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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Gilets jaunes : souffler sur les br&#232;ches</title>
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		<dc:creator>Renaud Garcia</dc:creator>


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&lt;p&gt;Diffus, fluent, &#233;chappant aux cadres et aux codes. Rien dans le mouvement d'action directe impuls&#233; par les Gilets jaunes n'est ais&#233; &#224; circonscrire. En d&#233;finitive, c'est sans doute mieux ainsi. Souhaitons que commentateurs et &#171; intellectuels &#187; continuent d'accuser ce retard sur les soubresauts de la r&#233;alit&#233; et se gardent de l'appr&#233;hender en surplomb. *** Un premier faux sens central, aussi massif qu'un montage orchestr&#233; par des cha&#238;nes d'information en continu, a servi &#224; d&#233;nigrer cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Diffus, fluent, &#233;chappant aux cadres et aux codes. Rien dans le mouvement d'action directe impuls&#233; par les Gilets jaunes n'est ais&#233; &#224; circonscrire. En d&#233;finitive, c'est sans doute mieux ainsi. Souhaitons que commentateurs et &#171; intellectuels &#187; continuent d'accuser ce retard sur les soubresauts de la r&#233;alit&#233; et se gardent de l'appr&#233;hender en surplomb.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2784 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH383/-1039-17950.jpg?1782790136' width='500' height='383' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Pirrik
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un premier faux sens central&lt;/strong&gt;, aussi massif qu'un montage orchestr&#233; par des cha&#238;nes d'information en continu, a servi &#224; d&#233;nigrer cette r&#233;volte populaire : orient&#233;e contre la hausse du prix du diesel et du fioul domestique (comme jadis les jacqueries contre la hausse de diff&#233;rentes taxes touchant &#224; des produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;), elle serait essentiellement le fait de &lt;i&gt;beaufs&lt;/i&gt; idol&#226;trant leur bagnole, cet embl&#232;me de la soci&#233;t&#233; de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Juste des beaufs en bagnole ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le probl&#232;me&lt;/strong&gt;, c'est que le mouvement des Gilets jaunes ne d&#233;fendait pas la voiture en elle-m&#234;me comme le &lt;i&gt;nec plus ultra&lt;/i&gt; d'une vie r&#233;ussie, mais plut&#244;t comme l'outil indispensable gr&#226;ce auquel les habitants des bourgs en zone rurale demeurent en capacit&#233; de nourrir leurs familles. Tout cela &lt;i&gt;&#233;tant donn&#233; les d&#233;sastres produits par l'am&#233;nagement du territoire&lt;/i&gt;. Derri&#232;re la revendication initiale contre la hausse du prix de l'essence se dessine une critique du mouvement de m&#233;tropolisation qui a d&#233;labr&#233; depuis des d&#233;cennies les solidarit&#233;s traditionnelles dans les zones rurales et p&#233;ri-urbaines au profit du doublet parking/centre commercial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gardons ainsi en t&#234;te&lt;/strong&gt; que la r&#233;volte des Gilets jaunes s'est avant tout propag&#233;e en province. Le peuple des sans-voix, qui avait int&#233;rioris&#233; la repr&#233;sentation dominante selon lequel il ne compte &lt;i&gt;pour rien&lt;/i&gt;, s'est soudain mis &#224; parler et &#224; se r&#233;g&#233;n&#233;rer au contact des mots de tous les sympathisants s'arr&#234;tant au d&#233;tour d'un rond-point ou d'une barri&#232;re de p&#233;age.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certes, mais &lt;i&gt;la belle affaire&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt; si le but se limite &#224; revendiquer des substitutions au plus haut niveau sans rien remettre fondamentalement en cause. Avant longtemps, un habile d&#233;magogue ou un nouveau Poujade auraient d&#233;voy&#233; ce d&#233;sir de voir les t&#234;tes habituelles tomber. Sans que cela soit syst&#233;matique, on dispose d&#233;j&#224; de suffisamment d'expressions formalis&#233;es chez les Gilets jaunes pour envisager quelque chose de plus substantiel par-del&#224; le &#171; &lt;i&gt; Macron d&#233;mission ! &lt;/i&gt; &#187;. Ainsi de ce texte des Gilets jaunes gascons, qui r&#233;affirme avec puissance la force incontr&#244;lable du mouvement r&#233;sidant dans sa d&#233;termination de &lt;i&gt;ne pas &#234;tre repr&#233;sent&#233;&lt;/i&gt;, de nourrir les d&#233;lib&#233;rations communes par des discussions incarn&#233;es, en face &#224; face, loin des s&#233;ductions des r&#233;seaux sociaux&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilets jaunes gascons, &#171; Macron d&#233;mission ! Oui, et apr&#232;s ? &#187;, 28 novembre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Ou encore de ce remarquable appel de Commercy qui, d&#233;taillant les principes organisationnels du mouvement, reprend par le menu ce que la tradition &#171; populiste &#187; (au sens des &lt;i&gt;Narodniks&lt;/i&gt; russes des ann&#233;es 1870) et anarchiste a produit de plus &#233;mancipateur politiquement : assembl&#233;es populaires quotidiennes o&#249; chaque personne, peu importe sa provenance, participe &#224; &#233;galit&#233; ; refus des repr&#233;sentants ; organisation de bas en haut en commen&#231;ant par l'&#233;chelon local &#8212; lieu de ralliement et de rassemblement symbolisant la communaut&#233; de lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agir par eux-m&#234;mes&lt;/strong&gt;, c'est encore ce que firent dimanche 16 d&#233;cembre ces Gilets jaunes r&#233;unis &#224; Toulouse pour une AG de 500 personnes, ouverte autour du principe : &#171; &lt;i&gt;Ici, on peut tout dire, sauf des propos racistes, sexistes et homophobes.&lt;/i&gt; &#187; Quelque chose nous dit, par cons&#233;quent, qu'une digue a d&#233;finitivement rompu et qu'il sera pour le moins difficile, dans les temps &#224; venir, d'emp&#234;cher le d&#233;veloppement des germes d'autonomie radicale port&#233;s par une frange du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un mouvement anti-&#233;cologique ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'il est un faux sens&lt;/strong&gt; de penser que les Gilets jaunes n'ont pour ambition que de se voir reconnus par le pouvoir, stigmatiser leur pr&#233;tendue indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard du probl&#232;me &#233;cologique l'est tout autant. Pourtant, &#224; l'heure o&#249; les lanceurs d'alerte et autres collapsologues sont re&#231;us avec int&#233;r&#234;t &#224; l'&#201;lys&#233;e, comment soutenir ce populisme du diesel ? Ici encore, un petit retour aux bases de l'antagonisme de classes ne ferait pas de mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces groupes de Youtubeurs&lt;/strong&gt; cherchant &#224; fonder un lobby &#171; citoyen &#187;, ces colibris connect&#233;s, ces adeptes des alternatives constructives &#224; la mani&#232;re du film &lt;i&gt;Demain&lt;/i&gt;, se rattachent en effet de pr&#232;s ou de loin &#224; ce que le philosophe anarchiste Murray Bookchin (1921-2006) appelait &lt;i&gt;l'environnementalisme&lt;/i&gt;. Autrement dit, une &#233;cologie de m&#233;tropolitain ou de n&#233;o-rural portant avec lui sa religion du petit geste. Ce faisant, on privatise la crise environnementale en laissant entendre aux plus pauvres qu'ils seraient personnellement responsables des catastrophes &#233;cologiques par leur consommation excessive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Face &#224; cette id&#233;ologie&lt;/strong&gt; sous-critique, Bookchin d&#233;fendait une &#233;cologie sociale, articulant une critique de la domination de classe et une critique de l'exploitation de la nature. Il se pourrait que certains Gilets jaunes, sans marcher pour le Climat, en fassent ainsi davantage pour l'&#233;cologie &lt;i&gt;sociale&lt;/i&gt;. Quel plus beau symbole anticapitaliste qu'une action contre Amazon, laboratoire du devenir-superflu d'une humanit&#233; supplant&#233;e par des robots qui ont le bon go&#251;t de ne jamais faire gr&#232;ve ou demander des augmentations de salaire ? Quant au souci &#233;cologique, il suffit de penser aux tonnes de k&#233;ros&#232;ne, de plastique ainsi qu'&#224; la d&#233;structuration du tissu social et culturel induites par le fonctionnement de l'entreprise pour &#233;valuer la pertinence du choix de cette cible.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Populiste jusqu'o&#249; ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reste la derni&#232;re question&lt;/strong&gt;, sans doute la plus &#233;pineuse. Conform&#233;ment &#224; la novlangue, le mouvement des Gilets jaunes a &#233;t&#233; accus&#233; de &#171; populisme &#187;, au sens o&#249; il d&#233;fendrait le bon peuple travailleur et honn&#234;te contre l'&#233;lite spoliatrice &lt;i&gt;mais aussi &lt;/i&gt;contre les &#233;trangers et les migrants. Il n'en a pas fallu davantage au personnel m&#233;diatique pour rejeter cette r&#233;volte dans l'orni&#232;re des impasses sociales, non loin de ces trop fameuses heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire. Fond&#233; sur un appel &#224; s'organiser sur la base de ce qui &lt;i&gt;relie&lt;/i&gt;, le mouvement des Gilets jaunes pr&#234;terait encore trop &#224; l'extr&#234;me droite, r&#234;vant d'une communaut&#233; repli&#233;e sur elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est oublier un peu vite&lt;/strong&gt; le caract&#232;re diffus du mouvement. Il est clair que ce mouvement peut amalgamer des positions anarchistes comme celles de l'appel de Commercy ou des Gilets jaunes gascons et d'autres beaucoup plus compatibles avec le renfermement sur une pr&#233;tendue &#171; vraie &#187; communaut&#233; des Fran&#231;ais profonds (comme on dit &#171; la France profonde &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'historien Samuel Hayat&lt;/strong&gt; a produit une fort int&#233;ressante analyse&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Samuel Hayat, &#171; Les Gilets jaunes, l'&#233;conomie morale et le pouvoir &#187;, 5 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#224; partir du concept d' &#171; &#233;conomie morale des foules &#187;, forg&#233; par l'historien britannique E.P. Thompson&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edward P. Thompson, &#171; L'&#233;conomie morale de la foule anglaise au XVIIIe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Dans son article, on note une propension &#224; lier &lt;i&gt;automatiquement&lt;/i&gt; la dimension conservatrice de la r&#233;volte &#8212; d'ailleurs non d&#233;nu&#233;e de pertinence face au monde toujours plus &lt;i&gt;disruptif&lt;/i&gt; que promet Macron &#8212; et ses perversions fascistes (&#171; &lt;i&gt; excluantes&lt;/i&gt; &#187;, selon le vocable plus politiquement correct choisi par l'auteur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On touche ici &#224; l'enjeu d&#233;terminant&lt;/strong&gt; : la col&#232;re g&#233;n&#233;reuse animant le mouvement des Gilets jaunes se trouvera-t-elle canalis&#233;e et r&#233;agenc&#233;e &#224; des fins nationalistes ou x&#233;nophobes ? Ou bien ses vertus politiques et morales d&#233;sormais extirp&#233;es de leur gangue d'humiliation s'articuleront-elles aux mouvements qui ne manqueront pas de coaguler dans la soci&#233;t&#233; : contre l'urbanisme d&#233;lirant et la gentrification des villes, contre une universit&#233; en miettes, etc., pour d&#233;gager l'horizon &#233;mancipateur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#224; r&#233;side la part de lucidit&#233;&lt;/strong&gt; que ce mouvement nous recommande d'adopter, en parall&#232;le de l'enthousiasme l&#233;gitime qu'il suscite. Parce qu'il &#233;tait inattendu, parce qu'il rouvre un futur que l'on pensait cadenass&#233; et qu'il reste encore impr&#233;visible, il n'est gu&#232;re ais&#233; d'y d&#233;brouiller les revendications radicalement d&#233;mocratiques de leurs trahisons repr&#233;sentatives. &#192; l'heure o&#249; l'ex&#233;cutif, pour la premi&#232;re fois depuis un an et demi ostensiblement sur le reculoir et o&#249; les politicards &#171; de gauche &#187; d&#233;sar&#231;onn&#233;s et les journalistes en mal d'explications simplistes se jettent comme des charognards sur l'id&#233;e pi&#233;geuse d'un &#171; r&#233;f&#233;rendum d'initiative citoyenne &#187;, nous voici accul&#233;s &#224; une position n&#233;cessairement ambigu&#235; : rester froidement attentif aux inflexions potentiellement ruineuses de la r&#233;volte tout en soufflant encore et toujours sur les br&#232;ches ouvertes par un peuple reprenant son destin en main.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Renaud Garcia, d&#233;cembre 2018&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article est issu de notre dossier &#171; Les pages jaunes de la r&#233;volte &#187;, 15 pages consacr&#233;es aux Gilets jaunes dans le n&#176;172 de &lt;/i&gt;CQFD&lt;i&gt;, paru en janvier 2019.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voir le &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no172' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelques articles de ce dossier publi&#233;s en ligne :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Et soudain, la Macronie trembla &#8211; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/De-quel-peuple-est-ce-gilet' class=&#034;spip_in&#034;&gt;De quel peuple est ce gilet ?&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Depuis plus d'un mois les qualificatifs se bousculent pour tenter de comprendre la vague jaune qui a foutu un sacr&#233; coup dans les gencives de la &lt;i&gt;start-up&lt;/i&gt; &lt;i&gt;nation&lt;/i&gt; : in&#233;dit, h&#233;t&#233;roclite, factieux, nouveaux sans-culottes, jacquerie en r&#233;seaux, mouvement sans t&#234;te, populisme... Une certitude : cette r&#233;volte a chamboul&#233; beaucoup de rep&#232;res.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Violences polici&#232;res &#8211; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Violences-policieres-contre-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;David Dufresne : &#171; Cette r&#233;pression laissera des traces &#187;&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Parcourir &#171; All&#244; Place Beauvau &#187;, le fil Twitter que le journaliste David Dufresne a lanc&#233; le 4 d&#233;cembre dernier pour recenser les violences polici&#232;res, procure vite une sensation d'&#233;c&#339;urement. D'autant que la liste ne cesse de s'allonger : 207 signalements &#8211; souvent assortis de vid&#233;os &#8211; &#224; l'heure o&#249; ces lignes sont &#233;crites... La parole est &#224; l'accusation.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;R&#233;cup&#233;rations politiques &#224; l'extr&#234;me droite &#8211; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Du-brun-dans-le-jaune' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Du brun dans le jaune&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Aux abois, Macron aimerait choisir ses adversaires. Et &#224; tout prendre, ceux avec qui il d&#233;battrait d'identit&#233; nationale et d'immigration lui conviennent mieux que ceux qui crient justice sociale. Pour cela, ministres et m&#233;dias lui apportent sur un plateau des porte-parole autoproclam&#233;s qui flirtent avec la fachosph&#232;re. Passage en revue des gilets bruns surfant sur la vague fluo.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Saint-Nazaire &#8211; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Gilets-jaunes-de-Saint-Nazaire-Pas' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Pas possible de rentrer chez soi apr&#232;s &#231;a &#187;&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; &#192; Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Gilets jaunes a su d'embl&#233;e se pr&#233;server de possibles manipulations d'extr&#234;me droite en se d&#233;clarant constitu&#233;e &#171; &lt;i&gt;sur des bases clairement antiracistes&lt;/i&gt; &#187;. Retour sur une exp&#233;rience de d&#233;mocratie directe &#224; la pointe de la r&#233;volte jaune fluo.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Gilets jaunes gascons, &#171; &lt;a href=&#034;https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2018/11/29/gilets-jaunes-gascons-%e2%80%afmacron-demission%e2%80%89-oui-et-apres%e2%80%89%e2%80%af/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Macron d&#233;mission ! Oui, et apr&#232;s ?&lt;/a&gt; &#187;, 28 novembre 2018. Sur le site &#171; Les amis de Bartleby &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Samuel Hayat, &#171; &lt;a href=&#034;https://samuelhayat.wordpress.com/2018/12/05/les-gilets-jaunes-leconomie-morale-et-le-pouvoir/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Gilets jaunes, l'&#233;conomie morale et le pouvoir&lt;/a&gt; &#187;, 5 d&#233;cembre 2018. Blog personnel de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Edward P. Thompson, &#171; L'&#233;conomie morale de la foule anglaise au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#187; in &lt;i&gt;Les usages de la coutume&lt;/i&gt;, Paris, Seuil/Gallimard, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Capitalisme et autophagie : Face &#224; l'ab&#238;me</title>
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		<dc:date>2018-01-26T07:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Renaud Garcia</dc:creator>


		<dc:subject>Bouquin</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
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		<dc:subject>Jappe</dc:subject>
		<dc:subject>Soci&#233;t&#233; autophage</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Th&#233;oricien du courant de la critique de la valeur (Wertkritik dans la langue de Karl), Anselm Jappe place son dernier essai, La Soci&#233;t&#233; autophage, sous-titr&#233; Capitalisme, d&#233;mesure et autodestruction, sous l'inqui&#233;tant patronage d'&#201;rysichton. Un roi qui, selon le mythe grec, aurait &#233;t&#233; ch&#226;ti&#233; pour son hybris et condamn&#233; &#224; une faim inextinguible. Jusqu'&#224; se d&#233;vorer lui-m&#234;me. &#201;rysichton, apr&#232;s avoir brav&#233; un interdit de la d&#233;esse D&#233;m&#233;ter et d&#233;truit un arbre sacr&#233; peupl&#233; de nymphes pour y (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no160-decembre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;160 (d&#233;cembre 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/deesse-Demeter" rel="tag"&gt;d&#233;esse D&#233;m&#233;ter&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/fastueux-palais" rel="tag"&gt;fastueux palais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/purement-quantitative" rel="tag"&gt;purement quantitative&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/arbre-sacre" rel="tag"&gt;arbre sacr&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/sacre-peuple" rel="tag"&gt;sacr&#233; peupl&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/trouva-possede" rel="tag"&gt;trouva poss&#233;d&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Jappe" rel="tag"&gt;Jappe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Societe-autophage" rel="tag"&gt;Soci&#233;t&#233; autophage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Th&#233;oricien du courant de la critique de la valeur (&lt;i&gt;Wertkritik&lt;/i&gt; dans la langue de Karl), Anselm Jappe place son dernier essai, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; autophage&lt;/i&gt;, sous-titr&#233; &lt;i&gt;Capitalisme, d&#233;mesure et autodestruction&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La D&#233;couverte, 2017.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, sous l'inqui&#233;tant patronage d'&#201;rysichton. Un roi qui, selon le mythe grec, aurait &#233;t&#233; ch&#226;ti&#233; pour son &lt;i&gt;hybris&lt;/i&gt; et condamn&#233; &#224; une faim inextinguible. Jusqu'&#224; se d&#233;vorer lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2045 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH643/-325-0cac9.jpg?1782652819' width='500' height='643' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#201;rysichton, apr&#232;s avoir brav&#233; un interdit de la d&#233;esse D&#233;m&#233;ter et d&#233;truit un arbre sacr&#233; peupl&#233; de nymphes pour y construire un fastueux palais, se trouva poss&#233;d&#233; par la faim, impossible &#224; assouvir, purement quantitative et indiff&#233;rente au contenu des choses. Aux yeux d'Anselm Jappe, ce mythe dit beaucoup de la folle trajectoire dans laquelle le train de l'humanit&#233; se trouve aujourd'hui embarqu&#233;. Il anticipe la dynamique d'autodestruction contenue dans la logique m&#234;me de la valeur, de la marchandise et de l'argent. Par cette r&#233;sonance mythique, nous voici invit&#233;s &#224; remonter &#224; la racine de nos maux, il y a pr&#232;s d'un demi-mill&#233;naire. D&#232;s ce moment matriciel, le capitalisme &#233;mergent s&#233;cr&#232;te (et s'appuie tout &#224; la fois) sur une forme humaine dont nous ne d&#233;couvrons vraiment qu'aujourd'hui, en bout de course, le noyau irrationnel : le sujet narcissique, pour qui le r&#233;el et les autres ne sont jamais que le prolongement de fantasmes de toute-puissance, ou bien le lieu d'une intol&#233;rable r&#233;sistance engendrant peur, rage et haine sourde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce livre, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; autophage&lt;/i&gt;, n'est-il pas un projet th&#233;orique lui-m&#234;me empreint de d&#233;mesure ? Une tentative vertigineuse et hautement abstraite, destin&#233;e en d&#233;finitive &#224; une petite coterie de &lt;i&gt;happy few&lt;/i&gt; sublimes et d&#233;sesp&#233;r&#233;s ? Anselm Jappe, form&#233; &#224; l'&#233;cole du Marx du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, de Theodor Adorno et de Guy Debord, ne fait pas les choses &#224; moiti&#233;. Une critique partielle du syst&#232;me capitaliste ne l'int&#233;resse gu&#232;re. &#192; ses yeux, avant de r&#233;sider dans une opposition de classes aux int&#233;r&#234;ts antagonistes, le capitalisme est un &#171; rapport social &#187; qui met en jeu, bien souvent &#224; l'insu des protagonistes, un ensemble de cat&#233;gories structurantes. Dans cette mesure, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; autophage&lt;/i&gt; est de part en part anim&#233;e par le souci d'&#233;clairer notre pr&#233;sent &#224; la lumi&#232;re de telles cat&#233;gories (valeur, argent, travail abstrait, marchandise), pr&#233;sidant aux transformations successives d'un syst&#232;me dont le c&#339;ur a toujours &#233;t&#233; l'accumulation pour l'accumulation, le profit pour le profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Totems de notre auto-d&#233;voration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, Jappe n'est pas le ventriloque d'abstractions brusquement descendues dans l'Histoire. Au contraire, il montre comment l'abstraction elle-m&#234;me est devenue r&#233;elle, s'est empar&#233;e de ce que nous appelions jadis monde et humanit&#233;, pour les transformer en simples mat&#233;riaux de la croissance du capital. Si l'auteur n'a aucune sympathie pour les cravateux innovants et les start-uppers branch&#233;s, il ne cherche pas &#224; ferrailler avec les capitalistes pour esp&#233;rer les &#171; moraliser &#187;, restaurer entre eux les conditions d'une saine concurrence (comme au temps b&#233;ni du &#171; compromis fordiste &#187;) ou d&#233;noncer leur penchant immod&#233;r&#233; pour la concussion. En r&#233;alit&#233;, m&#234;me dirig&#233;es par des managers &#233;clair&#233;s, les entreprises continueraient de rechercher un retour sur investissement. Et cette obsession de la rentabilit&#233; a pour effet de dissoudre in&#233;vitablement nombre de valeurs morales et sociales que le capitalisme n'a pas cr&#233;&#233;es, mais sans lesquelles il n'aurait pu jusqu'ici &#233;viter de sombrer dans l'ab&#238;me. Ainsi, au lieu de chercher sans cesse &#224; am&#233;liorer le cadre, &#224; coup de lutte pour l'emploi, de r&#233;industrialisation ou de pr&#233;sence &#171; citoyenne &#187; &#224; l'Assembl&#233;e &#8211; trois attributs essentiels de toute &#171; ruffinade &#187; &#8211;, Jappe sort du cadre et d&#233;voile notre fascination f&#233;tichiste pour des cr&#233;ations devenues idoles : la valeur marchande et sa mat&#233;rialisation dans l'argent, le travail abstrait (sans qualit&#233;) et la croissance, dont la sant&#233; nous inqui&#232;te si r&#233;guli&#232;rement. Voil&#224; les totems de notre auto-d&#233;voration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette face objective de la domination capitaliste se double d'une face subjective, nich&#233;e au sein m&#234;me de la psych&#233; humaine. L'inconscient historique se r&#233;fracte dans l'inconscient subjectif. De Descartes &#224; Sade et Max Stirner &#8211; deux vaches sacr&#233;es de l'extr&#234;me gauche transgressive &#8211; en passant par Kant, l'auteur fait l'arch&#233;ologie d'un sujet oscillant entre &#171; fantasmes de fusion &#187; et &#171; d&#233;sirs r&#233;gressifs &#187; d'un retour &#224; l'unit&#233; originaire. En bon lecteur de Hegel, Jappe montre comment l'h&#233;g&#233;monie actuelle du sujet narcissique signale ce moment vertigineux o&#249; le capitalisme, d&#233;barrass&#233; de la plupart de ses entraves pr&#233;-capitalistes, vient &#224; la rencontre de son concept. Et, insiste-t-il, cette advenue &#224; soi ne se soutient d&#233;sormais que par l'imaginaire techno-furieux de tous ceux qui voudraient d&#233;passer l'humain en direction de la fabrication concert&#233;e d'une esp&#232;ce augment&#233;e, d&#233;nu&#233;e de failles et de manques. Ici encore, l'analyse se situe aux antipodes de la fi&#232;vre transhumaniste qui semble m&#234;me toucher les &#171; Insoumis &#187; pour lesquels, lit-on parfois sur des affiches de com', il s'agirait de &#171; &lt;i&gt;d&#233;passer les fronti&#232;res de l'humain&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lev&#233;e des garde-fous&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment grandir face &#224; l'ab&#238;me ? Comment s'y soutenir dans l'existence, soit que l'on n'ait pas de travail, soit que l'on ait acquis depuis longtemps la conviction qu'il est vide, sans finalit&#233; et susceptible d'&#234;tre remplac&#233; par un algorithme quelconque ? Au bout du compte et en pure perte, le sujet narcissique happ&#233; par le n&#233;ant de sa vie place &#224; son tour sa cause en rien, et retourne sa haine contre tous les visages de l'alt&#233;rit&#233; qui lui tombent sous la main &#8211; femmes, homosexuels, adeptes de l'autre religion ou de l'autre culture &#8211; dans une furie vengeresse prenant la forme d'un suicide &#233;largi (nouvelle version de ce que la soci&#233;t&#233; malaisienne traditionnelle appelait la course &#224; l'amok&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Acc&#232;s subit de violence meurtri&#232;re s'exer&#231;ant contre toutes les personnes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;). Conclusion : &#171; &lt;i&gt;Les id&#233;ologies meurtri&#232;res &#8211; racisme, ethnocentrisme, antis&#233;mitisme, fondamentalisme religieux &#8211; ne sont pas incompatibles avec la rationalit&#233; marchande. Elles en constituent l'envers.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a r&#233;ellement chang&#233;, ce n'est pas le r&#233;servoir fantasmatique de violence et de toute-puissance au c&#339;ur du sujet, c'est la lev&#233;e des divers garde-fous qui freinaient le passage &#224; l'acte, h&#233;rit&#233;s d'&#233;poques ant&#233;rieures et progressivement &#233;limin&#233;s par une vie tout enti&#232;re soumise aux imp&#233;ratifs de concurrence, de rendement et de croissance sans limite. &#171; &lt;i&gt;Plus la soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la valeur et la marchandise, le travail et l'argent triomphe, plus elle d&#233;truit ces reliquats, et avec eux ce qui l'emp&#234;che de se pr&#233;cipiter elle-m&#234;me dans la folie inscrite depuis des si&#232;cles en son c&#339;ur.&lt;/i&gt; &#187; Les massacres de masse contemporains sont ici soumis &#224; une interpr&#233;tation syst&#233;mique particuli&#232;rement &#233;clairante, dont les trajectoires morbides d'un Stephen Paddock (le tueur de Las Vegas) ou d'un Devin Kelley (le tueur du Texas) ont offert r&#233;cemment la malheureuse confirmation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plonger le regard dans l'ab&#238;me&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2044 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L321xH499/-324-0f56f.jpg?1782681622' width='321' height='499' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parce que les analyses de &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; autophage&lt;/i&gt; d&#233;pendent d'une cl&#233; de lecture assum&#233;e, elles seront sans doute discut&#233;es l&#233;gitimement chez les philosophes de profession : ne devrait-on pas &#234;tre plus attentif au v&#233;cu personnel de l'exploitation, au lieu de le r&#233;sorber sous la domination f&#233;tichiste impersonnelle ? Peut-on vraiment faire comme si certaines formes de tueries de masse n'avaient rien &#224; voir avec la religion ? D'autres questions nourriraient sans doute d'intenses d&#233;bats acad&#233;miques, sans qu'ils ne soient pour autant coup&#233;s de la pratique. Sur ce strict plan, droit dans ses principes, Jappe se refuse &#224; faire bouillir les marmites de l'avenir. &#192; la rituelle question &#171; que faire ? &#187; face &#224; cette situation hors limites, il nous invite &#224; cultiver un r&#233;alisme modeste permettant d'&#171; &lt;i&gt;accepter les limites et de s'y installer pour parvenir &#224; des satisfactions r&#233;alistes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce programme &#224; la fois minimal et radicalement anticapitaliste, nul besoin d'&#234;tre dipl&#244;m&#233; en critique sociale pour l'entreprendre. Tout un chacun pourra r&#233;pondre &#224; cet appel, &#224; condition d'accepter de se livrer &#224; un effort intellectuel radical : plonger le regard dans l'ab&#238;me, au risque m&#234;me d'en retirer ce qui sauve. Pour reprendre la citation de Walter Benjamin : &#171; &lt;i&gt;Marx avait dit que les r&#233;volutions sont la locomotive de l'histoire mondiale. Mais il se peut que les choses se pr&#233;sentent tout autrement. Il se peut que les r&#233;volutions soient l'acte, par l'humanit&#233; qui voyage dans ce train, de tirer les freins d'urgence.&lt;/i&gt; &#187; Le jeu en vaut sans doute la chandelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La D&#233;couverte, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Acc&#232;s subit de violence meurtri&#232;re s'exer&#231;ant contre toutes les personnes susceptibles d'&#234;tre frapp&#233;es, jusqu'&#224; ce que l'&#234;tre atteint d'amok soit mis &#224; mort &#8211; seul moyen de l'emp&#234;cher de continuer &#224; faire couler le sang.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>A la lueur du Moujik</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/A-la-lueur-du-Moujik</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Renaud Garcia</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Gala Vanson</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>travail</dc:subject>
		<dc:subject>paysan</dc:subject>
		<dc:subject>Alexandre Chayanov</dc:subject>
		<dc:subject>Chayanov</dc:subject>
		<dc:subject>stades historiques</dc:subject>
		<dc:subject>th&#233;orie m&#233;canique</dc:subject>
		<dc:subject>l'&#233;conomie paysanne</dc:subject>
		<dc:subject>l'&#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>paysanne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pour L&#233;nine comme pour Staline, le paysan &#233;tait soit un bourgeois, propri&#233;taire terrien (koulak), soit un ouvrier prol&#233;taris&#233; bon &#224; suer dans les usines &#224; aliments que furent les kolkhozes et les sovkhozes. L'intellectuel Alexandre Chayanov (1888&#8209;1937) s'est oppos&#233; &#224; cette vision binaire. En vain. Retour sur un martyr de la collectivisation. Pour le marxisme-l&#233;ninisme et sa th&#233;orie m&#233;canique de la succession des stades historiques, la figure du paysan &#233;tait avant tout vou&#233;e &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gala-Vanson" rel="tag"&gt;Gala Vanson&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/paysan" rel="tag"&gt;paysan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Alexandre-Chayanov" rel="tag"&gt;Alexandre Chayanov&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Chayanov" rel="tag"&gt;Chayanov&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/stades-historiques" rel="tag"&gt;stades historiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/theorie-mecanique" rel="tag"&gt;th&#233;orie m&#233;canique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-economie-paysanne" rel="tag"&gt;l'&#233;conomie paysanne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-economie" rel="tag"&gt;l'&#233;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/paysanne" rel="tag"&gt;paysanne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour L&#233;nine comme pour Staline, le paysan &#233;tait soit un bourgeois, propri&#233;taire terrien (koulak), soit un ouvrier prol&#233;taris&#233; bon &#224; suer dans les usines &#224; aliments que furent les kolkhozes et les sovkhozes. L'intellectuel Alexandre Chayanov (1888&#8209;1937) s'est oppos&#233; &#224; cette vision binaire. En vain. Retour sur un martyr de la collectivisation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour le marxisme-l&#233;ninisme et sa th&#233;orie m&#233;canique de la succession des stades historiques, la figure du paysan &#233;tait avant tout vou&#233;e &#224; l'extinction sous l'effet du progr&#232;s de la grande industrie. Ni L&#233;nine, ni &#233;videmment Staline &#224; sa suite n'eurent d'&#233;gards pour le paysan tel qu'il &#233;tait, porteur d'un mode de vie et d'une culture sp&#233;cifiques. Ils le virent toujours comme une forme mall&#233;able sous l'effet de l'in&#233;luctable p&#233;n&#233;tration des rapports capitalistes dans les campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte des ann&#233;es 1920, marqu&#233; par la guerre civile, l'&#233;conomie ne pouvait retrouver son niveau de productivit&#233; d'avant-guerre qu'en s'appuyant sur les secteurs pr&#233;-industriels, pompant leurs ressources afin de d&#233;gager une plus&#8209;value redistribu&#233;e ensuite par l'&#201;tat &#224; la classe ouvri&#232;re. Pour le bien du socialisme, il fallait donc en passer par une phase d' &#171; accumulation primitive &#187;, &#233;radiquant les structures h&#233;rit&#233;es de l'&#233;conomie paysanne familiale. Tel est le programme, purement barbare, que Staline syst&#233;matisa en 1928 sous le terme &#171; collectivisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1974 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH377/-264-3fcce.jpg?1782767697' width='500' height='377' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Gala Vanson.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Capacit&#233; de r&#233;silience&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces m&#234;mes ann&#233;es, un intellectuel brillant &#233;conomiste loyal &#224; l'&#233;gard de la transition vers le socialisme mais en m&#234;me temps p&#233;n&#233;tr&#233; de son objet d'&#233;tude allait apporter par ses seuls recoupements scientifiques un flagrant d&#233;menti &#224; la collectivisation &#224; marche forc&#233;e. Alexandre Chayanov montrait ainsi que l'&#233;conomie paysanne, organis&#233;e sans salariat, donc par nature &#233;trang&#232;re &#224; la logique d'accumulation du capital, continuait de se maintenir dans les campagnes russes, en faisant la preuve de sa r&#233;silience face aux situations de crise. L'une des caract&#233;ristiques majeures des exploitations familiales consistait dans l'&#233;quilibre entre la satisfaction des besoins de la collectivit&#233; et la p&#233;nibilit&#233; du travail accept&#233;e pour y parvenir. &#201;trang&#232;re &#224; toute finalit&#233; de profit et de rentabilit&#233;, l'&#233;conomie paysanne devait donc &#234;tre &#233;tudi&#233;e non pas sous l'angle du conflit de classes, mais sous l'aspect de rythmes d'activit&#233;s cycliques, en fonction de l'&#233;volution d&#233;mographique de la famille. Cela entra&#238;nait parfois une demande de travail suppl&#233;mentaire pour des activit&#233;s apparemment d&#233;nu&#233;es de sens d'un point de vue capitaliste, et &#224; l'inverse un refus de travailler davantage l&#224; o&#249; une entreprise capitaliste aurait envisag&#233; une opportunit&#233; de profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Libert&#233; d'initiative &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de publier ses travaux majeurs au milieu des ann&#233;es 1920, Chayanov avait anticip&#233; la catastrophe &#233;conomique, sociale et culturelle de la collectivisation, dans un r&#233;cit utopique proph&#233;tisant la chute du r&#233;gime bolchevik et l'av&#232;nement d'une Arcadie paysanne, gagn&#233;e aux vertus de l'autonomie et de l'autosuffisance : &#171; &lt;i&gt;Dans la p&#233;riode socialiste de l'histoire, l'exploitation paysanne &#233;tait tenue pour quelque chose d'inf&#233;rieur, comme une mati&#232;re brute &#224; partir de laquelle les &#8220; formes sup&#233;rieures de l'&#233;conomie collective &#224; grande &#233;chelle &#8221; devaient se consolider. D'o&#249; la vieille id&#233;e des usines &#224; c&#233;r&#233;ales et &#224; viande.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Mais &#224; nos yeux il &#233;tait parfaitement clair, en termes sociaux, que le capitalisme industriel &#233;tait une affection purement pathologique et monstrueuse qui avait touch&#233; l'industrie manufacturi&#232;re en raison de ses sp&#233;cificit&#233;s et en rien une &#233;tape dans le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie dans son ensemble. &lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;L'id&#233;al collectiviste des socialistes allemands, pour qui les masses laborieuses &#233;taient consid&#233;r&#233;es comme des ex&#233;cutants du travail agricole r&#233;gis par les directives de l'&#201;tat, nous semblait socialement tr&#232;s imparfait compar&#233; au syst&#232;me des travailleurs dans les exploitations paysannes, syst&#232;me dans lequel le travail n'est pas s&#233;par&#233; du pouvoir de direction cr&#233;atif, dans lequel la libert&#233; d'initiative individuelle permet &#224; chaque &#234;tre humain de d&#233;velopper pleinement son potentiel spirituel&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait du Voyage de mon fr&#232;re Alexe&#239; au pays de l'utopie paysanne (1920). (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1975 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L322xH439/-265-88174.jpg?1782663740' width='322' height='439' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Alexandre Chayanov. CC
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le productivisme, toujours&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partisan d'un socialisme fond&#233; sur la vitalit&#233; d'un maillage de coop&#233;ratives, capables d'articuler &#224; diff&#233;rentes &#233;chelles les divers types de production propres au monde paysan, Chayanov allait fatalement payer pour la v&#233;rit&#233;. Envoy&#233; cinq ans en camp de travail au Kazakhstan en 1932, il fut appr&#233;hend&#233; &#224; son retour par le NKVD et fusill&#233; dans la foul&#233;e, au terme d'un proc&#232;s fictif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;habiliter sa m&#233;moire n'est aujourd'hui plus suffisant. En effet, nous ne sommes pas quittes de la collectivisation. Par&#8209;del&#224; les id&#233;ologies, sous la forme de politiques d'&#171; &lt;i&gt;ajustement structurel &lt;/i&gt; &#187;, d'accaparement de terres par des conglom&#233;rats form&#233;s d'&#201;tats, de multinationales et de fonds d'investissement, de directives agronomiques et de plans de d&#233;veloppement, c'est encore le productivisme, dans sa faim inextinguible, qui conduit une guerre mondiale contre la subsistance. Les r&#233;sistants de cette guerre revivifient, d'une mani&#232;re ou d'une autre, l'esprit de Chayanov.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Extrait du &lt;i&gt;Voyage de mon fr&#232;re Alexe&#239; au pays de l'utopie paysanne&lt;/i&gt; (1920). Sur le sujet, voir &lt;i&gt;Alexandre Chayanov, pour un socialisme paysan&lt;/i&gt;, pr&#233;sentation de Renaud Garcia, collection &#171; Les pr&#233;curseurs de la d&#233;croissance &#187;, Le passager clandestin, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>David Graeber : Occupy Saturne</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/David-Graeber-Occupy-Saturne</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/David-Graeber-Occupy-Saturne</guid>
		<dc:date>2016-08-22T06:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Renaud Garcia</dc:creator>


		<dc:subject>Bouquin</dc:subject>
		<dc:subject>Emilie Seto</dc:subject>
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		<dc:subject>Lecteur attentif</dc:subject>
		<dc:subject>Bureaucratie</dc:subject>
		<dc:subject>technologies</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qu'advient-il lorsqu'un brillant universitaire &#224; l'&#339;uvre d&#233;j&#224; foisonnante acc&#232;de au statut de r&#233;f&#233;rence internationale de la contestation, brinquebal&#233; de colloques en conf&#233;rences, d'&#233;missions en manifestations ? On peut se le demander &#224; la lecture de Bureaucratie, le dernier livre de David Graeber, figure du mouvement Occupy, traduit en fran&#231;ais aux &#233;ditions Les liens qui lib&#232;rent. Lecteur attentif de Graeber depuis assez longtemps maintenant, d&#232;s sa p&#233;riode &#171; underground &#187;, pourrais-je (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no145-juillet-aout-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;145 (juillet-ao&#251;t 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bouquin" rel="tag"&gt;Bouquin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Emilie-Seto" rel="tag"&gt;Emilie Seto&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/David" rel="tag"&gt;David&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/David-Graeber" rel="tag"&gt;David Graeber&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Graeber" rel="tag"&gt;Graeber&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/constitue-principalement" rel="tag"&gt;constitu&#233; principalement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/m-a-fallu" rel="tag"&gt;m'a fallu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/articles-dates" rel="tag"&gt;articles dat&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Lecteur-attentif" rel="tag"&gt;Lecteur attentif&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bureaucratie" rel="tag"&gt;Bureaucratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/technologies" rel="tag"&gt;technologies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qu'advient-il lorsqu'un brillant universitaire &#224; l'&#339;uvre d&#233;j&#224; foisonnante acc&#232;de au statut de r&#233;f&#233;rence internationale de la contestation, brinquebal&#233; de colloques en conf&#233;rences, d'&#233;missions en manifestations ? On peut se le demander &#224; la lecture de &lt;i&gt;Bureaucratie&lt;/i&gt;, le dernier livre de David Graeber, figure du mouvement Occupy, traduit en fran&#231;ais aux &#233;ditions Les liens qui lib&#232;rent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1727 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH493/-46-87a07.jpg?1782663740' width='400' height='493' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Emilie Seto.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Lecteur attentif de Graeber depuis assez longtemps maintenant, d&#232;s sa p&#233;riode &#171; &lt;i&gt;underground&lt;/i&gt; &#187;, pourrais-je dire, il m'a fallu revenir plusieurs fois sur ce livre, constitu&#233; principalement de trois articles dat&#233;s de 2012, pour me rendre &#224; cette f&#226;cheuse &#233;vidence : notre &#171; anthropologue-anarchiste &#187; peut d&#233;sormais tout se permettre, y compris exhumer ses fonds de tiroir de fa&#231;on &#233;hont&#233;e. Entendons-nous bien cependant : &lt;i&gt;Bureaucratie&lt;/i&gt; contient dans son premier article des d&#233;veloppements int&#233;ressants qui manient le paradoxe avec go&#251;t. On pense d'ordinaire une opposition entre l'&#201;tat et le march&#233; ? Il n'en est rien : la rationalit&#233; marchande se coule parfaitement dans le principe d'efficacit&#233; de la bureaucratie. Efficacit&#233; seulement pr&#233;tendue, car dans une soci&#233;t&#233; enti&#232;rement r&#233;gie par des contrats (un r&#234;ve libertarien !), la n&#233;cessit&#233; de recourir &#224; des rapports bureaucratiques serait multipli&#233;e et non limit&#233;e, segmentant les relations collectives entre d&#233;p&#244;t de projets et r&#233;ponse &#224; des contr&#244;les. Voil&#224; des &#233;l&#233;ments ind&#233;niablement int&#233;ressants et bien tourn&#233;s. Ils ne doivent pas pour autant occulter l'inanit&#233; du deuxi&#232;me article reproduit dans ce recueil, &#171; Des voitures volantes et de la baisse du taux de profit &#187;, qui ne s'est gu&#232;re attir&#233; de commentaires critiques alors qu'il encha&#238;ne &#233;normit&#233;s sur &#233;normit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, une question ouverte : ch&#232;re lectrice et cher lecteur, &#234;tes-vous aujourd'hui profond&#233;ment amers de ne pas &#234;tre entr&#233;s totalement dans l'&#232;re des voitures volantes sans chauffeurs, de la t&#233;l&#233;portation, des robots andro&#239;des et autres &#233;lixirs d'immortalit&#233; ? Avez-vous, de fait, l'impression qu'une m&#233;chante clique a d&#233;tourn&#233; les technologies les plus prometteuses pour vous voler votre futur ? David Graeber y r&#233;pond pour vous, par l'affirmative. La technologie, avance-t-il, est tiss&#233;e de l'&#233;toffe de nos r&#234;ves. C'est notre capacit&#233; imaginante qui pr&#233;side &#224; la mise en &#339;uvre du monde dans lequel nous voulons vivre. Et l'anthropologue-anarchiste de se demander : par quel malheureux accident a-t-il pu se faire qu'en 2016 nous demeurions en attente des robots blanchisseurs et des r&#233;acteurs dorsaux qui peuplaient l'imaginaire futuriste des ann&#233;es 1960 ? Curieuse disposition d'esprit, tout de m&#234;me, dans cette fa&#231;on de tourner les probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, lorsqu'on &#233;voque la question de la technologie, une personne &#224; l'esprit un tant soit peu critique ne manquera pas de s'interroger &#224; la fois sur le sens du progr&#232;s technique et sur la finalit&#233; de la production en rapport avec les besoins. Questions absolument cruciales, qui tiennent &#224; une volont&#233; minimale de ma&#238;triser nos conditions d'existence. Or, &#233;trangement, l'article d&#233;marre pour ainsi dire &lt;i&gt;in medias res&lt;/i&gt; : il ne s'agit jamais de revenir en amont des pr&#233;tendus progr&#232;s technologiques pour discerner ce qu'ils apportent et ce qu'ils saccagent, mais bien d'estimer scandaleux, ma bonne dame, d'avoir encore &#224; conduire une automobile, alors que l'on pourrait tr&#232;s bien d&#233;l&#233;guer cette t&#226;che fastidieuse &#224; un algorithme en se repaissant pendant ce temps de la lecture d'un ouvrage remarquablement stimulant sign&#233; David Graeber !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si de telles possibilit&#233;s ne nous sont pas offertes, comprenez-vous, ce n'est pas une question d'inventivit&#233; (il y aura toujours, parmi les 99%, des gens brillants), mais bien une question politique : &#171; ils &#187; n'en ont pas voulu, des technologies &#171; po&#233;tiques &#187; ! Ces moyens rationnels, techniques et bureaucratiques mis au service de r&#234;ves fous. &#171; Ils &#187; ont pr&#233;f&#233;r&#233; orienter les cr&#233;dits de recherche vers les technologies bureaucratiques, bridant le potentiel &#233;mancipateur des meilleurs dispositifs, comme lorsque Internet se trouve r&#233;duit essentiellement &#224; une centrale d'achats en ligne, &#224; un analogue de la poste et &#224; une grande biblioth&#232;que. On le saisit : Graeber n'inscrit en rien son analyse de la bureaucratie dans une critique g&#233;n&#233;rale des rapports r&#233;ifi&#233;s au monde, aux autres et &#224; soi-m&#234;me rendus possibles par le d&#233;veloppement technologique aveugle. Il ne critique pas une forme de vie intrins&#232;quement li&#233;e aujourd'hui au capitalisme, mais un type de contr&#244;le politique et social orchestr&#233; par les &#171; 1% &#187;. C'est que les dirigeants ont int&#233;r&#234;t &#224; contr&#244;ler les masses par le truchement du travail, en laissant faire aux humains ce que des robots auraient pu depuis belle lurette leur &#233;pargner. &lt;i&gt;Ergo &lt;/i&gt; : le fond de l'affaire, c'est une lutte de classes, et la technique, somme toute, reste neutre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le point de me laisser embarquer par cet optimisme technologique sans faille, une malheureuse citation est revenue doucher ma naissante euphorie : &#171; &lt;i&gt;Durant un si&#232;cle, l'humanit&#233; s'est livr&#233;e &#224; une exp&#233;rience fond&#233;e sur l'hypoth&#232;se suivante : l'outil peut remplacer l'esclave. Or, il est manifeste qu'employ&#233; &#224; de tels desseins, c'est l'outil qui de l'homme fait son esclave. La dictature du prol&#233;tariat et la civilisation des loisirs sont deux variantes politiques de la m&#234;me domination par un outillage industriel en constante expansion&lt;/i&gt;. &#187; Ces lignes d'Ivan Illich, dans &lt;i&gt;La Convivialit&#233;&lt;/i&gt;, datent de 1973, lorsque le jeune Graeber devait d&#233;vorer tout Asimov en r&#234;vant de laisser un andro&#239;de sur Mars. Or, des r&#233;flexions de cet acabit n'existent tout bonnement pas dans la galaxie de notre anthropologue-anarchiste. &#192; ses yeux, il est au contraire &#233;tonnant que nous n'ayons pas d&#233;j&#224; per&#231;u &#224; quel point le capitalisme freine l'innovation, au lieu de favoriser pr&#233;cis&#233;ment sa constante expansion. L'iPhone, objet r&#233;v&#233;r&#233; de notre &#233;poque, ne serait ainsi qu'une &#171; modeste am&#233;lioration &#187; con&#231;ue pour amuser la galerie. Qu'il soit utile, incidemment, pour tracer, g&#233;olocaliser, conserver le salari&#233; sous pression perp&#233;tuelle et exploiter par consentement les dynamiques auto-entrepreneurs de la nouvelle &#233;conomie : de tout cela, pas un mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce marasme technologique qui signe l'&#233;chec du capitalisme &#8211; &#233;chec d'une cristalline &#233;vidence, n'est-ce pas ? &#8211;, soyons audacieux, nous enjoint David Graeber. Sa vision n&#233;buleuse d'un socialisme d&#233;centralis&#233; rencontre en toute logique les technologies d'imprimantes 3D, porteuses d'un avenir d'initiatives et de cr&#233;ativit&#233; d&#233;multipli&#233;es. Avec un tel argumentaire, nul doute que l'ic&#244;ne alternative sera intronis&#233;e chouchou des s&#233;minaires sur le num&#233;rique collaboratif ou la croissance verte, sur le th&#232;me &#171; Les fablabs, moteurs d'une &#233;cologie subversive &#187;. De l'audace, toujours de l'audace : ouvrons de nouveau l'avenir de la technologie, contre tous ces gens au profil &#171; &lt;i&gt;anticivilisation&lt;/i&gt; &#187; qui affirment que la &#171; &lt;i&gt;lib&#233;ration humaine n'est r&#233;alisable que par un retour &#224; l'&#226;ge de pierre &lt;/i&gt; &#187;. Pass&#233; ce point d'&#233;lucubrations interstellaires, on en vient &#224; se dire que le sagace et virevoltant David Graeber s'est retrouv&#233; coinc&#233; dans le monde r&#233;el, pendant que les cyniques agents nous envoyaient, &#224; nous, prisonniers de la Matrice, son image digitale &#171; Luc Ferry &#187; pour nous sermonner sur les errances de la critique du progr&#232;s technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'aura compris, ma d&#233;ception fut grande &#224; la lecture de ce chapitre de &lt;i&gt;Bureaucratie&lt;/i&gt;. L'inqui&#233;tant, c'est d'imaginer les prochains enthousiasmes &#224; courte vue de son auteur. Pour cela, je crains fort que nous n'ayons m&#234;me pas &#224; nous t&#233;l&#233;porter dans le futur. Mais sait-on jamais. Comme dans tout bon sc&#233;nario de science-fiction, ceux qui anticipent l'avenir sont susceptibles d'en modifier le cours : David Graeber remettra peut-&#234;tre un jour les pieds sur terre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Lordon's Calling</title>
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		<dc:date>2015-11-10T17:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Renaud Garcia</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Dans son essai sur l'&#201;tat, Imperium. Structures et affects des corps politiques (&#233;ditions La Fabrique, septembre 2015), Fr&#233;d&#233;ric Lordon affirme que &#171; la seule force est celle du vertical &#187; et que &#171; le bout de l'&#233;mancipation vraie est loin &#187; et &#171; m&#234;me inatteignable &#187;, avant de convenir, en citant Beckett, qu'il faut pourtant garder le cap : &#171; essayer encore, rater encore, rater mieux &#187;. Le philosophe Renaud Garcia nous propose une recension critique de l'ouvrage d'un point de vue anarchiste. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans son essai sur l'&#201;tat, &lt;a href=&#034;http://www.lafabrique.fr/catalogue.php?idArt=926&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Imperium. Structures et affects des corps politiques&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (&#233;ditions La Fabrique, septembre 2015), Fr&#233;d&#233;ric Lordon affirme que &lt;i&gt;&#171; la seule force est celle du vertical &#187;&lt;/i&gt; et que &lt;i&gt;&#171; le bout de l'&#233;mancipation vraie est loin &#187;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#171; m&#234;me inatteignable &#187;&lt;/i&gt;, avant de convenir, en citant Beckett, qu'il faut pourtant garder le cap : &lt;i&gt;&#171; essayer encore, rater encore, rater mieux &#187;&lt;/i&gt;. Le philosophe Renaud Garcia nous propose une recension critique de l'ouvrage d'un point de vue anarchiste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;LE DERNIER OUVRAGE de Fr&#233;d&#233;ric Lordon se veut une cure de d&#233;grisement administr&#233;e &#224; la gauche critique. La lecture de Spinoza pensant la gen&#232;se des corps politiques lui permet d'&#233;corner le prestige de trois &#233;l&#233;ments nodaux du discours de l'&#233;mancipation qui depuis Marx finissent toujours, selon Lordon, par nourrir des voeux pieux : l'internationalisme, le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat, et la possibilit&#233; d'une horizontalit&#233; radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre part de la question suivante : comment d&#233;terminer ce qui fait qu'un corps politique se tient et dure ? D'une part, un corps politique se constitue par la puissance de la &#171; multitude &#187;, sous l'effet d'un affect commun. Ce &#171; droit &#187; que constitue la puissance de la multitude, c'est l'&lt;i&gt;imperium&lt;/i&gt;. D'autre part, chaque corps politique se distingue des autres par une certaine structure issue de l'&#233;quilibre instable entre des forces convergentes et des forces divergentes. D'o&#249; la n&#233;cessaire fragmentation de l'humanit&#233; en &lt;i&gt;&#171; ensembles finis distincts &#187;.&lt;/i&gt; D'o&#249; &#233;galement le fait que la multitude ne se structure qu'en canalisant les forces centrifuges qui l'animent, ce qui suppose une verticalit&#233; constitutive. En clair, il y a toujours de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1601 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH312/p13-cqfd-illus-lordon-ebf28.jpg?1782773963' width='500' height='312' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#034;&#201;tat-Shifumi&#034; par Kalem
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Kalem
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'internationalisme b&#233;at des &#171; citoyens du monde &#187; est mis &#224; mal par le rappel judicieux du fait de l'appartenance, distingu&#233; avec soin de la crispation identitaire. Les corps politiques se retrouvent toujours autour d'affects communs qui produisent davantage que la somme des volont&#233;s de leurs composants. Cette &lt;i&gt;&#171; exc&#233;dence du social &#187; &lt;/i&gt; explique l'in&#233;vitable verticalit&#233; produite par toute collectivit&#233; de grande ampleur. Sous l'aspect des lois, des institutions, la politique se traduit donc par la pr&#233;sence d'un &#201;tat &lt;i&gt;&#171; g&#233;n&#233;ral &#187;&lt;/i&gt;, structurellement charg&#233; de canaliser la &lt;i&gt;&#171; disconvenance passionnelle &#187;&lt;/i&gt; qui menace invariablement la coh&#233;sion des grands groupes.
Les anarchistes, en faisant de l'&#201;tat leur pire ennemi, reproduiraient ainsi une erreur funeste : ils confondent une incarnation historique &#8211; l'&#201;tat bourgeois &#8211; avec la cat&#233;gorie g&#233;n&#233;rale de l'&#201;tat. Qu'ils soient donc moins &#171; press&#233;s &#187; et &#233;coutent froidement la le&#231;on administr&#233;e par Spinoza et son ventriloque Lordon !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car s'il y aura toujours de l'&lt;i&gt;imperium&lt;/i&gt;, cela ne suppose pas de cesser de lutter contre la capture &#233;tatique de la puissance du social. Parce que leurs parties constituantes, leur trac&#233; et leur forme institutionnelle sont modifiables, les soci&#233;t&#233;s doivent s'efforcer de se r&#233;approprier leur puissance face &#224; ce &#171; ph&#233;nix &#187; qu'est l'&#201;tat. Mais il r&#233;appara&#238;tra, tentera de soumettre la collectivit&#233; &#224; des institutions et des affects la s&#233;parant de ce qu'elle peut (marchandise, monnaie unique, nationalisme agressif, parlementarisme). Une politique d'&#233;mancipation devrait alors tendre vers une vie &#171; hors la loi &#187;, o&#249; la raison commune guiderait le comportement humain, mais en sachant qu'elle n'est qu'un horizon inatteignable. Ou comment &lt;i&gt;&#171; pers&#233;v&#233;rer dans le d&#233;sir r&#233;volutionnaire sans se raconter des histoires r&#233;volutionnaires &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois referm&#233;, le livre laisse ouvertes maintes interrogations. Et d'abord celle de savoir &#224; qui s'adresse vraiment cet ouvrage. Les philosophes ou apparent&#233;s y trouveront sans nul doute une tentative suggestive pour mettre au travail la pens&#233;e de Spinoza dans un contexte satur&#233; de malentendus sur la question de la &#171; nation &#187; et de la &#171; souverainet&#233; &#187;. Le public de gauche cultiv&#233;, ici entretenu dans un d&#233;dain convenu &#224; l'&#233;gard de la pens&#233;e anarchiste, y verra une somme salvatrice de la part d'un v&#233;ritable intellectuel courageux, dont la position originale sur la question de l'&#201;tat et de l'&#233;mancipation se tient &#224; distance non seulement de l'apologie de la nation &#233;ternelle (tendance Finkielkraut), mais aussi du communisme cosmopolite (tendance Badiou ou Negri). Mais il pourrait malheureusement en aller autrement pour les lecteurs de sensibilit&#233; &#171; libertaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, on a souvent l'impression, &#224; parcourir les pages o&#249; Lordon tient tant &#224; se d&#233;marquer de la &#171; pens&#233;e libertaire &#187;, que notre philosophe critique en r&#233;alit&#233; un homme de paille soigneusement confectionn&#233; par ses soins. Quelques exemples. Bakounine est ramen&#233; au rang des d&#233;fenseurs intransigeants de la libre association contractuelle, qui constituerait le ferment de toute soci&#233;t&#233; libre. Sur cette base, Lordon a beau jeu de pr&#233;senter une alternative simpliste (soit le Moloch &#233;tatique &#224; la mani&#232;re de Hobbes ; soit la libre association toujours r&#233;vocable), afin de d&#233;rouler sa propre solution spinoziste, n&#233;cessairement plus subtile, plus r&#233;aliste, mieux pens&#233;e, etc. On rappellera simplement que si Bakounine, dans &lt;i&gt;Le Cat&#233;chisme r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; (1866), fait certes de la libre association le principe de l'organisation f&#233;d&#233;rale, il voit dans les int&#233;r&#234;ts, les besoins (ordre &#233;conomique) et les attractions naturelles (qui peuvent s'effectuer entre les nations) la base de la f&#233;d&#233;ration. On notera &#233;galement que dans sa pol&#233;mique contre Mazzini, il d&#233;fendait un mod&#232;le qui part de la commune, s'&#233;l&#232;ve &#224; la province, puis &#224; la nation pour atteindre le niveau de la f&#233;d&#233;ration internationale.
Or, pour Bakounine, la commune n'est pas issue d'un contrat d'association, elle est plut&#244;t la garantie de tout contrat : elle met sous la &lt;i&gt;&#171; sauvegarde communale &#187;&lt;/i&gt; les associations qui se forment en son sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Lordon, la pens&#233;e libertaire est minor&#233;e en raison de son ind&#233;crottable na&#239;vet&#233;, de sa conception univoque de la nature humaine, pr&#233;tendument bonne, g&#233;n&#233;reuse, attendant d'&#234;tre retrouv&#233;e telle quelle sous la domination &#233;tatique. Faut-il rappeler &#224; M. Lordon les dizaines de textes anarchistes indiquant que c'est bien parce que les anarchistes ne r&#234;vent pas la nature humaine telle qu'elle devrait &#234;tre qu'ils se m&#233;fient autant des positions de pouvoir hi&#233;rarchique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kropotkine se voit tax&#233; du &lt;i&gt;&#171; comble de l'errance th&#233;orique &#187;&lt;/i&gt;, le naturalisme du savant russe s'av&#233;rant pour Lordon totalement fantasmagorique. Mais l'id&#233;e selon laquelle la morale pourrait &#234;tre un produit de l'&#233;volution naturelle est-elle si absurde que cela ? Au fond, n'est-ce pas dire, d'une autre fa&#231;on, que l'homme n'est pas un &#171; empire dans un empire &#187; ? Or, notre sociologue bourdieusien a d&#233;cid&#233;ment bien du mal &#224; faire confiance &#224; l'id&#233;e de nature, qu'il semble toujours suspecter d'alimenter la pente r&#233;gressive des essentialismes. Tout cela consonne avec sa d&#233;testation des pr&#233;tendues &#171; communaut&#233;s substantielles &#187; auxquelles voudraient faire retour les partisans de la &#171; Terre-M&#232;re &#187;, et autres anthropologues anarchistes (Clastres, Graeber) tanc&#233;s pour leur importation candide de mod&#232;les sociaux &#171; cl&#233;s en main &#187;. Lordon, lui, n'id&#233;alise pas la nature humaine, il la pense avec l'exigeante lucidit&#233; d'un moraliste du XVII e si&#232;cle s'employant &#224; d&#233;mystifier les comportements g&#233;n&#233;reux &#224; partir de la m&#233;canique secr&#232;te de l'int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons encore cette id&#233;e : les &lt;i&gt;&#171; hommes r&#233;els &#187;&lt;/i&gt; sont des &lt;i&gt;&#171; complexions passionnelles &#187;&lt;/i&gt; r&#233;alisant particuli&#232;rement la nature humaine, et non la nature humaine elle-m&#234;me, qui est toujours &lt;i&gt;&#171; sousd&#233;termin&#233;e &#187;&lt;/i&gt;. Comment Lordon peut-il pr&#233;senter cette id&#233;e comme une trouvaille th&#233;orique personnelle sugg&#233;r&#233;e par Spinoza, tranchant radicalement avec le &lt;i&gt;wishful thinking&lt;/i&gt; des anarchistes, alors que tout le travail th&#233;orique de Kropotkine par exemple a consist&#233; &#224; montrer comment nos potentialit&#233;s naturelles se combinent dans des contextes culturels divers et rendent possible une histoire des traditions d'entraide&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une tout autre approche de la question, je me permets de renvoyer &#224; mon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que penser en d&#233;finitive ? Non pas que Fr&#233;d&#233;ric Lordon m&#233;connaisse l'apport de la critique anarchiste de l'&#201;tat r&#233;pressif et alli&#233; du capital : il l'approuve en plusieurs endroits pour sa radicalit&#233;. Mais les affects divergents finissent par l'emporter, et commandent cette politesse distante : conc&#233;der gracieusement &#224; l'anarchisme des &#171; moments de lucidit&#233; &#187; pour la rel&#233;guer apr&#232;s m&#251;re r&#233;flexion au rang des chim&#232;res et des nostalgies de l'&#226;ge d'or. Il est alors surprenant, une fois r&#233;sorb&#233;e l'enflure des n&#233;ologismes &#8211; &#171; &lt;i&gt;basal &#187; ; &#171; pulv&#233;rulence &#187; ; &#171; empuissancement &#187; ; &#171; endog&#232;nement &#187; ; &#171; statonational &#187; ; &#171; condition asynoptique &#187;,&lt;/i&gt; etc. &#8211; et des phrases sybillines &#8211; &lt;i&gt;&#171; tel &#233;tait bien l'enseignement du mod&#232;le de gen&#232;se conceptuelle dont le but &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment de montrer le pouvoir morphog&#233;n&#233;tique des dynamiques passionnelles qui se forment endog&#232;nement dans une telle vapeur de pr&#233;carit&#233; violente &#187;&lt;/i&gt; &#8211;, de retrouver en conclusion un discours de l'&#233;mancipation qui emprunte largement aux fondamentaux&#8230; de l'anarchisme : l'autogouvernement, le mandat imp&#233;ratif, la r&#233;vocabilit&#233;, ou encore le principe de subsidiarit&#233; et l'organisation locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Subtile mise en abyme. &#201;voquant l'&#201;tat &#224; la fois comme une puissance sociale en acte (&lt;i&gt;imperium&lt;/i&gt;) et comme un pouvoir de capture, Lordon semble avoir soumis lui-m&#234;me la puissance d'invention politique de l'anarchisme &#224; une captation par un discours sociologique et philosophique r&#233;aliste, cautionn&#233; par la figure tut&#233;laire de Spinoza. Op&#233;ration intellectuelle que l'on pourra juger aussi frauduleuse que les pr&#233;tendus titres de l'&#201;tat &#224; enserrer la vitalit&#233; du corps social. Pourtant, &#224; bien lire Lordon, les libertaires pourraient sans doute cheminer quelque temps &#224; ses c&#244;t&#233;s. Encore faudrait-il qu'apr&#232;s une conversation courtoise, le philosophe souverainement lucide ne les &#233;conduise pas d'une l&#233;g&#232;re tape paternaliste sur l'&#233;paule.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour une tout autre approche de la question, je me permets de renvoyer &#224; mon ouvrage &lt;a href=&#034;http://www.lcdpu.fr/livre/?GCOI=27000100319130&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La nature de l'entraide. Pierre Kropotkine et les fondements biologiques de l'anarchisme,&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; ENS &#233;ditions, octobre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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