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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Les travailleurs du cuir d'Izmir : De la x&#233;nophobie &#224; la lutte des classes</title>
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		<dc:creator>Macha Berdoulat</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Dans un petit atelier du quartier de Basmane, &#171; petite Syrie &#187; d'Izmir, une machine &#224; coudre cherche sa place parmi les chutes de cuir. Son conducteur, Yal&#231;in, est membre de l'Association de solidarit&#233; et coop&#233;ration culturelle pour les Africains (Afr&#246;t&#252;rc) qui m&#232;ne des recherches sur l'origine de la petite minorit&#233; afro-turque en Turquie. Leurs anc&#234;tres sont arriv&#233;s en tant qu'esclaves d&#232;s le XVIII&#8202;e si&#232;cle, ramen&#233;s du p&#232;lerinage de La Mecque par des familles ottomanes, ou envoy&#233;s, en 1856, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans un petit atelier du quartier de Basmane, &#171; petite Syrie &#187; d'Izmir, une machine &#224; coudre cherche sa place parmi les chutes de cuir. Son conducteur, Yal&#231;in, est membre de l'Association de solidarit&#233; et coop&#233;ration culturelle pour les Africains (Afr&#246;t&#252;rc) qui m&#232;ne des recherches sur l'origine de la petite minorit&#233; afro-turque en Turquie. Leurs anc&#234;tres sont arriv&#233;s en tant qu'esclaves d&#232;s le XVIII&#8202;e si&#232;cle, ramen&#233;s du p&#232;lerinage de La Mecque par des familles ottomanes, ou envoy&#233;s, en 1856, depuis l'&#201;gypte ou le Soudan, pour construire le premier chemin de fer de Turquie. Mais Yal&#231;in interrompt son travail pour raconter une autre histoire : celle des travailleurs du textile et du cuir de mai 2013.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2114 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH300/-389-fa87c.jpg?1779602837' width='400' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2011, Ayakkabicilar Sitesi, la cit&#233; des cordonniers d'Izmir, regroupe 30 000 travailleurs turcs et kurdes au sein d'un maillage d'ateliers. Ils triment de 13 &#224; 16 heures par jour et 90 % des cordonniers et couturiers ne sont pas d&#233;clar&#233;s par leur patron. Yal&#231;in est pr&#233;sident de l'Association de solidarit&#233; pour les travailleurs du cuir qui, en palliant l'absence de syndicat formel, a gagn&#233; en popularit&#233; au sein de la corporation. Quand le conflit syrien &#233;clate en 2011, de nombreux Syriens de la r&#233;gion d'Alep traversent la fronti&#232;re turque pour rejoindre leurs proches d&#233;j&#224; install&#233;s &#224; Izmir. Une centaine d'entre eux, tailleurs et cordonniers, trouvent du travail dans le quartier du cuir. Avec l'afflux de nouveaux r&#233;fugi&#233;s, des propos racistes commencent &#224; se faire entendre dans les ateliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2013, deux semaines avant le d&#233;but du mouvement antigouvernemental de Gezi, &#224; Istanbul, les premi&#232;res manifestations &#233;clatent sur le site des travailleurs du cuir. Les Syriens, alors au nombre de 5 000, sont utilis&#233;s par les patrons pour produire des pi&#232;ces de cuir &#224; des salaires qui feraient r&#234;ver tout exploiteur. Les cordonniers turcs accusent alors les Syriens de jouer les briseurs de gr&#232;ve et de ruiner une lutte de longue haleine : &#171; &lt;i&gt;Dehors les Syriens !&lt;/i&gt; &#187;, scandent-ils. Selon Yalcin, &#171; &lt;i&gt;ce sentiment n'&#233;tait pas exalt&#233; par le nationalisme turc : m&#234;me des Kurdes se sont unis contre les Syriens. Les gens pensaient &#224; leur salaire&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations s'amplifient de jour en jour contre les r&#233;fugi&#233;s des ateliers. L'Association de solidarit&#233; pour les travailleurs du cuir se joint alors au mouvement. Au gr&#233; de discussions et de r&#233;unions, ils parviennent &#224; d&#233;vier le cours des relents x&#233;nophobes pour les mettre sur les rails de la d&#233;fense des droits de tous les travailleurs &#8211; syriens compris. Le racisme dispara&#238;t des slogans. Ils deviennent alors : &#171; &lt;i&gt;Du pain pour tous, du travail pour tous ! Pour un salaire &#233;quitable et stable ! &#192; bas le salaire aux pi&#232;ces !&lt;/i&gt; &#187; Les travailleurs revendiquent aussi le droit de se syndiquer et de b&#233;n&#233;ficier d'une assurance maladie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les Syriens ne participent pas aux manifestations, malgr&#233; leur caract&#232;re d&#233;sormais inclusif et solidaire. Les patrons les enferment dans les ateliers. La police, de son c&#244;t&#233;, &#233;l&#232;ve des barrages aux alentours du quartier du cuir pour stopper les manifestants. Le chef du syndicat des patrons insulte les travailleurs depuis ses bureaux. L'Association essaie de calmer le jeu lorsque ceux-ci, &#233;nerv&#233;s, veulent s'insurger contre les forces de l'ordre. La col&#232;re et l'envie d'en d&#233;coudre montent. Les employeurs menacent de virer tous les Syriens si les cordonniers et couturiers ne retournent pas devant leurs machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant 10 jours, les manifestations ne faiblissent pas. Malgr&#233; la tension palpable, un dialogue s'est instaur&#233; avec la police et les autorit&#233;s. L'Association des travailleurs gagne le soutien de syndicats et du HDP, le parti de coalition pro-kurde et de la gauche turque non nationaliste. La mairie CHP (gauche sociale-d&#233;mocrate k&#233;maliste) enjoint les manifestants &#224; partager leur travail avec les &#171; invit&#233;s &#187; syriens, mais les travailleurs turcs r&#233;pondent qu'il est difficile de partager son pain quand on en manque soi-m&#234;me. Pour calmer le jeu, les patrons accordent &#224; 10 % des travailleurs une assurance contre les risques au travail. Mais au final, tous les Syriens sont bel et bien vir&#233;s, car leur emploi ill&#233;gal a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; au grand jour par les &#233;v&#233;nements. Mesure quelque peu ironique quand on sait que la part d'&#233;conomie souterraine en Turquie est la plus &#233;lev&#233;e des pays de l'OCDE, avec un taux de 28,72 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte aura eu peu de r&#233;sultats ; aujourd'hui, tr&#232;s peu de cordonniers et de couturiers du cuir b&#233;n&#233;ficient de droits minimaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis son petit atelier, Yal&#231;in continue &#224; se battre au quotidien. Il h&#233;berge dans sa maison-atelier des b&#233;n&#233;voles qui cuisinent de la soupe, trouvent des moyens de chauffage, des habits et des couvertures et les distribuent trois jours par semaine aux familles de r&#233;fugi&#233;s qui occupent des b&#226;tisses abandonn&#233;es. Selon Yal&#231;in, les in&#233;galit&#233;s des classes sont la racine de tous les malheurs. L'arriv&#233;e des Syriens a bien contribu&#233; &#224; la d&#233;t&#233;rioration des droits des locaux, mais le probl&#232;me ne vient pas d'eux. Il est d&#251; au manque de protection sociale dans le travail lui-m&#234;me, et &#224; la division entre les travailleurs locaux et &#233;trangers sur laquelle jouent les patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Chacun doit avoir le droit de vivre d&#233;cemment l&#224; o&#249; il le souhaite. Les Syriens ne doivent pas p&#226;tir de leur exil qui est le symbole d'une lutte contre une guerre qu'ils refusent.&lt;/i&gt; &#187; Aujourd'hui,&#8239;rajoute-t-il, les Turcs se sont habitu&#233;s &#224; la pr&#233;sence des Syriens et beaucoup acceptent &#8211; r&#233;sign&#233;s mais conscients de ce qui les a pouss&#233;s &#224; fuir leur pays &#8211; , que leur pr&#233;sence d&#233;t&#233;riore leurs conditions de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; syrien, les perspectives sont sombres : &#171; &lt;i&gt;La reconnaissance du droit pour les Syriens &#224; travailler&lt;/i&gt; [r&#233;gulation annonc&#233;e le 15 janvier 2016] &lt;i&gt;est un d&#233;sastre&lt;/i&gt;, confie l'un d'eux. &lt;i&gt;Avant, les Turcs nous employaient parce qu'on ne leur co&#251;tait rien. Aujourd'hui, ils n'ont aucun int&#233;r&#234;t &#224; employer des Syriens puisqu'on co&#251;te aussi cher que les Turcs.&lt;/i&gt; &#187; Cependant, l'assouplissement des conditions d'obtention de permis de travail pour les Syriens compliquera-t-il vraiment la vie des employeurs, quand beaucoup de Turcs travaillent d&#233;j&#224; sans que leurs droits ne soient respect&#233;s ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Migrants : &#171; Loin des yeux, loin du c&#339;ur &#187;</title>
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		<dc:date>2016-02-29T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Macha Berdoulat</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Marco Mendes</dc:subject>
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		<dc:subject>Syriens</dc:subject>
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		<dc:subject>&#199;iftlikk&#246;y</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#171; La crise dont nous sommes tous t&#233;moins est un test de notre humanit&#233; et de notre responsabilit&#233; &#187;, affirmait Donald Tusk, le pr&#233;sident du Conseil europ&#233;en face &#224; ce que l'on consid&#232;re comme la plus grave &#171; crise migratoire &#187; depuis la Seconde Guerre mondiale. Pour y r&#233;pondre, l'Europe responsable a choisi la&#8230; sous-traitance, confi&#233;e &#224; la Turquie, tandis que les corps des r&#233;fugi&#233;s s'&#233;chouent toujours par centaines sur les c&#244;tes des &#238;les grecques. Reportage. Le 20 d&#233;cembre, des habitants (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/pays-904" rel="tag"&gt;pays&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Syriens" rel="tag"&gt;Syriens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Turquie" rel="tag"&gt;Turquie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/distribution-d-aide" rel="tag"&gt;distribution d'aide&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Cesme" rel="tag"&gt;&#199;esme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Ciftlikkoy" rel="tag"&gt;&#199;iftlikk&#246;y&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La crise dont nous sommes tous t&#233;moins est un test de notre humanit&#233; et de notre responsabilit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, affirmait Donald Tusk, le pr&#233;sident du Conseil europ&#233;en face &#224; ce que l'on consid&#232;re comme la plus grave &#171; crise migratoire &#187; depuis la Seconde Guerre mondiale. Pour y r&#233;pondre, l'Europe responsable a choisi la&#8230; sous-traitance, confi&#233;e &#224; la Turquie, tandis que les corps des r&#233;fugi&#233;s s'&#233;chouent toujours par centaines sur les c&#244;tes des &#238;les grecques. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 20 d&#233;cembre, des habitants de &#199;esme, dans la province d'Izmir, font leur distribution d'aide humanitaire dans le village abandonn&#233; de &#199;iftlikk&#246;y. &#192; distance du camion o&#249; s'alignent des centaines d'Afghans, Mahmoud, jeune Iranien qui a quitt&#233; son pays deux semaines auparavant, regarde la mer. Au large, l'&#238;le de Chios, destination pour laquelle tant de personnes attendent une mer plus cl&#233;mente pour traverser.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1649 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH372/refugiados_net-3e55e.jpg?1779603864' width='500' height='372' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Marco Mendes.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mahmoud &lt;/strong&gt; a d&#233;j&#224; tent&#233; la travers&#233;e. Il &#233;tait alors arriv&#233; &#224; quelques encablures de l'&#238;le grecque. Mais un autre bateau non loin du sien a d&#251; appeler les secours et les embarcations ont &#233;t&#233; intercept&#233;es. Lui et ses compagnons de route ont attendu huit heures &#224; bord du bateau des gardes-c&#244;tes turcs que l'op&#233;ration de contr&#244;le se termine. &#171; &lt;i&gt;Ils voulaient tous les attraper&lt;/i&gt;, dit-il. &lt;i&gt;Pr&#232;s de 400 personnes ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es. Il y avait de 16 &#224; 18 bateaux qui traversaient cette nuit-l&#224;. Ils nous ont conduits au terminal d'autobus et nous ont lib&#233;r&#233;s. Certains sont all&#233;s d&#233;poser leur demande d'asile pr&#232;s du HCR (Haut Commissariat pour les r&#233;fugi&#233;s) &#224; Istanbul. Mais la plupart d'entre nous ont march&#233; &#224; nouveau jusqu'ici. La police a pris nos gilets de sauvetage. On sait qu'elle les revend derri&#232;re. C'est du vol, chaque gilet co&#251;te 160 livres turques &lt;/i&gt; [50 euros] &lt;i&gt;et est vendu plusieurs fois.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mahmoud&lt;/strong&gt; raconte avec ironie qu'il vient de perdre son passeport mais qu'il l'aurait de toute fa&#231;on jet&#233; &#224; la mer avant de rejoindre la Gr&#232;ce. Il est presque impossible pour un Iranien de d&#233;poser une demande d'asile aujourd'hui en Europe, c'est pourquoi il essaiera de se faire passer pour un Afghan. &#192; la fronti&#232;re entre la Mac&#233;doine et la Gr&#232;ce, seuls les Irakiens, Syriens et Afghans sont consid&#233;r&#233;s comme de &#171; vrais &#187; r&#233;fugi&#233;s et peuvent passer la fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La police turque&lt;/strong&gt; veut montrer qu'elle remplit les obligations de l'accord pass&#233; le 29 novembre 2015 avec l'Union europ&#233;enne. Ce dernier inclut le versement de 3,2 milliards d'euros &#224; la Turquie pour am&#233;liorer les conditions de vie des r&#233;fugi&#233;s sur son sol et fermer ses fronti&#232;res. En &#233;change, il sera plus facile pour les Turcs d'obtenir des visas Schengen, et le processus d'entr&#233;e dans l'Union europ&#233;enne est relanc&#233;, m&#234;me si personne n'est dupe de cette carotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#232;s qu'une zone de d&#233;part c&#244;ti&#232;re&lt;/strong&gt; fait l'objet de l'attention des m&#233;dias, elle est &#233;vacu&#233;e de ses r&#233;fugi&#233;s le jour d'apr&#232;s. La Turquie ramasse les r&#233;fugi&#233;s sur la c&#244;te tout en sachant que la r&#233;pression est un jeu sans fin. En effet, il arrive souvent qu'une op&#233;ration de police aboutisse &#224; la lib&#233;ration avec une obligation de quitter le territoire sous 30 jours. C'est que les centres de d&#233;tention ne d&#233;semplissent pas. Il n'est pas possible d'y enfermer et de refouler tous les &#171; candidats au d&#233;part &#187;. Le 11 janvier, Franz Timmermans, vice-pr&#233;sident de la Commission europ&#233;enne, a jug&#233; le flux de migrants encore &#171; &lt;i&gt;beaucoup trop &#233;lev&#233;&lt;/i&gt; &#187; et s'est dit peu satisfait des avanc&#233;es de la Turquie pour emp&#234;cher les d&#233;parts. Ce &#224; quoi le ministre turc des Affaires europ&#233;ennes, Volkan Bozkir, a r&#233;pondu : &#171; &lt;i&gt;Nous capturons quotidiennement 500 candidats &#224; l'immigration clandestine&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Nous allons essayer de r&#233;duire la pression de l'immigration ill&#233;gale en donnant aux Syriens de Turquie des permis de travail.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;trangers&lt;/strong&gt; restent six mois (renouvelables) dans les centres de d&#233;tention en attendant d'&#234;tre d&#233;port&#233;s vers leur pays d'origine ou lib&#233;r&#233;s. Obtenir un laissez-passer de la part du pays de provenance et l'examen des demandes de protection, m&#234;me en proc&#233;dure acc&#233;l&#233;r&#233;e, prend des mois. Durant ce temps, quand ils ne sont pas forc&#233;s de signer un programme de retour volontaire, les &#233;trangers se serrent &#224; soixante par cellule dans des conditions parfois pires que l'incarc&#233;ration, et ne laissent ainsi pas la place &#224; de nouveaux venus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un transit permanent &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un caf&#233; &#224; Izmir, Louay a d&#233;j&#224; un pied dans la mer. Cela fait un an qu'il vit en Turquie. Il est toujours menac&#233; par des factions qu'il a fuies en Syrie. Avec sa femme, son b&#233;b&#233;, sa m&#232;re de 80 ans et sa s&#339;ur, ils ont d&#233;j&#224; subi un naufrage. Une nuit de novembre, des naufrageurs masqu&#233;s les ont accost&#233;s en pleine mer. Ils sont rest&#233;s dans l'eau pendant des heures. Louay en parle encore, empreint du traumatisme de cette nuit-l&#224;. Seuls trois d'entre eux savaient nager. Ils ont hiss&#233; les gamins sur la partie encore gonfl&#233;e de l'embarcation pneumatique, l'autre ayant &#233;t&#233; perc&#233;e par le commando qui les avait attaqu&#233;s. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait des Grecs&lt;/i&gt; &#187;, Louay, qui a travaill&#233; dans le tourisme, en mettrait sa main &#224; couper. Les gens s'agrippaient &#224; la bou&#233;e et ceux qui l&#226;chaient prise &#233;taient retenus in extremis par les trois qui savaient nager. Jusqu'au moment o&#249; ils sont parvenus &#224; joindre les autorit&#233;s turques et ont &#233;t&#233; ramen&#233;s sur les c&#244;tes. Mais, malgr&#233; l'&#233;v&#233;nement et devant l'impossibilit&#233; de subvenir aux besoins de sa famille, aujourd'hui, l'Europe reste pour lui la seule possibilit&#233; d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gouvernement turc&lt;/strong&gt; ne reconna&#238;t pas les Syriens comme des r&#233;fugi&#233;s&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la situation des Syriens et des Syriennes en Turquie, nous vous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. La Convention de Gen&#232;ve de 1951 contient une limitation g&#233;ographique : le statut de r&#233;fugi&#233; n'est accord&#233; qu'aux ressortissants europ&#233;ens. D&#232;s lors, les &#233;trangers non europ&#233;ens en demande de protection ne sont consid&#233;r&#233;s que comme des &#171; invit&#233;s &#187; b&#233;n&#233;ficiant de la protection temporaire. Ils n'ont m&#234;me pas l'acc&#232;s l&#233;gal au travail, qui leur assurerait un environnement de vie stable et serait une solution bien plus durable que l'aide humanitaire actuelle, qui a co&#251;t&#233; 8,5&#8239;milliards de dollars &#224; Ankara.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les demandes d'asile&lt;/strong&gt; des Irakiens, Afghans, Iraniens et autres sont consid&#233;r&#233;es aussi sur une base individuelle devant le Haut Commissariat aux Nations unies pour les R&#233;fugi&#233;s, de m&#234;me que leur statut en Turquie. Le gouvernement leur assigne une ville de r&#233;sidence o&#249; ils doivent pointer toutes les semaines. S'ils ratent une signature &#224; trois reprises ou s'ils quittent la ville sans autorisation de l'&#201;tat, leur demande d'asile est suspendue. Il faut d'abord des ann&#233;es pour que leur requ&#234;te soit examin&#233;e, puis d'autres encore pour que le processus de r&#233;installation se concr&#233;tise. Autant d'ann&#233;es d'attente et de gal&#232;re qui poussent au d&#233;part. Beaucoup disent qu'ils pr&#233;f&#232;rent mourir une fois pour toutes en mer que mourir &#224; petit feu en Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; le droit &#224; l'&#233;ducation&lt;/strong&gt; pour les enfants, 70 % des enfants syriens enregistr&#233;s dans le pays ne sont pas scolaris&#233;s. Tout comme l'acc&#232;s &#224; la sant&#233; garanti par la loi, tr&#232;s peu de mesures concr&#232;tes ont &#233;t&#233; mises en &#339;uvre et les non-Turcs se retrouvent face &#224; la barri&#232;re de la langue et &#224; la complexit&#233; de l'administration. La soci&#233;t&#233; civile turque parle de g&#233;n&#233;ration perdue pour ces enfants qui, souvent, travaillent au noir au lieu d'aller &#224; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 5 janvier dernier&lt;/strong&gt;, plus de 34&#8239;corps ont &#233;t&#233; retrouv&#233;s sur les rives de la mer &#201;g&#233;e, s'&#233;chouant sur les plages tout au long de la journ&#233;e. Les douze survivants du naufrage ont &#233;t&#233; amen&#233;s au poste. L&#224;, ils racontent qu'il y avait entre 15 et 20 enfants &#224; bord. Ils auraient appel&#233; les gardes-c&#244;tes, qui ne sont jamais venus les secourir. &#171; &lt;i&gt;On ne veut pas retourner en Alg&#233;rie&lt;/i&gt; &#187;, disent-ils, v&#234;tus de pantalons de sport, telle une &#233;quipe serr&#233;e dans un vestiaire. Mais ces joueurs-l&#224; doivent identifier les corps retrouv&#233;s sur la plage. Quatre copains d'Alg&#233;rie manquent &#224; l'appel et s'ajoutent &#224; la liste des disparus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur la plage&lt;/strong&gt;, les gilets de sauvetage encore imbib&#233;s d'eau sont tout ce qui subsiste du naufrage. Des faux gilets. Les &#171; &lt;i&gt;gilets de la mort&lt;/i&gt; &#187;, selon l'expression locale. Plus de 1 200 ont &#233;t&#233; saisis par la police, deux jours apr&#232;s, dans un atelier qui employait clandestinement deux enfants syriens. La jandarma (gendarmerie) pr&#233;tend qu'elle n'est pas en mesure d'emp&#234;cher le business des passeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Dirty deal&lt;/i&gt; de l'Europe &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1650 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH565/refugees2-8fa6a.jpg?1779627466' width='400' height='565' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Marco Mendes.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;En Europe, on ne peut pas accepter une solution bas&#233;e sur les droits de l'homme pour r&#233;gler le probl&#232;me des r&#233;fugi&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, affirmait un repr&#233;sentant de l'UE lors d'une rencontre avec des acteurs associatifs &#224; Izmir, deux jours avant la signature de l'accord. L'Europe pr&#233;f&#232;re externaliser ses politiques migratoires en Turquie et dans les pays dits de &#171; transit &#187;. Un pays de transit qui accueille d&#233;j&#224; plus de 2,2 millions de Syriens et des centaines de milliers d'Afghans, Irakiens, Iraniens et personnes en provenance de pays d'Afrique. &#171; &lt;i&gt;La question en Europe est politique, tandis qu'en Turquie, elle est &#233;conomique&lt;/i&gt; &#187;, ajoute un autre intervenant d'Izmir, en apart&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Face &#224; la pression&lt;/strong&gt; europ&#233;enne pour contenir les arriv&#233;es en Gr&#232;ce, la Turquie a repris &#224; son compte le jargon distinguant les migrants &#233;conomiques des &#171; vrais &#187; r&#233;fugi&#233;s pour fermer ses fronti&#232;res. Pour emp&#234;cher les d&#233;parts vers l'Europe, mais pas uniquement. Sous pr&#233;texte de lutte contre les faux passeports et contre la venue de Syriens qui ne seraient pas des r&#233;fugi&#233;s fuyant la guerre, Ankara requiert depuis le 8 janvier des visas pour tous les Syriens arrivant par avion et bateau en Turquie. Un nouveau plan de facilitation des permis de travail a &#233;t&#233; annonc&#233; en parall&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le m&#234;me jour&lt;/strong&gt;, &#224; Beyrouth, 400&#8239;Syriens qui avaient un billet pour la Turquie se sont vus refoul&#233;s vers Damas. Pas de bol, le billet &#233;tait dat&#233; de la veille mais la mauvaise m&#233;t&#233;o avait bloqu&#233; les avions au sol. Les Syriens devront d&#233;sormais regagner leur pays par la fronti&#232;re nord, que les soutiens aux migrants sur place disent ferm&#233;e. &#192; l'ouest, sur plus d'un tiers de la fronti&#232;re, on a d&#233;j&#224; h&#233;riss&#233; des murs et des cl&#244;tures barbel&#233;es pour emp&#234;cher l'approvisionnement de l'&#201;tat islamique en Syrie. Human Rights Watch, dans un rapport du 23&#8239;novembre 2015, fait &#233;tat de refoulements r&#233;guliers des r&#233;fugi&#233;s et de la quasi-fermeture des deux postes frontaliers officiels, o&#249; ne passent que quelques bless&#233;s. Les r&#233;fugi&#233;s doivent avoir recours aux passeurs et aux routes les plus dangereuses pour atteindre la Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le rapporteur&lt;/strong&gt; sp&#233;cial de l'ONU sur les droits de l'homme des migrants, Fran&#231;ois Cr&#233;peau, d&#233;nonce : &#171; &lt;i&gt;Les pays europ&#233;ens devraient aussi &#234;tre tenus pour responsables : ils comptent sur de telles violations par les pays de transit&#8239;&#8211;&#8239;sur lesquels ils font pression et incitent &#224; adopter des mesures r&#233;pressives&#8239;&#8211;&#8239;pour servir de moyens de dissuasion pour de potentiels futurs migrants. Le fait que cette dissuasion n'ait jamais &#233;t&#233; efficace ne freine pas l'enthousiasme de l'Europe &#224; encourager des m&#233;canismes de confinement par procuration.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, mais&lt;/strong&gt; l'Union europ&#233;enne se d&#233;responsabilise. C'est ce qu'on appelle l'externalisation. Loin des yeux, loin du c&#339;ur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur la situation des Syriens et des Syriennes en Turquie, nous vous renvoyons au &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;136 et &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Tragedies-syriennes-Revolution&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;son dossier&lt;/a&gt;&#171; Syrie, r&#233;volution vol&#233;e &amp; exil &#187;. Notamment &#171; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Refugiees-syriennes-a-Istanbul&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Istanbul l'exil syrien&lt;/a&gt; &#187; de notre reporter Micka&#235;l Correia et l'interview de la juriste Zeynep Kivilcim &#171; Les r&#233;fugi&#233;es syriennes sont juridiquement captives du gouvernement turc &#187; [NdlR].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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