite. Et les migrants n'ont d'autre choix que d'attendre encore et encore une &#233;ventuelle place.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3101 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH613/-1332-15b3d.jpg?1779603021' width='400' height='613' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;artout, des hommes qui dorment au sol. Depuis que les tentes Quechua ont &#233;t&#233; interdites, il n'y a plus d'intimit&#233; possible. Les gestes du quotidien sont expos&#233;s &#224; tous, au soleil. Sur deux kilom&#232;tres carr&#233;s, tout autour de la porte de La Chapelle, des corps humains sont &#233;grain&#233;s &#224; m&#234;me le sol, l&#224; o&#249; l'ombre subsiste.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'attente p&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; chacun son histoire. Ahmed et Humaira sont assis au pied des premi&#232;res barri&#232;res m&#233;talliques, adoss&#233;s &#224; leurs deux valises neuves bomb&#233;es. Ils ont quitt&#233; le Kurdistan iranien il y a cinq mois. La famille kurde de la demoiselle voulait tuer l'amoureux afghan. Ils sont l&#224; depuis sept jours et dorment sur des cartons, emmitoufl&#233;s l'un contre l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Mohammed a dormi deux mois dehors, puis cinq jours dans le centre. Mais depuis une semaine, il est h&#233;berg&#233; dans une auberge de Jeunesse &#224; Villiers-le-Bel. Il esp&#232;re ne pas &#234;tre dublin&#233;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'expression renvoie &#224; l'accord de Dublin, accord europ&#233;en qui pr&#233;voit que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, comme la plupart de ceux qui ont entam&#233; une proc&#233;dure dans un autre pays avant d'arriver en France. Pris en &#233;tau entre son Pakistan natal et sa famille &#8211; son cousin dans le collimateur du gouvernement essayait de l'embrigader dans des &#171; actes terroristes &#187; &#8211;, il a d&#251; se r&#233;soudre &#224; partir. Lui voulait seulement continuer ses &#233;tudes de m&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis voil&#224; Sa&#239;d, arriv&#233; porte de La Chapelle il y a dix jours. Il dort avec d'autres hommes sous le pont, &#224; c&#244;t&#233; de l'arr&#234;t de tramway. C'est la police qui le r&#233;veille le matin : il est install&#233; sur la piste cyclable et d&#233;range ceux qui vont bosser en v&#233;lo. Si bien qu'il se l&#232;ve et fait comme les autres. Se rapproche de l'entr&#233;e &#8211; ce n'est pas mieux. Puis part en qu&#234;te d'un endroit o&#249; se laver. L'attente lui p&#232;se et tout le questionne. Il ne se sent pas d'attendre ici, sans rien faire. Il a besoin de bouger. Il veut aller &#224; Amiens, pensant que ce sera moins difficile d'y trouver un h&#233;bergement. Il s'est rencard&#233; avec un gars pour s'y rendre demain. Il a 24 ans et &#233;tudiait l'&#233;lectronique en Guin&#233;e, mais a &#233;t&#233; oblig&#233; de fuir, pour raisons politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non loin, Bouba attend aussi. Il a les yeux tout rouges. Et r&#233;p&#232;te, sur un ton d&#233;sesp&#233;r&#233; : &#171; &lt;i&gt;C'est le seul pays europ&#233;en o&#249; on dort dehors.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;V&#233;ritable loterie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques mois, la parisienne porte de La Chapelle est devenue un carrefour o&#249; s'entrecroisent les contradictions de la politique municipale. Elle s'est affirm&#233;e point de rendez-vous en novembre 2016, quand la maire Anne Hidalgo a fait b&#226;tir en urgence un centre d'h&#233;bergement. Soit une &#233;trange masse gonfl&#233;e g&#233;ante, dessinant une coquille d'escargot blanche et jaune, gard&#233;e en permanence et g&#233;r&#233;e par Emma&#252;s Solidarit&#233;. Sa construction faisait suite au d&#233;mant&#232;lement de la &#171; jungle &#187; de Calais et &#224; l'installation de nombreux squats dans la capitale. Le lieu est d&#233;limit&#233; par une grille et une rang&#233;e de plots en b&#233;ton, marquant aussi les limites d'un &#233;norme chantier qui fait face au centre d'h&#233;bergement. Ici sera bient&#244;t construit un h&#244;tel de luxe. &#171; Un nouveau quartier urbain et logistique pour un 18&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; plus durable &#187;, vante un panneau, renommant le quartier &#171; La Chapelle internationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les rails de la petite ceinture, en contrebas, un bidonville rom s'&#233;tend sur une bande de cinq m&#232;tres de large et des centaines en longueur. Pour y rentrer, un unique passage : un trou dans le grillage, sous un pont de l'autoroute. Les Roms sont les seuls &#224; l'emprunter : ils ont fait savoir qu'ils ne voulaient pas accueillir de migrants dans le bidonville. Porte close, la mis&#232;re ne se partage pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la route non loin, des bagnoles en continu, qui vont et viennent, klaxonnent, partent pour le nord et le terminus de la ligne 3 du tramway. Aux alentours, &#233;parpill&#233;s sur toute cette zone, des hommes allong&#233;s, assis, couch&#233;s, debout, plant&#233;s sur toutes les langues de terre possibles. Ils attendent de pouvoir entrer dans la structure d'h&#233;bergement. Mais il n'y a que quatre cents places. Chaque matin d&#233;marre donc une v&#233;ritable loterie, avec son lot de bousculades, attente, esp&#233;rances et violences polici&#232;res. Mohammed, par un coup de pot et gr&#226;ce &#224; une rencontre, a r&#233;ussi &#224; rentrer. Mais pas Sa&#239;d, qui n'y croit plus.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Moments de tension&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'endroit ouvre &#224; huit heures pile. Il y a des rang&#233;es de barri&#232;res m&#233;talliques et des flics en permanence. Mais c'est bien avant, vers quatre heures du matin, qu'arrivent les premiers migrants, d&#233;termin&#233;s &#224; acc&#233;der au mirage de l'&#201;tat. Rentrer permet de rester cinq &#224; dix nuits &#224; l'int&#233;rieur, avant d'&#234;tre pris en charge ailleurs. Ces moments d'attente sont donc charg&#233;s de tension et de fatigue. Au moindre remous, les flics gazent &#8211; cela arrive quasiment tous les jours. En pr&#233;vention, chacun a du s&#233;rum physiologique dans la poche, pour se nettoyer les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin, le centre n'a pas ouvert. Certains sont d&#233;j&#224; au courant. Eux savent que si aucune annonce n'a &#233;t&#233; faite &#224; 8h15, cela signifie que le centre restera clos. Depuis quelques jours, Emma&#252;s ne fait plus rentrer que par maraude. Des salari&#233;s de l'association partent r&#233;cup&#233;rer des migrants qui dorment dans Paris, en dehors du p&#233;rim&#232;tre de La Chapelle. Les deux cents qui attendent ce matin en sont pour leurs frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qu'un homme pr&#233;vient que personne ne pourra passer. Du silence, on passe aux cris sourds. Puis, rapidement, la masse d'hommes se d&#233;lite. Trois jeunes Afghans s'en vont au parc avec leur poign&#233;e d'affaires. Certains commencent &#224; balayer le sol &#224; l'endroit o&#249; ils dorment, d'autres retournent s'allonger &#224; l'ombre du pont, se coupent les cheveux, discutent. Petit &#224; petit, le quotidien se met en place, dans des gestes infimes et une attente poignante.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Distribution de nourriture&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur, l'association Utopia 56 est l'unique interm&#233;diaire entre l'&#201;tat et les &#171; migrants &#187;. En d&#233;saccord avec les violences du matin, certains des b&#233;n&#233;voles ont d&#233;cid&#233; de ne plus participer &#224; la gestion des files. Leurs missions : informer &#224; l'ext&#233;rieur, accompagner &#224; l'h&#244;pital, distribuer des couvertures et des produits d'hygi&#232;ne, r&#233;pondre aux questions juridiques, donner des adresses, enseigner le fran&#231;ais, nettoyer la zone laiss&#233;e &#224; l'abandon par la municipalit&#233; apr&#232;s une intox des m&#233;dias sur une &#233;pid&#233;mie de gale. &#171; &lt;i&gt;Chaque matin, nous gardions entre deux et cinq places pour des personnes tr&#232;s vuln&#233;rables : d&#233;pression, scoliose, coup de couteau, br&#251;lure, membre cass&#233;,&lt;/i&gt; explique Julie&lt;i&gt;, un cahier &#224; la main. Nous notions leurs noms, num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone, types de probl&#232;mes, avant de revenir vers eux au plus vite. Mais depuis plusieurs jours, ce n'est plus possible : Emma&#252;s ne nous laisse plus aucune place &#224; distribuer. Je me sens inutile.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des associations de quartiers viennent &#233;galement donner de quoi manger et se r&#233;chauffer &#8211; c'est le cas du collectif Solidarit&#233; migrants Wilson, dont les distributions de nourriture ont un temps &#233;t&#233; interdites. Et puis, il y a aussi des habitants qui apportent leur aide spontan&#233;ment. Pendant toute la dur&#233;e du ramadan, Nora et quatre autres femmes du Pr&#233;-Saint-Gervais sont ainsi venues &#224; la tomb&#233;e de la nuit, avec leurs enfants, pour donner &#224; manger.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des hommes avaient repris le droit de vivre dans des interstices urbains. Sans demander la permission. Mais voil&#224; qu'ils en ont &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233;s. On leur a construit une bulle, mais ils ne peuvent pas tous y entrer. Ils n'ont d&#233;sormais d'autre choix que d'attendre pr&#232;s de cette bulle, doublement rejet&#233;s par un nid faussement attrayant. &#192; la porte de la porte, l'espace agenc&#233; ne permet pas de recr&#233;er des lieux de vie, seulement les sas d'attente ali&#233;nants. De menues entraides &#233;ph&#233;m&#232;res se glissent entre les corps, qui deviennent paysage sur un bitume fixe.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margo Chou&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'expression renvoie &#224; l'accord de Dublin, accord europ&#233;en qui pr&#233;voit que les demandeurs d'asile doivent finaliser toutes leurs d&#233;marches dans le premier pays europ&#233;en o&#249; leur passage a &#233;t&#233; enregistr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un buzz et puis on ferme !</title>
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		<dc:creator>Margo Chou</dc:creator>


		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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&lt;p&gt;Au loin, de lourdes fum&#233;es grises. On y est. En ce d&#233;but d'apr&#232;s-midi, &#231;a discute devant la grille. Les pneus crament en fond de banderole : &#171; PSE - WHIRLPOOL, TROIS MOIS D&#201;J&#192; ! ET QUE DU BLABLA. &#187; L'ambiance est familiale, fatigu&#233;e. Ici, c'est une bo&#238;te &#224; souvenirs. Un tiers des salari&#233;s a &#233;t&#233; embauch&#233; il y a vingt ans, lors de la loi Robien . Certains n'ont pas dormi pour bloquer les camions. Le barnum est dress&#233;. Sur la table, de quoi se requinquer, et derri&#232;re, au service, Aline, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;u loin, de lourdes fum&#233;es grises. On y est. En ce d&#233;but d'apr&#232;s-midi, &#231;a discute devant la grille. Les pneus crament en fond de banderole : &#171; PSE - WHIRLPOOL, TROIS MOIS D&#201;J&#192; ! ET QUE DU BLABLA. &#187; L'ambiance est familiale, fatigu&#233;e. Ici, c'est une bo&#238;te &#224; souvenirs. Un tiers des salari&#233;s a &#233;t&#233; embauch&#233; il y a vingt ans, lors de la loi Robien&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1996, le ministre de Robien accordait des baisses de cotisations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Certains n'ont pas dormi pour bloquer les camions. Le barnum est dress&#233;. Sur la table, de quoi se requinquer, et derri&#232;re, au service, Aline, retrait&#233;e : &#171; &lt;i&gt;J'ai boss&#233; 31 ans. Je suis partie &#224; 55 ans, en 2008. Mon conjoint travaille encore. Je viens les soutenir. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;15h &#8211; &lt;/strong&gt;&#199;a s'emballe sur le piquet de gr&#232;ve. &#171; &lt;i&gt;Ils veulent qu'on reprenne avant de n&#233;gocier ! &#187;&lt;/i&gt; Apr&#232;s la r&#233;union de l'intersyndicale, les leaders sont en furie : &#171; &lt;i&gt;Tout le monde remonte ! M&#234;me ceux du bureau. On se r&#233;unit maintenant, on l&#226;che rien. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Whirlpool, &lt;/strong&gt;multinationale am&#233;ricaine, a foutu ses s&#232;che-linge en sursis. La nouvelle est tomb&#233;e le 24 janvier. Bient&#244;t en Pologne ! Juin 2018, 290 ouvriers seront mis au ban. Premi&#232;re action : &#171; &lt;i&gt;Il y a 3 mois, on a lanc&#233; une op&#233;ration escargot sur les lignes de production. On s'arr&#234;tait 10, 30 minutes par heure. Ils ont mis un huissier derri&#232;re nous pour constater le blocage et prendre des photos. On n'a jamais pu discuter. &#187;&lt;/i&gt; Lundi 24 avril, la gr&#232;ve est d&#233;clar&#233;e. Des &#233;quipes se relaient au piquet et dans l'usine, sur les diff&#233;rents postes. Choix collectif : &#171; &lt;i&gt;On a continu&#233; au ralenti pour g&#233;rer les finances de chacun. L&#224;, c'est fichu, on va devoir tous sortir. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au lendemain &lt;/strong&gt;de la venue des deux finalistes pr&#233;sidentiels, l'ambiance m&#233;diatique bat sa campagne. Quelques micros sont encore tendus pour sonder le gr&#233;viste, instrument du buzz politique, mais le spectacle est termin&#233;. Retour &#224; la r&#233;alit&#233;. La centaine d'ouvriers pr&#233;sents a d&#233;sert&#233; son poste et p&#233;n&#233;tr&#233; d'un pas d&#233;cid&#233; dans le bureau du directeur, Carlos Ramos. &#199;a passe aussi par-derri&#232;re. La masse se presse &#224; sa fen&#234;tre : le gros et son assistante &#224; lunettes, attabl&#233;s, se font huer. Cacophonie polyphonique, chacun y va de sa col&#232;re. Stup&#233;fait, le PDG se l&#232;ve. Face-&#224;-face de classe &#224; travers la vitre. Il fait alors le tour et sort de sa cage, se pointe dehors, net, de marbre. Entrepreneur anglais &#224; l'accent portugais, il a &#233;t&#233; embauch&#233; fin janvier pour mener &#224; bien la fermeture de l'usine. &#171; &lt;i&gt;Il a d&#233;j&#224; fait fermer trois bo&#238;tes &#187;&lt;/i&gt;, pr&#233;cise une ouvri&#232;re. D'o&#249; son maintien rigide, imperturbable, son savoir-faire, son calme face aux insultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au milieu &lt;/strong&gt;des cris des travailleurs sur les nerfs, il l&#226;chera deux phrases, rien de plus : &#171; &lt;i&gt;Il faut lever la barri&#232;re, c'est ill&#233;gal &#187;&lt;/i&gt; et &#171; &lt;i&gt;Vous levez la barri&#232;re et on n&#233;gocie ! &#187;&lt;/i&gt; En face, on r&#233;agit : &#171; &lt;i&gt;Gros menteur, pas un camion passera, ni maintenant, ni le mois prochain &#187;&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;C'est quoi ce chantage ? On va durcir le mouvement. &#187;&lt;/i&gt; Il repart, suivi par cinq syndiqu&#233;s qui invitent deux coll&#232;gues &#224; assister &#224; la discussion pour constater le mensonge. Puis, ils ressortent. Ramos se fait interviewer par France 3-Picardie qui diffusera le soir m&#234;me son intox. L'homme sourit &#224; la cam&#233;ra en d&#233;clarant : &#171; &lt;i&gt;Je voudrais n&#233;gocier avec les salari&#233;s, c'est &#231;a que je veux. &#187;&lt;/i&gt; Heureusement, on voit aussi les porte-parole CGT et CFDT le contredire &#224; pleins poumons. &#171; &lt;i&gt;Que des promesses ! C'est un groupe qu'a des sous, ils doivent payer, c'est tout ! &#187;&lt;/i&gt; La plupart sont bien conscients que c'est fini. La lutte, c'est pour savoir &#224; quelle sauce on va se faire manger. Sylvain a anticip&#233; et sauv&#233; sa peau. Il a postul&#233; ailleurs et sait que c'est OK dans une autre bo&#238;te en CDI. Il va s'asseoir sur ses indemnit&#233;s. Fr&#233;d&#233;ric : &#171; &lt;i&gt;&#192; 45 ans, on va faire quoi, apr&#232;s ? &#187;&lt;/i&gt; D&#233;go&#251;t&#233;, il n'imagine pas la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel &lt;/strong&gt;a la voix cass&#233;e de fatigue : &#171; &lt;i&gt;Tous les jours, je pointe &#224; 13h et je ressors au piquet, j'ai 58 ans, j'ai commenc&#233; &#224; 16 ans, je suis cens&#233; partir &#224; la retraite, mais je suis l&#224; pour les copains, copines, camarades, amis, coll&#232;gues. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margo Chou&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 1996, le ministre de Robien accordait des baisses de cotisations patronales aux entreprises qui r&#233;duisaient le temps de travail pour embaucher ou &#233;viter des licenciements.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#192; chaque bled son synth&#233;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/A-chaque-bled-son-synthe</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margo Chou, Mohamed Kably</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>musique</dc:subject>
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		<dc:subject>Margo</dc:subject>
		<dc:subject>seul</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un samedi soir, nous d&#233;rivons jusque dans un cabaret oriental de la rue de Lyon. Dans ce d&#233;cor sombre, intime et sans esth&#233;tique particuli&#232;re, nous nous lan&#231;ons dans une longue tchatche autour des claviers kitsch qui nappent la vie nocturne des Balkans et du Maghreb. Ici, c'est Marseille. D&#232;s l'entr&#233;e, similaire &#224; celle du palais de justice avec ses colonnes ath&#233;niennes en faux stuc, un son aigu de clavier-synth&#233;tiseur nous souhaite la bienvenue. Ambiance feutr&#233;e / enfum&#233;e. Des gens sap&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no150-janvier-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;150 (janvier 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/left" rel="tag"&gt;left&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/musique" rel="tag"&gt;musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/synthe" rel="tag"&gt;synth&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/rythmes" rel="tag"&gt;rythmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/synthetiseur" rel="tag"&gt;synth&#233;tiseur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Kably" rel="tag"&gt;Kably&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/boite" rel="tag"&gt;bo&#238;te&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Margo" rel="tag"&gt;Margo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/seul" rel="tag"&gt;seul&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un samedi soir, nous d&#233;rivons jusque dans un cabaret oriental de la rue de Lyon. Dans ce d&#233;cor sombre, intime et sans esth&#233;tique particuli&#232;re, nous nous lan&#231;ons dans une longue tchatche autour des claviers kitsch qui nappent la vie nocturne des Balkans et du Maghreb. Ici, c'est Marseille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3065 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;62&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1299.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH709/-1299-9496a.jpg?1779604190' width='500' height='709' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;150 de CQFD, illustr&#233;e par Bruno Bartkowiak
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;&#232;s l'entr&#233;e, similaire &#224; celle du palais de justice avec ses colonnes ath&#233;niennes en faux stuc, un son aigu de clavier-synth&#233;tiseur nous souhaite la bienvenue. Ambiance feutr&#233;e / enfum&#233;e. Des gens sap&#233;s sont attabl&#233;s autour d'une piste ronde &#224; moquette rouge sur laquelle on danse d&#233;j&#224;. Au fond, sur une estrade, un homme-orchestre en smoking noir, barbe taill&#233;e au millim&#232;tre, fait tout tout seul. Au synth&#233;tiseur, il chante et sourit fig&#233;, &#224; la fois aux d&#233;hanch&#233;s et &#224; ceux qui jettent du fric sur le plateau pos&#233; devant lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On s'attendait &#224; voir un orchestre &lt;/strong&gt;et voil&#224; qu'on plonge dans une discussion technique sur l'origine du synth&#233;tiseur et son emploi syst&#233;matique dans la musique orientalo-maghr&#233;bine. Tout &#231;a accompagn&#233; par cet imposteur qui fait bouger l'assembl&#233;e &#224; lui tout seul. Kably d&#233;couvre mon amour immod&#233;r&#233; pour le synth&#233; balkanique et me rencarde sur l'origine du clavier maghr&#233;bin. &lt;i&gt;&#171; Pourquoi ce d&#233;lire sur le synth&#233;, Margo ? &#187; &lt;/i&gt;Embrayage automatique : &lt;i&gt;&#171; J'ai d&#233;couvert le synth&#233; &#224; travers la musique tzigane il y a une douzaine d'ann&#233;es dans les bidonvilles de Seine-Saint-Denis. J'arrivais l&#224;-bas. Un verre de soda. Taraf-TV, une des trois cha&#238;nes musicales roumaines, &#233;tait allum&#233;e en permanence et des clips de man&#233;l&#233; d&#233;filaient dans les 12 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; de baraque. C'est une musique peu connue en France, avec synth&#233;, bo&#238;te &#224; rythmes, reverb' et th&#232;mes traditionnels. Les grands noms sont Nicolas Guca, Florin Salam, Sandu Corba. Des invitations r&#233;p&#233;t&#233;es &#224; des bapt&#234;mes avec orchestre m'ont rendue accro. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Musique orientale et Maghreb&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans les restos et les cabarets, ils ne prennent plus d'orchestre. Le synth&#233; l'a remplac&#233;. Un mec tout seul qui fait tous les sons et d&#233;clenche la bo&#238;te &#224; rythmes, c'est &#233;conomique. Le synth&#233;tiseur pour remplacer la basse, les cordes, les cuivres. La bo&#238;te &#224; rythmes fait les percussions, la batterie. Kably, d'un air nostalgique : &lt;i&gt;&#171; Quand m&#234;me, il y a l&#224; aussi un manque de go&#251;t et de classe g&#233;n&#233;ralis&#233;. &#187; un &lt;/i&gt;mec assis &#224; ma droite s'en m&#234;le : &lt;i&gt;&#171; Dans les ensembles traditionnels et populaires &#233;gyptiens, en Nubie, on jouait beaucoup d'accord&#233;on avec le quart de ton. Au Maghreb, il n'y avait pas assez d'argent pour en acheter, donc on en a bidouill&#233;. On ouvrait les accord&#233;ons et avec de la cire de bougie, on traficotait les touches pour cr&#233;er ce fameux quart de temps. &#187; un &lt;/i&gt;monde s'ouvre &#224; nous. &lt;i&gt;&#171; Au d&#233;but des ann&#233;es 1970, le synth&#233; arrive, capable de reproduire tous les sons de tous les instruments et d'y injecter des effets. Quand il s'impose comme instrument novateur dans la musique moderne occidentale, Ammar al-Chere&#239;, auteur-compositeur &#233;gyptien, chanteur, joueur de oud et de clavier, se d&#233;m&#232;ne pour trouver un synth&#233; avec le quart de temps. La marque am&#233;ricaine &#8220;Intercontinental&#8221; lui en fabrique un. Au Caire, on l'appellera &#8220;uni&#8221; ou &#8220;uni-intercontinental&#8221;. &#187; &lt;/i&gt;Comme toute nouveaut&#233; qui d&#233;barque sans pr&#233;venir, ce son amplifi&#233; et modifi&#233; g&#234;nera les puristes. Il faudra que les grands orchestres d'Oum Khaltoum, d'Abdel Halim Hafez et de Farid El Atrache l'int&#232;grent pour que ce son soit valid&#233;. La musique populaire se transforme.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Du c&#244;t&#233; des Balkans, je te dis pas&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est fin 1980 &#8211; d&#233;but 1990, en Serbie, puis en Roumanie et en Bulgarie, que le synth&#233;tiseur d&#233;barque. &#192; chaque fois, &#231;a co&#239;ncide avec l'effondrement des syst&#232;mes politiques en place. Des styles musicaux naissent des r&#233;volutions et sont aujourd'hui des ph&#233;nom&#232;nes sociaux. En Serbie, dans un moment de d&#233;composition et de perte de rep&#232;res, les jeunes trouveront une force lib&#233;ratrice et dans la guerre et dans la musique. Le turbo-folk, synth&#233;tiseur, bo&#238;te &#224; rythmes au go&#251;t de No-Future techno&#239;de, s'installe dans les discoth&#232;ques, interpr&#233;t&#233; par des chanteuses ras le d&#233;collet&#233;. Ceca en sera une ic&#244;ne et Miki Cortan, le clavi&#233;riste le plus sollicit&#233;. Sur Youtube, on peut visionner des centaines de vid&#233;os o&#249; on le voit jouer, des liasses de billets en vrac devant lui. &#192; la mort de Ceaucescu, le man&#233;l&#233; appara&#238;t en Roumanie, influenc&#233; par le turbo-folk . C'est une musique de f&#234;te exub&#233;rante, porteuse d'un imaginaire consum&#233;riste et sexiste, &#233;voquant l'argent, les mafias, le pouvoir. Jeunes et vieux se l'approprient et s'identifient. En Bulgarie, ce sera la chalga, forme de pop folklorique. Ces musiques sont la plupart du temps jou&#233;es par des tziganes. Quand elles ne sont pas enregistr&#233;es ou jou&#233;es dans les discoth&#232;ques, elles se donnent dans des cabarets, salles des f&#234;tes, mariages et bapt&#234;mes, et c'est toute l'assembl&#233;e qui participe &#224; la f&#234;te. &lt;i&gt;&#171; Le ra&#239;, c'est pareil, &lt;/i&gt;acquiesce Kably. &lt;i&gt;M&#234;me style de paroles. M&#234;me d&#233;clinaison du son et m&#234;me succ&#232;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bakchich et fum&#233;e noire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Tu sais, Margo, le gars, ce soir, doit &#234;tre pay&#233; aux alentours de cent euros, mais le plateau fait le reste. &#187; une &lt;/i&gt;assiette est pos&#233;e l&#224;, n'importe qui peut y balancer un gros pourboire. Ce sont des musiques &#224; bakchich. En g&#233;n&#233;ral, un cachet est pr&#233;vu par l'organisateur, mais le public commande ses chansons moyennant un billet. &lt;i&gt;&#171; Chez les Tziganes, on les glisse dans l'instrument ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Ici, la culture &lt;/strong&gt;n'est pas sur un pi&#233;destal. On la vit. Elle est imbriqu&#233;e dans le quotidien et ses histoires de fric. Les mariages et les bapt&#234;mes orientaux, maghr&#233;bins ou balkaniques font manger des familles enti&#232;res de musiciens. Comme chaque son a son style vestimentaire, ces rythmes ont leurs lieux secrets, sem&#233;s dans la g&#233;ographie marseillaise depuis les ann&#233;es 1980 et 1990. Certains ont disparu, d'autres sont encore l&#224; malgr&#233; la r&#233;pression, dans la semi-clandestinit&#233; : cabarets, bouibouis, arri&#232;re-cours, portes ferm&#233;es, fonds d'escaliers, caves et sous-sols o&#249; &#231;a suinte. Vers la rue Roger-Salengro, vers le march&#233; aux puces, on a tir&#233; les rideaux. Ciao les convenances !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margo Chou avec Mohamed Kably&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ils ont des pilotis et la gorge eau de vie</title>
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		<dc:creator>Margo Chou</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Ao&#251;t 2006. De Belgrade (Serbie), le taxi nous d&#233;pose au milieu d'une route dans un cul-de-sac. Ambiance gris-bitume, arri&#232;re-ville, no man's land, vieille usine. Le gars nous indique que l'on doit traverser le vieux b&#226;timent en face. Une fois sur la berge de la Sava, l'affluent du Danube, le Blek Panters devait &#234;tre par l&#224;. Le Blek Panters, avec son orchestre du m&#234;me nom, c'est Le Kafana, bar-auberge tenu par des tsiganes, cr&#233;&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 1990 alors que commence &#224; s&#233;vir l'embargo. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2915 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH284/-1159-32076.jpg?1779603026' width='200' height='284' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;148 de CQFD
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;o&#251;t 2006. De Belgrade (Serbie), le taxi nous d&#233;pose au milieu d'une route dans un cul-de-sac. Ambiance gris-bitume, arri&#232;re-ville, &lt;i&gt;no man's land, &lt;/i&gt;vieille usine. Le gars nous indique que l'on doit traverser le vieux b&#226;timent en face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une fois sur la berge&lt;/strong&gt; de la Sava, l'affluent du Danube, &lt;i&gt;le Blek Panters &lt;/i&gt;devait &#234;tre par l&#224;. &lt;i&gt;Le Blek Panters, &lt;/i&gt;avec son orchestre du m&#234;me nom, c'est &lt;i&gt;Le Kafana, &lt;/i&gt;bar-auberge tenu par des tsiganes, cr&#233;&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 1990 alors que commence &#224; s&#233;vir l'embargo. On a pass&#233; l'ancienne usine, enfourch&#233; les mauvaises herbes, ils &#233;taient l&#224; : des dizaines de pontons qui tra&#231;aient un chemin sur l'eau vers des baraques en bois nomm&#233;es &lt;i&gt;&#171; splav &#187;. Un &lt;/i&gt;premier, un second. On entend la musique qui nous appelle, on s'approche. On y est comme dans les films de Kusturica. &#192; ce moment-l&#224;, c'est la seule r&#233;f&#233;rence disponible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le radeau est tout petit&lt;/strong&gt;. Blind&#233; de monde. Au mur des photos de f&#234;tes. Une dizaine de tables. Au fond, une terrasse sur pilotis. &#231;a mange par endroit des assiettes grasses de &lt;i&gt;pljeskavitsa &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gros steak tr&#232;s gras.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Accueillis g&#233;n&#233;reusement par les tenanciers, sans complexe on s'installe. Des musiciens, machines &#224; &#233;motions qui savent quoi jouer pour toucher le public, ouvre la party. Ils passent de table en table toute la soir&#233;e. D'autres arrivent dans la nuit. Ils jouent des airs &#224; la demande du client moyennant bakchich. Le client devient la star. L'orchestre juke-box peut tout jouer. Les &lt;i&gt;pesme &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chansons.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; sont connues par tout le monde. &#224; la table, &#231;a chante plus fort que le chanteur et les billets fusent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En pleine nuit&lt;/strong&gt; le bar est plein, la musique ne s'arr&#234;te jamais, les corps se serrent et se tr&#233;moussent &#224; c&#244;t&#233; et sur les tables. La &lt;i&gt;slivovitsa &lt;/i&gt;et la sueur embaument le bois. On vient de France, on conna&#238;t les chansons, ils sont touch&#233;s. L'eau de vie te tombe dans la bouche. Nous sommes l'eau-de-vie. La folie commence &#224; monter. Il n'y a plus d'horaire. On a l'impression de tous se conna&#238;tre et d'&#234;tre dans un vieux chalet de famille en dehors de tout. Impossible de se souvenir comment on est reparti.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margo Chou&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Gros steak tr&#232;s gras.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chansons.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Face &#224; la science fran&#231;aise de la pers&#233;cution&#8230; L'astuce rrom de la cabane</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Face-a-la-science-francaise-de-la</link>
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		<dc:date>2018-08-11T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec, Margo Chou</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Vincent Croguennec</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>utilitaires caboss&#233;s</dc:subject>
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		<dc:subject>broc</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce n'est pas juste de l'habitat pr&#233;caire. Il y a l&#224; une agilit&#233; de l'esprit et des mains inspir&#233;e tout autant par la n&#233;cessit&#233; que par une fa&#231;on de vivre. Derri&#232;re les pins, un campement pos&#233; dans l'urgence : trois abris de bric et de broc, une caravane et deux v&#233;hicules utilitaires caboss&#233;s. Depuis l'arriv&#233;e de &#171; ces gens-l&#224; &#187;, la r&#233;sidence ferm&#233;e d'&#224; c&#244;t&#233; est aux abois : une cave aurait &#233;t&#233; visit&#233;e et une bicyclette d'enfant subtilis&#233;e. Une &#233;lue locale d&#233;boule dans la clairi&#232;re, &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no162-fevrier-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;162 (f&#233;vrier 2018)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Vincent-Croguennec" rel="tag"&gt;Vincent Croguennec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/petit" rel="tag"&gt;petit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/utilitaires-cabosses" rel="tag"&gt;utilitaires caboss&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/campement-pose" rel="tag"&gt;campement pos&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/vehicules-utilitaires" rel="tag"&gt;v&#233;hicules utilitaires&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-urgence" rel="tag"&gt;l'urgence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/broc" rel="tag"&gt;broc&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce n'est pas juste de l'habitat pr&#233;caire. Il y a l&#224; une agilit&#233; de l'esprit et des mains inspir&#233;e tout autant par la n&#233;cessit&#233; que par une fa&#231;on de vivre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Derri&#232;re les pins, un campement pos&#233; dans l'urgence : trois abris de bric et de broc, une caravane et deux v&#233;hicules utilitaires caboss&#233;s. Depuis l'arriv&#233;e de &#171; &lt;i&gt; ces gens-l&#224;&lt;/i&gt; &#187;, la r&#233;sidence ferm&#233;e d'&#224; c&#244;t&#233; est aux abois : une cave aurait &#233;t&#233; visit&#233;e et une bicyclette d'enfant subtilis&#233;e. Une &#233;lue locale d&#233;boule dans la clairi&#232;re, &#224; la t&#234;te d'une troupe de journalistes et de riverains en col&#232;re. Rien n'a &#233;t&#233; laiss&#233; au hasard : les impr&#233;cations font vite place au discours de la dame, qui exige de la pr&#233;fecture le d&#233;mant&#232;lement du camp, au nom de l'hygi&#232;ne et de la paix civile. Les familles rroms r&#233;fugi&#233;es l&#224; apr&#232;s une &#233;ni&#232;me &#233;viction encaissent les insultes en silence, sans baisser les yeux. La petite foule pr&#233;-pogromique leur a fait ouvrir les fourgonnettes et les cabanes, mais pas trace de v&#233;lo vol&#233; lov&#233; l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2521 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH570/-787-2903b.jpg?1779604203' width='400' height='570' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Vincent Croguennec.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour qui entre ici d'un pied plus l&#233;ger, c'est autre chose qui saute aux yeux. Dans le plus cru des d&#233;nuements, le savoir-faire des constructeurs rroms r&#233;alise des miracles, avec tout l'amour qu'ils mettent &#224; &#233;difier, am&#233;nager, calfeutrer, d&#233;corer, chauffer et habiter des lieux par avance condamn&#233;s &#224; l'expulsion. L'ami Ion dit qu'ils savent d&#233;j&#224; o&#249; ils iront quand ils se feront casser. Ils savent remonter une maison en 24 heures chrono. Ils savent les poubelles o&#249; tout trouver. Ils savent o&#249; quoi comment. Hommage &#224; leur ent&#234;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cahute, patchwork de mati&#232;res pauvres, co&#251;t de fabrication z&#233;ro euro, est un petit bijou de confort. Ce module collectif &#8211; et &#233;volutif &#8211; accueille la famille &#233;largie qui va et vient entre le pays et la France. Place &#224; la science tsig de l'hospitalit&#233; archa&#239;que. Bienvenue dans la baraque multifonction. &#192; la fois chambre, cuisine, salle de jeu (&#244; le divin rami des familles !), salle de bains. On y fait tout et &#231;a marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dehors, une femme d&#233;limite son pas de porte en balayant la poussi&#232;re. &#192; l'int&#233;rieur, les murs et le plafond sont tapiss&#233;s de tissus r&#233;cup&#233;r&#233;s. Un sofa, un lit, pl&#233;thore de coussins dodus et des fleurs dans un vase sur la table basse. Les &#233;pluchures, les cendres de cigarette ? &#171; &lt;i&gt;On met tout par terre. On balaye apr&#232;s, plusieurs fois par jour, et le sol est toujours propre.&lt;/i&gt; &#187; Une autre cabane, la salle des ados, fait office de micro-centre social o&#249; on fume le oinj. Le tout mont&#233; en un clin d'&#339;il, comme quelque chose d'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dehors, &#231;a paie pas de mine. C'est froid, c'est gris. Terre. Boue. &#192; l'int&#233;rieur, il fait chaud. Gr&#226;ce au po&#234;le &#224; bois, la soupe est toujours pr&#234;te. Les lits aussi, o&#249; l'on tient salon allong&#233;s, sans trop se soucier du monde ext&#233;rieur. Si la paix dure un peu, au fil des mois, la &lt;i&gt;platz&lt;/i&gt; &#233;volue &#8211; toute civilisation qui se respecte sait qu'elle a d&#233;marr&#233; comme &#231;a, petit &#224; petit. Bouts de baraquements espac&#233;s. Grosse jaille &#224; l'entr&#233;e, comme un totem pour espanter le diable. Carcasses et c&#226;bles cram&#233;s. Caravanes. &lt;i&gt;Cobolan&lt;/i&gt; &#8211; les rats. &lt;i&gt;Mult&lt;/i&gt; &#8211; beaucoup. Courent en tous sens vers tous les coins. Apr&#232;s les poubelles, la manche ou les chantiers, on revient chez soi fatigu&#233;. Hommage au labeur de recyclage que m&#232;ne le gang des poussettes dans des villes qui lui sont hostiles tout en se targuant d'&#234;tre accueillantes et durables. Les maisons l&#233;g&#232;res des Rroms devraient rappeler qu'ici la plupart des cit&#233;s de banlieue ont &#233;t&#233; &#233;difi&#233;es sur l'emplacement des bidonvilles kabyles, arabes, portugais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; qu'on atterrisse, on a besoin d'un ext&#233;rieur le plus vaste possible pour y bricoler, jouer, danser, entreposer la ferraille ou r&#233;parer sa caisse. Ce sont les femmes qui bossent tout le temps sur le terrain. L'intendance est lourde. Il faut aller chercher l'eau par le chemin de gros cailloux, marcher quinze minutes, jusqu'&#224; la borne des pompiers, remplir les sept ou huit bidons de 10 &#224; 15 litres et les hisser dans le caddie. Pousser tr&#232;s fort le chariot pour que tout roule &#8211; pour &#231;a, c'est bien d'&#234;tre trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une collecte des habitants de la &lt;i&gt;platz&lt;/i&gt; pour racheter la &lt;i&gt;benzina&lt;/i&gt;, l'essence pour le &lt;i&gt;g&#233;n&#233;rator&lt;/i&gt;. &#192; la nuit tomb&#233;e, c'est Cosmine, le petit fr&#232;re, qui est envoy&#233; pour l'allumer. Au fond du camp, sous un abri. De l&#224;, des c&#226;bles &#233;lectriques passent au-dessus des toits et courent jusqu'aux maisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;carit&#233; qui s'&#233;quipe et s'ing&#233;nie fait &#233;cho, de loin, aux Zad et aux piquets de gr&#232;ve, aux villages de n&#232;g' marrons ou aux favelas, aux bivouacs de chasseurs-cueilleurs, aux repaires de l'enfance buissonni&#232;re au fond des jardins. &#192; l'autre bout de la cha&#238;ne involutive, il y a la Trump Tower, dont l'overdose de dorures d&#233;note une psychologie de primate. O&#249; loge la b&#234;te ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Saint-Denis : Les dessous de la brochette !</title>
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		<dc:creator>Margo Chou</dc:creator>


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&lt;p&gt;Saint-Denis, sortie de la gare RER D. Des odeurs de viande grill&#233;e aguichent mes narines. Devant moi : un barbecue g&#233;ant comme il en existe peu. Des dizaines de gars occupent la place devant la station, dispatch&#233;s autour de Caddie fumants de b&#339;uf marin&#233;. R&#233;nov&#233; en 2005, le parvis de la station a &#233;t&#233; amput&#233; de ses arbres. Cela aurait pu devenir un lieu vide, espace norm&#233;, repoussant les flux vers le centre-ville, &#224; l'image de toutes les gares. Mais depuis ces travaux, les vendeurs de rues, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no166-juin-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;166 (juin 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Hector-de-la-Vallee" rel="tag"&gt;Hector de la Vall&#233;e&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Saint-Denis, sortie de la gare RER D. Des odeurs de viande grill&#233;e aguichent mes narines. Devant moi : un barbecue g&#233;ant comme il en existe peu. Des dizaines de gars occupent la place devant la station, dispatch&#233;s autour de Caddie fumants de b&#339;uf marin&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;R&#233;nov&#233; en 2005, le parvis de la station a &#233;t&#233; amput&#233; de ses arbres. Cela aurait pu devenir un lieu vide, espace norm&#233;, repoussant les flux vers le centre-ville, &#224; l'image de toutes les gares. Mais depuis ces travaux, les vendeurs de rues, d&#233;j&#224; pr&#233;sents auparavant, se sont multipli&#233;s, d&#233;veloppant leur business. En ce moment, la mode est &#224; la brochette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passionn&#233;e de cuisine, Fatou s'installe tout les jours sur la place depuis 1996. D'abord sp&#233;cialis&#233;e dans le ma&#239;s et le jus de bissap ou de gingembre, elle se colle d&#233;sormais elle aussi aux brochettes de b&#339;uf marin&#233;. La viande est achet&#233;e tr&#232;s t&#244;t chaque matin chez un boucher, qui refourgue &#224; un prix imbattable des morceaux mal calibr&#233;s. Elle en pr&#233;pare une centaine dans son appartement, &#224; l'autre bout de Saint-Denis, dans le quartier de Franc-Moisin. Puis elle charge son commerce &#224; roulettes, marche quinze minutes, prend le tramway et s'installe juste apr&#232;s la passerelle qui m&#232;ne de l'arr&#234;t de tramway &#224; la gare. Tous les jours au m&#234;me endroit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont une dizaine &#224; avoir le m&#234;me rituel et le m&#234;me attirail : viande, sacs d'oignons, bidons d'huile et quelques cageots de menthe. Chacun &#224; son poste. Tarif : 1 &#8364; la brochette.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2480 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH345/-746-1c96a.jpg?1779603533' width='400' height='345' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Hector De La Vall&#233;e.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Confiscations de Caddie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le parvis, les flics se pointent quasiment tous les jours. Municipaux et nationaux m&#232;nent des contr&#244;les conjoints, multipliant les contraventions. &#171; &lt;i&gt;On doit se r&#233;approprier l'espace public pour le pacifier et stopper les nuisances pour les gens, comme la fum&#233;e, le fait d'&#234;tre alpagu&#233; par les vendeurs, etc. Il y a 70 000 usagers qui passent chaque jour par la gare&lt;/i&gt; &#187;, s'est insurg&#233;e en juin 2017 Slimane Rabahallah, adjointe en charge de la tranquillit&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les CRS d&#233;barquent, les vendeurs de brochettes se lancent dans une folle course de Caddie. &#171; &lt;i&gt;Il y a d&#233;j&#224; eu des confiscations de chariots&lt;/i&gt;, explique Medhi, l'un des r&#233;guliers de la place. &lt;i&gt;Alors quand ils arrivent, on court tr&#232;s vite se cacher quelque part. Et on revient plus tard... C'est notre seule fa&#231;on de travailler&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, on trouve aussi des cartes t&#233;l&#233;phoniques, des cacahu&#232;tes grill&#233;es, du pop-corn, des cigarettes s&#233;n&#233;galaises ou ukrainiennes, des chargeurs de t&#233;l&#233;phone et plein d'autres entreprises spontan&#233;es pour se faire trois sous. Parmi les vendeurs, des transfuges de la rue de la R&#233;publique, sp&#233;cialis&#233;s dans les fringues, sacs &#224; mains, lunettes ou montres, et habituellement install&#233;s au c&#339;ur de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les protecteurs de la place &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparition de ce march&#233; autonome s'est faite naturellement, l&#224; ou rien n'avait &#233;t&#233; pr&#233;vue par l'organisation g&#233;n&#233;rale. C'est de plus en plus rare : les municipalit&#233;s r&#233;quisitionnent d&#233;sormais souvent ces espaces pour y organiser des &#233;v&#233;nements culturels ou y mener des transformations urbaines. Ici, des passants s'arr&#234;tent pour une brochette et restent discuter quelques minutes. Quelques-uns jouent aux &#233;checs et les gamins font du v&#233;lo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains habitants du quartier assurent que la pr&#233;sence des vendeurs donne une atmosph&#232;re plus rassurante &#224; cet endroit auparavant &#171; &lt;i&gt;froid et glauque&lt;/i&gt; &#187;. Une voisine pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt;Je peux rentrer &#224; l'heure que je veux depuis qu'il y a les vendeurs.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Ce n'est plus une zone o&#249; tu as l'impression d'&#234;tre une proie isol&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, confirme une activiste locale, qui estime que &#171; &lt;i&gt;les vendeurs sont les protecteurs de la place&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde n'est pas de cet avis. Cet hiver, une petite guerre de voisinage a anim&#233; le quartier. D&#233;rang&#233;s par le d&#233;ploiement de vie et par les odeurs de barbaque atteignant leurs fen&#234;tres, certains habitants affirmaient que la qualit&#233; de l'air &#233;tait menac&#233;e par la fum&#233;e du charbon. Ils ont mont&#233; un collectif, &#233;dit&#233; des tracts repr&#233;sentant des masques &#224; gaz et les ont coll&#233;s dans le p&#233;rim&#232;tre de la gare. Autre fait de gloire, la diffusion d'une p&#233;tition intitul&#233;e &#171; Mal vivre ensemble &#187;. Ainsi que la r&#233;daction d'une lettre publique titr&#233;e &#171; Rue des bidonvilles, quartier des brochettes, place du ras-le-bol &#187;, adress&#233;e &#224; Didier Paillard, maire de la ville en 2016, et d&#233;non&#231;ant &#171; &lt;i&gt; un abandon total de la gare par les politiques&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Carrefour incontournable du quartier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un groupe d'&#233;tudiants de l'universit&#233; de Paris VIII et quelques habitants ont ripost&#233; sur le champ. Apr&#232;s &#234;tre all&#233; &#224; la rencontre des vendeurs, ils ont &#224; leur tour fabriqu&#233; leurs affiches &#171; Des brochettes, mais pas des camionnettes ! &#187; et &#171; Stop aux rafles de la police &#224; la gare de Saint-Denis ! &#187;, initiant des rassemblements sur le parvis et diffusant de tracts informant sur la situation des vendeurs, pour beaucoup sans-papiers. Leur exigence : qu'on leur fiche la paix !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le froid, les r&#233;unions se sont d&#233;plac&#233;es &#224; cent m&#232;tres de la gare, sous le chapiteau Rajganawak, lieu autonome construit il y a deux ans. Coinc&#233; entre deux immeubles d'habitation, ce chapiteau en bois est prot&#233;g&#233; de la route par une palissade en taule, qui masque sa pr&#233;sence. Il s'inscrit dans la continuit&#233; d'une exp&#233;rience commenc&#233;e dans les ann&#233;es 1990 &#8211; &#224; l'initiative de C&#233;dric Simoneau, l'ancien garage est devenu lieu de th&#233;&#226;tre. En 2002, l'homme l&#232;gue l'espace &#224; sa ni&#232;ce Camo. Elle y installe alors un chapiteau proposant des moments de cirque et de f&#234;tes, lequel tire finalement le rideau en 2010. Mais revient en 2016, notamment gr&#226;ce au soutien du collectif de La Briche&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ancien site industriel de Saint-Denis reconverti en ateliers de cr&#233;ateurs et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; : un chapiteau en dur est alors construit, sans autorisation ni accord avec la municipalit&#233;. Petit &#224; petit, le lieu devient un carrefour incontournable du quartier, proposant des activit&#233;s de cirque et des cours de fran&#231;ais, un espace de r&#233;union et des ateliers. La municipalit&#233; a bien manifest&#233; des vell&#233;it&#233;s d'expulsion, mais pour l'instant &#231;a tient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; On est l&#224; pour parler fort ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondatrice du Rajganawak, Camo se souvient des premi&#232;res r&#233;unions sous le chapiteau : &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;but, on n'entendait que les militants. L'atmosph&#232;re &#233;tait pesante, et les vendeurs restaient tr&#232;s discrets. Jusqu'&#224; ce que Fatou se mette &#224; gueuler : &#8216;&#8216; On est l&#224; pour parler fort ! '' Alors ils se sont lev&#233;s et ont pris la parole pour raconter leurs probl&#232;mes. Tous ont expliqu&#233; vendre des brochettes parce qu'ils n'avaient pas le choix. Pour survivre. Certains sont &#224; la rue, c'est leur seul moyen de se faire un peu d'argent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Quand ils viennent chez nous en Afrique, les gens veulent bien manger dans des baraques. &#199;a fait exotique pour les vacances, mais ici ils trouvent &#231;a d&#233;gueulasse&lt;/i&gt; &#187;, s'enflamme Fatou, bien d&#233;cid&#233;e &#224; ne pas plier bagages. Elle est accompagn&#233;e de son neveu Moussa, arriv&#233; du Mali il y a quatre ans et qui vit dans un foyer pr&#232;s d'Aubervilliers. Elle a dix enfants &#224; faire manger, alors elle carbure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actions des m&#233;contents n'y ont rien chang&#233; : les vendeurs sont toujours l&#224; et tiennent bon malgr&#233; les rafles hebdomadaires. Certains se rendent aux permanences d'aide juridique mis en place &#224; l'universit&#233; Paris VIII, avec la Coordination de lutte pour les sans-papiers, ou bien aux cours de fran&#231;ais du chapiteau. Et le quartier continue d'&#234;tre impr&#233;gn&#233; de cette vie faite de d&#233;merde et de d&#233;brouille. Avec en &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s, la menace des pratiques d'am&#233;nagement de la ville&#8230; et la venue des Jeux olympiques de 2024.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ancien site industriel de Saint-Denis reconverti en ateliers de cr&#233;ateurs et constructeurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Enfants &#224; la rue, profs sur le pont</title>
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		<dc:date>2018-04-17T07:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margo Chou</dc:creator>


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		<dc:subject>instits</dc:subject>
		<dc:subject>Accoules</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce mercredi 10 mai 2017, rendez-vous est donn&#233; &#224; l'&#233;cole primaire des Accoules, situ&#233;e dans le quartier du Panier, &#224; Marseille. Laurent fait le portier. C'est l'un des huit instits de l'&#233;tablissement. On entre dans le b&#226;timent class&#233; monument historique. Escalier en large colima&#231;on, hauteur incroyable et odeur de grillades. On arrive sous le pr&#233;au. Au service ce midi, instits et parents d'&#233;l&#232;ves : saucisses, quiches familiales et sodas. Les enfants en furie piaillent de partout. Ambiance (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce mercredi 10 mai 2017, rendez-vous est donn&#233; &#224; l'&#233;cole primaire des Accoules, situ&#233;e dans le quartier du Panier, &#224; Marseille. Laurent fait le portier. C'est l'un des huit instits de l'&#233;tablissement. On entre dans le b&#226;timent class&#233; monument historique. Escalier en large colima&#231;on, hauteur incroyable et odeur de grillades. On arrive sous le pr&#233;au. Au service ce midi, instits et parents d'&#233;l&#232;ves : saucisses, quiches familiales et sodas. Les enfants en furie piaillent de partout. Ambiance champ&#234;tre de fin d'ann&#233;e scolaire. Une conf&#233;rence de presse est annonc&#233;e, les m&#233;dias locaux sont l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux semaines, trois enfants roms scolaris&#233;s ici, membres d'une m&#234;me famille, &#233;taient expuls&#233;s de leur squat rue Fl&#233;gier. En l'apprenant, la directrice de l'&#233;cole, Corine Lefort, d&#233;cidait de pousser une gueulante et de m&#233;diatiser l'histoire. Et d'annoncer gaillardement qu'en l'absence de d&#233;cision pr&#233;fectorale pour reloger la famille, elle ouvrirait une salle de classe pour lui offrir un toit. &#171; &lt;i&gt;On a vu les enfants arriver &#224; l'&#233;cole, le visage tr&#232;s fatigu&#233; ; c'est comme &#231;a qu'on a appris qu'ils avaient &#233;t&#233; expuls&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; C'&#233;tait juste apr&#232;s le 31 mars et la fin de la tr&#234;ve hivernale. &#199;a ne loupe jamais : chaque ann&#233;e, la p&#233;riode voit les expulsions s'encha&#238;ner. Vider les squats sans offrir d'autre perspective que la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux Accoules, enseignants, parents, anciens parents d'&#233;l&#232;ves et commer&#231;ants se sont organis&#233;s &#8211; caisse de solidarit&#233;, repas et concert de soutien. Leur urgence : que la famille soit log&#233;e ! L'argent r&#233;colt&#233; a permis de payer quelques nuits d'h&#244;tel, avant que les soutiens ne d&#233;gottent un petit appartement. Deuxi&#232;me urgence : en appeler aux diff&#233;rents services institutionnels (Ville, pr&#233;fecture et inspection acad&#233;mique). En vain. Seule r&#233;ponse, celle du Samu social, qui a propos&#233; un quota de dix jours d'h&#233;bergement &#8211; rien de plus. En contactant &#224; r&#233;p&#233;tition le 115, le collectif a appris que la famille avait &#233;puis&#233; &#171; &lt;i&gt;ses droits&lt;/i&gt; &#187; au logement. &#171; &lt;i&gt;Et puis, &#224; Marseille, il n'y a pas de centre d'h&#233;bergement pour familles.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce midi, des instits des &#233;coles primaires avoisinantes sont pr&#233;sentes. R&#233;guli&#232;rement confront&#233;es au m&#234;me probl&#232;me, elles &#233;changent entre elles au quotidien. &#171; &lt;i&gt;Quand on scolarise les enfants d'une m&#234;me famille, on se tient au courant.&lt;/i&gt; &#187; Parmi elles, Marie, directrice &#224; mi-temps de l'&#233;cole Parmentier de Belsunce &#8211; 30 ans qu'elle y enseigne. Elle fait partie du R&#233;seau &#233;ducation sans fronti&#232;res depuis sa cr&#233;ation en 2004. Pour Marie, impossible de rester insensible quand disparaissent des &#233;l&#232;ves qu'elle accompagne depuis des mois. &#171; &lt;i&gt;C'est toujours angoissant quand on voit qu'un enfant ne vient plus. Parfois, il dispara&#238;t totalement ; parfois aussi, il finit par revenir, les traits tir&#233;s, et on apprend qu'il dort dans une voiture&#8230; On ne peut pas laisser faire &#231;a.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces &#233;coles, il y a un mouvement permanent. &#171; &lt;i&gt;Cette ann&#233;e, 40 enfants sont partis, tandis que trente autres ont &#233;t&#233; inscrits en cours d'ann&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; C'est qu'au fil du temps, certaines familles quittent le centre-ville pour habiter ailleurs &#8211; soit parce qu'elles le peuvent, soit par obligation. Quant &#224; la plupart des r&#233;inscriptions, elles sont fragiles et concernent des demandeurs d'asile. Les instits font tout pour nouer un lien pr&#233;cieux avec ces familles, afin de r&#233;agir vite en cas de r&#233;ponse n&#233;gative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, la situation a empir&#233; : les demandeurs d'asile sont de plus en plus nombreux. Avant, quand les familles recevaient une Obligation de quitter le territoire fran&#231;ais, les &#233;coles parvenaient &#224; se mobiliser pour contraindre la pr&#233;fecture &#224; r&#233;viser les dossiers. Aujourd'hui, c'est devenu presque impossible &#8211; le temps du soutien est consacr&#233; aux n&#233;cessit&#233;s vitales : se loger et manger.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>&#171; Remettre de la vie apr&#232;s les ann&#233;es de braise &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Remettre-de-la-vie-apres-les</link>
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		<dc:date>2018-01-12T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margo Chou</dc:creator>


		<dc:subject>Ma cabane pas au Canada</dc:subject>
		<dc:subject>Ismail Bentaallah</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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&lt;p&gt;Raconte-Arts, festival populaire itin&#233;rant se tenant tous les ans en Kabylie, est un pr&#233;texte &#224; vivre et &#224; prendre l'espace. Les villageois sont &#224; la fois organisateurs, spectateurs et acteurs. L'art de l'oralit&#233; et l'expression s'y font m&#233;diums actifs et d&#233;cloisonnent les fonctionnements trop fig&#233;s. Grande Kabylie. Ait Ouabane. 1 000 m&#232;tres d'altitude. Les figuiers sont partout et en fleur. Temp&#233;rature moyenne : 42 degr&#233;s. Des chemins escarp&#233;s &#224; flanc de collines desservent des maisons (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/venu" rel="tag"&gt;venu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Raconte-Arts, festival populaire itin&#233;rant se tenant tous les ans en Kabylie, est un pr&#233;texte &#224; vivre et &#224; prendre l'espace. Les villageois sont &#224; la fois organisateurs, spectateurs et acteurs. L'art de l'oralit&#233; et l'expression s'y font m&#233;diums actifs et d&#233;cloisonnent les fonctionnements trop fig&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Grande Kabylie. Ait Ouabane. 1 000 m&#232;tres d'altitude. Les figuiers sont partout et en fleur. Temp&#233;rature moyenne : 42 degr&#233;s. Des chemins escarp&#233;s &#224; flanc de collines desservent des maisons en pierre, plus bas, dans la vall&#233;e du Djurdjura. Les femmes en habit traditionnel se retrouvent &#224; l'ombre sur un banc improvis&#233; ou au lavoir pour discuter. Elles se disent plus libres ici que dans le reste de l'Alg&#233;rie. La plupart ne se couvrent pas les cheveux. Si elles descendent au village pour faire leurs courses, c'est rare de les croiser au c&#339;ur de la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mosqu&#233;e sans imam &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1966 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-256-4ce67.jpg?1779602829' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ismail Bentaallah.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lundi 24 juillet. D&#233;fil&#233; de mini-bus et de taxis collectifs sur la rue principale. Le c&#339;ur du village est satur&#233; d'artistes et d'invit&#233;s venus de plusieurs r&#233;gions d'Alg&#233;rie, de Tunisie, de France et d'Italie. Le point d'accueil se trouve &#224; la mosqu&#233;e, laquelle a &#233;t&#233; d&#233;poss&#233;d&#233;e de sa fonction religieuse&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Durant l'ann&#233;e, l'ancien lieu de culte sert pour des r&#233;unions.Son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Les habitants ont vir&#233; l'imam. Juju dit que sa pr&#233;sence &#233;tait n&#233;faste : &#171; &lt;i&gt;&#199;a risquait d'influencer nos jeunes&#8230; C'est pas possible !&lt;/i&gt; &#187; Et Pika de compl&#233;ter : &#171; &lt;i&gt;Les islamistes ont fait plusieurs tentatives pour installer des imams, nous les avons tous renvoy&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Pareil en ce qui concerne les flics : &#171; &lt;i&gt;On leur a dit de ne pas se m&#234;ler de l'organisation.&lt;/i&gt; &#187; Ce sont les habitants qui veillent au bon d&#233;roul&#233; de la semaine, en autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le festival, la mosqu&#233;e devient une extension de la place. Raconte-Arts en a fait le QG de son journal quotidien. L'&#233;quipe tournante y a install&#233; ses ordinateurs. Dans le couloir de l'entr&#233;e, les toilettes et puis des robinets : la pr&#233;cieuse eau est rationn&#233;e et partag&#233;e par quartier. Elle ne coule que 18 heures par jour. Non loin, A&#239;ssa, peintre venu du sud de l'Alg&#233;rie pour la 4e &#233;dition, a install&#233; son atelier. Sa toile : les murs de la rue principale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Remettre de la vie &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2004, en r&#233;ponse aux ann&#233;es de violence qui ont boulevers&#233; la Kabylie, le trio Salah Silem, Denis Martinez et Hac&#232;ne Metref cr&#233;e l'&#233;v&#233;nement. Bande de potes, membres de la Ligue des arts cin&#233;matographiques et dramatiques de Tizi-Ouzou, ils pensent que le moment est venu de sortir les esprits de la terreur. &#171; &lt;i&gt;Le festival est n&#233; pour remettre de la vie dans nos villages apr&#232;s ces ann&#233;es de braise&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise Hac&#232;ne, directeur du festival. L'objectif est de donner la parole aux cultures vues comme subalternes &#8211; au premier rang desquelles la culture kabyle &#8211; tout en d&#233;veloppant une ouverture vers l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raconte&#8209;Arts n'avait &#224; l'origine pas de vocation nomade. Mais apr&#232;s trois &#233;ditions dans le m&#234;me village, les &#233;lus ont fait comprendre &#224; l'organisation qu'il &#233;tait temps d'aller voir ailleurs. Une exclusion finalement positive, explique Hac&#232;ne : &#171; S&lt;i&gt;ans ces emp&#234;cheurs, nous n'aurions jamais v&#233;cu l'itin&#233;rance, qui permet &#224; notre festival de prendre une nouvelle couleur &#224; chaque fois. Les villages ont commenc&#233; &#224; postuler &#224; partir de la 7e &#233;dition.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouvoir de l'oralit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Raconte-Arts a fait le choix de l'improvisation contr&#244;l&#233;e,&lt;/i&gt; continue Hac&#232;ne. &lt;i&gt;Les artistes peuvent g&#233;rer &#224; leur guise, mais l'organisateur ne doit pas non plus perdre le contr&#244;le de la machine. On pr&#233;voit des activit&#233;s fixes dans le festival In pour avoir une charpente sur laquelle viennent se greffer tous les ajouts spontan&#233;s qui rel&#232;vent du Off.&lt;/i&gt; &#187; Le In pose donc des rep&#232;res quotidiens. Le matin, des auteurs sont invit&#233;s. M&#339;urs, culture et trag&#233;die s'y d&#233;voilent &#224; travers des histoires personnelles. Des &#339;uvres qui rappellent, voire convoquent, la po&#233;sie kabyle et son pouvoir de l'oralit&#233;, la puissance litt&#233;raire et instinctive du mot et de la description.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les soirs est aussi organis&#233; un &#171; grand gala &#187;. Le village entier se pointe au rendez&#8209;vous, c'est la cohue face &#224; l'unique sc&#232;ne du village. Au menu, des pi&#232;ces de Kateb Yacine, du slam tunisien ou des chansons anciennes du trio Tighri Uzar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raconte&#8209;Arts se d&#233;marque des autres festivals par son horizontalit&#233;. Les propositions artistiques qui s'y c&#244;toient, toutes acoustiques, n'ont rien &#224; voir avec un quelconque star&#8209;syst&#232;me. Les 400 invit&#233;s du Off (groupes, individus, conteurs, musicien.ne.s, chanteurs, &#233;crivain.e.s, r&#233;alisateurs, peintres, plasticiens) ne re&#231;oivent ainsi qu'une seule consigne : jouer o&#249; ils veulent quand ils le veulent. Pour espace, tout le village. Comme l'infrastructure culturelle manque, les lieux du quotidien sont r&#233;invent&#233;s avec souplesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Recr&#233;er de la curiosit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1967 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH600/-257-97611.jpg?1779610504' width='400' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ismail Bentaallah.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autre particularit&#233;, aucun artiste n'est r&#233;mun&#233;r&#233;. Le budget de l'&#233;v&#233;nement est ainsi consacr&#233; aux d&#233;penses basiques : nourriture pour les repas, communication, transport. En mettant l'&#233;conomique de c&#244;t&#233;, le festival choisit de se recentrer sur autre chose. Pour objectif premier, fabriquer des relations et recr&#233;er de la curiosit&#233;. La dur&#233;e relativement longue du festival et le fait que les artistes dorment chez l'habitant les conditionnent &#224; vivre au rythme de l'environnement et &#224; traverser diff&#233;rents &#233;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait d'ailleurs pas toujours bien si l'on vit au rythme du festival ou &#224; celui du village. Les rencontres se multiplient. Au d&#233;tour d'une rue, nous voil&#224; alpagu&#233;s par des habitants pour une discussion, un repas, une invitation &#224; un mariage. Jouer &#171; son spectacle &#187; devient presque d&#233;risoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du caf&#233; au lavoir, de la place &#224; la fontaine, de l'abribus &#224; la mosqu&#233;e, les temps s'inventent et les espaces se reprennent. Habitu&#233;s ou novices ont compris que le premier jour est essentiel &#224; la d&#233;couverte : c'est en connaissance des lieux qu'on choisit de s'installer ici ou l&#224; pour jouer. Le deuxi&#232;me jour, un petit groupe opte pour le caf&#233; Chez Ali, y interpr&#233;tant des chansons fran&#231;aises. Des Kabyles ne tardent pas &#224; les rejoindre. Le r&#233;pertoire prend une autre direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; S'&#233;clater librement &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi matin, des conteurs de Bejaia et de Montpellier se r&#233;unissent pr&#232;s du lavoir. Des femmes sont en train de laver leur linge. Les histoires dites, elles se mettent &#224; chanter spontan&#233;ment. L'assembl&#233;e suivra ! On ne sait plus qui &#233;tait venu l&#224; pour faire quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, une fois leurs &#233;choppes ferm&#233;es, des commer&#231;ants du village se retrouvent &#224; chanter sur la place ou sous la &lt;i&gt;khaima&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tente touareg.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le th&#233; est servi par Ali et ses comp&#232;res venus du sud de l'Alg&#233;rie. Ici, &#231;a joue jusqu'&#224; &#233;puisement, provoquant des moments de communions magiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux derni&#232;res matin&#233;es voient les musiciens d&#233;ambuler dans les rues vers les habitations des plus vieux, des immobiles, des malades et des femmes rest&#233;es &#224; la maison. Chanteurs, guitaristes, joueurs de oud, de mandole ou de bendir s'accordent et improvisent. Sur le chemin, chacun est libre d'embo&#238;ter le pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le festival peut se lire comme une r&#233;appropriation du quotidien, le refus de la r&#233;duction des villes et villages &#224; leurs dimensions fonctionnelle et s&#233;curitaire. Il incite &#224; red&#233;couvrir aussi bien son corps que les usages de l'agglom&#233;ration. Avec en filigrane le rejet des logiques marchandes de l'art et de la f&#234;te. Les organisateurs se situent d'ailleurs sur un fil tendu pour m&#233;nager l'&#233;v&#233;nement face &#224; la notori&#233;t&#233;. Sans jamais perdre de vue son objectif initial, ainsi r&#233;sum&#233; par Hac&#232;ne : &#171; &lt;i&gt;Une semaine o&#249; l'Alg&#233;rien s'exprime librement, circule librement, s'&#233;clate librement sans se faire tancer par les tenants de la morale et de l'autorit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Durant l'ann&#233;e, l'ancien lieu de culte sert pour des r&#233;unions.Son haut-parleur diffuse des messages &#224; tout le village pour des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, annonce les coupures d'eau ou encore les d&#233;c&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tente touareg.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Calais : Trois idiots dans la jungle</title>
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		<dc:date>2016-03-07T06:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard, Margo Chou</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
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&lt;p&gt;Un r&#233;cent rapport &#233;tatique consacr&#233; &#224; Calais &#233;voquait &#171; un sentiment de grande inqui&#233;tude face &#224; la d&#233;rive autogestionnaire du bidonville &#187;. Pour qui s'est rendu dans la &#171; jungle &#187; avec des yeux humains, c'est le sentiment inverse qui s'impose. Dans la d&#233;solation, ce sont justement les initiatives &#233;chappant &#224; l'&#201;tat qui maintiennent une forme d'espoir. &#192; l'image de cette gargote pakistanaise dress&#233;e dans la boue, Les Trois Idiots. &#171; Consid&#233;rant que chacun des habitats ici dress&#233;, tendu, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no141-mars-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;141 (mars 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Lemi" rel="tag"&gt;L&#233;mi&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/idiots" rel="tag"&gt;idiots&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un r&#233;cent rapport &#233;tatique consacr&#233; &#224; Calais &#233;voquait &#171; &lt;i&gt; un sentiment de grande inqui&#233;tude face &#224; la d&#233;rive autogestionnaire du bidonville&lt;/i&gt; &#187;. Pour qui s'est rendu dans la &#171; jungle &#187; avec des yeux humains, c'est le sentiment inverse qui s'impose. Dans la d&#233;solation, ce sont justement les initiatives &#233;chappant &#224; l'&#201;tat qui maintiennent une forme d'espoir. &#192; l'image de cette gargote pakistanaise dress&#233;e dans la boue, Les Trois Idiots.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Consid&#233;rant que chacun des habitats ici dress&#233;, tendu, plant&#233;, porte l'empreinte d'une main soigneuse, d'un geste attentif, d'une parole liturgique peut-&#234;tre, de l'espoir d'un jour meilleur sans doute, et s'av&#232;re une &#233;criture bien trop savante pour tant de t&#233;moins dont les yeux n'enregistrent que fatras et cloaques, dont la bouche ne r&#233;gurgite que les mots &#8220;honte&#8221; et &#8220;indignit&#233;&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;bastien Thi&#233;ry, &#171; Consid&#233;rant Calais &#187;, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;, 14 f&#233;vrier 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Calais, d&#233;but f&#233;vrier 2016. Il bruine sur la &#171; jungle &#187; en sursis, d&#233;j&#224; tronqu&#233;e d'une portion non n&#233;gligeable&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lors de notre passage, une premi&#232;re bande situ&#233;e &#224; l'ouest du bidonville (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Au gr&#233; des chemins sillonnant la zone, partout, des messages. R&#233;dig&#233;s en fran&#231;ais, arabe ou anglais, tagu&#233;s, gribouill&#233;s ou minutieusement calligraphi&#233;s, ils donnent le pouls. Il y en a qui crient le ras-le-bol &#8211; &#171; &lt;i&gt;Watch it and burn it all &lt;/i&gt; &#187;. D'autres qui supplient &#8211; &#171; &lt;i&gt; We want to go to England, please&lt;/i&gt; &#187;. Mais la plupart portent des mots simples, charg&#233;s d'&#233;vidences oubli&#233;es, des mots de la n&#233;cessit&#233; collective, o&#249; l'essence ancestrale de la cohabitation prend le dessus. &#171; &lt;i&gt;Nous devons tous apprendre &#224; vivre comme des fr&#232;res, sinon nous allons tous mourir comme des idiots&lt;/i&gt; &#187;, explique ainsi un panneau plant&#233; devant la demeure d'Alpha &#8211; joliment nomm&#233;e &#171; La Maison bleue sur la colline &#187; &#8211;, artiste mauritanien qui a mont&#233; une &#233;cole d'art dans la &#171; jungle &#187;. Juste &#224; c&#244;t&#233;, cette proclamation : &#171; &lt;i&gt;Malgr&#233; toutes les difficult&#233;s, on a toujours le sourire aux l&#232;vres. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces messages diss&#233;min&#233;s dans la &#171; jungle &#187; n'ont pas vocation &#224; embellir les lieux ou &#224; minimiser les souffrances. Ils rappellent simplement l'aspect essentiel attaqu&#233; par tous ceux qui veulent la d&#233;truire : au c&#339;ur de cette zone de rel&#233;gation subsiste la volont&#233; d'&#233;chapper &#224; la d&#233;shumanisation, de construire des lieux humains. La mis&#232;re a beau &#234;tre d&#233;vorante, les migrants sont nombreux &#224; ne pas se r&#233;signer au d&#233;sespoir balis&#233; et &#224; la d&#233;pression du cul-de-sac. En attendant qu'un jour peut-&#234;tre s'ouvre la fronti&#232;re, ils tissent des embryons de vie communautaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1657 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/calais-home-32a64.jpg?1779602827' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de L&#233;mi.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si elle n'existe en cet emplacement excentr&#233; &#8211; &#224; sept kilom&#232;tres du centre de Calais &#8211; que depuis dix mois, la &#171; jungle &#187; actuelle fourmille de r&#233;alisations bien concr&#232;tes. Certains ont construit des &#233;piceries, des caf&#233;s, des &#233;coles ou des salons de coiffure. D'autres se sont r&#233;fugi&#233;s dans la foi et ont b&#226;ti des lieux de culte &#8211; catholiques, musulmans, orthodoxes. D'autres encore ont mont&#233; de toutes pi&#232;ces des espaces d&#233;di&#233;s &#224; la pratique artistique &#8211; th&#233;&#226;tre ou peinture. Quant &#224; Cherry, Awesome et Holy, trois amis pakistanais, ils ont opt&#233; pour l'&#233;dification d'un restaurant : Les Trois Idiots. Au regard des conditions : un quatre &#233;toiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un tigre sur les Champs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a beau &#234;tre install&#233; en bordure des &#171; Champs-&#201;lys&#233;es &#187;, all&#233;e principale sillonnant le nord de la &#171; jungle &#187;, Les Trois Idiots ne paye pas de mine vu de l'ext&#233;rieur. Pas exactement un palace. De grandes flaques boueuses s'&#233;talent au pied des b&#226;ches plastiques bleues et noires recouvrant sa structure de bois. Seule touche joyeuse, le nom du lieu tagu&#233; &#224; la bombe de peinture. Pour le reste, ce pourrait &#234;tre un h&#244;pital militaire de fortune &#8211; fa&#231;on retraite de Russie. Mais une fois pouss&#233;e la porte de bois, l'ambiance change du tout au tout. Les tenanciers y sont pour beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ils ne disent pas pour quelle raison ils ont quitt&#233; leur Pakistan natal et se sont lanc&#233;s dans ce qu'ils d&#233;crivent comme un &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s long voyage tr&#232;s compliqu&#233;&lt;/i&gt; &#187;, ils sont cat&#233;goriques : pas question d'y retourner. Tous trois se relayent pour accueillir les nouveaux venus, chacun &#224; sa mani&#232;re. Il y a Cherry, danseur hors pair, muscl&#233;, qui affiche un certain penchant pour la bi&#232;re &#8211; l'ivre de la &#171; jungle &#187;. Il y a Awesome, dragueur imp&#233;nitent, samoura&#239; de la langue, qui, &#224; Islamabad, servait d'interpr&#232;te pour les touristes. Et il y a Holy, &#233;l&#233;gant baratineur de salon et plus beau sourire du bidonville, entre Alain Delon et Tom Cruise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont dr&#244;les, ces trois-l&#224;. Avec leurs noms d'emprunt anglophones qui fleurent bon la blague, ils ne l&#233;sinent pas sur les pitreries. Le nom du lieu est d'ailleurs inspir&#233; d'une com&#233;die made in Bollywood. Les protagonistes des &lt;i&gt;Trois Idiots&lt;/i&gt;, explique l'un d'eux, seraient des &#233;tudiants nigauds encha&#238;nant les catastrophes mais d&#233;cid&#233;s &#224; triompher de l'adversit&#233;. Et d'ajouter : &#171; &lt;i&gt;On pourrait &#234;tre les trois connards, mais on pr&#233;f&#232;re &#234;tre du bon c&#244;t&#233;. Ici c'est tellement dur que si on ne souriait pas, il n'y aurait plus d'espoir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s leur arriv&#233;e &#224; Calais il y a quatre mois, les trois amis se sont lanc&#233;s dans la construction du lieu. Grandes gueules, ils affirment qu'il leur a fallu seulement deux jours pour dresser les murs de leur future auberge et poser les bases d'un espace rectangulaire compos&#233; de bois et de b&#226;ches. Ils ont ensuite am&#233;nag&#233; du mieux qu'ils ont pu, montant notamment une grande estrade recouverte de moquette courant le long des murs. C'est l&#224; que prennent place les visiteurs de tous pays, migrants comme associatifs, assis en tailleur et d&#233;lest&#233;s de leurs chaussures. Du plafond pendent des ballons de toutes les couleurs, qui conf&#232;rent &#224; l'endroit une &#233;trange ambiance de f&#234;te foraine cheap. Quant au grand tigre en peluche dot&#233; d'un chapeau de cow-boy rouge install&#233; dans une niche de bois, il fait office d'&#233;g&#233;rie officielle. Interrog&#233; sur sa provenance, Awesome l&#226;che une blague qu'on imagine rituelle : &#171; &lt;i&gt;On l'a trouv&#233; dans la jungle&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on arrive du dehors givr&#233;, il y a un petit temps d'adaptation, presque un recul surpris. L'endroit est chaleureux et agr&#233;able. &#171; &lt;i&gt;Il faut garder un endroit chaud dans le froid ambiant&lt;/i&gt; &#187;, explique Awesome. Lui et ses deux confr&#232;res ont donc tout fait pour r&#233;chauffer l'atmosph&#232;re. Mission accomplie : on a envie de s'y poser, de discuter, d'observer. Au fond, c'est un espace de d&#233;compression. Devant une tasse de th&#233;, un repas ou un narguil&#233;, sous les lumi&#232;res color&#233;es, la r&#233;alit&#233; se fait plus discr&#232;te. On oublie alors que l'on est dans la &#171; jungle &#187; et que dehors &#231;a marche t&#234;tes baiss&#233;es dans la boue carnassi&#232;re, vol-au-vent, bien engonc&#233;s dans les sweats-capuche.
Ici, on vient recharger son portable, fumer la chicha, discuter orteils &#224; l'air. Quelques gourmands sont plong&#233;s dans les divers plats propos&#233;s, qui vont du d&#233;licieux poulet tandoori aux horribles frites molles. En fond sonore, projet&#233;es sur l'&#233;cran plat, les cha&#238;nes pakistanaises capt&#233;es par on ne sait quel miracle r&#233;chauffent les cerveaux de leurs clips kitsch et fascinants : chanteurs et chanteuses restent tr&#232;s sages tandis que par intermittence des danseuses font des cabrioles suggestives dans des champs aussi fleuris qu'un enterrement de Lady Di. Plus tard, une fois pass&#233;e l'heure du d&#233;jeuner, une dizaine de gars emmitoufl&#233;s et coiff&#233;s de bonnets &#224; pompons s'installent devant l'&#233;cran et scotchent, imperturbables. C'est l'heure du film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B&#226;tir pour respirer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cherry, Awesome et Holy ne sont pas forc&#233;ment repr&#233;sentatifs de la situation des migrants &#224; Calais. Dans un univers o&#249; tout est bouch&#233;, ils s'en sortent plut&#244;t pas mal, sans doute parce qu'ils avaient un petit p&#233;cule de c&#244;t&#233; en arrivant. Ce sont de micro-micro-entrepreneurs, de bons commer&#231;ants un poil magouilleurs, qui donnent l'impression d'avoir apprivois&#233; le malheur. Ils craignent pourtant beaucoup l'effacement annonc&#233; de la &#171; jungle &#187; : &#171; &lt;i&gt;Ce business nous permet de tenir la t&#234;te hors de l'eau, et pas seulement financi&#232;rement. On a besoin d'&#234;tre occup&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un discours r&#233;current dans la &#171; jungle &#187;. Ce sont bien les petites zones d'autonomie improvis&#233;e, de reprise en main du r&#233;el, qui aident &#224; affronter l'impasse de la situation. Ce qui est construit de ses propres mains vaut cent fois ce qui est accord&#233; d'une main lointaine. Les exemples abondent. Mohammed le Soudanais, qui accueille dans sa tente rafistol&#233;e et plus briqu&#233;e qu'un palace, explique ainsi qu'il n'aime pas les repas distribu&#233;s par les associations parce qu'il &#171; &lt;i&gt;pr&#233;f&#232;re qu'on les pr&#233;pare tous ensemble avec&lt;/i&gt; [ses]&lt;i&gt; amis&lt;/i&gt; &#187;. Plus loin, un &#201;thiopien d'une trentaine d'ann&#233;es d&#233;signe fi&#232;rement la magnifique &#233;glise orthodoxe en bois de r&#233;cup' qu'il explique avoir aid&#233; &#224; construire. Aux abords du centre Jules-Ferry, derri&#232;re une cahute branlante, trois amis vaquent aux abords d'un impressionnant tas de v&#233;los d&#233;labr&#233;s qu'ils retapent, m&#233;caniciens improvis&#233;s. Et ainsi de suite, entre artisanat et d&#233;brouillardise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des petits riens, sans doute, mais &#233;galement des antidotes &#224; l'avenir pr&#233;m&#226;ch&#233; que l'&#201;tat et ses suppl&#233;tifs voudraient imposer aux migrants. Ainsi se mat&#233;rialise le refus de l'infantilisation, de la charit&#233; forc&#233;e, du container impos&#233;. Si certains cerveaux ont &#233;t&#233; broy&#233;s par le voyage et l'impasse du pr&#233;sent &#8211; tel Deerok qui d&#233;clare, les yeux tristes : &#171; &lt;i&gt; Mon esprit a &#233;t&#233; tu&#233; par cinq ans de voyage&lt;/i&gt; &#187; &#8211;, d'autres trouvent la force de s'accrocher au futur. Pour eux et parfois pour les autres, ils s'affairent et bricolent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que file le quotidien rythm&#233; par le vent, le sable dans les yeux, les lacrymos et les pens&#233;es noires, les petites et grandes cr&#233;ations de la &#171; jungle &#187; offrent autre chose, un devenir actif, une forme de respiration collective : ici un coiffeur, l&#224; un lieu pour recharger son t&#233;l&#233;phone via une dynamo improvis&#233;e, sous cette tente un cours de yoga, dans cette cabane un point info doubl&#233; d'une librairie, etc. Autant de petits espaces fa&#231;onn&#233;s par les migrants et ceux qui les aident, qui emp&#234;chent le vide ambiant de tout &#224; fait triompher. Question de survie&#8230; &#171; &lt;i&gt;Nous devons tous apprendre &#224; vivre comme des fr&#232;res, sinon nous allons tous mourir comme des idiots.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lors de notre passage, une premi&#232;re bande situ&#233;e &#224; l'ouest du bidonville avait &#233;t&#233; ras&#233;e par les bulldozers. &#192; l'heure o&#249; est &#233;crit cet article, une destruction rapide de la zone sud est annonc&#233;e. Vivent encore sur place quelques milliers de personnes, essentiellement Soudanais, Afghans, &#201;thiopiens, Irakiens, Syriens et &#201;rythr&#233;ens. Beaucoup de jeunes hommes, tr&#232;s peu de femmes et d'enfants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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