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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Amazon apocalypse</title>
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		<dc:date>2020-12-06T17:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


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&lt;p&gt;Face au colosse de la vente en ligne, une partie de l'&#233;dition fran&#231;aise a d&#233;cid&#233; d'entrer en r&#233;sistance : elle ne distribuera plus ses livres sur Amazon. Plus qu'un conflit purement mercantile, un choix de soci&#233;t&#233;. Une brise de r&#233;volte souffle sur l'&#233;dition fran&#231;aise. &#171; Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon. Son monde est &#224; l'oppos&#233; de celui que nous d&#233;fendons. Nous ne voulons pas voir les villes se vider pour devenir des cit&#233;s-dortoirs hyperconnect&#233;es. Amazon est le fer de lance du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no193-decembre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;193 (d&#233;cembre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Juliette-Iturralde" rel="tag"&gt;Juliette Iturralde&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Face au colosse de la vente en ligne, une partie de l'&#233;dition fran&#231;aise a d&#233;cid&#233; d'entrer en r&#233;sistance : elle ne distribuera plus ses livres sur Amazon. Plus qu'un conflit purement mercantile, un choix de soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3507 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1662.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH309/-1662-ea8bc.jpg?1779706296' width='500' height='309' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Juliette Iturralde
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une brise de r&#233;volte souffle sur l'&#233;dition fran&#231;aise. &#171; &lt;i&gt;Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon. Son monde est &#224; l'oppos&#233; de celui que nous d&#233;fendons. Nous ne voulons pas voir les villes se vider pour devenir des cit&#233;s-dortoirs hyperconnect&#233;es. Amazon est le fer de lance du saccage des rapports humains et de l'artificialisation de la vie.&lt;/i&gt; &#187; Ainsi commence &lt;a href=&#034;https://www.millebabords.org/spip.php?article34867&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'appel&lt;/a&gt; lanc&#233; le 11 novembre dernier par plus de cinquante petites maisons d'&#233;dition et leurs structures de diffusion-distribution.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En France, les grands de la distribution de livres se comptent sur les doigts d'une main. Et d&#232;s son apparition sur le march&#233;, Amazon fut accueilli en &lt;i&gt;star&lt;/i&gt; dans leur bergerie, sans que les maisons d'&#233;dition aient de droit de regard sur les marges n&#233;goci&#233;es : chasse gard&#233;e des distributeurs, avec pour pr&#233;textes le secret commercial et la l&#233;gislation interdisant le refus de vente. Pas grave, pari&#232;rent nombre d'&#233;diteur&#183;trices &#8211; un revendeur de plus pour leur marchandise. Depuis, Internet est devenu la premi&#232;re librairie du monde. Les deux tiers des livres y sont vendus, &#224; 70 % par Amazon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dur&#233;e de vie d'un livre est de seulement quelques mois en librairie g&#233;n&#233;raliste et le retour des invendus au distributeur, en &#233;change d'un avoir sur une prochaine commande, doit &#234;tre effectu&#233; sous un an : pass&#233; ce d&#233;lai, le ou la libraire garde les ouvrages et les ach&#232;te en ferme. Pari risqu&#233; vu le nombre exponentiel de nouveaut&#233;s publi&#233;es. Dans ces conditions, seule une entreprise avec de grandes capacit&#233;s de stockage, qui fait son beurre sur l'&#233;lectrom&#233;nager et ose vendre du bouquin &#224; perte&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si Amazon a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en 1994 pour vendre des livres, ces derniers ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, peut fournir n'importe quel titre sans devoir passer par la case &#171; attendre que votre commande arrive en librairie &#187;. Fr&#233;d&#233;ric Duval, PDG d'Amazon France, le confirme : &#171; &lt;i&gt;Nous vendons plut&#244;t du fonds de catalogue et les libraires sont dans la nouveaut&#233;. Je sch&#233;matise, mais 70 %&lt;/i&gt; &lt;i&gt;des livres vendus par Amazon ont plus de deux ans.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Interview&#224; LSA-conso.fr, 6/11/2020.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation de quasi-monopole dont jouit le g&#233;ant a enferm&#233; le monde de l'&#233;dition dans une inqui&#233;tante d&#233;pendance : le choix de publier un livre pourrait ne plus &#234;tre fonction de son contenu mais de sa rentabilit&#233; escompt&#233;e&#8230; via les algorithmes d'Amazon. C'est donc le mod&#232;le &#233;conomique de la firme qui dicterait les parutions. Le groupe des 451, &#233;ph&#233;m&#232;re f&#233;d&#233;ration militante des divers m&#233;tiers du livre, alertait d&#233;j&#224; sur de tels risques en 2014 : &#171; &lt;i&gt;Un point de non-retour a &#233;t&#233; franchi&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : la cr&#233;ation litt&#233;raire et la critique se retrouvent dans une situation in&#233;dite d'all&#233;geance vis-&#224;-vis d'un seul et unique vendeur, lequel peut d&#233;sormais, selon son bon vouloir, augmenter ses marges et infl&#233;chir les choix des diffuseurs et des &#233;diteurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tribune publi&#233;e par Le Monde, 21/03/2014.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hobo Diffusion, signataire de l'appel du 11 novembre dernier, en a fait les frais : &#171; &lt;i&gt;Nous avons soutenu notre distributeur, Makassar, quand, en juin 2019, Amazon a voulu lui imposer une nouvelle remise d'achat, bien sup&#233;rieure &#224; celle propos&#233;e aux libraires ind&#233;pendants avec lesquels nous travaillons. C'&#233;tait la goutte de trop. Nous avons donc d&#233;cid&#233; ensemble de ne plus mettre en vente sur cette plateforme les ouvrages que nous diffusons.&lt;/i&gt; &#187; Il aura fallu attendre la crise du Covid et les pleins phares sur la vente &#224; distance pour que cette situation soit rendue publique. &#171; &lt;i&gt;Les librairies prennent aujourd'hui la mesure de la tornade Amazon. Les petites &#233;ditions ont avec elles cet ennemi en commun. Affirmer notre opposition au diktat de la firme, c'est ouvrir la possibilit&#233; de faire front commun.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre diffuseur-distributeur &#224; signer cet appel, Serendip : &#171; &lt;i&gt;Nous n'avons jamais vendu sur Amazon, et les &#233;ditions que nous repr&#233;sentons approuvent. Comme nous sommes modestes, on est pass&#233;s entre les mailles du filet : nous n'avons jamais eu de contact avec la firme. En montant notre bo&#238;te, nous voulions nous inscrire dans la cha&#238;ne du livre, ses m&#233;tiers et savoir-faire. N&#233;gocier avec Amazon, c'est d'embl&#233;e d&#233;truire &#231;a : les liens humains avec libraires, &#233;diteur&#183;trices, livreur&#183;euses, etc.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le ver semble n'avoir laiss&#233; que le trognon aux ind&#233;pendant&#183;es, l'&#233;diteur Zones sensibles a imagin&#233; une r&#233;sistance &#224; coups de p&#233;pins. Cette petite structure belge a trouv&#233; la malice : mettre le code-barres &#224; l'int&#233;rieur de la couverture des livres. Ce simple geste demanderait trop de manipulations aux scanneurs de Jeff Bezos, et rend impossible le r&#233;f&#233;rencement des produits. &#171; &lt;i&gt;Je me voyais mal publier des livres qui fustigent le monde propos&#233; par Amazon et continuer &#224; l'alimenter. Mais je ne suis pas le chevalier blanc qui apporte la solution magique. Je peux me permettre cette astuce car Zones sensibles est une petite maison. Les plus grosses, qui ont beaucoup de salari&#233;&#183;es, sont coinc&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les g&#233;ants du num&#233;rique, ce sont aujourd'hui les adversaires des &#201;tats&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clarait le ministre de l'&#201;conomie Bruno Le Maire d&#233;but novembre. Peut-&#234;tre. Mais l'&#201;tat n'est pas l'ennemi d'Amazon. Depuis 2007, le libertarien Jeff Bezos a ouvert 25 sites en France (le plus grand fait 142 000 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;) en b&#233;n&#233;ficiant souvent de plusieurs dizaines de millions d'euros d'aides publiques pour leur implantation. En 2021, 11 nouveaux projets sont en cours &#8211; acc&#233;l&#233;ration vertigineuse. Les &#233;lu&#183;es se targuent &#224; l'occasion d'apporter de l'emploi dans leur r&#233;gion, niant l'avalanche de rapports d&#233;montrant le contraire, comme celui de l'ancien secr&#233;taire d'&#201;tat au num&#233;rique, Mounir Mahjoubi, qui avance qu'&#224; chiffre d'affaires &#233;quivalent, les entrep&#244;ts Amazon embauchent 2,2 fois moins de salari&#233;&#183;es que les autres entreprises de logistique. En France, ce sont entre 10 400 et 20 200 postes en moins&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La plupart des chiffres &#233;nonc&#233;s dans cet article proviennent des rapports (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; du fait de l'expansion de l'entreprise, qui en 2017 ne comptait plus que 4,7 salari&#233;&#183;es pour 1 robot, contre 7,7 en 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, l'expression consacr&#233;e est &#171; &lt;i&gt;Retail Apocalypse&lt;/i&gt; &#187; : le mastodonte est responsable de la fermeture de 9 000 magasins en 2019 et de la suppression de 300 000 emplois nets depuis 2010. S'ajoutent au massacre les d&#233;g&#226;ts sur l'environnement, l'ub&#233;risation de l'emploi, mais surtout la d&#233;fiscalisation du gros des b&#233;n&#233;fices de ce GAFAM, dont la taxation promise par l'Europe ne ponctionnera qu'une infime partie. Ce type d'&#233;conomie surassist&#233;e par les budgets publics, sans r&#233;elle redistribution vers les services publics via la fiscalit&#233;, c'est bien la &lt;i&gt;start-up nation&lt;/i&gt; en marche, au d&#233;triment de la sant&#233; et de la culture. Un mod&#232;le qui mise tout sur le progr&#232;s technique, assez&lt;i&gt; swag &lt;/i&gt;pour para&#238;tre ind&#233;tr&#244;nable en pleine pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les confinements se suivent mais ne se ressemblent pas : Amazon avait d&#251; fermer en avril ; en novembre, c'est &lt;i&gt;open-bar&lt;/i&gt;. Le &lt;i&gt;click-and-collect&lt;/i&gt; devenant la norme, c'est le monde de Bezos qui est consacr&#233;. Loin de contrer cette logique, les voix politiciennes se multiplient pour d&#233;velopper des &#171; Amazon locaux &#187;. &#171; &lt;i&gt;La psychose fran&#231;aise sur Amazon n'a aucun sens,&lt;/i&gt; &#226;nonnait le secr&#233;taire d'&#201;tat &#224; la Transition num&#233;rique, C&#233;dric O, &#224; l'Assembl&#233;e nationale ce 4 novembre. [&#8230;] &lt;i&gt;Le fond du sujet sur lequel&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;nous travaillons avec les collectivit&#233;s territoriales, c'est de num&#233;riser les petits commerces.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;serv&#233;, le patronat de l'&#233;dition joue quand m&#234;me le jeu, et les salari&#233;&#183;es des librairies se retrouvent &#224; g&#233;rer de la commande, sans conseils ni sourires, dans les flammes d'une amazonisation&lt;i&gt; soft&lt;/i&gt;. Les outils de vente en ligne aujourd'hui enracin&#233;s gr&#226;ce aux subventions r&#233;duiront encore le nombre et la qualit&#233; des emplois une fois la crise pass&#233;e. Seule la grande distribution, principale concurrente des librairies de centre-ville et d'Amazon, se frotte les mains au gel hydroalcoolique, en rang derri&#232;re Michel-&#201;douard Leclerc : &#171; &lt;i&gt;Les contraintes Covid-19 vont faire acc&#233;l&#233;rer la digitalisation et faire gagner deux ans aux commer&#231;ants. Aujourd'hui, je dis : Amazon m&#234;me pas peur&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Figaro, 6/11/2020.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel du 11 novembre, lui, d&#233;clare la gu&#233;rilla au Goliath &lt;i&gt;online&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Nous devons, sans attendre, boycotter et saboter son monopole.&lt;/i&gt; &#187; Gageons que mille autres fleuriront et que la notion d'&#171; &#233;dition de gauche &#187; y gagnera en consistance. Mais avec la persistance de la crise, esp&#233;rons surtout que d'autres acteurs et actrices du livre embo&#238;teront le pas aux signataires de l'appel. Et que de nouveaux mod&#232;les seront imagin&#233;s, comme les &lt;i&gt;Punti rossi&lt;/i&gt; dans l'Italie des ann&#233;es 1970 : un r&#233;seau autonome de distribution de l'&#233;dition critique &#224; travers le maillage engag&#233; de lieux camarades...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Cet article a &#233;t&#233; conjointement publi&#233; en langue catalane par le journal &lt;i&gt;La Directa&lt;/i&gt;, dans &lt;a href=&#034;https://directa.cat/la-rebellio-contra-lapocalipsi-amazon-sesten-a-lestat-frances/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une traduction&lt;/a&gt; de Dolors Serra.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Si Amazon a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en 1994 pour vendre des livres, ces derniers ne repr&#233;sentent plus que 5 % de son chiffre d'affaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lsa-conso.fr/le-patron-d-amzon-france-repond-aux-critiques-interview,364058&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Interview&lt;/a&gt;&#224; &lt;i&gt;LSA-conso.fr&lt;/i&gt;, 6/11/2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/idees/article/2014/03/21/la-loi-anti-amazon-ne-regle-rien_4387187_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tribune&lt;/a&gt; publi&#233;e par &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 21/03/2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La plupart des chiffres &#233;nonc&#233;s dans cet article proviennent des rapports &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.amisdelaterre.org/wp-content/uploads/2019/12/immersion-dans-le-modele-amazon.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Immersion dans le mod&#232;le Amazon&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (2019) et &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://cdn.ilsr.org/wp-content/uploads/2020/04/ILSR_AmazonReport_final.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Amazon's Stranglehold&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/conso/monsieur-castex-vous-etes-le-meilleur-employe-d-amazon-en-france-denonce-michel-edouard-leclerc-20201106&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Figaro&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 6/11/2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; On remet la photo choc &#224; sa bonne place &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/On-remet-la-photo-choc-a-sa-bonne</link>
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		<dc:date>2019-11-13T11:31:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


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		<dc:subject>l'&#233;tat d'urgence</dc:subject>
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		<dc:subject>Etats d'urgence</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;La nouvelle revue &#201;tats d'urgence regroupe six professionnel.le.s de la &#171; photographie sociale &#187; . Tous les ans, 128 pages de regards au long cours sur nos urgences quotidiennes : casse sociale, crise migratoire, violence d'&#201;tat, catastrophe &#233;cologique&#8230; Entretien &#224; deux voix pour interroger le r&#244;le de la photo dans les luttes : l'histoire est-elle soluble dans l'esth&#233;tique ? CQFD : Le titre de la revue est &#201;tats d'urgence, pourtant on n'y parle pas des lois antiterroristes mises en place (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no156-juillet-aout-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;156 (juillet-ao&#251;t 2017)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/n-est" rel="tag"&gt;n'est&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La nouvelle revue &lt;i&gt;&#201;tats d'urgence&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Libertalia.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; regroupe six professionnel.le.s de la &#171; photographie sociale &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Valentina Camu, Val&#233;rie Dubois, Yann Levy, Nnoman, Vincent Palmier (icono), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Tous les ans, 128 pages de regards au long cours sur nos urgences quotidiennes : casse sociale, crise migratoire, violence d'&#201;tat, catastrophe &#233;cologique&#8230; Entretien &#224; deux voix pour interroger le r&#244;le de la photo dans les luttes : l'histoire est-elle soluble dans l'esth&#233;tique ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3108 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;84&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH238/-1339-cba03.jpg?1779623153' width='400' height='238' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Extrait de la revue &#171; Etats d'urgence &#187;, publi&#233;e aux &#233;ditions Libertalia
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;
&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Le titre de la revue est &lt;i&gt;&#201;tats d'urgence&lt;/i&gt;, pourtant on n'y parle pas des lois antiterroristes mises en place par le gouvernement...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Valentina Camu&lt;/strong&gt; : On ne voulait en effet pas parler directement de l'&#233;tat d'urgence impos&#233; pour r&#233;agir aux attentats, mais de l'&#233;tat d'urgence sociale en France, celui qu'on vit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Yann Levy&lt;/strong&gt; : Surtout que l'&#233;tat d'urgence d&#233;cid&#233; par le gouvernement a beaucoup servi &#224; r&#233;primer le mouvement social. Il y a bien urgence sociale, avec de plus en plus de pr&#233;carit&#233;, une crise migratoire et &#233;cologique. Le monde est en guerre, et toute l'&#233;conomie doit continuer &#224; fonctionner, tandis que les peuples perdent leurs libert&#233;s. C'est contre cet &#233;tat d'urgence policier, et pour remettre en avant les probl&#233;matiques sociales, que nous avons fait cette revue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment est n&#233; ce projet de revue photographique collective ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : Le mouvement contre la loi Travail a permis &#224; beaucoup de photographes de se rencontrer pendant les manifestations. Avec Julien Pitinome et Nnoman, nous avons cosign&#233; une tribune dans Mediapart.fr en juin 2016 : &#171; Reporters ind&#233;pendant.e.s, nous vivons la pr&#233;carit&#233; et la r&#233;pression &#187;. &#199;'a &#233;t&#233; comme une premi&#232;re pierre commune. &#192; partir de l&#224;, nous avons constitu&#233; un portfolio commun sur le printemps dernier avec d'autres photographes, et ajout&#233; d'autres s&#233;ries plus personnelles, sur la ZAD, Assa Traor&#233; et son combat, ou les trajectoires de migrant.e.s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : Le travail en collectif sur ce projet est tr&#232;s motivant : on a rassembl&#233; nos diff&#233;rents travaux dans un &#171; almanach &#187; commun sur le mouvement contre la loi Travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : Aujourd'hui, il y a de plus en plus de photographes de qualit&#233;, et toujours tr&#232;s peu de canaux de diffusion. On produit tou.te.s des sujets auxquels on tient, mais qui ne sont pas publi&#233;s. Non pas qu'ils manquent de qualit&#233;, plut&#244;t parce qu'on n'est pas dans le bon tempo, parce qu'on ne conna&#238;t pas la bonne personne dans le bon m&#233;dia, etc. Je viens pour ma part du &lt;i&gt;DIY&lt;/i&gt; [&lt;i&gt;Do It Yourself&lt;/i&gt;], donc je me suis dit qu'il ne servait &#224; rien d'attendre qu'on nous propose ce type de publications : autant la fabriquer nous-m&#234;mes ! Le web nous semblait par ailleurs insuffisant, car il y manque cette notion de partage, de main &#224; la main, et on a un certain attachement affectif &#224; l'objet imprim&#233; que tu peux feuilleter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : Et puis cela nous a permis de raconter des histoires par la photo, en prenant le temps n&#233;cessaire. Par exemple, le sujet que j'ai publi&#233; dans &lt;i&gt;&#201;tats d'urgence&lt;/i&gt;, &#171; Territoire d'exil &#187; qui rend compte de l'&#233;vacuation des migrant.e.s de La Chapelle : j'avais pu publier quelques-unes des photos dans d'autres canards d'actualit&#233;, mais l&#224;, elles forment un tout coh&#233;rent et in&#233;dit. On quitte la photo d'illustration pour lui redonner toute sa valeur de narration.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3105 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;84&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH238/-1336-f3866.jpg?1779603868' width='400' height='238' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Extrait de la revue &#171; Etats d'urgence &#187;, publi&#233;e aux &#233;ditions Libertalia
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les revenus d'un.e photographe de presse aujourd'hui ? Cela permet-il de travailler en toute ind&#233;pendance ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : La presse est devenue ultrapr&#233;caire, en g&#233;n&#233;ral : la pige journali&#232;re est tomb&#233;e &#224; 60 euros, ce qui rend impossible l'id&#233;e de gagner sa vie uniquement ainsi. Il faut bosser &#224; c&#244;t&#233; pour pouvoir joindre les deux bouts. M&#234;me quand on parvient &#224; vendre une photo, &#231;a ne rapporte pas grand-chose : entre 20 et 60 euros sur Internet. Sur papier, c'est un peu plus, &#231;a peut monter &#224; 200 ou 300 euros, voire 1 000 ou 2 000 si tu parviens &#224; n&#233;gocier une exclusivit&#233;. Mais c'est tr&#232;s rare, car nous sommes beaucoup dans la file d'attente. Ensuite, les grosses agences, comme l'AFP, comptent sur la masse de photos qu'elles revendent, et cassent donc les prix : tu peux en acheter pour 50 centimes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : Ce qui est s&#251;r, c'est que quand on prend une journ&#233;e pour aller faire des photos de manif, ce n'est pas pour l'argent ! On y va plut&#244;t pour vivre ce moment, t&#233;moigner de ce qu'il se passe, et par engagement. Ce n'est pas la m&#234;me chose pour des photographes qui sont salari&#233;.e.s &#224; l'AFP : eux envoient leurs prises de vue &#224; l'agence en direct par wifi, et c'est cette derni&#232;re qui est propri&#233;taire des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : En nous affiliant &#224; des agences ind&#233;pendantes (Hans Lucas pour nous deux ici pr&#233;sent.e.s), on conserve le choix de distribuer nos images selon un besoin d'actualit&#233; chaude, de &lt;i&gt;breaking news&lt;/i&gt;, ou bien selon une envie de construire un discours plus documentaire autour d'un &#233;v&#233;nement. Tou.te.s les photographes d'&lt;i&gt;&#201;tats d'urgence&lt;/i&gt; partagent ce go&#251;t de la photo engag&#233;e et humaniste &#8211; ce qu'on appelle &#171; photographie sociale &#187;. Cela implique de se sentir proches des acteurs que nous accompagnons avec notre appareil. On ne cherche pas l'objectivit&#233; froide, mais plut&#244;t &#224; faire corps avec ce qu'il se passe. Il peut arriver qu'une de nos photos serve &#224; illustrer un article, mais ce n'est pas pour cela que nous faisons ce m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : Si tu veux vivre de ce m&#233;tier sans &#224;-c&#244;t&#233;s, il faut produire un max, faire dans l'actu &#224; fond et ne pas trop te poser de questions. Pour s'en sortir, certain.e.s photographes partagent leur journ&#233;e entre un &lt;i&gt;meeting&lt;/i&gt; de Marine Le Pen, un autre de Macron, puis un saut rapide &#224; la manif du jour avant le Salon de l'Auto... On se retrouve oblig&#233;.e.s d'aller prendre en photo ce dont vont parler les m&#233;dias &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;, et non ce qui nous semble important.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3109 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;84&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH238/-1340-58eeb.jpg?1779623153' width='400' height='238' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Extrait de la revue &#171; Etats d'urgence &#187;, publi&#233;e aux &#233;ditions Libertalia
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prendre une bonne &#171; photographie sociale &#187;, comme vous d&#238;tes, est-ce aussi prendre une belle photo ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : Prenons un exemple : depuis un certain temps, les m&#233;dias se focalisent sur l'esth&#233;tique de l'&#233;meute, avec les affrontements de personnes habill&#233;es de noir et en cagoule. Et nous, en tant que photographes, on voit bien que photographier cela est plus vendeur. Mais on perd du m&#234;me coup toutes les autres r&#233;alit&#233;s qui font une manifestation. On se retrouve donc avec 50 photographes autour de 10 ou 15 personnes qui lancent un pauvre cocktail Molotov : l'info est r&#233;duite &#224; cela. Et ils essaieront tous de vendre la m&#234;me photo du CRS en flammes, car ils savent que c'est ce que veulent les r&#233;dactions en termes de &#171; belle photo &#187; : du spectaculaire et de l'effrayant. Alors qu'au m&#234;me moment, il se passe plein de belles choses parmi les milliers de personnes pr&#233;sentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : La revue &lt;i&gt;&#201;tats d'urgence&lt;/i&gt; permet justement de faire se c&#244;toyer des photos d'assembl&#233;es, de syndicalistes en discussion et du cort&#232;ge de t&#234;te organis&#233; en &lt;i&gt;Black Blocs&lt;/i&gt;. En racontant l'ensemble du mouvement social, on remet la photo choc &#224; sa bonne place, parmi tous les autres moments plus ordinaires qui font qu'une lutte existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : C'est d'ailleurs l&#224; o&#249; le collectif de photographes prend sens : chacun.e apporte ce qu'il a vu, et &#231;a cr&#233;e une diversit&#233; de t&#233;moignages. Seul, on ne peut pas tout raconter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : C'est la m&#234;me chose quand on veut raconter la vie des migrant.e.s : on ne peut pas se contenter de prendre en photo le moment o&#249; les flics leur tapent dessus. Il y a aussi tout le quotidien, l'entraide, quand on fait &#224; manger, ou la lessive... Les portfolios d'&lt;i&gt;&#201;tats d'urgence&lt;/i&gt; permettent de mettre ensemble des images fortes et d'autres moins, avec toujours la m&#234;me pertinence.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3106 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;84&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH238/-1337-eefc3.jpg?1779623153' width='400' height='238' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Extrait de la revue &#171; Etats d'urgence &#187;, publi&#233;e aux &#233;ditions Libertalia
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le m&#233;tier de photographe de presse oblige-t-il &#224; photographier tout le r&#233;el, ou faites-vous un tri politique dans vos prises de vue ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : En tant que photographe face &#224; un &#233;v&#233;nement, on se demande si ce qu'il se passe n'a de sens qu'ici et maintenant, ou si cela a un sens plus large et plus durable. Il peut par exemple arriver que des tensions surgissent entre manifestant.e.s, par exemple entre la CGT et le cort&#232;ge de t&#234;te. Quel est l'int&#233;r&#234;t de prendre une photo ? Est-ce qu'on est dans l'anecdotique ou face &#224; une cl&#233; de compr&#233;hension du r&#233;el ? Souvent, on prend l'image, mais on ne la publie pas parce que &#231;a n'a pas assez de port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : Ou encore parce qu'il y a une personne reconnaissable en train de faire quelque chose que la justice pourrait lui reprocher... Nous devons alors prendre la d&#233;cision &#233;thique de ne pas produire cette image. M&#234;me si la photo est bonne : soit on cherche nos rushes une autre photo, moins &#171; sexy &#187; mais aussi moins incriminante, soit on renonce carr&#233;ment &#224; t&#233;moigner de ce moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : Et puis la police n'a pas besoin de photographes ind&#233;pendants comme nous pour produire des preuves ! Ils ont la vid&#233;osurveillance, des drones &#233;quip&#233;s de cam&#233;ras, les images tourn&#233;es par les CRS ou les renseignements g&#233;n&#233;raux, sans compter toutes celles que les manifestant.e.s capturent eux-m&#234;mes sur leurs smartphones... Et de toutes fa&#231;ons, l'image n'est pas essentielle pour les procureurs : il leur suffit d'invoquer un t&#233;moignage anonyme pour enclencher une proc&#233;dure. Il faut arr&#234;ter de croire que le journaliste et le photographe sont des ennemis du mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette surabondance des smartphones ou des cam&#233;ras &lt;i&gt;low cost&lt;/i&gt; cr&#233;e-t-elle une gu&#233;guerre entre professionnel.le.s et amateur.trice.s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : Tout le monde peut faire une photo, il n'y a pas de l&#233;gitimit&#233; a priori des professionnels par rapport aux amateurs. Ce qui fait la diff&#233;rence, c'est ce que va devenir la photo, dans quelle narration elle sera utilis&#233;e. Les pros ne se contentent pas de prendre les &#233;v&#233;nements sur le vif, ils construisent aussi des sujets et des histoires, pour porter un regard sur une situation peu connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : Certaines techniques font la diff&#233;rence, notamment quand tout va vite autour de toi : comment tu fais le cadrage, comment tu tiens compte de la lumi&#232;re, du mouvement, etc. Si tu ne veux pas faire une photo lisible par hasard, tu as deux ou trois trucs &#224; ma&#238;triser. M&#234;me les &#171; pros &#187; ne font pas toujours de belles photos, notamment dans les sujets d'actu, o&#249; tu dois juste coller &#224; l'&#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : Le m&#233;tier est en pleine r&#233;volution &#224; ce niveau-l&#224;, car de plus en plus de photographes font un travail d'auteur.e, avec un style et une patte reconnaissables entre mille. La d&#233;mocratisation de la photo a permis d'am&#233;liorer le niveau g&#233;n&#233;ral des photographes, on n'a jamais eu autant de qualit&#233; et de recherche dans la production d'images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : Ce qui fait que parfois m&#234;me des travaux amateurs parviennent &#224; susciter l'admiration de professionnels...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : &#199;a cr&#233;e une &#233;mulation g&#233;n&#233;rale et r&#233;ciproque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : Au bout d'un moment, tu cesses d'&#234;tre amateur quand ton regard a &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;. Par exemple, quand tu d&#233;cides de ne pas rester avec la foule pour t'int&#233;resser &#224; quelque chose dont les autres photographes se fichent. En changeant d'angle. En suivant tel type de personnes plut&#244;t que telles autres : dans une manif, je peux choisir de prendre en photo les personnes &#226;g&#233;es plut&#244;t que le cort&#232;ge de t&#234;te, et je ressortirai avec une vision plus riche &#224; partager.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3107 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;84&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH238/-1338-a6dde.jpg?1779623153' width='400' height='238' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Extrait de la revue &#171; Etats d'urgence &#187;, publi&#233;e aux &#233;ditions Libertalia
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En plus de vos appareils photo, comment vous &#233;quipez-vous en manifestation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C.&lt;/strong&gt; : Depuis l'ann&#233;e derni&#232;re, la violence des policiers a augment&#233; au point qu'on ne peut plus se rendre en manif sans se prot&#233;ger. Pour prendre des photos, je mets un casque, un masque &#224; gaz et un d&#233;contaminant. Sans oublier ma veste en cuir, qui m'a souvent &#233;vit&#233; le pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; : Je mets un casque, avec un masque &#224; gaz int&#233;gral qui prot&#232;ge aussi les yeux contre les tirs de Flash-Ball. J'ai aussi un sac &#224; dos renforc&#233;. Les CRS cherchent &#224; nous confisquer notre mat&#233;riel de protection, sous pr&#233;texte que si on &#233;tait positionn&#233;s du bon c&#244;t&#233;, on n'en aurait pas besoin. Mais ce n'est pas &#224; la police de d&#233;cider o&#249; se placent les journalistes ! Le divorce qui existe entre la police et la population est le m&#234;me entre la police et les journalistes. On n'est pas une caste en dehors de la soci&#233;t&#233; : ce que les manifestant.e.s se prennent dans la gueule, on se le prend aussi &#224; un moment donn&#233; en tant que photographe. La carte de presse n'est pas une protection. Qui plus est en tant que photographes, on n'y a pas facilement acc&#232;s, et la police ne nous la demande pas avant de nous filer des coups de matraque. La m&#233;diatisation de la violence d'&#201;tat a desservi les forces de l'ordre au printemps dernier. Il y a eu une volont&#233; d'emp&#234;cher la production d'images soit en ne nous permettant pas de nous prot&#233;ger soit en cherchant &#224; nous blesser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. C. :&lt;/strong&gt; En manif, les photographes risquent des coups des deux c&#244;t&#233;s de la barricade : en nous mettant en avant des cort&#232;ges, on se retrouve dans une zone tampon entre manifestant.e.s et policiers. On prend des coups accidentels ou plus pr&#233;m&#233;dit&#233;s, &#231;a d&#233;pend. C&#244;t&#233; flics, on sait par exemple que si on les photographie pendant qu'ils lynchent une personne au sol, ils risquent fort de venir s'en prendre &#224; nous ensuite. C&#244;t&#233; manifestant.e.s, on a appris ce qu'il faut &#233;viter de prendre en photo pour ne pas &#234;tre vir&#233; de la manif. On ne sort pas l'appareil quand les gens se changent pour mettre ou enlever leurs habits qui servent &#224; anonymiser leurs actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y. L. :&lt;/strong&gt; Ou alors tu travailles en confiance avec les gens qui font &#231;a, et tu prends une photo sur laquelle on ne les reconna&#238;tra pas. Ce n'est pas une question d'autocensure, mais des moyens mis en place pour documenter le r&#233;el en tant que photojournaliste : cela peut passer par des protocoles avec les gens qu'on accompagne pour les prendre en photo.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions Libertalia.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Valentina Camu, Val&#233;rie Dubois, Yann Levy, Nnoman, Vincent Palmier (icono), Julien Pitinome.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Chacun a amen&#233; son exp&#233;rience &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Chacun-a-amene-son-experience</link>
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		<dc:date>2019-09-25T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ferdinand Cazalis, Mathieu Rivat</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Yann Levy</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>travail</dc:subject>
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		<dc:subject>loi Travail</dc:subject>
		<dc:subject>l'AG interpro</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Denis</dc:subject>
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		<dc:subject>l'AG</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pendant quelques mois, ils ont fait feu de tous bois. En 2016, alors que les manifestations contre la loi Travail ne cessaient de gagner en intensit&#233;, les participant.e.s de l'AG interpro de Saint-Denis ont multipli&#233; les actions et les discussions. Pour principes : le refus de se focaliser sur un secteur particulier et l'envie de f&#233;d&#233;rer les &#233;nergies. Un d&#233;licat &#233;quilibre, fond&#233; sur la force du nombre et l'enthousiasme s&#233;ditieux des concern&#233;.e.s. Retour sur ces moments de lutte, avec Kelam (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no149-decembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;149 (d&#233;cembre 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Yann-Levy-81" rel="tag"&gt;Yann Levy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/greve" rel="tag"&gt;gr&#232;ve&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/loi-Travail" rel="tag"&gt;loi Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-AG-interpro" rel="tag"&gt;l'AG interpro&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Saint-Denis" rel="tag"&gt;Saint-Denis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/actions" rel="tag"&gt;actions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/interpro" rel="tag"&gt;interpro&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-AG" rel="tag"&gt;l'AG&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pendant quelques mois, ils ont fait feu de tous bois. En 2016, alors que les manifestations contre la loi Travail ne cessaient de gagner en intensit&#233;, les participant.e.s de l'AG interpro de Saint-Denis ont multipli&#233; les actions et les discussions. Pour principes : le refus de se focaliser sur un secteur particulier et l'envie de f&#233;d&#233;rer les &#233;nergies. Un d&#233;licat &#233;quilibre, fond&#233; sur la force du nombre et l'enthousiasme s&#233;ditieux des concern&#233;.e.s. Retour sur ces moments de lutte, avec Kelam et Iris, deux participant.e.s de cette belle exp&#233;rience.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2997 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1235-5936f.jpg?1779731405' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Saint-Denis, printemps 2016. Photo Yann Levy / Hans Lucas
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quelle mani&#232;re avez-vous rejoint l'AG interpro de Saint-Denis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iris :&lt;/strong&gt; J'&#233;tais prof &#224; Saint-Denis il y a deux ans, avant d'&#234;tre mut&#233;e &#224; &#201;pinay. Cela fait un moment que je suis encart&#233;e &#224; Sud, syndicat assez pr&#233;sent dans les secteurs publics de la ville (comme l'h&#244;pital ou la mairie), mais qui compte aussi des sections dans un Franprix, dans une maison de retraite et &#224; la piscine&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans ces deux derniers endroits, les mobilisations syndicales ont donn&#233; lieu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Lors du mouvement contre la r&#233;forme des retraites en 2010, une premi&#232;re AG interpro a vu le jour &#224; Saint-Denis ; la liste mail alors cr&#233;&#233;e a &#233;t&#233; r&#233;activ&#233;e &#224; l'occasion des manifestations contre la loi Travail. C'est donc via le milieu syndical que j'ai rejoint l'AG interpro, m&#234;me si cela faisait plusieurs ann&#233;es que je participais par ailleurs &#224; des collectifs de luttes plus autonomes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kelam :&lt;/strong&gt; De mon c&#244;t&#233;, j'&#233;tais technicien du spectacle. Mais us&#233; par une r&#233;alit&#233; que beaucoup de salari&#233;.e.s connaissent bien (sous-effectif, rentabilit&#233;, pressions constantes, etc.), j'ai quitt&#233; mon travail au d&#233;but du printemps. J'en ai profit&#233; pour participer &#224; des actions et &#224; des d&#233;bats Place de la R&#233;publique &#224; Paris, avant de rejoindre la premi&#232;re Nuit Debout organis&#233;e &#224; Saint-Denis. Une assembl&#233;e qui a connu une participation aussi forte que diverse &#8211; les discussions se sont r&#233;v&#233;l&#233;es tr&#232;s riches, autant par les probl&#233;matiques abord&#233;es (des questions propres &#224; la ville, reflet de la vivacit&#233; des r&#233;seaux militants dionysiens) que par la fr&#233;quentation (habitant.e.s et militant.e.s s'y m&#234;laient). J'y suis retourn&#233; la semaine suivante pour aider &#224; installer les chaises et les barnums, et je me suis retrouv&#233; vraiment investi. Une premi&#232;re pour moi dont l'exp&#233;rience militante se limitait jusqu'alors &#224; des participations passives aux d&#233;fil&#233;s militants ou &#224; de lointains souvenirs d'enfance. Je ne connaissais personne, mais des liens forts de confiance se sont rapidement nou&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2998 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1236-d7cd0.jpg?1779731405' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Saint-Denis, printemps 2016. Photo Yann Levy / Hans Lucas
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi vos actions se distinguaient-elles de la logique syndicale classique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iris :&lt;/strong&gt; On faisait des AG les jours de manif. Et une commission action se r&#233;unissait aussi en petit comit&#233; deux fois par semaine. Les tracts &#233;taient r&#233;dig&#233;s &#224; grands traits en AG, puis amend&#233;s et valid&#233;s par mail. Notre ambition &#233;tait de conduire des actions correspondant &#224; des d&#233;clinaisons locales des probl&#232;mes pos&#233;s par la loi Travail. Cela a plut&#244;t bien fonctionn&#233;, puisque plusieurs actions sont parties de l'AG interpro de Saint-Denis : les blocages du d&#233;p&#244;t de bus de Saint-Denis Universit&#233; le 21 avril, du port de Gennevilliers le 28, du Novotel le 12 mai, de la soci&#233;t&#233; Dubrac le 19, du pont de Saint-Ouen le 26, ou le blocage coordonn&#233; de quatre d&#233;p&#244;ts de bus d'&#206;le-de-France le 2 juin (en lien avec Nuit Debout Paris et l'AG de luttes IDF). Quand nous &#233;tions moins nombreux, nous organisions des piquets volants d&#232;s le matin pour aller tracter dans le centre de Saint-Denis, &#224; La Poste, &#224; la gare RER, au Carrefour, au McDonald, etc. Il y a eu de nombreuses gr&#232;ves, mais peu ont dur&#233;. Beaucoup de gens ne juraient que par une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale qu'on ne voyait pas arriver. Ce qui a entra&#238;n&#233; un d&#233;bat sur l'&#233;ventuel caract&#232;re &#171; de substitution &#187; de nos actions. On avait parfois l'impression d'&#234;tre des &#233;vang&#233;listes venus pr&#234;cher la r&#233;volution &#224; des travailleurs dont les pr&#233;occupations quotidiennes en &#233;taient tr&#232;s &#233;loign&#233;es. Par exemple, &#224; l'&#233;poque, le port du Havre &#233;tait bloqu&#233; par les dockers. Mais il ne pouvait en aller de m&#234;me pour celui de Gennevilliers, qui compte environ 50% d'int&#233;rimaires et peu de syndiqu&#233;.e.s. Il a donc &#233;t&#233; bloqu&#233; par des gens ext&#233;rieurs, et il s'agissait essentiellement d'une action symbolique, tr&#232;s limit&#233;e dans le temps. On ne se sentait pas tellement &#224; l'aise &#8211; c'est d&#233;licat de bloquer des salari&#233;.e.s que cela peut mettre en difficult&#233; (pression du patron, temps de travail perdu ou &#224; rattraper, etc.), et de discuter ensemble du bien-fond&#233; de l'action. Entre le discours &#171; Bloquons les flux &#187; et la r&#233;alit&#233; du blocage, il peut ainsi exister un foss&#233; consid&#233;rable. Les salari&#233;s concern&#233;s peuvent r&#226;ler, t'en vouloir, ne pas comprendre, se sentir agress&#233;.e.s, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kelam :&lt;/strong&gt; C'&#233;tait d'autant plus compliqu&#233; qu'aucun.e d'entre nous ne s'y connaissait sp&#233;cialement en mati&#232;re de blocage &#233;conomique. Si &#231;a a finalement fonctionn&#233;, c'est que chacun a amen&#233; un peu de son exp&#233;rience. Les camarades en lien avec DefCol&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Groupe de d&#233;fense collective qui fournit une assistance juridique aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; r&#233;cup&#233;raient les noms des avocats de permanence et les distribuaient aux participant.e.s. Les syndiqu&#233;.e.s pr&#233;venaient leurs organisations pour m&#233;diatiser et appeler au soutien dans les moments chauds. La repro de Sud ou de la CGT imprimait les tracts, Solidaires r&#233;servait les salles pour les r&#233;unions &#224; la Bourse du Travail, etc. Cette conjugaison de bonnes volont&#233;s nous a permis de r&#233;unir &#224; plusieurs reprises une centaine de personnes, dont plus de la moiti&#233; de Dionysien.e.s, pour des actions organis&#233;es &#224; 5h du matin. Les participant.e.s &#224; l'AG Interpro &#233;taient issus d'horizons divers &#8211; on y retrouvait des gens du squat l'Atti&#233;k&#233;, des syndiqu&#233;.e.s, des non syndiqu&#233;.e.s, des profs, des gens de la collectivit&#233; territoriale, des militantes f&#233;ministes, des anarchistes, des libertaires, quelques biblioth&#233;caires, les membres de la compagnie de th&#233;&#226;tre Jolie M&#244;me, des gens d'Ensemble et m&#234;me un camarade de la CGT RATP. Les cheminots passaient parfois assister aux r&#233;unions et les &#233;tudiant.e.s de Paris-8 se sont montr&#233;.e.s tr&#232;s pr&#233;sent.e.s. &#192; chaque coup dur (arrestation ou nasse polici&#232;re, par exemple), la solidarit&#233; s'est r&#233;v&#233;l&#233;e sans faille. Au final, pour beaucoup d'entre nous, participer &#224; l'AG interpro a constitu&#233; un excellent moyen d'apprendre sur le tas. Nous avons d&#233;couvert le fonctionnement d'un syndicat, les mandats, l'organisation logistique militante, la r&#233;daction d'un tract et la relecture collective, la pr&#233;paration d'une action, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Iris :&lt;/strong&gt; Avec Saint-Denis Debout, Droit au Logement (DAL) et la Coordination des groupes anarchistes (CGA), nous avons aussi particip&#233; &#224; des actions sur le logement. On a par exemple occup&#233; un soir la Basilique de Saint-Denis avec les habitants du 48 de la rue de la R&#233;publique (l'immeuble attaqu&#233; par le RAID le 18 novembre 2015, apr&#232;s les attentats du 13 novembre). Ceux-ci sont rest&#233;s dans un gymnase pendant une semaine, puis ils se sont retrouv&#233;s &#224; l'h&#244;tel sans garanties de relogement. Pire : quatre d'entre eux ont re&#231;u des Obligations de quitter le territoire (OQTF). Et aucun n'a &#233;t&#233; reconnu victime, alors que les flics avaient tir&#233; 5 000 balles sur l'immeuble, inhabitable depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kelam :&lt;/strong&gt; Contrairement &#224; une lutte syndicale centr&#233;e sur un secteur particulier, nos actions portaient aussi bien sur le travail que sur le logement &#8211; rien de plus logique, puisque les participant. e.s &#233;taient &#224; la base impliqu&#233;.e.s dans diverses luttes. Celles et ceux qui s'activaient sur le logement avant le printemps ont trouv&#233; dans l'AG interpro ou l'assembl&#233;e de Saint-Denis Debout un &#233;cho &#224; leurs luttes, ainsi qu'un vivier de soutiens remotiv&#233; et en partie renouvel&#233;. Les actions qui jusque-l&#224; ne rassemblaient que les militant.e.s chevronn&#233;.e.s ou concern&#233;.e.s ont ainsi trouv&#233; un nouvel &#233;cho. Je crois qu'il s'agissait d'un moment o&#249; les gens avaient besoin non seulement de dire, mais aussi de faire, d'agir ensemble. Aussi riches et divers que furent les d&#233;bats, nous n'avons jamais r&#233;ussi &#224; &#233;tablir un socle politique commun, un positionnement th&#233;orique clair. Nous n'en avions pas le temps, et nous acceptions nos divergences. La force du nombre &#233;tait primordiale, nous voulions &#233;viter de froisser les un.e.s et les autres, m&#234;me si c'est parfois arriv&#233;. La forme de l'AG interpro a permis &#224; des camarades de &#171; On bloque tout &#187;, de la commission Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de Nuit Debout Paris, des collectifs AntiRep et anti &#201;tat d'urgence, &#224; des autonomes ou &#224; des anarchistes, voire &#224; de nouveaux militant.e.s, de participer collectivement &#224; des actions engag&#233;es, fortes et d&#233;termin&#233;es. Le tout en essayant de respecter la diversit&#233; des pratiques et en assurant l'int&#233;grit&#233; physique des un.e.s et des autres face &#224; la r&#233;pression croissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Iris :&lt;/strong&gt; Tout le monde voulait agir contre le gouvernement et sa loi, m&#234;me si l'ensemble reposait sur une poign&#233;e de personnes tr&#232;s d&#233;termin&#233;es. Notamment des femmes, qui r&#233;digeaient les comptes-rendus, faisaient le lien entre les diff&#233;rentes entit&#233;s, pr&#233;paraient les programmes des semaines &#224; venir. Mais nous avons aussi pris garde &#224; essayer d'&#233;viter la sp&#233;cialisation des t&#226;ches et le &lt;i&gt;burnout &lt;/i&gt;des plus investi.e.s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2999 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH328/-1237-c412e.jpg?1779731405' width='500' height='328' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Saint-Denis, printemps 2016. Photo Yann Levy / Hans Lucas
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment avez-vous v&#233;cu la fin du mouvement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kelam :&lt;/strong&gt; &#199;a &#233;t&#233; difficile, car nous &#233;tions tr&#232;s motiv&#233;.e.s. Pour certain.e.s, comme moi, le quotidien &#233;tait rempli d'AG, de manifs, d'actions. Et d'un seul coup, apr&#232;s le 15 septembre, il n'y avait plus rien... Comme si les syndicats nous avaient l&#226;ch&#233;.e.s &#8211; ils ne nous r&#233;pondaient plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Iris :&lt;/strong&gt; Ce fut une sacr&#233;e descente... Mais nous avons quand m&#234;me redistribu&#233; les milliers d'euros accumul&#233;s dans une caisse de gr&#232;ve aux syndiqu&#233;.e.s ayant pos&#233; des jours de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kelam :&lt;/strong&gt; La cr&#233;ation de la caisse de gr&#232;ve a &#233;t&#233; fastidieuse et chronophage. Et elle est advenue &#224; un moment o&#249; on commen&#231;ait &#224; ne plus y croire. Une initiative comme celle de l'AG interpro de Saint-Denis reposait largement sur le volontarisme joyeux de certain.e.s et sur un r&#233;seau militant fort, ancr&#233; localement. Beaucoup de camarades de tous les horizons ont alli&#233; leurs forces ; il est donc impossible de r&#233;sumer cette lutte &#224; &#171; syndiqu&#233;.e.s ou non &#187; ou &#171; partisan.e.s ou non &#187;. Ce qui est s&#251;r, c'est que cette alliance a n&#233;cessit&#233; de la diplomatie, de l'&#233;coute, de la formation. Le coup de sifflet final sonn&#233; par les hi&#233;rarchies syndicales a donc fait l'effet d'un coup de massue pour tout le monde. La liste mail, sur laquelle pleuvait des tonnes d'infos quotidiennes pendant des mois, est devenue du jour au lendemain d'un calme absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Iris :&lt;/strong&gt; C'est vrai que nous, syndiqu&#233;.e.s de Solidaires, avons essay&#233; de pousser ; mais les hi&#233;rarchies syndicales avaient d&#233;cid&#233; que c'&#233;tait termin&#233;. C'est une question compliqu&#233;e. D'un c&#244;t&#233;, je ne soutiens pas cette dichotomie trop simpliste entre des directions super bureaucrates et une base qui n'attendrait qu'une &#233;tincelle pour s'en lib&#233;rer. Et je crois que le rejet du travail dans le milieu autonome ne fait pas non plus avancer les choses, car cela cr&#233;e du m&#233;pris &#224; l'encontre des travailleurs et travailleuses. Comme si le monde du travail n'&#233;tait plus un enjeu de lutte ! Mais de l'autre c&#244;t&#233;, je constate que le syndicalisme ne s'est pas non plus adapt&#233; aux transformations du travail. Globalement, dans certains endroits, la base du travail syndical n'a m&#234;me pas &#233;t&#233; faite ! Les enjeux r&#233;els de la loi Travail sont loin d'&#234;tre clairs pour tous les salari&#233;.e.s, m&#234;me si ses effets se font d&#233;j&#224; sentir. Et cette loi &#233;tait d&#233;j&#224; appliqu&#233;e avant m&#234;me son existence dans des secteurs tels que l'h&#244;tellerie, la restauration, le nettoyage... Tout le travail ingrat du syndicalisme &#8211; aller tracter devant les bo&#238;tes, afficher, informer, rencontrer et discuter avec les travailleurs et travailleuses &#8211; est de plus en plus laiss&#233; de c&#244;t&#233;. C'est pourtant la base &#8211; sans cela, aucun mouvement ne peut s'enraciner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kelam :&lt;/strong&gt; Plus l'&#233;t&#233; approchait (et avec lui, les vacances scolaires, la fatigue accumul&#233;e, la peur de la d&#233;mobilisation...), plus les querelles id&#233;ologiques, les batailles et d&#233;saccords traditionnels, les petites histoires locales mises de c&#244;t&#233; revenaient sur le devant de la sc&#232;ne. Nous &#233;tions quelques-un.e.s &#224; croire et &#224; esp&#233;rer que s'organisaient les bases d'une r&#233;volution. Ou au moins, &#224; penser que nous viendrions &#224; bout de la loi Travail. Mais nous avons trop cru aux &#171; On-l&#226;chera-rien &#187;, qui ont vite &#233;t&#233; remplac&#233;s par les &#171; C'est-compliqu&#233;-et-je-n'ai-pas-de-mandat-pour-&#231;a &#187;. Pourquoi &#231;a n'a pas repris ? Pourquoi on n'a pas continu&#233; ? Je me dis que nous devons rester modestes, agir localement &#8211; et c'est ce que beaucoup d'entre nous continuent &#224; faire (en luttant sur le logement, l'&#233;ducation, la pr&#233;carit&#233;, avec les migrant.e.s, contre les projets inutiles...). Pass&#233; un certain cap, pour &#234;tre pris au s&#233;rieux, il faut des signataires, des forces historiques, des institutions reconnues. Et malheureusement, ce sont elles qui n&#233;gocient, donc ce sont elles qui peuvent nous trahir. Tout &#231;a me semble d&#233;couler d'une tradition de syndicalisme r&#233;formateur qui survit sur de lointains succ&#232;s, acquis du temps du Front populaire. Ils se r&#233;p&#232;tent ce mantra assez triste : &#171; Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ou rien ! &#187; Comme un objectif en soi &#8211; ind&#233;passable. Mais comme ce n'est jamais g&#233;n&#233;ral, c'est toujours rien !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Mathieu Rivat et Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans ces deux derniers endroits, les mobilisations syndicales ont donn&#233; lieu &#224; de s&#233;rieuses menaces de la part de l'employeur : entretien pr&#233;alable &#224; licenciement, menaces de sanction, voire licenciement effectifs...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Groupe de d&#233;fense collective qui fournit une assistance juridique aux manifestant.e.s et activistes interpell&#233;.e.s et/ ou mis.e.s en cause par la justice.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Faire &#233;merger l'id&#233;e du syndicalisme dans les associations &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Faire-emerger-l-idee-du</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Faire-emerger-l-idee-du</guid>
		<dc:date>2019-09-02T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>secteur</dc:subject>
		<dc:subject>loi Travail</dc:subject>
		<dc:subject>d'autres secteurs</dc:subject>
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		<dc:subject>Solidaires</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le secteur associatif, branche non n&#233;gligeable de l'&#233;conomie et sorte de r&#233;serve o&#249; tentent de s'&#233;panouir certains r&#233;fractaires aux rapports de production hi&#233;rarchis&#233;s, n'est pas exempt d'exploitation et de conflits. Rencontre avec Jonas, militant r&#233;cent du syndicat ASSO. Un syndicat des travailleurs et travailleuses en association lutte-t-il contre l'&#201;tat, qui finance beaucoup de ces emplois, ou contre les pr&#233;sidents d'association qui forment dans certains cas un nouveau patronat ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no149-decembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;149 (d&#233;cembre 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/secteur" rel="tag"&gt;secteur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/loi-Travail" rel="tag"&gt;loi Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-autres-secteurs" rel="tag"&gt;d'autres secteurs&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Solidaires" rel="tag"&gt;Solidaires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le secteur associatif, branche non n&#233;gligeable de l'&#233;conomie et sorte de r&#233;serve o&#249; tentent de s'&#233;panouir certains r&#233;fractaires aux rapports de production hi&#233;rarchis&#233;s, n'est pas exempt d'exploitation et de conflits. Rencontre avec Jonas, militant r&#233;cent du syndicat ASSO.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2993 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;57&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L300xH426/-1231-a19ec.jpg?1779606572' width='300' height='426' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;149 de CQFD, illustr&#233;e par Emilie Seto
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un syndicat des travailleurs et travailleuses en association lutte-t-il contre l'&#201;tat, qui finance beaucoup de ces emplois, ou contre les pr&#233;sidents d'association qui forment dans certains cas un nouveau patronat ne disant pas son nom ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La lutte se joue sur les deux tableaux : lutter &#224; l'&#233;chelle de Solidaires (dont ASSO est membre) contre la Loi Travail par exemple, se montrer solidaires quand des luttes surgissent dans d'autres secteurs, et faire en sorte de s'organiser en tant que travailleur.euses associatifs.ves pour apporter conseil et soutien &#224; des pair.e.s en gal&#232;re, comme &#231;a arrive partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les probl&#233;matiques et difficult&#233;s particuli&#232;res pour un syndicat de lutte qui regroupe les salari&#233;. e.s d'associations ? Est-ce plus difficile de mobiliser ou de faire gr&#232;ve que dans d'autres secteurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;C'est un secteur o&#249; le syndicalisme n'existe pas ou tr&#232;s peu, &#224; l'exception du secteur m&#233;dico-social. La principale difficult&#233; est donc de faire &#233;merger l'id&#233;e m&#234;me de syndicalisme dans ce secteur, alors que celles et ceux qui occupent les postes subissent une certaine pression sociale, et souvent se l'infligent elles et eux-m&#234;mes pour travailler dur, g&#233;n&#233;ralement pour pas grand-chose. Souvent r&#233;mun&#233;r&#233;.e.s en contrats aid&#233;s, par d&#233;finition temporaires, les salari&#233;.e.s ont du mal &#224; se sentir suffisamment l&#233;gitimes pour d&#233;fendre leurs droits, en revendiquer, se bagarrer avec des employeurs abusifs, se mettre en gr&#232;ve, etc. Et comme presque tout le monde est en situation de sur-travail, il est tr&#232;s difficile de trouver le temps suppl&#233;mentaire pour militer. Mais on sent une forte demande pour en discuter autour de nous en ce moment, c'est plut&#244;t positif... J'ai la nette impression qu'il est partout difficile de mobiliser et de faire gr&#232;ve, mais effectivement, le fait d'avoir pour employeur des b&#233;n&#233;voles, des gens qui donnent de leur temps, qui ne sont pas souvent bien form&#233;s, pas toujours tr&#232;s carr&#233;s, &#231;a peut se transformer en syndrome de Stockholm dans pas mal de situations ! Tu acceptes que &#231;a soit difficile, des conditions de travail pas toujours dans les clous, parce que, &#224; tort ou &#224; raison, tu veux du bien &#224; ton asso. Du coup, rentrer en conflit, faire cesser l'activit&#233;, non seulement, cela para&#238;t un peu schizophr&#233;nique (surtout si tu agis dans des champs sociaux, politiques, militants), mais &#231;a peut m&#234;me sembler contre-productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les m&#233;thodes d'action, le fonctionnement et les revendications diff&#232;rent-elles des syndicats traditionnels ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;J'ai l'impression qu'il y a encore beaucoup &#224; inventer, et que c'est prometteur. Les sp&#233;cificit&#233;s d'un secteur comme celui- ci, et plus largement celles des pr&#233;caires, en int&#233;rim, CDD, contrats aid&#233;s divers et vari&#233;s, services civiques, rendent n&#233;cessaires l'invention de nouvelles pratiques pour pouvoir trouver des leviers de lutte f&#233;conds. Mais c'est pas de la tarte ! Je ne suis pas encore certain que le syndicalisme soit &lt;i&gt;la &lt;/i&gt;solution, mais &#231;a me semble int&#233;ressant d'explorer la perspective de rencontrer des camarades, &#233;changer sur nos exp&#233;riences et v&#233;cus au travail.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; L'universit&#233;, un lieu d'exp&#233;rimentation de la pr&#233;carit&#233; &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/L-universite-un-lieu-d</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/L-universite-un-lieu-d</guid>
		<dc:date>2019-08-19T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Bertoyas</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>Mais</dc:subject>
		<dc:subject>travail</dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>
		<dc:subject>recherche</dc:subject>
		<dc:subject>loi Travail</dc:subject>
		<dc:subject>syndicats</dc:subject>
		<dc:subject>l'Universit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>pr&#233;caires</dc:subject>
		<dc:subject>frais d'inscription</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le collectif national des pr&#233;caires de l'Enseignement sup&#233;rieur et de la recherche a &#233;t&#233; fond&#233; en 2016. Regroupant plus de vingt collectifs locaux autonomes dans toute la France, il d&#233;nonce la pr&#233;carisation en cours dans les universit&#233;s, l'obsession de la rentabilit&#233; et les jeux de pouvoir syst&#233;miques. Discussion collective avec des doctorants en lutte de Paris 1, Paris 8 et Aix-Marseille.Et attention, ils sont chauds comme des baraques &#224; frites. R&#233;sistance doctorale ! Universit&#233; Paris 1 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no149-decembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;149 (d&#233;cembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bertoyas" rel="tag"&gt;Bertoyas&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Mais" rel="tag"&gt;Mais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/recherche" rel="tag"&gt;recherche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/loi-Travail" rel="tag"&gt;loi Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/syndicats" rel="tag"&gt;syndicats&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-Universite" rel="tag"&gt;l'Universit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/precaires" rel="tag"&gt;pr&#233;caires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/frais-d-inscription" rel="tag"&gt;frais d'inscription&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le collectif national des pr&#233;caires de l'Enseignement sup&#233;rieur et de la recherche a &#233;t&#233; fond&#233; en 2016. Regroupant plus de vingt collectifs locaux autonomes dans toute la France, il d&#233;nonce la pr&#233;carisation en cours dans les universit&#233;s, l'obsession de la rentabilit&#233; et les jeux de pouvoir syst&#233;miques. Discussion collective avec des doctorants en lutte de Paris 1, Paris 8 et Aix-Marseille.Et attention, ils sont chauds comme des baraques &#224; frites. R&#233;sistance doctorale !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2994 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH555/-1232-49283.jpg?1779603042' width='400' height='555' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Jean-Michel Bertoyas
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Universit&#233; Paris 1 Sorbonne. Caf&#233; Le Duc, rue de la Sorbonne, Paris 5&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeanne :&lt;/strong&gt; Tout a commenc&#233; en mai 2015, par une r&#233;union des repr&#233;sentant.e.s des &#233;coles doctorales, en Histoire, G&#233;ographie, Philosophie, etc., concernant les dates de rendu des th&#232;ses que l'administration venait d'avancer au mois d'octobre. Jusqu'ici, si on rendait sa th&#232;se avant d&#233;cembre, on ne devait pas se r&#233;inscrire. D&#233;sormais, il allait falloir payer de nouveaux frais d'inscription. Parall&#232;lement, les doctorant.e.s affili&#233;. e.s &#224; la section Sud &#201;ducation de Paris 1 ont commenc&#233; &#224; r&#233;agir. D'autant que dans la foul&#233;e, une autre mesure est tomb&#233;e, &#224; savoir la suppression des frais d'exon&#233;ration pour les doctorant.e.s financ&#233;.e.s de l'Universit&#233; : jusque-l&#224;, &#224; Paris 1, les doctorant. e.s qui obtenaient un financement de la fac &#233;taient exon&#233;r&#233;.e.s de leurs frais d'inscription, car consid&#233;r&#233;.e.s comme des salari&#233;.e.s de l'Universit&#233;. Or, cette exon&#233;ration a &#233;t&#233; supprim&#233;e en catimini par le Conseil d'administration en juillet 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estelle :&lt;/strong&gt; En utilisant le fait que nous ayons encore un statut d'&#233;tudiant.e, ils nous faisaient payer pour travailler pour eux en tant que chercheur.e.s et profs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeanne :&lt;/strong&gt; Les r&#233;unions et AG organis&#233;es par les repr&#233;sentant.e.s des doctorant.e.s ont r&#233;uni d&#232;s le d&#233;but des syndiqu&#233;.e.s &#224; Sud &#201;ducation (personnel et enseignant.e.s) et &#224; l'Unef (&#233;tudiant.e.s) &#8211; les doctorant.e.s ayant le double statut de personnel et d'&#233;tudiant.e.s &#8211;, mais surtout des non syndiqu&#233;.e.s. En &#233;changeant sur nos exp&#233;riences, on s'est rendu compte que les doctorant. e.s &#233;taient trait&#233;.e.s de diff&#233;rentes mani&#232;res selon les disciplines, mais que les abus &#233;taient assez r&#233;pandus. Nous avons d&#233;couvert une banalisation des pratiques ill&#233;gales au sein des &#233;coles doctorales : heures suppl&#233;mentaires non pay&#233;es, personnes travaillant sans contrat, corrections de copies hors service, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estelle :&lt;/strong&gt; On nous fait corriger gratuitement des copies suppl&#233;mentaires qui ne correspondent pas aux mati&#232;res qu'on enseigne. On s'est donc rendu compte que la question des frais d'inscription n'&#233;tait qu'une petite partie du probl&#232;me et qu'elle ne concernait qu'une minorit&#233; de doctorant.e.s : les contractuel.le.s et les Attach&#233;.e.s temporaires d'enseignement et de recherche (Ater). Nous sommes pour la plupart vacataires, sans financement, ou travaillons &#224; c&#244;t&#233; pour payer nos &#233;tudes. Une de nos difficult&#233;s tenait pr&#233;cis&#233;ment &#224; notre &#233;clatement : nous avions des parcours diff&#233;rents et appartenions &#224; des disciplines distinctes ; nos degr&#233;s d'engagement et nos orientations politiques &#233;taient parfois divergents. En droit, par exemple, l'id&#233;e d'un mouvement collectif, d'une lutte sociale ou d'un rapport de force &#233;tait loin d'&#234;tre acquise ! Cela a jou&#233; dans le r&#244;le assign&#233; aux syndicats, car on ne voulait pas que leur pr&#233;sence soit un frein &#224; la participation d'un certain nombre de personnes. Les syndicats &#233;taient aussi per&#231;us tr&#232;s diff&#233;remment selon les personnes mobilis&#233;es : m&#234;me s'ils ont jou&#233; un r&#244;le dans le mouvement, expliciter ou afficher ce r&#244;le a toujours suscit&#233; des d&#233;bats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeanne :&lt;/strong&gt; On pr&#233;sente alors une liste de revendications communes &#224; la pr&#233;sidence de Paris 1, qui rejette tout en bloc. Ces revendications ont aussi fait l'objet d'une p&#233;tition qui a recueilli plus de 850 signatures, et d'une motion de soutien sign&#233;e par pr&#232;s d'une centaine de titulaires. C'&#233;tait juste avant les &#233;lections pour renouveler la pr&#233;sidence et les conseils centraux. Nous avons donc choisi d'y pr&#233;senter des listes (Doctorant. e.s mobilis&#233;.e.s pour l'Universit&#233;) en tant qu'enseignant.e.s et &#233;tudiant.e.s, ce qui a abouti &#224; l'&#233;lection d'une de nos candidates au conseil d'administration et &#224; la pr&#233;sence d'&#233;lu.e.s dans tous les conseils centraux. Cela a bouscul&#233; les habitudes des titulaires qui voient rarement des non titulaires si&#233;ger avec eux &#8211; et les n&#244;tres, car il fallait jouer le jeu institutionnel et continuer la lutte de terrain en m&#234;me temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estelle :&lt;/strong&gt; Les profs pouvaient nous soutenir sur des revendications sp&#233;cifiques, notamment pour les contractuel.le.s consid&#233;r&#233;.e.s par eux comme les meilleurs &#233;l&#233;ments, mais...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thierry :&lt;/strong&gt; &#8230; il y a beaucoup d'hypocrisie de la part des profs titulaires qui se disent engag&#233;. e.s pour des sujets politiques hors de l'universit&#233;, mais qu'on n'entend plus quand &#231;a concerne leur lieu de travail. Ils nous mettent m&#234;me souvent des b&#226;tons dans les roues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estelle :&lt;/strong&gt; Par ailleurs, le syst&#232;me universitaire est tr&#232;s d&#233;favorable &#224; la mobilisation et &#224; la lutte, car l'essentiel de la titularisation fonctionne sur la base de la cooptation. Puisqu'on est recrut&#233;.e.s par nos pair.e.s, aucun.e doctorant.e n'a int&#233;r&#234;t &#224; se mettre en porte &#224; faux vis-&#224;-vis des profs qui ont le pouvoir de le recruter et d'assurer sa carri&#232;re d'enseignant.e. D'o&#249; le chantage qui ne dit pas son nom : accepte de bosser gratuitement si tu veux continuer &#224; travailler &#224; l'Universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thierry :&lt;/strong&gt; On est dans un univers extr&#234;mement concurrentiel &#224; cause de la baisse des budgets de la recherche depuis des ann&#233;es. Il n'y a pas assez de postes ouverts &#224; l'Universit&#233;, donc chacun.e essaie de remplir son CV au maximum, quitte &#224; bosser gratuitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeanne :&lt;/strong&gt; Le processus d'&#233;lection du nouveau pr&#233;sident a r&#233;v&#233;l&#233; un syst&#232;me de tractations de couloirs qui nous a conduit &#224; nous abstenir pour l'&#233;lection de la pr&#233;sidence. Par ailleurs, les promesses qui nous avaient &#233;t&#233; faites avant les &#233;lections n'ont pas &#233;t&#233; imm&#233;diatement tenues. Afin de faire bouger les choses, une action collective est lanc&#233;e en mai 2016 : la r&#233;tention des notes tant que nos revendications ne seront pas satisfaites. Tou.te.s celles et ceux qui parmi nous enseignent ne rendent pas les notes des copies corrig&#233;es pour l'examen final du second semestre. Cela met l'administration dans une situation tr&#232;s compliqu&#233;e, car ils ont des d&#233;lais l&#233;gaux de traitement pr&#233;cis pour que les rattrapages se fassent dans les temps. Tr&#232;s vite, la plupart des enseignant.e.s titulaires qui avaient entam&#233; l'action avec nous l&#226;chent l'affaire. On se retrouve &#224; une soixantaine de pr&#233;caires et une poign&#233;e de titulaires pour tenir bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estelle :&lt;/strong&gt; Lors du conseil d'administration, nous pr&#233;sentons plusieurs motions : le retour &#224; l'exon&#233;ration des frais d'inscription pour les contractuel.le.s et les Ater, l'extension de cette exon&#233;ration aux vacataires, et la mensualisation des salaires des doctorant.e.s vacataires, qui sont pour l'instant pay&#233;s en une fois, six mois apr&#232;s le premier jour de travail. Enfin, la fin du travail gratuit, pour les cours ou les copies suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thierry :&lt;/strong&gt; Et la cr&#233;ation d'un Observatoire de la pr&#233;carit&#233; &#224; l'Universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeanne :&lt;/strong&gt; La seule motion qui a fait consensus, c'est celle de l'exon&#233;ration pour les contractuel.le.s, car les profs les consid&#232;rent davantage comme des pair.e.s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estelle :&lt;/strong&gt; Du coup, la lutte continue, on tient une semaine de plus sur la r&#233;tention des notes. Le CA finit par c&#233;der sur la mensualisation des vacations, pour la rentr&#233;e 2017, et l'Observatoire de la pr&#233;carit&#233;. Sur l'exon&#233;ration des vacataires, elle est repouss&#233;e &#224; 2017, et en attendant, ils peuvent &#234;tre exon&#233;r&#233;s des frais d'inscription sur crit&#232;res sociaux. La victoire n'est pas totale, mais quand m&#234;me de taille ; on finit par rendre les notes et par aider les personnels administratifs &#224; les enregistrer, pour ne pas les p&#233;naliser davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeanne :&lt;/strong&gt; Apr&#232;s les vacances d'&#233;t&#233;, &#231;a a aussi &#233;t&#233; la rentr&#233;e de la mobilisation. On n'&#233;tait pas s&#251;r.e.s que les promesses seraient tenues, et on s'est demand&#233;.e.s si on devait constituer un collectif de pr&#233;caires plus large, qui pourrait accueillir aussi les revendications du personnel administratif, des docteurs, des biblioth&#233;caires, etc. Aujourd'hui, No&#235;l approche, la mensualisation des salaires n'est pas du tout en route, et on nous redemande de corriger des copies non pay&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estelle :&lt;/strong&gt; Depuis le d&#233;part, la question de la place des syndicats dans notre lutte pose probl&#232;me. Pour certain.e.s, on ne fait pas s&#233;rieux sans syndicat derri&#232;re nous. Pour d'autres, les mettre en avant, c'est se couper de tou.te.s celles et ceux qui s'en m&#233;fient. On a finalement opt&#233; pour ne pas s'affilier explicitement aux syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thierry :&lt;/strong&gt; Ce qui fait peur &#224; certain.e.s, c'est qu'il pourrait y avoir une r&#233;cup&#233;ration politique par des syndicats d&#233;j&#224; constitu&#233;s, qui ont des positions politiques plus englobantes que celle du collectif pour le moment. Nous sommes n&#233;anmoins nombreux &#224; les partager, et il faut admettre que la mobilisation aurait &#233;t&#233; difficile sans eux. Il y a toutefois diff&#233;rents points de vue qui s'affrontent &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estelle :&lt;/strong&gt; Certain.e.s doctorant.e.s de Paris 1, clairement hostiles &#224; toute mention de la lutte des classes, ne voulaient pas se rapprocher de celles et ceux qui manifestaient dans les rues contre la loi Travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thierry :&lt;/strong&gt; Le collectif national des pr&#233;caires de l'ESR est n&#233; pendant la loi Travail, mais il n'a pas de pouvoir d&#233;cisionnaire : ce n'est qu'une coordination des luttes men&#233;es au sein de chaque universit&#233;. Chaque groupe local d&#233;cide de quoi faire dans sa fac, selon le contexte et les r&#233;glementations auxquelles il est confront&#233;. Cela donne des situations &#233;tonnantes : par exemple, c'est &#224; Paris 1 qu'on a pour l'instant obtenu le plus d'avanc&#233;es, avec les actions les plus radicales, alors que parall&#232;lement, seule une petite partie du collectif &#233;tait vraiment active pendant le mouvement de la loi Travail, ou &#224; Nuit Debout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeanne :&lt;/strong&gt; L'enjeu des collectifs locaux maintenant, c'est d'arriver &#224; articuler la mobilisation au niveau local et la coordination nationale.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paris 8 Saint-Denis et Universit&#233; Aix-Marseille. Bar de la Passerelle, rue des Trois Mages, Marseille 6&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andrea :&lt;/strong&gt; Le collectif des pr&#233;caires de l'enseignement et de la recherche de Paris 8 s'est cr&#233;&#233; pendant le mouvement contre la loi Travail, qui mettait en avant la question de la pr&#233;carit&#233;, une probl&#233;matique que les syndicats ont du mal &#224; appr&#233;hender, car ils syndiquent peu de pr&#233;caires, notamment chez les enseignant.e.s et chercheur.e.s. L'envie premi&#232;re &#233;tait de nous organiser entre coll&#232;gues vivant la m&#234;me r&#233;alit&#233;. L'Universit&#233;, et la fonction publique en g&#233;n&#233;ral, est pourtant depuis longtemps un lieu d'exp&#233;rimentation de la pr&#233;carit&#233;. Depuis la rentr&#233;e, on s'est concentr&#233; sur l'exon&#233;ration de frais d'inscription pour les doctorant.e.s. On s'est mis en lien avec l'intersyndicale &#8211; je suis pour ma part &#224; la CGT &#8211;, qui organise relativement bien les personnels non-enseignants (Biatoss) pour pouvoir recenser les probl&#232;mes de pr&#233;carit&#233; dans les d&#233;partements, les laboratoires, les services de l'Universit&#233;. On essaie enfin de faire de la formation autour de la question des droits du ch&#244;mage. Les administrations ne donnent que trop tardivement les papiers n&#233;cessaires attestant la fin du contrat et permettant de s'inscrire &#224; P&#244;le Emploi, ce qui pose des gros probl&#232;mes de d&#233;lai de carence, et certains coll&#232;gues se font r&#233;guli&#232;rement sucrer deux ou trois mois de ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emma :&lt;/strong&gt; Pour ma part, je ne suis pas syndiqu&#233;e. L'universit&#233; Aix-Marseille est &#233;clat&#233;e entre plusieurs sites, et notre premi&#232;re difficult&#233; est de faire en sorte que tout le monde se rencontre. Plusieurs doctorant.e.s se sont r&#233;uni.e.s et nous avons constitu&#233; un cort&#232;ge de pr&#233;caires de l'ESR dans les manifs contre la loi Travail. Puis, apr&#232;s une discussion avec Toulouse, Paris 1 et Paris 8, on a organis&#233; la premi&#232;re journ&#233;e nationale contre la pr&#233;carisation de l'Universit&#233; le 13 avril, et de nombreux collectifs ont r&#233;pondu &#224; l'appel, venus de toute la France. C'&#233;tait une victoire de rassembler tous ces gens et de faire un &#233;change d'exp&#233;riences sur ce qui se pratiquait, pour prendre le meilleur. Lors des rencontres, on s'est aper&#231;u.e.s par exemple, que, dans quelques facs, les doctorant.e.s &#233;taient exon&#233;r&#233;s de frais d'inscription, ce dont on n'avait jamais entendu parler. Il y a environ 25 collectifs en France, avec une vingtaine de personnes dans chacun. Ce qui est &#233;norme par rapport &#224; notre tradition d'isolement. Un collectif &#224; Toulouse avait produit une brochure sur la question de la pr&#233;carit&#233; &#224; l'universit&#233; qui nous a beaucoup servi. La notion de pr&#233;carit&#233;, ce n'est pas qu'une question de salaire. Elle articule deux dimensions : la premi&#232;re c'est l'incertitude, tu ne sais pas ce qu'il y aura apr&#232;s. En ce moment, tu as ton contrat de th&#232;se pay&#233; 1600 euros, mais dans trois ans, c'est termin&#233;, et tu ne sais pas ce qui va arriver. Cette dimension implique une seconde notion : les rapports de domination exacerb&#233;s avec les titulaires et directeurs de recherche. Tu ne sais pas ce qui viendra apr&#232;s, donc tu acceptes tout et n'importe quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andrea :&lt;/strong&gt; Lors de notre premi&#232;re AG, une coll&#232;gue a racont&#233; neuf ans de lutte en tant que pr&#233;caire &#224; l'universit&#233;. Dans la salle, il y avait des gens, des n&#233;o-doctorant.e.s, avec des histoires tr&#232;s diff&#233;rentes. Finalement, en d&#233;cortiquant nos cas personnels, on a r&#233;ussi &#224; d&#233;monter ces impasses d'individualisation et &#224; mettre en avant des logiques de surpr&#233;carisation communes. Avec la r&#233;forme qui vient de passer, on nous explique que nos doctorats ne valent que dalle et qu'il faut s'adapter aux besoins du march&#233;. D&#233;velopper notre &#171; portefeuille de comp&#233;tences &#187;. On nous dit, entre les lignes, qu'il n'y aura pas de boulot dans la recherche et qu'il faut &#234;tre capable d'expliquer clairement au patronat ce qu'on sait faire plut&#244;t que ce que l'on sait tout court. C'est un non-sens, les docteur.e.s sont bien ins&#233;r&#233;.e.s sur le march&#233; du travail, tout simplement parce qu'on a d&#233;j&#224; un m&#233;tier : chercheur.e.s. Comme &#224; chaque fois, le probl&#232;me n'est pas la formation, mais les emplois disponibles. Sur ce point, l'&#201;tat-employeur est le premier responsable de la pr&#233;carit&#233; lorsqu'il diminue les budgets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emma :&lt;/strong&gt; La logique de rentabilit&#233; implique une pression permanente, si bien qu'on a l'impression de ne plus avoir le droit de se tromper. Quand tu fais de la recherche, il est normal de se planter en permanence pour faire avancer les choses. Nous revendiquons et d&#233;fendons une recherche publique de qualit&#233; qui s'&#233;loigne le plus possible des logiques &#171; rentabilistes &#187;. Pour faire de la recherche, on a besoin de temps. L'intrusion des financeurs priv&#233;s implique qu'il y a recherche du profit dans un temps le plus court possible pour le compte du priv&#233; &#8211; et cette logique va &#224; l'encontre de notre conception d'une recherche collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andrea :&lt;/strong&gt; La fonction publique emploie de moins en moins de fonctionnaires titulaires : on estime aujourd'hui (selon le minist&#232;re) qu'il y a pr&#232;s de 40% de personnels pr&#233;caires, Biatoss ou enseignant.e.s-chercheur.e.s &#224; l'Universit&#233;. Et ce chiffre ne prend m&#234;me pas en compte les vacataires, totalement invisibilis&#233;. e.s, qu'on estime &#224; 7 000 &#233;quivalents temps plein. Autant de personnes qui ne savent pas d'une ann&#233;e &#224; l'autre, voire d'un semestre &#224; l'autre, de quoi elles vivront, ni o&#249;. Les vacataires ne sont pas pay&#233;.e.s tous les mois, mais tous les six mois, voire plus. Comment payer son loyer dans ces conditions ? &#192; Paris 8, une coll&#232;gue s'est m&#234;me vue propos&#233; de faire un pr&#234;t &#233;tudiant aupr&#232;s de la fac en attendant qu'on lui paie son salaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emma :&lt;/strong&gt; Par ailleurs, avec les d&#233;lais de plus en plus longs avant d'&#234;tre titularis&#233;, tu peux &#234;tre vacataire et contractuel pendant dix ans, sans cotiser pour la retraite par exemple. La loi Sauvadet de 2012 &#233;tait cens&#233;e lutter contre la multiplication des CDD et ouvrir l'acc&#232;s au CDI ou au fonctionnariat pour les contractuels. Pour contourner cela, Aix-Marseille-Universit&#233; s'est appuy&#233; sur une filiale priv&#233;e, Protisvalor, qui sert de portage salarial : quand tu es sur le point de passer en CDI, hop, on te r&#233;engage via Protisvalor, et on remet les compteurs &#224; z&#233;ro. Du coup, tu continues le m&#234;me boulot, mais avec un employeur priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andrea :&lt;/strong&gt; Les syndicats ont mis du temps &#224; prendre en compte les probl&#232;mes des pr&#233;caires. Dans toute l'histoire des revendications de cat&#233;gories sp&#233;cifiques, il a toujours fallu que les premier.e.s concern&#233;.e.s se mettent en avant et visibilisent leur situation pour que le reste du champ militant le prenne en compte. C'est valable pour les femmes, les travailleurs &#233;trangers, les pr&#233;caires. Les inerties, les lenteurs sp&#233;cifiques &#224; l'universit&#233;, ont fait que &#231;a a pris plus de temps qu'ailleurs. Par ailleurs, il est difficile de se syndiquer en &#233;tant pr&#233;caire. Le propre de la pr&#233;carit&#233;, c'est que tu passes beaucoup de temps &#224; essayer d'en sortir. En tout cas, la relation aux syndicats n'est pas un d&#233;bat clivant &#224; l'int&#233;rieur du mouvement des pr&#233;caires. Tu peux y appartenir en &#233;tant syndiqu&#233;.e ou pas, tant que tu restes ind&#233;pendant.e.s. On a r&#233;ussi &#224; construire une relation d'&#233;change avec les syndicats. Une reconnaissance nationale o&#249; le collectif a &#233;t&#233; int&#233;gr&#233; &#224; l'inter-syndicale nationale de l'Enseignement Sup&#233;rieur et de la Recherche par exemple. Les syndicats ont conscience qu'ils ont besoin de ce type de collectifs, car ils sont en difficult&#233; pour toucher les pr&#233;caires, parfois m&#233;fiant.e.s et souvent insaisissables, car on change d'institution- employeur sans arr&#234;t. De notre c&#244;t&#233;, on a conscience que nos revendications ne peuvent pas avancer si on ne cr&#233;e pas des alliances avec l'ensemble des travailleurs, quelles que soient leurs cat&#233;gories, pr&#233;caires ou non. Dans tous les cas, il n'y a pas de contradiction entre les deux. Un collectif unitaire a vocation &#224; s'orienter vers la mobilisation imm&#233;diate, avec les syndicats et au-del&#224; des syndicats. Ces derniers ont toute leur place l&#224;-dedans, mais projettent leur action sur long terme, acqu&#233;rant ainsi une expertise utile. Les deux se compl&#232;tent tr&#232;s bien. Je pense que certain.e.s r&#234;vent du moment o&#249; les syndicats seront adapt&#233;s &#224; recevoir des pr&#233;caires et o&#249; les pr&#233;caires seront pr&#234;ts &#224; se syndiquer aussi. Mais cette jonction l&#224; n'est pas encore faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emma :&lt;/strong&gt; Jusqu'alors, on &#233;tait en r&#233;seau peu formalis&#233; de collectifs locaux, qui &#233;taient anciens ou en train de se cr&#233;er, puis on a cr&#233;&#233; ces rencontres nationales pour nous rencontrer, et tenter de coordonner nos actions et revendications &#8211; en partant du constat qu'il y avait d&#233;j&#224; eu des mobilisations locales qui butaient toujours sur le fait qu'&#224; un moment donn&#233;, il fallait passer aux questions nationales, aux questions de budget, aux questions de droit du travail, avoir des circulaires contraignantes de la part des minist&#232;res pour obliger les universit&#233;s &#224; ne pas faire n'importe quoi. On a donc d&#233;cid&#233; au consensus d'une plateforme de revendications. Les copains syndicalistes nous ont dit alors : mais c'est hallucinant, vous avez mis une demi-heure pour vous mettre d'accord ! Ils &#233;taient impressionn&#233;s qu'on d&#233;cide aussi vite, au consensus, parce qu'on parlait de nos exp&#233;riences imm&#233;diates, de notre quotidien. Aussi, le syndicalisme, et c'est normal, est charg&#233; d'histoire, de d&#233;bats, qui ne se r&#233;solvent pas si rapidement. Par exemple, revendiquer des CDI pour les contractuels, &#231;a peut &#234;tre per&#231;u comme une fa&#231;on de participer &#224; la fin du statut de fonctionnaire, et les coll&#232;gues qui ont int&#233;gr&#233; la fonction publique avant qu'explose la pr&#233;carit&#233; y sont &#224; juste titre attach&#233;s. Mais pour nous c'est diff&#233;rent, on tient au statut de fonctionnaire, mais on se dit aussi que, dans l'imm&#233;diat, des CDI, c'est pas si mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andrea :&lt;/strong&gt; &#192; partir de ces rencontres nationales, on a essay&#233; de cr&#233;er une structure nationale qui nous permette de constituer le collectif national autour de commissions th&#233;matiques sur des questions de revendication, de relation avec la presse, ou juridiques&#8230; Il y a aussi une commission d'animation nationale qui essaie de coordonner le tout, et d'organiser l'&#233;change d'exp&#233;riences, d'informations, de r&#233;pondre aux sollicitations des r&#233;seaux syndicaux, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emma :&lt;/strong&gt; &#192; Toulouse, &#231;a fait un peu plus de trois ans qu'ils tiennent une permanence toutes les semaines. Il y a un bureau avec une porte ouverte, o&#249; tu peux aller dire : moi, ils ne m'ont pas pay&#233;, &#231;a fait tant de temps, qu'est-ce qu'on fait ? Du coup, ils ont r&#233;ussi &#224; monter des petites actions, faire des mini-occupations de l'administration pour mettre la pression. L'id&#233;e est de garder ce lien avec le local, parce qu'on est pris dans le syst&#232;me de l'autonomie des universit&#233;s, qui implique des contextes et des r&#233;glementations multiples. Le patron principal reste le minist&#232;re de l'Enseignement et de la Recherche, mais on doit garder l'articulation avec le local.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Viser l&#224; o&#249; &#231;a fait mal &#187;</title>
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		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Depuis 2005, G&#233;n&#233;ration Pr&#233;caires lutte pour les (maigres) droits des stagiaires, multipliant les actions et les victoires sans ancrage partisan. Comment est n&#233; G&#233;n&#233;ration Pr&#233;caire ? Tout a commenc&#233; en ao&#251;t 2005, quand une stagiaire a jou&#233; le r&#244;le de lanceuse d'alerte : elle avait encha&#238;n&#233; huit stages dans le milieu de la culture, exer&#231;ant par l&#224; m&#234;me un emploi d&#233;guis&#233;. &#192; l'&#233;poque, les stages n'&#233;taient pas du tout r&#233;gul&#233;s au niveau horaire, r&#233;mun&#233;ration, droit : un vrai flou juridique. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no149-decembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;149 (d&#233;cembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Ruoyi-Jin" rel="tag"&gt;Ruoyi Jin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis 2005, G&#233;n&#233;ration Pr&#233;caires lutte pour les (maigres) droits des stagiaires, multipliant les actions et les victoires sans ancrage partisan.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2995 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH309/-1233-69359.jpg?1779894312' width='500' height='309' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ruoyi Jin
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment est n&#233; G&#233;n&#233;ration Pr&#233;caire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Tout a commenc&#233; en ao&#251;t 2005, quand une stagiaire a jou&#233; le r&#244;le de lanceuse d'alerte : elle avait encha&#238;n&#233; huit stages dans le milieu de la culture, exer&#231;ant par l&#224; m&#234;me un emploi d&#233;guis&#233;. &#192; l'&#233;poque, les stages n'&#233;taient pas du tout r&#233;gul&#233;s au niveau horaire, r&#233;mun&#233;ration, droit : un vrai flou juridique. Son message a circul&#233;, et de nombreuses personnes se sont rendu compte qu'elles partageaient, &#224; peu de choses pr&#232;s, les m&#234;mes conditions. Un collectif s'est donc mont&#233; et nous avons produit notre expertise chiffr&#233;e sur le sujet, pour cr&#233;er une sorte de cahier de dol&#233;ances et mettre en place un groupe de parole o&#249; partager nos exp&#233;riences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'espace public, nous nous sommes notamment fait remarquer lors d'une manifestation : nous portions des masques blancs, une banderole et avons travers&#233; les cort&#232;ges bras dessus bras dessous, pour au final aller &#224; la rencontre des journalistes, dont la plupart &#233;taient aussi stagiaires. Il y a eu un effet &lt;i&gt;clash &lt;/i&gt;de g&#233;n&#233;ration entre une manifestation syndicale classique et des jeunes masqu&#233;s parlant de la multiplication des stages, un probl&#232;me connu mais qu'on ne nommait pas. En 2006, on d&#233;nombrait en France 600 000 stagiaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recours aux stagiaires traverse tous les secteurs d'activit&#233; : m&#233;dias, banques, associations, etc. On a donc organis&#233; des actions pour d&#233;noncer les abus &#8211; des &lt;i&gt;flash mobs &lt;/i&gt;&#8211; dans des entreprises qui utilisaient ce type de main-d'oeuvre gratuite ou pas ch&#232;re. Le mouvement s'est amplifi&#233; et a eu un certain &#233;cho aupr&#232;s du gouvernement, puisqu'en 2006 a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e la gratification des stages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On avait une feuille de route de nos revendications &#224; long terme, et on a insist&#233; jusqu'&#224; obtenir ce qu'on voulait : des droits et protections pour les stagiaires, un encadrement du statut, des stages de qualit&#233; et un renforcement de la responsabilit&#233; des entreprises et des universit&#233;s dans le suivi et le bon d&#233;roulement des stages. Apr&#232;s neuf ans de combat, on a obtenu 85 % de ce qu'on voulait : la limite du nombre de stagiaires dans les entreprises, une dur&#233;e maximale de stage, l'interdiction des stages hors cursus de formation, etc. Aujourd'hui, il ne manque plus que soient reconnus la r&#233;mun&#233;ration progressive des stages en fonction du niveau d'&#233;tude et la gratification &#224; partir des stages de plus d'un mois et non pas comme actuellement de plus de deux mois&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aujourd'hui : 3,60 euros de l'heure soit environ 500 euros par mois, avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est votre organisation ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes ni un syndicat ni une association. On s'est content&#233; de rester tr&#232;s motiv&#233;s et en veille sur les offres abusives, tr&#232;s r&#233;actifs pour organiser des actions marquantes. On a aussi maintenu le dialogue, avec des gouvernements de droite et de gauche, avec les diff&#233;rents minist&#232;res (Travail, Enseignement sup&#233;rieur, &#201;ducation nationale, Jeunesse, Affaires sociales). Le Medef ne nous &#233;coutait pas tellement, car la situation l'arrangeait bien. Pour les syndicats, on &#233;tait dans un angle mort, parce que les stagiaires forment un public qu'ils ne connaissaient pas : des jeunes non syndiqu&#233;s, sans statut salari&#233;, qui ne comptent donc pas dans les effectifs de l'entreprise. Ils sont l&#224; physiquement, mais pas statistiquement. Au fil du temps, les partenaires sociaux ont boug&#233;, dans le bon sens, sur ce sujet. Il fallait les convaincre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de nos op&#233;rations coup de poing, on avait r&#233;dig&#233; des propositions d'amendements l&#233;gislatifs, gr&#226;ce &#224; des militants du collectif, juristes de formation. Tous ceux qui avaient des comp&#233;tences (droit, communication, logistique, dessin, bricolage, etc.) et &#233;taient pr&#234;ts &#224; les mettre en oeuvre au sein du collectif &#233;taient les bienvenus. S'est form&#233;e une g&#233;n&#233;ration de militants qui, syndiqu&#233;s ou non, ont gard&#233; une tr&#232;s grande motivation et rapidit&#233; d'action, qualit&#233;s qu'ils appliquent dans d'autres luttes : logement, f&#233;minisme, etc. On avait cet avantage sur les syndicats : leur mode d'action est soit la manifestation, soit la n&#233;gociation &#8211; ce qui n'a, &#224; court ou moyen terme, plus aucun impact. Avec une agilit&#233; qui ne r&#233;pond &#224; aucune hi&#233;rarchie, puisque nous fonctionnons avec une organisation horizontale, nous &#233;tions mus par une urgence : les stagiaires, l'an prochain, doivent avoir des droits. Et on a inlassablement r&#233;p&#233;t&#233; notre message.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voulait des actions &#171; impactantes &#187;, avec des images qui restent dans la t&#234;te des gens quand les journalistes relaient l'info. Photo ou vid&#233;o, ce doit &#234;tre visuellement marquant. On a adopt&#233; les masques blancs pour prot&#233;ger les stagiaires qui veulent agir sans &#234;tre rep&#233;r&#233;s par leur employeur, mais aussi pour dire que cela concerne tout le monde. Et puis, visuellement, des masques blancs sur une photo, c'est parfait. On avait de belles images, de belles actions &#8211; festives souvent. On s'amusait, et tr&#232;s rapidement, on a acquis un capital sympathie gr&#226;ce &#224; notre originalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, on visait directement l'image des entreprises, pour leur faire de la mauvaise pub et cr&#233;er une situation de crise dans leur communication. Une des derni&#232;res actions qu'on a faite &#233;tait chez My Little Paris, site web de bons plans &#224; Paris, avec un public assez jeune et bobo. On avait rep&#233;r&#233; qu'ils employaient 40 stagiaires pour un effectif de cent personnes. On a investi les locaux de la bo&#238;te devant les cam&#233;ras. Pendant une &#224; deux semaines, l'entreprise a perdu des abonn&#233;s sur sa newsletter, parce que les gens disaient : je ne veux pas soutenir une entreprise qui pr&#233;carise les jeunes alors que, moi-m&#234;me, je suis jeune et pr&#233;caire. La bo&#238;te a d&#251; se justifier, avouer ses tort et s'engager &#224; respecter la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, vous luttez contre la multiplication des services civiques &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Statut qui depuis 2010 permet aux secteurs &#171; sociaux &#187; (&#233;ducation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;strong&gt;et les abus&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;commis par nombre d'associations. Comment d&#233;finir la limite entre formation et travail d&#233;guis&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;C'est le lien de subordination, le premier &#233;l&#233;ment juridique qui qualifie un contrat de travail. C'est comme &#231;a qu'on a pu requalifier des contrats de stage ou service civique en contrat de travail. Il y a abus d&#232;s lors qu'il y a un chef qui donne des ordres au volontaire, ou que les missions donn&#233;es sont r&#233;guli&#232;res, rel&#232;vent de la comp&#233;tence de l'&#233;quipe administrative, ou de la communication, etc. Bref, on emploie trop souvent des stagiaires ou des volontaires en service civique pour des postes structurels de l'association ou de l'entreprise, et non pas pour des activit&#233;s de formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel serait le fond th&#233;orique commun de G&#233;n&#233;ration Pr&#233;caires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;On n'est pas l&#224; pour th&#233;oriser. On a un probl&#232;me &#224; r&#233;gler et on le fait avec les moyens qu'on se donne en tant que pr&#233;caires concern&#233;s. On est pragmatiques, on part de nos gal&#232;res du quotidien et on fonctionne avec les institutions existantes. Cela ne veut absolument pas dire qu'on est apolitique. D&#232;s lors qu'on agit dans l'espace public pour une cause, qu'on soit dans un parti politique, syndicat ou collectif, on agit comme acteur politique. C'est le travail d&#233;mocratique : on n'attend pas les &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales pour se manifester. Et pour cela, il n'y a pas besoin de grands d&#233;bats sur la th&#233;orie de la lutte parfaite ou de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mouvement comme Nuit debout &#233;tait absolument d&#233;cevant parce qu'au final, c'&#233;tait beaucoup d'&#233;nergie pour aucun impact sur les choses. Tout &#233;voluait dans la th&#233;orie totale. Les gens pr&#233;sents semblaient attendre le grand soir, mais &#231;a ne marche pas. Revenons sur terre : si vous voulez r&#233;gler les choses, d&#233;coupez les probl&#232;mes et occupez-vous d'un &#224; la fois. Au final, petit bout par petit bout, &#231;a sera r&#233;gl&#233;. Quand j'ai particip&#233; aux ateliers de Nuit debout, j'avais l'impression d'&#234;tre immobile, de passer un temps fou &#224; ne rien faire. Pour r&#233;soudre tel ou tel probl&#232;me, je demandais : quelle action pouvons-nous mener et qui pouvons-nous contacter ? Alors ils disaient : on ne va pas contacter les m&#233;dias parce que c'est des grands m&#233;chants, on ne va pas contacter l'&#201;tat parce qu'on est contre l'&#201;tat, les syndicats parce qu'ils ne nous repr&#233;sentent pas et qu'ils sont d&#233;connect&#233;s, les partis politiques parce qu'on n'a pas confiance en eux. Au final, vous r&#233;fl&#233;chissez tout seul dans une bulle d'o&#249; les id&#233;es et propositions ne sortent jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre m&#233;thode pourrait-elle s'&#233;tendre &#224; d'autres probl&#232;mes sociaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Jeudi noir est une &#233;manation de G&#233;n&#233;ration Pr&#233;caires sur le mal-logement. L'encadrement des loyers est une revendication qu'on a port&#233;e. Les Georgette Sand, un groupe f&#233;ministe qui a d&#233;nonc&#233; la taxe Tampon&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avoir ses r&#232;gles ne relevant pas d'un choix, elles demandaient &#224; ce que la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; ont les m&#234;mes moyens d'action que nous. Elles ont atteint leur objectif en six mois. &#199;a peut s'&#233;tendre &#224; plein d'autres domaines. Il suffit d'avoir une probl&#233;matique, d'inclure des gens qui vivent la probl&#233;matique dans le collectif, de fournir des t&#233;moignages aux m&#233;dias, et de viser l&#224; o&#249; &#231;a fait mal.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Aujourd'hui : 3,60 euros de l'heure soit environ 500 euros par mois, avec droit aux tickets restaurant. Cette r&#233;mun&#233;ration n'est valable qu'&#224; partir de deux mois de stage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Statut qui depuis 2010 permet aux secteurs &#171; sociaux &#187; (&#233;ducation, solidarit&#233;, sant&#233;, culture et loisirs, environnement, d&#233;veloppement international et humanitaire, m&#233;moire et citoyennet&#233;, sports, intervention d'urgence en cas de crise) d'engager des jeunes de 16 &#224; 25 ans pendant un an, pay&#233;s &#224; hauteur de 437 euros par l'&#201;tat avec tickets restaurants. Bien souvent, cela permet &#224; des entreprises ou des associations d'embaucher gratuitement des jeunes ne trouvant pas d'emploi et ne pouvant pas percevoir le RSA.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Avoir ses r&#232;gles ne relevant pas d'un choix, elles demandaient &#224; ce que la TVA sur les tampons et serviettes hygi&#233;niques rel&#232;vent de la cat&#233;gorie &#171; Produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; &#187; soit 5,5 % au lieu de 20 % pour baisser le prix d'achat final.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; L'informatique et la gestion d&#233;truisent les m&#233;tiers &#187;</title>
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&lt;p&gt;Les membres du collectif &#201;cran total &#233;changent exp&#233;riences et r&#233;flexions sur l'informatisation de leurs m&#233;tiers et de leurs vies. Ce qui les conduit logiquement &#224; repenser le r&#244;le et la place du syndicalisme : lutter contre le patronat ne suffit pas, il faut aussi r&#233;investir la critique du travail. Quels sont les buts de votre collectif ? Qui regroupe-t-il ? &#201;cran total r&#233;unit des personnes de toute la France travaillant dans l'&#233;levage, l'&#233;ducation, le travail social, la m&#233;decine, la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no149-decembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;149 (d&#233;cembre 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les membres du collectif &#201;cran total &#233;changent exp&#233;riences et r&#233;flexions sur l'informatisation de leurs m&#233;tiers et de leurs vies. Ce qui les conduit logiquement &#224; repenser le r&#244;le et la place du syndicalisme : lutter contre le patronat ne suffit pas, il faut aussi r&#233;investir la critique du travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2993 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;57&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L300xH426/-1231-a19ec.jpg?1779606572' width='300' height='426' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;149 de CQFD, illustr&#233;e par Emilie Seto
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les buts de votre collectif ? Qui regroupe-t-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;cran total r&#233;unit des personnes de toute la France travaillant dans l'&#233;levage, l'&#233;ducation, le travail social, la m&#233;decine, la boulangerie, le mara&#238;chage, l'artisanat ou les m&#233;tiers du livre, ainsi que des gens au ch&#244;mage, au RSA ou sans activit&#233;. Toutes et tous constatent qu'une m&#234;me logique est &#224; l'oeuvre dans leur emploi ou dans leur vie : l'informatique et la gestion d&#233;truisent les m&#233;tiers et d&#233;gradent les relations sociales. On n'id&#233;alise pas ce qu'&#233;tait le travail ou la soci&#233;t&#233; aux stades ant&#233;rieurs du capitalisme, mais il nous semble important de prendre la mesure des transformations actuelles &#8211; &#224; cause du num&#233;rique, nos moyens d'action et de pression se r&#233;duisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous tentons donc de nous organiser pour r&#233;sister. Et pour soutenir celles et ceux qui payent le prix de leur opposition &#224; la gestion administr&#233;e des b&#234;tes, des &#233;l&#232;ves, des patients, des usagers, etc... Partager nos exp&#233;riences (au travail et en dehors) et les luttes qu'elles occasionnent, nous aide &#224; pr&#233;ciser ce &#224; quoi on aspire. Tout cela participe de notre volont&#233; de retrouver de l'autonomie, de red&#233;finir nos besoins, de nous r&#233;approprier des savoir-faire. Bref, de d&#233;cider de la forme et du sens de nos activit&#233;s et de nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle place particuli&#232;re occupe l'informatique dans votre r&#233;flexion et vos actions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'informatique vise &#224; optimiser le temps productif et pr&#233;tend nous simplifier la vie. Mais en r&#233;alit&#233;, elle vole du temps et de l'attention au travail vivant en d&#233;multipliant les t&#226;ches bureaucratiques. Saisir des donn&#233;es ou produire des statistiques et des algorithmes revient &#224; d&#233;couper et standardiser &#8211; au final, il s'agit de contr&#244;ler le travail. Ce taylorisme assist&#233; par ordinateur transforme la nature de celui-ci, et impose de nouvelles t&#226;ches et mani&#232;res de concevoir nos activit&#233;s. Le savoir-faire est confisqu&#233;, le m&#233;tier devient l'application machinale de protocoles d&#233;finis via des logiciels par des experts. Ce qui n'est pas nommable ou quantifiable dispara&#238;t, et le travail se d&#233;shumanise encore plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faut-il &#234;tre &#171; en dehors &#187; pour d&#233;plorer cette &#233;volution ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas du tout ! Parmi nous, beaucoup sont salari&#233;s et portent la critique depuis l'int&#233;rieur des organismes ou des institutions. D'autres estiment que leurs marges de man&#339;uvre disparaissent et d&#233;missionnent. On aimerait que ces pas de c&#244;t&#233; ne se r&#233;sument pas &#224; des sauve-qui-peut individuels et qu'&#201;cran total permette de penser et d'initier ce qu'on veut construire collectivement, notamment hors du salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment vous situez-vous par rapport aux syndicats existants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Nous regrettons le faible int&#233;r&#234;t qu'ils portent &#224; la question du r&#244;le et du contenu du travail. Au-del&#224; de la d&#233;fense des m&#233;tiers, il est indispensable de r&#233;fl&#233;chir au caract&#232;re inutile, voire nuisible, de certains boulots et &#224; la mis&#232;re humaine qu'ils induisent. Les syndicats se bornent le plus souvent &#224; une d&#233;fense corporatiste de l'emploi &#8211; il s'agit de pr&#233;server des statuts et des conditions de travail, sans remettre en cause le sens des productions et des activit&#233;s des travailleurs. Ces syndicats se font ainsi les cog&#233;rants d'une organisation sociale pourtant &#224; l'origine des maux qu'ils combattent. Rares sont ceux qui se prononcent sur l'impact des nouvelles technologies au travail, soit qu'ils les jugent in&#233;vitables, soit qu'ils s'en remettent aux avis de la Cnil&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Commission nationale de l'informatique et des libert&#233;s.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, certains d'entre nous sont encart&#233;s et tiennent &#224; le rester pour porter notre point de vue au sein des organisations syndicales. D'autres ne voient pas de salut de ce c&#244;t&#233;-l&#224;. Mais toutes et tous partagent une m&#234;me volont&#233; de repenser le syndicalisme. Il ne s'agit pas de renoncer &#224; l'entraide ni de rejeter ce que l'histoire du mouvement ouvrier a pu avoir de f&#233;cond. Il n'est pas non plus question d'abandonner la d&#233;fense des travailleurs contre le patronat. Non, nous souhaitons plut&#244;t r&#233;investir la critique du travail, de ses vis&#233;es, de son organisation, notamment via sa rationalisation et l'emprise des nouvelles technologies. Et nous voulons conjuguer cette t&#226;che d'inventaire avec des actions de soutien et des formes nouvelles d'organisation collective hors du salariat. Ces pr&#233;occupations n'ont d'ailleurs pas toujours &#233;t&#233; &#233;trang&#232;res au mouvement ouvrier ; quand il n'&#233;tait pas encore neutralis&#233; par les partis politiques, puis par le stalinisme, celui-ci distinguait son &#233;mancipation du progr&#232;s technologique. C'est ce syndicalisme que nous voudrions r&#233;veiller.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Commission nationale de l'informatique et des libert&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Femmes du jazz</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Femmes-du-jazz</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Femmes-du-jazz</guid>
		<dc:date>2019-06-12T19:32:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Caroline Sury</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>femmes</dc:subject>
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		<dc:subject>femme</dc:subject>
		<dc:subject>musique</dc:subject>
		<dc:subject>Jo&#235;lle L&#233;andre</dc:subject>
		<dc:subject>Marie Buscatto</dc:subject>
		<dc:subject>jazz</dc:subject>
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		<dc:subject>l'ai dit</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La lecture, en tant qu'homme, de Femmes du jazz &#8211; Musicalit&#233;s, f&#233;minit&#233;s, marginalisations de la sociologue Marie Buscatto vous apprend des choses sur le milieu du jazz fran&#231;ais &#8211; aussi. On y apprend surtout sur soi, homme hors du jazz. Sur les barri&#232;res qu'on impose sans y penser, les violences qu'on exerce par habitude. *** &#171; Je l'ai dit souvent et je le r&#233;p&#232;te : &#8220;O&#249; sont mes s&#339;urs ?&#8221; &#187; Jo&#235;lle L&#233;andre, contrebassiste *** Le point de d&#233;part de Marie Buscatto pourrait suffire : dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Caroline-Sury" rel="tag"&gt;Caroline Sury&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/hommes" rel="tag"&gt;hommes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/femme" rel="tag"&gt;femme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/musique" rel="tag"&gt;musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Joelle-Leandre" rel="tag"&gt;Jo&#235;lle L&#233;andre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Marie-Buscatto" rel="tag"&gt;Marie Buscatto&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/jazz" rel="tag"&gt;jazz&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Buscatto" rel="tag"&gt;Buscatto&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-ai-dit" rel="tag"&gt;l'ai dit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La lecture, en tant qu'homme, de &lt;i&gt;Femmes du jazz &#8211; Musicalit&#233;s, f&#233;minit&#233;s, marginalisations&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233; en 2008 aux &#233;ditions CNRS, puis r&#233;&#233;dit&#233; en 2018.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de la sociologue Marie Buscatto vous apprend des choses sur le milieu du jazz fran&#231;ais &#8211; aussi. On y apprend surtout sur soi, homme hors du jazz. Sur les barri&#232;res qu'on impose sans y penser, les violences qu'on exerce par habitude.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2953 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH428/-1193-c4baa.jpg?1779602895' width='400' height='428' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Je l'ai dit souvent et je le r&#233;p&#232;te : &#8220;O&#249; sont mes s&#339;urs ?&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;Jo&#235;lle L&#233;andre, contrebassiste&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; voix basse, entretiens avec Franck M&#233;dioni, &#233;d. MF, 2013.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e point de d&#233;part de Marie Buscatto pourrait suffire : dans le monde du jazz professionnel, de cette musique que l'on penserait plus libre que d'autres, seulement 8 % de femmes. Avec &#171; une double s&#233;gr&#233;gation &#187;. 1) horizontale &#8211; il y a des emplois masculins et des emplois f&#233;minins : les instrumentistes sont surtout des hommes (96 %), alors que les chanteur.se.s sont surtout des femmes (65 %). 2) verticale &#8211; ce sont les hommes qui font carri&#232;re, les femmes se dirigeant en majorit&#233; vers des emplois subalternes. Quand elles n'abandonnent pas le milieu, elles occupent finalement des r&#244;les de soutien (faire de la communication pour des artistes masculins, g&#233;rer les concerts et la carri&#232;re d'hommes, se charger des enfants). Si elles continuent &#224; jouer en amatrices, elles diversifient leurs revenus, en enseignant la musique ou en jouant dans d'autres registres &#8211; rock, vari&#233;t&#233;s, spectacles pour enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un d&#233;tour&lt;/strong&gt; par la musique classique, Buscatto valide le terme de &#171; s&#233;gr&#233;gation &#187; : des diff&#233;rences fond&#233;es non pas sur la qualit&#233; de la musique jou&#233;e, mais sur le genre. Aux &#201;tats-Unis, le nombre de femmes recrut&#233;es dans les orchestres a augment&#233; de 30 % apr&#232;s les auditions en paravent &#8211; les musicien.ne.s jouent sans &#234;tre vu.e.s, et ne sont donc jug&#233;.e.s que pour leur performance technique et artistique. Dans &lt;i&gt;Femmes du jazz, &lt;/i&gt;ce qu'on apprend des logiques de domination, on le pressent d&#233;j&#224;, ailleurs. Un esprit de corps, bien masculin, qui n'aime pas &#234;tre entrav&#233;, bouscul&#233;. Qui ne fait rien, et qui donc fait tout pour que rien ne change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les jazzmen&lt;/strong&gt; reprochent aux chanteuses de rabaisser leur art. Loin de l'image mythologique des (rares) divas du jazz (Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Sarah Vaughan, etc.), le chant reste m&#233;pris&#233; des instrumentistes. Malgr&#233; tout le travail qu'elle demande, malgr&#233; les &#233;tudes qui montrent qu'il s'agit bien d'un &lt;i&gt;&#171; instrument &#224; vents et &#224; cordes &#187;, &lt;/i&gt;d'une &lt;i&gt;&#171; machinerie complexe &#187; &lt;/i&gt;socialement et techniquement construite&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claire Gillie-Gilbert &#171; &#8220;Et la voix s'est faite chair&#8230;&#8221; Naissance, essence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, la voix reste rel&#233;gu&#233;e &#224; un don, d'une facilit&#233; toute instinctive. &lt;i&gt;&#171; La voix, c'est naturel &#187;&lt;/i&gt;, disent les jazzmen rencontr&#233;s par Marie Buscatto. Il suffirait pourtant d'&#233;couter les gammes d'une artiste jazz comme Youn Sun Nah pour r&#233;viser un tel jugement. Et ces messieurs de reprocher aux chanteuses de leur imposer une transposition des partitions, un changement de tonalit&#233; plus proche de celles de la voix que des vibrations d'un sax t&#233;nor ou d'une trompette. Comme un refus m&#226;le et obstin&#233; de s'adapter aux modalit&#233;s du chant, et donc des chanteuses. Un refus, au final, de c&#233;der sa place : on pourra s'effacer le temps d'un solo de batterie ou de trompette, on rechignera &#224; se caler sur la voix. La cour d'&#233;cole n'est pas si loin : on ne joue pas avec les filles. Le &#171; vrai &#187; jazz se joue ailleurs, entre instrumentistes. Entre mecs. Pour Buscatto, on retrouve ici la prolongation de st&#233;r&#233;otypes sociaux genr&#233;s dans la musique : le chant est du c&#244;t&#233; de la parole, de la relation, de la communication (femmes). L'instrument dans celui de la technique, de la cr&#233;ativit&#233;, de la virtuosit&#233; (hommes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus avant&lt;/strong&gt;, la sociologue r&#233;v&#232;le des motifs ext&#233;rieurs &#224; la musique m&#234;me. Les musiciens ont en effet tendance &#224; imposer une injonction contradictoire aux femmes, comme c'est le cas ailleurs. Ne te mets pas trop en avant comme chanteuse, au centre de la sc&#232;ne, puisque tu n'es pas musicienne. Mais ne sois pas trop effac&#233;e comme chanteuse, sois plus musicienne. Paradoxe incapacitant et r&#233;pressif : elles se retrouvent &#224; &lt;i&gt;&#171; &#234;tre incit&#233;es &#224; s'exprimer de mani&#232;re &#8220;f&#233;minine&#8221; et se voir d&#233;nigr&#233;es professionnellement de ce fait ; se comporter de mani&#232;re &#8220;masculine&#8221; et se voir d&#233;valoris&#233;es pour leur manque de &#8220;f&#233;minit&#233;&#8221; &#187;&lt;/i&gt;. Au final, c'est au moins cela qui se confirme sur la place des femmes dans le monde (du jazz) : elles doivent en permanence se positionner par rapport aux d&#233;finitions fig&#233;es des conventions masculines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tandis que la musique&lt;/strong&gt; jou&#233;e par des hommes se veut universelle, pr&#233;tendument d&#233;nu&#233;e d'ambigu&#239;t&#233; genr&#233;e, de dimensions subjectives extra-artistiques ou de sensiblerie non technicienne, les notes jou&#233;es par une femme portent en elles le soup&#231;on. Celui de chercher &#224; envo&#251;ter le public, les programmateurs, les critiques &#8211; l'homme &#8211;, celui d'user de leurs charmes non musicaux pour briller. Dans les faits, observe la sociologue, les rapports de s&#233;duction sont tout autres. C'est bien plut&#244;t les hommes qui m&#233;langent pratique artistique et possibilit&#233; de drague, jeux de sc&#232;ne et &#233;rotisation des situations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les filles saxophonistes&lt;/strong&gt; que j'ai rencontr&#233;es apr&#232;s la lecture de &lt;i&gt;Femmes de jazz &lt;/i&gt;en ont fait l'exp&#233;rience. Camille : &lt;i&gt;&#171; Sans faire de g&#233;n&#233;ralit&#233;s, il arrive que les musiciens soient sympas, en sortant de jam par exemple, ils viennent te dire que tu joues bien. Au d&#233;but, t'es na&#239;ve, merci c'est cool, et puis parfois tu te rends compte que tout ce qui se joue l&#224;, c'est de la drague. Donc en grandissant, sans vraiment t'en rendre compte, tu mets des radars ! Je suis une personne avec un corps comme tout le monde, &#231;a fait partie de qui je suis, mais quand on m'appelle pour jouer, je n'ai pas envie que ce soit pour mes nibards, seulement pour la musique. Quand t'es un gars, il y a moins de doute : on t'appelle pour un concert, tu sais pourquoi t'y vas &#8211; jouer de la musique. &#187; &lt;/i&gt;Cathy : &lt;i&gt;&#171; Dans le programme d'un festival consacr&#233; aux femmes, tu trouvais par exemple des peintures de femmes d&#233;v&#234;tues face aux biographies des musiciennes. Pourquoi ? Quel rapport avec la musique ? Et pourquoi uniquement quand il s'agit de nanas ? &#187; &lt;/i&gt;L&#224; o&#249; les hommes, souvent n&#233;glig&#233;s, ne r&#233;fl&#233;chissent pas &#224; leur tenue lors de concerts ou des jams, les femmes s'interrogent sur leur fringues, trop, pas assez f&#233;minines&#8230; ? Camille : &lt;i&gt;&#171; Je me suis longtemps habill&#233;e sans mettre de jupe ! Ce n'est pas toujours &#233;vident quand on &#233;volue dans un milieu masculin de grandir et de s'&#233;panouir pleinement en tant que femme. Je voulais qu'on me voit comme saxophoniste, pas comme femme. De mani&#232;re inconsciente, s&#251;rement, tu essaies toujours de te mettre &#224; &#233;galit&#233;, tu veux &#234;tre comme les gars qui jouent &#224; c&#244;t&#233; de toi. M&#234;me si, &#233;videmment, la f&#233;minit&#233; ne se r&#233;sume pas aux jupes, c'est une invisibilisation de son corps de femme. On est oblig&#233;es de bien montrer qu'on &#8220;n'essaie pas&#8221; de s&#233;duire. &#187; &lt;/i&gt;&#192; tel point que pour toute femme qui cherche &#224; continuer son &#233;volution dans la musique, &lt;i&gt;&#171; quel que soit leur capital s&#233;duction et les usages plus ou moins &#8220;f&#233;minins&#8221; de leurs corps, un apprentissage fondamental se r&#233;alise ainsi au cours du temps : fermer la s&#233;duction &#187;&lt;/i&gt;, note Marie Buscatto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que disent ces femmes &lt;/strong&gt;parle au-del&#224; du jazz, r&#233;sonne avec la vie de n'importe quel collectif, n'importe quelle situation sociale. C'est la puissance du travail de Marie Buscatto, et celle des instrumentistes rencontr&#233;es au cours de cette lecture. Camille : &lt;i&gt;&#171; Ceux qui persistent dans le jazz, homme ou femme, ont men&#233; leur barque, cr&#233;&#233; leur groupe, pouss&#233; leur art avec une passion qui ne fait pas de doute en bossant et en y croyant sans se d&#233;courager. Peut-&#234;tre malgr&#233; tout que, quand tu es une femme, tu dois encore plus prouver de choses pour y arriver ! &#187; &lt;/i&gt;De l&#224;, quelle marge d'action &#8211; ou d'inaction &#8211; pour les hommes ? Cathy : &lt;i&gt;&#171; Il s'agit d'h&#233;ritages. Des choses dont on ne se rend souvent pas compte au moment o&#249; on les vit. Pour aller contre, il faut &#234;tre vigilant tout le temps. Que les mecs apprennent &#224; &#233;couter et &#224; composer, autant entre eux qu'avec des femmes. Nous les femmes, on peut avoir tendance &#224; &#234;tre plus timides, &#224; moins l'ouvrir pour donner du poids &#224; ce qu'on fait. On nous a plus appris &#224; ne pas nous valoriser. Dans les formations que je donne, j'observe que les mecs sont g&#233;n&#233;ralement plus s&#251;rs d'eux, d&#232;s l'enfance. Ce qui m'int&#233;resse alors, c'est le moment o&#249; chacun.e va pouvoir prendre la parole, d&#233;cider d'un geste musical, d'un choix au sein du groupe. Faire que l'ensemble cr&#233;e une musique o&#249; chacun.e a sa place. Moi, je sers de m&#233;diatrice pour trouver une esp&#232;ce d'autor&#233;gulation dans le groupe. Faire &#233;merger l'&#233;coute au del&#224; des r&#233;partitions genr&#233;es, et que cela donne une cr&#233;ation commune. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Publi&#233; en 2008 aux &#233;ditions CNRS, puis &lt;a href=&#034;http://www.cnrseditions.fr/sociologie/7604-femmes-du-jazz.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;&#233;dit&#233;&lt;/a&gt; en 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#192; voix basse&lt;/i&gt;, entretiens avec Franck M&#233;dioni, &#233;d. MF, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Claire Gillie-Gilbert &#171; &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ethnomusicologie/71&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#8220;Et la voix s'est faite chair&#8230;&#8221; Naissance, essence du geste vocal&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Cahiers de musiques traditionnelles&lt;/i&gt;, 2001, cit&#233;e par Marie Buscatto.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Empaill&#233; mais vivant</title>
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		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


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&lt;p&gt;Il est des sp&#233;cialit&#233;s locales qu'on aimerait trouver en bas de chez soi, o&#249; qu'on soit. Pour l'Aveyron, si vous connaissez d&#233;j&#224; l'aligot ou les far&#231;ous, vous vous laisserez charmer par un canard des plus go&#251;tus : L'Empaill&#233;. 48 pages, tr&#232;s grand format, jolie maquette a&#233;r&#233;e, articles courts, longs, br&#232;ves, dessins, photos, tout y est ! Trimestriel dont le num&#233;ro 2 est sorti en cette rentr&#233;e 2016, le journal est men&#233; par une &#233;quipe de b&#233;n&#233;voles ancr&#233;.e.s sur leur territoire autant qu'en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no148-novembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;148 (novembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Medias-8" rel="tag"&gt;M&#233;dias&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/numero-943" rel="tag"&gt;num&#233;ro&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/left" rel="tag"&gt;left&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Midi-Libre" rel="tag"&gt;Midi Libre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Depeche" rel="tag"&gt;D&#233;p&#234;che&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Baylet" rel="tag"&gt;Baylet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/L-Empaille" rel="tag"&gt;L'Empaill&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/qu-on-aimerait" rel="tag"&gt;qu'on aimerait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/locales-qu-on" rel="tag"&gt;locales qu'on&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2916 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L180xH264/-1160-4d089.jpg?1779602898' width='180' height='264' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;I&lt;/span&gt;l est des sp&#233;cialit&#233;s locales qu'on aimerait trouver en bas de chez soi, o&#249; qu'on soit. Pour l'Aveyron, si vous connaissez d&#233;j&#224; l'aligot ou les far&#231;ous, vous vous laisserez charmer par un canard des plus go&#251;tus : &lt;i&gt;L'Empaill&#233;&lt;/i&gt;. 48 pages, tr&#232;s grand format, jolie maquette a&#233;r&#233;e, articles courts, longs, br&#232;ves, dessins, photos, tout y est ! Trimestriel dont le num&#233;ro 2 est sorti en cette rentr&#233;e 2016, le journal est men&#233; par une &#233;quipe de b&#233;n&#233;voles ancr&#233;.e.s sur leur territoire autant qu'en prise avec le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du num&#233;ro un au deux, &lt;/strong&gt;le tirage est pass&#233; de 2 000 exemplaires &#224; 4 000, &#171; &lt;i&gt;et on va s&#251;rement encore doubler pour le num&#233;ro 3, car nous sommes d&#233;j&#224; presque &#224; court de stock &#187;&lt;/i&gt;, s'enflamme un des participants du joyeux palmip&#232;de. Au d&#233;part compos&#233;e de deux ou trois aventuriers, l'&#233;quipe s'est renforc&#233;e pour tourner &#224; pr&#233;sent autour d'un collectif d'une douzaine de personnes. L'organisation est bien entendu horizontale (en parlerions-nous dans &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt;si ce n'&#233;tait pas le cas ?). &#171; &lt;i&gt;Quand on rencontre un d&#233;saccord sur un texte, il n'y a pas de chef pour trancher, alors on joue l'inertie, on discute, on attend de trouver une solution, dans une ambiance joyeux bordel. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette bande-l&#224; &lt;/strong&gt;suit la trace de leurs grands cousins qui font vivre le journalisme local ind&#233;pendant, engag&#233; et curieux depuis quelques ann&#233;es : &lt;i&gt;Le Postillon &lt;/i&gt;&#224; Grenoble, &lt;i&gt;La Brique &lt;/i&gt;&#224; Lille (dont certains du journal aveyronnais sont des transfuges), &lt;i&gt;La Lettre &#224; Lulu &lt;/i&gt;&#224; Nantes, et j'en passe. &lt;i&gt;L'Empaill&#233; &lt;/i&gt;se trouve dans les kiosques de la r&#233;gion, souvent cach&#233; par le mal nomm&#233; &lt;i&gt;Midi Libre&lt;/i&gt;, appartenant au groupe La D&#233;p&#234;che, aux mains d'un certain Jean-Mimi Baylet. Celui qui voulait &#224; tout prix un barrage &#224; Sivens quand il &#233;tait pr&#233;sident du conseil g&#233;n&#233;ral de Tarn-et-Garonne avant de devenir ministre de l'Am&#233;nagement du territoire pour Valls. La mort de R&#233;mi Fraisse en t&#233;moigne, Jean-Mimi, il sait bien l'am&#233;nager le territoire. Et c'est souvent dans ta gueule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour nos empaill&#233;.e.s, &lt;/strong&gt;laisser la presse locale aux seules mains de l'empire Baylet n'&#233;tait plus supportable (rappelons qu'en plus du &lt;i&gt;Midi Libre&lt;/i&gt;, le Groupe La D&#233;p&#234;che poss&#232;de &lt;i&gt;La D&#233;p&#234;che du Midi&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Ind&#233;pendant &lt;/i&gt;(Pyr&#233;n&#233;es-Orientales), &lt;i&gt;Midi olympique&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Nouvelle R&#233;publique des Pyr&#233;n&#233;es &lt;/i&gt;(Tarbes), &lt;i&gt;Le Petit Bleu d'Agen&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Villefranchois &lt;/i&gt;(Villefranche-de-Rouergue), &lt;i&gt;La Gazette du Comminge&lt;/i&gt;s (Saint-Gaudens) et &lt;i&gt;Centre Presse&lt;/i&gt;). &#171; &lt;i&gt;Quand tu balaies du regard les kiosques du coin, tu te rends compte du quasi-monopole des titres de Baylet, &lt;/i&gt;raconte un des membres de &lt;i&gt;L'Empaill&#233;. C'est une vraie pollution id&#233;ologique. L'enjeu c'est de la combattre. Et de combattre en m&#234;me temps les notables, les &#233;lus ou les entrepreneurs locaux... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un beau combat &lt;/strong&gt;au sommaire du num&#233;ro 2, avec une enqu&#234;te sur la fermeture des maternit&#233;s de proximit&#233;, un reportage sur une ferme-usine &#224; Goutrens, un autre sur les conditions de travail &#224; la centrale d'achat NOZ du c&#244;t&#233; de Bozouls. En sautant quelques folios, on tombe sur le t&#233;moignage des ateliers de m&#233;canique autog&#233;r&#233;s entre nanas, et plus loin sur une critique carabin&#233;e du film &lt;i&gt;Merci Patron ! &lt;/i&gt;De Fran&#231;ois Ruffin. Bref, &lt;i&gt;L'Empaill&#233; &lt;/i&gt;est un journal &#224; lire de Brest &#224; Vintimille en passant par Vierzon. Il y aurait peut-&#234;tre des critiques &#224; &#233;mettre, mais mince alors, j'ai atteint le nombre de signes maximum pour cette rubrique M&#233;dia.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus d'infos ici&lt;/strong&gt; : &lt;span class='ressource'&gt;&lt;[lempaille.fr-&gt;&lt;/span&gt;
&lt;a href=&#034;http://lempaille.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://lempaille.fr&lt;/a&gt;]&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Lutter &#224; partir des m&#233;tiers du livre &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Lutter-a-partir-des-metiers-du</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>travail</dc:subject>
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		<dc:subject>m&#233;tier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Quel bonheur et quel &#233;panouissement de vivre et de travailler dans les m&#233;tiers du livre ! Certes, mais ce n'est pas une raison de se satisfaire de la pr&#233;carit&#233; que connaissent nombre de travailleurs/euses du secteur. &#192; Toulouse, on s'organise. C QFD : Pouvez-vous nous raconter quand et pourquoi vous avez lanc&#233; ce collectif ? Mathilde : Cela fait un an environ que nous avons impuls&#233; des r&#233;unions mensuelles regroupant plusieurs personnes travaillant dans divers m&#233;tiers du livre. Il y a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/monde" rel="tag"&gt;monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/collectif" rel="tag"&gt;collectif&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/livres" rel="tag"&gt;livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/metier" rel="tag"&gt;m&#233;tier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/librairie" rel="tag"&gt;librairie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quel bonheur et quel &#233;panouissement de vivre et de travailler dans les m&#233;tiers du livre ! Certes, mais ce n'est pas une raison de se satisfaire de la pr&#233;carit&#233; que connaissent nombre de travailleurs/euses du secteur. &#192; Toulouse, on s'organise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2817 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH326/-1071-3b734.jpg?1779602966' width='200' height='326' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;i&gt;QFD&lt;/i&gt; : Pouvez-vous nous raconter quand et pourquoi vous avez lanc&#233; ce collectif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mathilde :&lt;/strong&gt; Cela fait un an environ que nous avons impuls&#233; des r&#233;unions mensuelles regroupant plusieurs personnes travaillant dans divers m&#233;tiers du livre. Il y a des libraires, comme nous deux, venant de petites et grandes librairies, des &#233;diteurs non salari&#233;s parce qu'engag&#233;s dans une perspective militante, une assistante &#233;ditoriale, des traductrices, un correcteur, un repr&#233;sentant, un critique litt&#233;raire, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lucas :&lt;/strong&gt; C'est venu d'une prise de conscience &#224; travers nos engagements, au fil des rencontres et des t&#233;moignages recueillis avec des pr&#233;caires dans le monde de l'&#233;dition ou de la librairie. Il y a aussi un h&#233;ritage direct du groupe des 451 &lt;i&gt;(voir &lt;a href=&#034;#451&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;ci-dessous&lt;/a&gt;)&lt;/i&gt; qui a amorc&#233; pas mal de questions importantes concernant le devenir de l'&#233;conomie du livre. De nouvelles structures &#233;ditoriales arrivaient aussi depuis quelques ann&#233;es, avec des propositions passionnantes et originales, tandis que des oligopoles se consolidaient : il semblait donc logique et bienvenu de rassembler des personnes issues des m&#233;tiers du livre. Cela dit, les 451 ont men&#233; une r&#233;flexion au niveau macro, tandis qu'&#224; Toulouse, nous sommes partis du micro, de l&#224; o&#249; l'on travaille. Le livre est bien une marchandise, mais toute la contradiction tient dans le fait que nous essayons au quotidien de ne pas le consid&#233;rer comme tel. On passe notre temps &#224; &#233;cr&#233;mer les rayons remplis d'objets marketing plus que de livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; On avait en effet envie de nous regrouper autour de la question des conditions de travail. Je suis pour ma part syndicaliste &#224; la CGT, et il me tient &#224; c&#339;ur de penser les choses &#224; partir de mon quotidien de travailleuse du livre. Depuis de la situation de chacun, quelles luttes peut-on construire ? &#192; la CGT, un libraire rentre dans la case &#171; Commerces et services &#187;, idem chez Solidaires. Il y a bien la Filpac-CGT (F&#233;d&#233;ration des travailleurs des industries du livre, du papier et de la communication) pour les imprimeurs ou les correcteurs, mais pas pour nous. C'est un peu frustrant de ne pas pouvoir se retrouver au sein d'une m&#234;me f&#233;d&#233;ration avec des personnes du m&#234;me m&#233;tier, ou du m&#234;me secteur, et c'est une des raisons pour lesquelles la cr&#233;ation de notre collectif s'est impos&#233;e. En face, il y a le SLF, le syndicat patronal de la librairie, qui a pignon sur rue, et s'octroie un droit de regard sur les principales formations professionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous menez aussi une critique et une enqu&#234;te sur les institutions de formation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Pour les librairies, c'est un des n&#339;uds du probl&#232;me. Le patronat oriente le m&#233;tier vers des pratiques qui contentent les employeurs. Ce sont eux qui d&#233;finissent la maquette et les contenus du programme, dans l'objectif de former leurs futurs salari&#233;s. Ce qui n'a rien &#224; voir avec la formation de futurs libraires, c'est-&#224;-dire de personnes autonomes capables un jour peut-&#234;tre d'ouvrir leur propre librairie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Dans les autres structures de formation type IUT, associ&#233;s &#224; l'universit&#233;, l'organisation et les perspectives sont un peu diff&#233;rentes, mais concr&#232;tement : on forme des vendeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M : &lt;/strong&gt;Il n'est jamais question d'&#233;tudier le droit des salari&#233;s, ce qui m&#232;ne des primo-travailleurs en situation d'exploitation sans qu'ils puissent en prendre la mesure. Quand j'&#233;tais &#233;tudiante &#224; l'INFL (Institut national de formation de la librairie), apr&#232;s plusieurs demandes, quelqu'un est finalement venu pr&#233;senter la convention collective du secteur, mais c'&#233;tait un membre du SLF ! De fait, les patrons de librairie au conseil d'administration de l'&#233;cole s'opposent formellement &#224; l'intervention de syndicalistes au sein de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont vos autres axes de critique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Les syndicats existants ne sont pas du tout adapt&#233;s aux nouveaux statuts qui concernent de plus en plus de monde, par exemple le recours exponentiel aux autoentrepreneurs. Nous sommes tous travailleurs au sein de la m&#234;me cha&#238;ne du livre, et au final, on ne se conna&#238;t pas, on &#233;volue dans des sph&#232;res tr&#232;s cloisonn&#233;es. Le premier objectif du collectif &#233;tait donc de se retrouver entre personnes issues de diff&#233;rents m&#233;tiers et de partager nos exp&#233;riences de travail. Comprendre les logiques internes de chaque m&#233;tier, et les probl&#233;matiques qui se tissent d'un m&#233;tier &#224; l'autre. Avoir conscience de ce que vit un traducteur quand on est libraire, un libraire quand on est repr&#233;sentant diffuseur, un imprimeur quand on est &#233;diteur, etc. Et faire cela au niveau local, en parlant de ce que chacun vit dans sa bo&#238;te, ou chez eux s'ils sont en ind&#233;pendants. En apprenant ce que fait l'autre et comment il le fait, quel statut il a choisi ou il s'est vu imposer, quels obstacles pose tel interlocuteur, etc., on dessine les solidarit&#233;s concr&#232;tes que l'on peut mettre en marche &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#233;tier, comme en relation les uns avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Un livre qui a une raison d'&#234;tre, c'est une voix, qui porte et parle directement aux gens, qui d'une mani&#232;re ou d'une autre les lib&#232;re. Comment vendre cette voix qui est aussi une marchandise sans vendre son &#226;me, c'est l&#224; toute la difficult&#233; et la beaut&#233; du m&#233;tier de libraire. Les &#233;diteurs sont aussi pris dans le m&#233;canisme impos&#233; par les diffuseurs distributeurs qui exigent au moins 8 &#224; 12 parutions par an, pour faire du chiffre. Si tu n'en sors pas autant, tu n'es pas diffus&#233;, donc pas visible, et tu ne peux pas te d&#233;velopper et vivre de ce m&#233;tier qui prend du temps quoi qu'il arrive. Donc cela donne des livres qui ne voient le jour que pour faire du volume et de la vente accompagn&#233;e de publicit&#233;. Un des sens de notre m&#233;tier est donc de faire ce tri, d'avoir cette acuit&#233; militante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais vous subissez vous-m&#234;mes des situations de conflit salarial ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Souvent les choses sont plus larv&#233;es et compliqu&#233;es que &#231;a. Nous travaillons par exemple dans une petite librairie, avec un g&#233;rant avec qui on peut discuter, et qui se donne lui-m&#234;me &#224; fond pour p&#233;renniser le lieu. Mais attention au mythe de la grande famille du livre, o&#249; on s'entraide, on s'&#233;coute : il reste toujours des espaces de coercition, des circulations de pouvoir, m&#234;me si le patron est sympa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Une autre question est celle du travail gratuit volontaire, par passion. Des correcteurs ou des maquettistes qui ont des comp&#233;tences, de la reconnaissance dans leur domaine, mais qui ne peuvent pas trouver un boulot pay&#233; parce qu'ils travaillent pour de toutes petites structures de b&#233;n&#233;voles. Cela donne une sorte de paraprofessionnalisme non r&#233;mun&#233;r&#233;. M&#234;me les libraires, qui sont salari&#233;s, bossent r&#233;guli&#232;rement &#224; l'&#339;il sur des festivals, des soir&#233;es, des &#233;v&#233;nements...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Travailler dans une toute petite entreprise en d&#233;courage aussi plus d'un pour faire gr&#232;ve, par exemple lors du dernier mouvement social. On se dit qu'on va mettre ses coll&#232;gues en difficult&#233;, alors on va en manif et en action sur son temps de repos. Comme on trouve un sens politique &#224; notre travail &#8211; vendre des livres engag&#233;s en opposition aux grandes surfaces de la culture &#8211;, on veille &#224; ce qu'il perdure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Il y a aussi le discours r&#233;current &#171; &lt;i&gt;Tu as de la chance de bosser dans le milieu du livre, tu ne vas pas te plaindre pour quelques heures en plus, c'est passionnant comme m&#233;tier ! Tu ne vas pas en plus demander d'&#234;tre pay&#233; !&lt;/i&gt; &#187; On te joue la carte de la valorisation sociale du m&#233;tier, des contacts faciles qu'on y fait, mais ce sont quasiment exclusivement des gens ultradipl&#244;m&#233;s qui sont pay&#233;s au Smic. Comme si cr&#233;ation rimait avec autoexploitation. Ce qui se passe dans le monde du livre r&#233;sonne avec ce qui arrive dans le reste de la soci&#233;t&#233; : la pr&#233;carisation avec la multiplication de petits contrats de tr&#232;s courte dur&#233;e, l'atomisation des travailleurs/euses, les alternances subies entre emploi et non emploi, les liens entre attachement affectif, passion et exploitation, etc. La petite diff&#233;rence est que le monde du livre aime &#224; se gargariser du fait qu'on y serait plus militant, plus &#224; gauche, plus humain, plus politis&#233;, mais le constat de notre collectif est tout l'inverse. Sans voix collective et puissante pour d&#233;noncer tout cela, on va vers plus d'invisibilit&#233; et d'acceptabilit&#233; des rapports de subordination, au pr&#233;texte de la taille des structures et de l'engagement &#8211; dans le discours &#8211; des patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles actions menez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Nous lan&#231;ons des s&#233;ances d'autoformation sur les conventions collectives, sur le droit du travail, sur ce que la loi Travail peut changer dans nos m&#233;tiers, et d'autres questions juridiques. On fait du parasyndicalisme, car il manque une forme d'organisation, qu'on l'appelle syndicat, collectif ou autre, &#224; m&#234;me de cr&#233;er des rapports de force en cas de conflit, d'offrir une base d'informations sociales et juridiques et de pouvoir faire &#233;merger publiquement les probl&#233;matiques et les injustices li&#233;es &#224; nos m&#233;tiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e est aussi de se mettre en lien avec d'autres initiatives qui se penchent sur la question des nouveaux types de mise au travail et de pr&#233;carit&#233;. Par exemple &#224; Toulouse, on suit la voie du collectif de pr&#233;caires de l'&#233;ducation qui s'est mont&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re. L'assembl&#233;e de luttes (AG de luttes 31) n&#233;e pendant le mouvement social du printemps 2016 repose aussi sur ce constat que ce qui nous rassemble, ce n'est pas le m&#233;tier que chacun fait, mais le statut de pr&#233;caire, &#233;tranger aux formes traditionnelles de syndicalisme. Plusieurs actions ont &#233;t&#233; men&#233;es en ce sens : des piquets de gr&#232;ve qui d&#233;passaient les logiques corporatistes et voyaient se m&#234;ler postiers, pr&#233;caires de l'&#233;ducation et d'ailleurs, &#233;tudiants, ch&#244;meurs, etc. Peu &#224; peu, on essaie de d&#233;passer la logique de l'usine occup&#233;e par ses travailleurs, pour entrer dans une communaut&#233; partageant la m&#234;me gal&#232;re et bloquant des cibles partag&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Ce qui serait chouette, ce serait que d'autres collectifs dans d'autres villes se cr&#233;ent. Que cinq ou six personnes se regroupent, montent un collectif et se coordonnent. Et puis, pourquoi pas, que l'on fonctionne en r&#233;seau d'une ville &#224; l'autre. Avec des probl&#233;matiques propres, et d'autres plus communes et g&#233;n&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Contact : &lt;/strong&gt; collectif.livre.toulouse@riseup.net&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;451&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les 451&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;uite &#224; &lt;i&gt;L'Appel des 451 &lt;/i&gt;publi&#233; dans &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;en septembre 2012, ce groupe a men&#233; plusieurs enqu&#234;tes sur l'&#233;conomie du livre, et organis&#233; des rencontres en France, en Espagne ou en Italie visant &#224; r&#233;unir des travailleur/euses des diff&#233;rents m&#233;tiers de la cha&#238;ne. Le texte &lt;i&gt;La querelle des modernes et des modernes &lt;/i&gt;permet notamment de mieux comprendre le livre comme une marchandise prise dans l'&#233;conomie lib&#233;rale contemporaine, et donne des pistes de lutte. L'id&#233;e principale est de ne pas s&#233;parer l'&#233;dition critique de l'agir r&#233;volutionnaire : publier de belles id&#233;es peut s'accompagner de pratiques coh&#233;rentes. Les 451 (temp&#233;rature &#224; laquelle br&#251;lent les livres dans le roman de science-fiction &lt;i&gt;Farenheit 451 &lt;/i&gt;de Bradbury) sont en sommeil depuis mars 2014. Jusqu'au grand incendie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Textes disponibles sur : &lt;span class='ressource'&gt;&lt;[les451.noblogs.org-&gt;&lt;/span&gt;
&lt;a href=&#034;https://les451.noblogs.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://les451.noblogs.org/&lt;/a&gt;]&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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