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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Des m&#232;res d&#233;ter'</title>
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		<dc:date>2023-06-14T16:10:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Na&#239;k&#233; Desquesnes</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Marine Summercity</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chacune &#224; leur mani&#232;re, sept femmes racontent comment elles prennent leurs distances avec la figure de la m&#232;re respectable. La parole est aux daronnes. Elles s'appellent Johanna, Victoria, Marie-H&#233;l&#232;ne, Fanny, Fatou, M&#233;lanie et Anturia. Elles ont en commun d'&#234;tre m&#232;res et de faire face &#224; des injonctions multiples, v&#233;hicul&#233;es par les institutions, ou un cercle familial normatif et jugeant. Ensemble, elles se sont demand&#233; : comment on fait pour y &#233;chapper ? C'est quoi le truc pour sortir du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no221-juin-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;221 (juin 2023)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Marine-Summercity" rel="tag"&gt;Marine Summercity&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L106xH150/web_221_marinsum_1200px-2-1ddb5.jpg?1779735695' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chacune &#224; leur mani&#232;re, sept femmes racontent comment elles prennent leurs distances avec la figure de la m&#232;re respectable. La parole est aux daronnes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5210 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_221_marinsum_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/web_221_marinsum_1200px-c1378.jpg?1779735695' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Marine Summercity
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;lles s'appellent Johanna, Victoria, Marie-H&#233;l&#232;ne, Fanny, Fatou, M&#233;lanie et Anturia. Elles ont en commun d'&#234;tre m&#232;res et de faire face &#224; des injonctions multiples, v&#233;hicul&#233;es par les institutions, ou un cercle familial normatif et jugeant. Ensemble, elles se sont demand&#233; : comment on fait pour y &#233;chapper ? C'est quoi le truc pour sortir du mod&#232;le de la maternit&#233; sacrificielle ? Qu'est-ce que cela co&#251;te de ne pas &#234;tre dans la norme ? Et aussi : qui a le droit d'estimer si nous sommes de bonnes ou de mauvaises m&#232;res ? Tour de table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Johanna&lt;/strong&gt; : 35 ans, racis&#233;e. &#201;ducatrice sp&#233;cialis&#233;e. &#201;l&#232;ve son enfant de onze mois avec son conjoint en banlieue parisienne.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Victoria&lt;/strong&gt; : 42 ans, deux enfants, com&#233;dienne. Passing&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Capacit&#233; d'une personne &#224; &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme membre d'un groupe social (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; blanc, p&#232;re non blanc. Vit &#224; L'Aigle, en Normandie, avec une autre famille et son compagnon, Alg&#233;rien musulman et atteint de maladie mentale.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Marie-H&#233;l&#232;ne&lt;/strong&gt; : 39 ans, un enfant de quatre ans qu'elle a port&#233;, lesbienne, com&#233;dienne, blanche. Vit, elle aussi, &#224; L'Aigle avec sa femme et la famille de Victoria. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Fanny&lt;/strong&gt; : 39 ans, deux enfants de onze et quinze ans, de deux p&#232;res diff&#233;rents. Passing blanc, p&#232;re alg&#233;rien. S&#233;par&#233;e, h&#233;t&#233;ro, pr&#233;caire et activiste. Vit &#224; Dijon, en collectif, avec son premier enfant. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Fatou&lt;/strong&gt; : 37 ans, un enfant, gouine, noire, ne vit pas en couple, com&#233;dienne. &#201;l&#232;ve son enfant dans la Dr&#244;me, &#224; Crest, avec un co-parent, deux amis au quotidien, et un &lt;i&gt;baby crew&lt;/i&gt; qui compte deux autres personnes. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M&#233;lanie&lt;/strong&gt; : 37 ans, deux enfants de neuf et sept ans. S&#233;par&#233;e, h&#233;t&#233;ro, conseill&#232;re conjugale et familiale. Blanche. Vit &#224; Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), en colocation avec une amie.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Anturia&lt;/strong&gt; : 36 ans, com&#233;dienne racis&#233;e, deux enfants dont elle a la garde exclusive. L'un est en situation de handicap. Bisexuelle. Vit seule.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5212 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_221_marinsum2_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/web_221_marinsum2_1200px-3424c.jpg?1779735695' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si ces mots ont un sens pour vous, vous pensez que vous &#234;tes de bonnes ou de mauvaises m&#232;res ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;lanie :&lt;/strong&gt; &#171; Je n'&#233;tais pas pr&#234;te &#224; &#234;tre m&#232;re. On ne l'est jamais vraiment, mais j'ai trouv&#233; &#231;a tr&#232;s, tr&#232;s dur, au d&#233;but. Je me suis s&#233;par&#233;e quand mes filles avaient trois ans et un an. &#202;tre m&#232;re, c'est avoir la charge d'&#234;tres qui d&#233;pendent uniquement de toi : ce que tu fais, les d&#233;cisions que tu prends, ont un impact sur leur vie. R&#233;aliser &#231;a a particip&#233; au fait que j'ai pu &#224; un moment regretter d'&#234;tre m&#232;re : c'est trop lourd pour moi &#224; porter. Avec &#233;norm&#233;ment de peurs de les rendre malheureuses. Mais l&#224;, &#231;a va mieux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fatou :&lt;/strong&gt; &#171; Moi, j'ai fait un enfant avec un ami, donc pas dans le cadre d'un couple amoureux. Et il y a une attente de mon milieu politique ! Comme si on &#233;tait &#8220;le&#8221; mod&#232;le de la parentalit&#233; &#233;mancip&#233;e &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fanny :&lt;/strong&gt; &#171; Pour ma part, au fond on me soup&#231;onne tellement que j'ai plut&#244;t int&#233;r&#234;t &#224; me sentir une bonne m&#232;re pour ne pas p&#233;ter les plombs. &#192; cause de mes choix de vies et mon histoire, je suis sans cesse jug&#233;e. J'ai eu un enfant t&#244;t, &#224; 22 ans, avec un homme violent qui a fait beaucoup de d&#233;g&#226;ts. La justice a mis des ann&#233;es &#224; prot&#233;ger mon enfant de son p&#232;re, mais c'est &#224; moi qu'on reproche d'avoir mal choisi mon conjoint, de ne pas avoir compris l'&#233;tendue du trauma de mon enfant assez t&#244;t. Alors m&#234;me qu'&#224; l'&#233;poque j'avais l'impression de hurler dans le vide. Depuis, je dois sans cesse me faire valider. Face aux services sociaux, face &#224; la police dans le cadre de la plainte que j'ai d&#233;pos&#233;e contre le p&#232;re, face &#224; l'h&#244;pital psy aujourd'hui, car mon enfant est psychiatris&#233;&#8230; Je dois prouver que je suis une bonne m&#232;re. Rapidement on me disculpe, mais c'est un cycle permanent. Je suis depuis toujours soumise au regard des institutions et de leur verdict. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Victoria :&lt;/strong&gt; &#171; De mon c&#244;t&#233;, je suis plut&#244;t en phase avec la mani&#232;re dont je suis parente : j'&#233;l&#232;ve mes enfants avec tr&#232;s peu de coercition. Mais, sur cette question de la bonne ou mauvaise m&#232;re, le regard des autres r&#233;active tout. Par exemple &#224; l'h&#244;pital, lors des s&#233;jours en psychiatrie de mon conjoint, face aux m&#233;decins je prends une voix bizarre, je me transforme. La maladie mentale de mon mec, le fait qu'il ne travaille pas, &#231;a ajoute une responsabilit&#233; : celle de devoir de para&#238;tre encore plus une bonne famille. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marie-H&#233;l&#232;ne :&lt;/strong&gt; &#171; Pour moi aussi, c'est le regard des autres. Je suis lesbienne, je dois prouver que je suis une bonne m&#232;re. M&#234;me si je n'y crois pas, j'ai &#233;t&#233; format&#233;e par l'id&#233;e qu'il manquait &#224; ma fille une figure paternelle. C'est naze pour l'enfant et pour nous, car &#231;a fout une pression. Un exemple : alors que je suis contre le mariage, on s'est mari&#233;es, on a fait les d&#233;marches d'adoption. Je me suis retrouv&#233;e &#224; vouloir rentrer dans le rang. Comme s'il fallait &#234;tre normales au moins &#224; cet endroit, comme si je voulais la prot&#233;ger de sa r&#233;alit&#233;, qui est d'avoir deux mamans et de ne pas conna&#238;tre son g&#233;niteur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fanny :&lt;/strong&gt; &#171; Ah, si ! Je sais quand je me sens mauvaise m&#232;re : quand je vois que je pr&#233;pare mal mes enfants &#224; la violence du monde. Par exemple, lorsque j'ai su que mon enfant n'&#233;tait pas h&#233;t&#233;ro, j'&#233;tais heureuse pour lui, il n'y a pas eu de d&#233;ception, d'inqui&#233;tude ou de mise en garde. Mais au coll&#232;ge, la violence de l'homophobie s'est abattue. Menaces de mort, harc&#232;lement&#8230; J'ai &#233;t&#233; oblig&#233;e de changer mon enfant d'&#233;tablissement. Et je ne l'avais pas vu venir. Encore aujourd'hui, je me demande si j'aurais d&#251; plus le pr&#233;venir et lui apprendre &#224; taire certaines choses&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La rue, le train, la sortie de classe, les commerces&#8230; autant d'espaces publics o&#249;, en tant que m&#232;re, on est &#224; d&#233;couvert, o&#249; l'on a toujours peur de faire quelque chose &#171; qui ne se fait pas &#187;. Comment composez-vous avec ces situations ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Johanna :&lt;/strong&gt; &#171; Les gens me font h&#233;siter. Mon enfant est racis&#233;, et, je ne sais pas si c'est pour &#231;a, mais dans la rue, tout le monde s'arr&#234;te. &#8220;&lt;i&gt;Il est pas couvert, trop couvert, il n'a pas de chaussure, il n'a pas trop froid ?&lt;/i&gt;&#8221; &#199;a alimente ce truc de &#8220;&lt;i&gt;ah oui, je fais peut-&#234;tre mal&lt;/i&gt;&#8221;, alors que tout le monde fait diff&#233;remment, et c'est ok.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Pouvoir dire qu'on n'en peut plus de nos gosses sans qu'on nous r&#233;ponde qu'on l'a cherch&#233; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Victoria :&lt;/strong&gt; &#171; Moi, gr&#226;ce &#224; la formation &#224; la parentalit&#233; que j'ai suivie, je remets les gens &#224; leur place. Dans le train, si les enfants jouent &#224; la Switch beaucoup trop longtemps, ou s'ils se traitent de &#8220;&lt;i&gt;connasse de merde&lt;/i&gt;&#8221;, et qu'on me lance : &#8220;&lt;i&gt;Qu'est-ce que &#231;a va &#234;tre &#224; l'adolescence ?&lt;/i&gt;&#8221; je regarde la personne et j'arrive &#224; dire d'un air int&#233;ress&#233; : &#8220;&lt;i&gt;&#199;a vous inqui&#232;te ?&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les endroits ou les personnes qui vous disent que vous &#234;tes de mauvaises m&#232;res ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Johanna :&lt;/strong&gt; &#171; En ce moment, c'est avec mon conjoint que &#231;a se joue. Quand il revient le soir, j'ai besoin qu'il prenne le relai, de sortir, de prendre du temps pour moi. Personne n'accepte que ce soit dur d'&#234;tre seule avec un enfant toute la journ&#233;e et que c'est aussi du travail. Il a du mal &#224; comprendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;lanie :&lt;/strong&gt; &#171; Pour ma part, quand je suis partie du foyer, j'ai eu &#233;norm&#233;ment de remarques de voisins, d'amis, sur le fait que ce n'&#233;tait pas bon pour mes enfants. J'ai beaucoup imagin&#233; que je renvoyais une mauvaise image, alors je me suis coup&#233;e d'une partie de ma ville. &#192; la s&#233;paration, ma deuxi&#232;me avait un an, j'ai &#233;t&#233; peu soutenue par ma famille et on m'a fait des reproches. On m'a dit que c'&#233;tait &#233;go&#239;ste. Et puis, comme le p&#232;re de mes enfants est quelqu'un de merveilleux, il y avait une incompr&#233;hension totale de ce que je vivais. Pour ma m&#232;re, d&#232;s qu'un homme l&#232;ve le petit doigt, il est incroyable. Quand je suis en vacances chez elle et que je prends deux minutes pour moi, &#231;a l'&#233;nerve : je devrais &#234;tre &#224; m'occuper de mes enfants. Dans ma famille, j'ai l'impression qu'on me reproche de faire des choses pour moi, d'avoir une vie avec mes copines et de ne pas gal&#233;rer comme une maman &#224; temps plein&#8230; Alors qu'une semaine sur deux, quand je les retrouve, c'est du 3 000 % : accueil des &#233;motions, cuisine, jeux, bain, sans relai. Avec tous ces reproches, j'ai mis beaucoup de temps &#224; assumer de dire que j'allais &#224; la danse le soir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Victoria :&lt;/strong&gt; &#171; Moi, mes parents, &#224; chaque grossesse ils ont pleur&#233;. Ils sont persuad&#233;s que tomber enceinte de cet homme-l&#224;, c'est la plus grosse connerie que j'ai jamais faite. Mon p&#232;re, n&#233; racis&#233; dans une famille blanche, appel&#233; toute sa vie &#8220;le Chinois&#8221;, voulait pour moi et mes trois s&#339;urs des maris blancs. Ce qu'elles ont fait, pas moi. Je me sens parfois mauvaise fille et, par ricochet, &#231;a me donne le devoir d'&#234;tre une bonne m&#232;re. Du c&#244;t&#233; de ma belle-m&#232;re, par contre, c'est pas trop la pression. Elle est compl&#232;tement hors normes : elle fume des clopes sous le nez des enfants en jurant en arabe ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marie-H&#233;l&#232;ne :&lt;/strong&gt; &#171; Pour moi, ce qui est compliqu&#233; en ce moment, ce sont les rapports avec la ma&#238;tresse. Elle nous a signifi&#233; par &#233;crit : &#8220;&lt;i&gt;Romi m'a demand&#233; si elle avait un papa.&lt;/i&gt;&#8221; On lui a expliqu&#233; : &#8220;&lt;i&gt;On vous a racont&#233; son histoire, il faut juste lui dire &#8216;Non, tu n'as pas de papa' et que ce ne soit pas un malaise pour vous.&lt;/i&gt;&#8221; Et elle a r&#233;pondu : &#8220;&lt;i&gt;Ah non, non, non, on ne rentre pas dans les trucs de famille !&lt;/i&gt;&#8221; C'est de la lesbophobie ordinaire, et c'est dur de savoir ma fille quatre jours par semaine avec cette personne. &#199;a me donne envie de surprot&#233;ger mon enfant, comme si j'&#233;tais coupable de ne pas &#234;tre dans la norme, d'avoir fait autre chose que ce qu'il faut faire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anturia :&lt;/strong&gt; &#171; De mon c&#244;t&#233;, &#224; l'&#233;cole, j'ai peur qu'on me dise que je ne fais pas assez pour mon fils, qui est autiste. Que je ne le pousse pas assez. Pour les autres parents, je suis la m&#232;re cheloue. On me regarde bizarrement. Parce que j'ai l'air jeune, par la mani&#232;re dont je m'habille ; parce que mes enfants portent les v&#234;tements qu'ils veulent, qu'ils s'habillent en rose, qu'ils mettent des barrettes. Les gens me soup&#231;onnent de les d&#233;guiser. &#8220;&lt;i&gt;Oh bah toi, &#231;a se voit que tu voulais avoir une fille !&lt;/i&gt;&#8221; m'a-t-on dit un jour. J'ai travaill&#233; sur moi pour ne pas &#234;tre accul&#233;e par ces regards, mais j'ai peur d'&#234;tre jug&#233;e par ma communaut&#233; musulmane. Ce n'est pas l'islam le probl&#232;me, c'est la mani&#232;re dont les gens voient les choses. Mais j'ai aussi des alli&#233;es, avec qui je rigole des normes tr&#232;s fran&#231;aises : manger &#224; 19 heures 30, se coucher &#224; 20 heures ! Dans mon environnement proche, il n'y a pas de Blanches, &#231;a cr&#233;e une certaine souplesse. Alors que dans la famille de mon ex, j'&#233;tais beaucoup confront&#233;e : &#8220;&lt;i&gt;Vous les laissez faire &#231;a ?&lt;/i&gt;&#8221; &#8220;&lt;i&gt;Il est 20 heures et il mange une tartine de confiture ?&lt;/i&gt;&#8221; Ces normes me renvoient &#224; mon d&#233;calage. Des fois, je me dis : &#8220;&lt;i&gt;Je ne suis pas adapt&#233;e.&lt;/i&gt;&#8221; On m'a aussi fait des remarques parce que je suis une m&#232;re noire. Je portais mon enfant, on me disait : &#8220;&lt;i&gt;Maintenant, tu sais, il y a des poussettes&lt;/i&gt;&#8221; ou &#8220;&lt;i&gt;Chez vous, c'est comme &#231;a !&lt;/i&gt;&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fatou :&lt;/strong&gt; &#171; Moi, les deux premiers mois de mon fils, je me baladais avec son acte de naissance. J'avais peur que, s'il arrivait quelque chose, on ne me croie pas que j'&#233;tais sa m&#232;re. Parce qu'il est n&#233; blanc et que, par la suite, sa peau s'est pigment&#233;e. Quand il avait un mois, j'ai voyag&#233; seule avec mon enfant dans le train. Un couple de personnes blanches parlait de moi comme si j'&#233;tais la nounou. Elles &#233;taient choqu&#233;es que des parents puissent laisser un b&#233;b&#233; si jeune &#224; une nounou. Je les ai laiss&#233;es dire leurs sottises pendant dix minutes puis les ai coup&#233;es : &#8220;&lt;i&gt;Je suis la m&#232;re.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plusieurs d'entre vous ont dit qu'elles avaient besoin de rompre avec l'image de la m&#232;re sacrificielle, recluse dans l'espace domestique. Comment vous vivez avec cette libert&#233; que vous prenez face &#224; la norme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fanny :&lt;/strong&gt; &#171; Avec le p&#232;re de mon deuxi&#232;me enfant, on s'est toujours partag&#233; la garde. Maintenant qu'on habite loin l'un de l'autre, il vit deux ans chez l'un et deux ans chez l'autre. En ce moment il est chez son p&#232;re. Et &#231;a, j'avoue que c'est dur. Les gens lui disent : &#8220;&lt;i&gt;Mais comment &#231;a se fait que ta m&#232;re ne veuille pas vivre avec toi ? C'est bizarre, non ?&lt;/i&gt;&#8221; C'est trash, j'ai peur qu'il se dise qu'en effet je ne veux pas vivre avec lui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;lanie :&lt;/strong&gt; &#171; Moi j'en ai beaucoup voulu &#224; ma m&#232;re de ne pas avoir fait de ma s&#339;ur et moi sa priorit&#233;, mais finalement elle m'a appris d'une autre mani&#232;re l'ind&#233;pendance, ce qu'elle appelle l'&#233;go&#239;sme. Parfois, j'ai peur que mes filles me fassent le m&#234;me reproche, qu'elles m'en veuillent de ne pas m'&#234;tre totalement &#8220;sacrifi&#233;e&#8221;. Voil&#224;, c'est complexe, c'est pas tout &#224; fait gagn&#233;, cette histoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pensez que donner plus de place aux p&#232;res dans la parentalit&#233; pourrait r&#233;duire les injonctions faites aux femmes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;lanie :&lt;/strong&gt; &#171; Avant, j'&#233;tais tout le temps en col&#232;re qu'on survalorise les p&#232;res qui font le taf normal des m&#232;res. J'ai eu le seum qu'on s'extasie devant mon ex parce que notre enfant &#233;tait en garde altern&#233;e. Il faut arr&#234;ter d'avoir des attentes si basses envers les hommes et porter le m&#234;me regard sur les deux parents. Quand le b&#233;b&#233; pleure, il n'y a pas de raison que le mec y arrive moins que la m&#232;re ! J'ai la chance d'avoir autour de moi quelques amis qui me redonnent un peu espoir m&#234;me si, travaillant autour des violences faites aux femmes, les hommes h&#233;t&#233;ros me font souvent perdre foi en l'humanit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Parfois, j'ai peur que mes filles m'en veuillent de ne pas m'&#234;tre totalement &#8220;sacrifi&#233;e&#8221; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fanny :&lt;/strong&gt; &#171; En r&#233;alit&#233;, pour faire autrement, faut &#234;tre d&#233;termin&#233;es ! Quand mon fils &#233;tait tout petit, il avait des probl&#232;mes de respiration, l'ambulance venait souvent. &#192; chaque fois, c'&#233;tait moi qui montais dedans, car ils appellent la m&#232;re &#224; ce moment-l&#224;. Une fois, on a d&#233;cid&#233; que ce coup-l&#224;, ce serait le papa. Quand il est mont&#233;, c'&#233;tait le jugement dernier : incompr&#233;hension totale des ambulanciers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels outils, quels conseils, vous auriez envie de transmettre &#224; celles qui vont avoir des enfants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toutes :&lt;/strong&gt; &#171; Avoir un crew de super copines f&#233;ministes ! Des moments &lt;i&gt;safe&lt;/i&gt;, o&#249; les &#233;changes sont soutenants, non jugeants. Pour d&#233;charger, pleurer, se donner des conseils, entendre qu'on vit toutes des gal&#232;res. Pour ne pas s'oublier et se remettre au centre. Pour pouvoir dire qu'on n'en peut plus de nos gosses sans qu'on nous r&#233;ponde qu'on l'a cherch&#233; ! Et si on n'a pas de groupes d'amies, on peut se rapprocher d'un groupe de paroles organis&#233;, comme Parents et f&#233;ministes, &#224; Paris. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fanny :&lt;/strong&gt; &#171; Moi, quand mon enfant avait deux semaines, il pleurait beaucoup, et la sage-femme m'a dit : &#8220;&lt;i&gt;Dans ce cas, tu mets ton enfant en s&#233;curit&#233; dans son lit, tu fermes la porte, et puis tu appelles une copine pour qu'elle te raconte un truc qui n'a rien &#224; voir. Qu'elle te donne de l'air.&lt;/i&gt;&#8221; Je m'en rappellerai toujours. Elle a valid&#233; le fait que c'&#233;tait ok d'en avoir marre, parfois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anturia :&lt;/strong&gt; &#171; Relativiser. L&#226;cher prise. Ok, je les mets devant un dessin anim&#233;, mais c'est pour souffler. Pour ne pas &#234;tre violente. L&#226;cher prise mais ne pas l&#226;cher l'affaire. &#202;tre parent, c'est pas une mission ; les injonctions nous &#233;loignent de la pr&#233;ciosit&#233; de la vie. Je me souviens d'une veille de rentr&#233;e de petites vacances, o&#249; je dis &#224; une copine : &#8220;&lt;i&gt;Les chaussures de mon fils sont trou&#233;es, les magasins sont ferm&#233;s.&lt;/i&gt;&#8221; Et elle me r&#233;pond : &#8220;&lt;i&gt;On s'en fiche. Profite ! Va jouer avec lui.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marie-H&#233;l&#232;ne :&lt;/strong&gt; &#171; Pour moi, le conseil ce serait de se nourrir d'autres mod&#232;les que celui de la famille nucl&#233;aire. Vivre en coloc, en collectif, avec d'autres adultes qui peuvent soutenir. Juste le couple parental qui &#233;duque, c'est parfois pas la meilleure id&#233;e ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vos copines semblent &#234;tre des r&#233;f&#233;rentiels forts&#8230; Vous avez d'autres mod&#232;les de m&#232;res ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anturia :&lt;/strong&gt; &#171; Erin Brockovich ! Quand je suis trop en difficult&#233; je pense fort &#224; elle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fatou :&lt;/strong&gt; &#171; Ma m&#232;re et mes tantes. Elles avaient une sacr&#233;e organisation collective. Parce que chez nous, les p&#232;res &#233;taient absents. Par contre, le mod&#232;le daronne-&#224;-la-maison-&#224;-temps-plein ne me fait pas du tout r&#234;ver ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;lanie :&lt;/strong&gt; &#171; Moi, c'est la m&#232;re dans la s&#233;rie &lt;i&gt;Ginny &amp; Georgia&lt;/i&gt;. C'est un mod&#232;le compl&#232;tement ouf, qui assassine des amants connards p&#233;docriminels. Elle s'occupe assez mal de sa fille, elle doit vivre avec les violences qu'elle a v&#233;cues et en m&#234;me temps, c'est une daronne qui fait &#233;norm&#233;ment pour ses enfants. J'adore les livres sur les m&#232;res indignes qui ne pouvaient pas faire passer les enfants en priorit&#233; : celui de Maya Angelou sur Lady B, sa m&#232;re qui l'a laiss&#233;e &#224; sa grand-m&#232;re durant dix ans. Ou les lettres de Calamity Jane &#224; sa fille, qu'elle a abandonn&#233;e &#224; d'autres adultes pour vivre sa vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Na&#239;k&#233; Desquesnes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Aide &#224; l'&#233;dition : Fanny Sabbah&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Capacit&#233; d'une personne &#224; &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme membre d'un groupe social autre que le sien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Le pouvoir colonial vise les femmes &#187;</title>
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		<description>
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1960, des milliers d'avortements forc&#233;s ont &#233;t&#233; pratiqu&#233;s dans une clinique de l'&#238;le de La R&#233;union, alors que la pratique &#233;tait interdite en France. L'historienne r&#233;unionnaise Fran&#231;oise Verg&#232;s, qui publie Le Ventre des femmes, revient ici sur le contr&#244;le par l'&#201;tat du corps des femmes noires. Dans &#171; Le Ventre des femmes &#8211; Capitalisme, racialisation, f&#233;minisme &#187;, paru chez Albin Michel, tu d&#233;voiles les d&#233;tails d'un drame humain peu connu... En juin 1970, un p&#232;re et une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no155-juin-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;155 (juin 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/annees" rel="tag"&gt;ann&#233;es&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1960, des milliers d'avortements forc&#233;s ont &#233;t&#233; pratiqu&#233;s dans une clinique de l'&#238;le de La R&#233;union, alors que la pratique &#233;tait interdite en France. L'historienne r&#233;unionnaise Fran&#231;oise Verg&#232;s, qui publie &lt;i&gt;Le Ventre des femmes&lt;/i&gt;, revient ici sur le contr&#244;le par l'&#201;tat du corps des femmes noires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2609 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH281/-870-5e62c.jpg?1779602762' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Jo&#235;l Cimarr&#243;n.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &#171; Le Ventre des femmes &#8211; Capitalisme, racialisation, f&#233;minisme &#187;, paru chez Albin Michel, tu d&#233;voiles les d&#233;tails d'un drame humain peu connu... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 1970, un p&#232;re et une m&#232;re s'inqui&#233;tant des saignements de leur fille de 17 ans alertent un m&#233;decin. L'existence de milliers d'avortements pratiqu&#233;s chaque ann&#233;e dans une clinique orthop&#233;dique de Saint-Beno&#238;t, dans l'est de l'&#238;le, est alors mise au jour. Ces avortements sont pratiqu&#233;s sans l'accord des patientes, sur des femmes parfois enceintes de trois &#224; six mois, racis&#233;es, issues de milieux populaires. Elles sont endormies pour une &#171; op&#233;ration &#187; et se r&#233;veillent l'ut&#233;rus vide. Souvent, les m&#233;decins les st&#233;rilisent aussi, toujours sans consentement. Ainsi, une femme qui n'arrivait pas &#224; avoir d'enfant avec son nouveau compagnon alors, qu'elle avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; m&#232;re, d&#233;couvre &#224; l'h&#244;pital, o&#249; elle se rend pour v&#233;rifier qu'elle n'a rien d'anormal, que ses trompes ont &#233;t&#233; ligatur&#233;es ! Il est question de 6 &#224; 7 000 op&#233;rations par an. Certaines ann&#233;es, la clinique en aurait pratiqu&#233; dix par jour...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Celles qui vont oser prendre la parole seront-elles soutenues ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur place, elles re&#231;oivent un soutien assez large. C'est un m&#233;decin g&#233;n&#233;raliste, pr&#233;sident de la Croix rouge locale, fervent catholique, qui va signaler le scandale. Sa position sociale oblige &#224; lancer une enqu&#234;te. Mais ce sont surtout les journaux locaux qui vont faire campagne pour la v&#233;rit&#233;. Le journal communiste &lt;i&gt;T&#233;moignages&lt;/i&gt; fera un travail quotidien de r&#233;colte de paroles, publiant de nombreux r&#233;cits de femmes. Outre la presse engag&#233;e, le PCR et la CGTR de l'&#238;le, l'Union des femmes r&#233;unionnaises et l'&#201;glise chr&#233;tienne de gauche seront aux c&#244;t&#233;s des femmes mutil&#233;es pour d&#233;noncer les pratiques de la clinique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les responsables seront-ils poursuivis et condamn&#233;s par la justice ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1971, un seul chirurgien de la clinique, d'origine marocaine, sera condamn&#233; en appel &#224; 18 mois ferme. Les autres m&#233;decins inculp&#233;s, tous des hommes blancs, sont acquitt&#233;s. Le chirurgien condamn&#233; affirme qu'il avait le feu vert de la S&#233;curit&#233; sociale et du pr&#233;sident du conseil g&#233;n&#233;ral et qu'une directive minist&#233;rielle aurait circul&#233;. Ce v&#233;ritable scandale d'&#201;tat sera &#233;touff&#233; : le docteur Moreau, g&#233;rant de la clinique et notable bien ins&#233;r&#233; dans la bourgeoisie locale, n'&#233;cope d'aucune peine. Les trente femmes qui seront entendues par le juge charg&#233; de l'affaire ne seront jamais d&#233;dommag&#233;es. Les d&#233;tournements massifs de bons de l'assistance m&#233;dicale gratuite, pour lesquels les m&#233;decins d&#233;clarent des chiffres sup&#233;rieurs &#224; ceux admis pour des petites interventions chirurgicales, ne seront ni jug&#233;s ni rembours&#233;s. La propagande &#233;tatique antinataliste a cr&#233;&#233; un climat qui l&#233;gitime les abus de pouvoir de la part des institutions de contr&#244;le des naissances, de m&#233;decins et d'associations sous contr&#244;le de la pr&#233;fecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'&#233;poque, en France, l'avortement est toujours s&#233;v&#232;rement r&#233;prim&#233;. Qu'est-ce qui explique ce paradoxe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un paradoxe, mais d'un choix politique. Cet &#233;pisode macabre de l'histoire r&#233;v&#232;le la mani&#232;re dont s'exerce la colonialit&#233; du pouvoir sur des territoires issus de l'empire esclavagiste. Pour paraphraser Fanon, le pouvoir colonial vise les femmes pour affaiblir les capacit&#233;s de r&#233;sistance d'une soci&#233;t&#233;. Dans les ann&#233;es 1960, l'&#201;tat fran&#231;ais encourage une politique antinataliste en Outre-mer, avec des campagnes de sensibilisation &#224; diff&#233;rentes m&#233;thodes contraceptives, mais une politique nataliste en France, o&#249; l'avortement est encore interdit et la contraception, &#224; partir de 1967, accept&#233;e mais tr&#232;s encadr&#233;e. La R&#233;publique, pr&#233;tendument une et indivisible, applique des politiques discriminatoires et prive de certains droits les habitantes des Outre-mer. On peut parler d'un v&#233;ritable traitement racial de la population par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une politique discriminatoire justifi&#233;e par une id&#233;ologie du d&#233;veloppement partag&#233;e par les grandes puissances de la seconde moiti&#233; du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, la France estime que les DOM sont &#171; &lt;i&gt;impossibles &#224; d&#233;velopper&lt;/i&gt; &#187;. Afin d'embarquer ces territoires vers une modernit&#233; assimilatrice et &#233;touffer toute vell&#233;it&#233; ind&#233;pendantiste, deux politiques s'imposent : l'une sur l'&#233;migration, l'autre sur le contr&#244;le des naissances. Le Bureau pour le d&#233;veloppement des migrations dans les d&#233;partements d'outre-mer (Bumidom) est cr&#233;&#233; en 1963. Des dizaines de milliers de jeunes sont encourag&#233;s &#224; partir donner leur force de travail en France. En quelques ann&#233;es, les Antilles perdent 12% de leur jeunesse. C'est &#233;norme ! C'est ce que C&#233;saire appellera un &#171; g&#233;nocide par substitution &#187;, car dans le m&#234;me temps, des milliers de fonctionnaires fran&#231;ais arrivent de m&#233;tropole pour occuper les postes dont a besoin l'assimilation. Plut&#244;t que de former localement, l'&#201;tat fait venir m&#233;decins, juges, enseignants, administrateurs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des politiques autour de la procr&#233;ation, il s'agit d'imposer une morale normative calqu&#233;e sur des m&#339;urs occidentales. Tout comme leurs compagnons, les R&#233;unionnaises des classes populaires sont m&#233;pris&#233;es et consid&#233;r&#233;es comme pratiquant une sexualit&#233; &#171; tropicale d&#233;brid&#233;e &#187;. Des femmes sans conscience et donc responsables de la pauvret&#233; et du sous-d&#233;veloppement, comme le clame le d&#233;put&#233; de droite de La R&#233;union Michel Debr&#233;. Cet ancien Premier ministre, auteur de la Constitution de la V&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique, est aussi un farouche opposant de la d&#233;colonisation et du droit des femmes &#224; contr&#244;ler leur fertilit&#233; ! Son paternalisme se retrouve chez une partie de la petite bourgeoisie qui travaille au Planning familial de l'&#238;le ou chez des assistantes sociales qui envoyaient des patientes &#224; la fameuse clinique en sachant bien ce qui les attendait. Elles se disaient que c'&#233;tait pour leur bien... En d&#233;non&#231;ant ces avortements forc&#233;s, il n'est pas question de d&#233;noncer le droit &#224; l'avortement. Il fallait &#233;videmment se battre pour la lib&#233;ralisation de la contraception et de l'avortement. Mais c'est aux femmes de le d&#233;cider et non &#224; une politique d'&#201;tat de mutiler les corps de sa colonialit&#233; r&#233;publicaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revenons &#224; la question du &#171; d&#233;veloppement &#187;. Tu montres que le ch&#244;mage et la pauvret&#233; ne sont pas dus &#224; la surnatalit&#233;, mais &#224; bien d'autres raisons...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir des ann&#233;es 1950 et tout au long des ann&#233;es 1960, les petits planteurs et les ouvriers agricoles de La R&#233;union perdent leur travail, avec la concentration des terres et la m&#233;canisation. Les usines ferment, les petites entreprises de service disparaissent. Les gr&#232;ves sont durement r&#233;prim&#233;es. Le passage &#224; marche forc&#233;e d'une &#233;conomie fond&#233;e sur l'industrie sucri&#232;re et l'agriculture &#224; une &#233;conomie de services domin&#233;e par les grands groupes fran&#231;ais entra&#238;ne un ch&#244;mage structurel. La destruction de la production locale s'accompagne de l'implantation de centres commerciaux, de grandes compagnies de distribution, qui augmentent la d&#233;pendance &#224; l'importation et donc &#224; l'Hexagone. Ce choix du productivisme et de l'industrie capitaliste s'av&#232;re v&#233;ritablement responsable du d&#233;sastre &#233;cologique et des in&#233;galit&#233;s sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'&#233;poque, le Mouvement de lib&#233;ration des femmes (MLF) ne m&#232;ne aucune campagne de solidarit&#233; avec les femmes victimes de la clinique. Ce n'est pas faute d'information, car la presse nationale relaye l'histoire. Comment l'expliquer, alors ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du f&#233;minisme tel qu'il s'&#233;crit fait comme si ni l'esclavage ni le colonialisme n'avait eu d'impact sur la mani&#232;re de penser les droits des femmes. Olympe de Gouges ou les femmes de la R&#233;volution fran&#231;aise constituent de grandes figures de ce r&#233;cit, jamais des femmes esclaves luttant pour leur libert&#233;. J'insiste : les femmes blanches fran&#231;aises, qui ont acquis la majorit&#233; de leurs droits civiques dans la seconde moiti&#233; du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, avaient le droit de poss&#233;der, vendre et tuer des &#234;tres humains, des esclaves. Ce droit leur &#233;tait donn&#233; par le principe de la supr&#233;matie blanche. En s'appuyant sur une histoire tronqu&#233;e, les femmes du MLF n'&#233;taient pas outill&#233;es pour accepter le fait que si elles sont domin&#233;es en tant que femmes, elles sont aussi dominantes en tant qu'h&#233;riti&#232;res du syst&#232;me esclavagiste et colonial &#8211; syst&#232;me qu'elles combattaient pourtant dans leurs discours. Ces si&#232;cles ont fait d'elles des femmes blanches. Il aurait alors fallu vouloir comprendre comment ces privil&#232;ges &#233;taient advenus et comment y renoncer. Leur c&#233;cit&#233; s'explique entre autres par leur d&#233;sir de se repr&#233;senter comme les opprim&#233;es parmi les opprim&#233;s, de quoi les rendre aveugles aux privil&#232;ges qu'elles ont re&#231;us de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, les choses ont-elles &#233;volu&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit appara&#238;tre ces derni&#232;res ann&#233;es en France des f&#233;ministes musulmanes, des afro-f&#233;ministes, des collectifs qui montrent que le f&#233;minisme n'est pas blanc, qu'il n'a jamais &#233;t&#233; blanc. C'est important et cela m'am&#232;ne &#224; d&#233;fendre un f&#233;minisme d&#233;colonial, qui n'oublie pas les structures tr&#232;s raciales encore &#224; l'&#339;uvre, et qui doit &#234;tre li&#233; &#224; des combats contre les nouvelles formes de colonisation, de d&#233;possession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour cet &#233;pisode comme pour de nombreux autres, on est tent&#233; de parler de &#171; chapitre oubli&#233; &#187; de l'histoire de France. D&#233;voiler un &#224; un les chapitres oubli&#233;s, c'est le travail politique auquel tu contribues ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque part oui, je contribue &#224; cette strat&#233;gie du chapitre oubli&#233;. Mais il y a un autre travail &#224; faire : il ne s'agit plus d'ajouter des chapitres, mais de transformer compl&#232;tement la structure du r&#233;cit. Ajouter des chapitres ne suffira pas &#224; nous lib&#233;rer du r&#233;cit qui place la France au centre de l'histoire mondiale. Il faut provincialiser la France, d&#233;nationaliser, d&#233;racialiser l'histoire du f&#233;minisme. Par exemple, &#233;crire le r&#233;cit des participantes &#224; l'insurrection ha&#239;tienne, ces femmes qui se sont battues contre l'esclavagisme et le colonialisme, dans une lutte politique pour l'&#233;mancipation, la justice, l'&#233;galit&#233;, cela permet qu'il n'y ait plus simplement Olympe de Gouges pour articuler une pens&#233;e f&#233;ministe au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. L&#224;, on bouleverse la mani&#232;re dont l'Histoire est &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Na&#239;k&#233; Desquenes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Enfants perdus&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est aussi un proc&#232;s &#8220;blanc&#8221; que le Palais de justice a couvert de ses faux marbres. Les juges, le procureur, les substituts, la plupart des avocats et quatre des cinq accus&#233;s &#233;taient des visages p&#226;les. Un proc&#232;s m&#226;le enfin. Des hommes jugeaient d'autres hommes et faisaient d&#233;filer devant eux &#8211; comme de v&#233;ritables pi&#232;ces d'accusation &#8211; quelques dizaines de femmes inqui&#232;tes et mal &#224; l'aise. Avec ironie, maladresse, lourdeur et imb&#233;cilit&#233;, ces hommes parlaient de leurs sexes, de leurs r&#232;gles, de leurs trompes et de leur m&#233;canique de femmes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Claude Angeli&lt;/strong&gt;, &#171; La politique des enfants perdus &#187;, &lt;i&gt;Politique-Hebdo&lt;/i&gt;, 18 f&#233;vrier 1971.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Inde : Contre les tisons nationalistes, le claquement des baisers</title>
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&lt;p&gt;Depuis l'arriv&#233;e en mai dernier de l'extr&#234;me droite hindoue au pouvoir, la n&#233;buleuse &#173;fascisante ultranationaliste se sent pousser des ailes. Elle distille un climat de violence contre les femmes, les musulmans, les intouchables. Difficilement, la riposte s'organise. Derni&#232;re action en date : les manifs du &#171; Kiss of love &#187;, plus politiques qu'elles n'y paraissent. Ils sont une trentaine, troupeau b&#234;lant resserr&#233; &#224; la sortie de la station de m&#233;tro Jhandewalan, au centre de New Delhi. Ils (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis l'arriv&#233;e en mai dernier de l'extr&#234;me droite hindoue au pouvoir, la n&#233;buleuse &#173;fascisante ultranationaliste se sent pousser des ailes. Elle distille un climat de violence contre les femmes, les musulmans, les intouchables. Difficilement, la riposte s'organise. Derni&#232;re action en date : les manifs du &#171; Kiss of love &#187;, plus politiques qu'elles n'y paraissent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1304 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH318/p04-kiss-01-9ced6.jpg?1779606172' width='500' height='318' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Aami Sayan.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ils sont une trentaine, troupeau b&#234;lant resserr&#233; &#224; la sortie de la station de m&#233;tro Jhandewalan, au centre de New Delhi. Ils ont au front une trace vermillon. Autour du cou une longue &#233;charpe orange. La couleur du parti hindou nationaliste (BJP) &#224; la t&#234;te du pays depuis mai 2014, celle aussi de l'organisation qui lui est intrins&#232;quement li&#233;e, le Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), &#171; association des volontaires nationaux &#187;. On les appelle les &#171; sanghis &#187;. Ils sont la version indienne des milices de l'Aube dor&#233;e grecque ou des identitaires fran&#231;ais, les cr&#226;nes ras&#233;s en moins. Ce samedi 8&#8200;novembre, ils ont troqu&#233; leurs shorts kaki de d&#233;fil&#233;s paramilitaires contre de simples pantalons. Ils s'&#233;poumonent : &#171; &lt;i&gt; Le Kiss of Love n'aura pas lieu !&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Prot&#233;geons notre culture contre des pratiques d&#233;prav&#233;es !&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; Les agents de l'Occident, dehors ! &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils accueillent ainsi celles et ceux venus participer &#224; un nouveau type d'action publique, le &#171; Kiss of Love &#187;. &#171; &lt;i&gt;Sanghis, gare &#224; vous : nous venons faire l'amour devant votre bureau&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;vient avec provocation l'affiche coll&#233;e &#224; la h&#226;te dans les universit&#233;s de la capitale et diffus&#233;e sur &#173;Facebook seulement 48&#8200;heures avant la flash mob. Le &#171; Kiss of love &#187;, qui a d&#233;j&#224; eu lieu &#224; l'universit&#233; de Calcutta et dans la ville m&#233;ridionale de Kochi, se pr&#233;sente comme une riposte &#224; &#173;l'exp&#233;dition punitive organis&#233;e, fin octobre, par des membres du RSS contre un pub de Calicut, au sud de l'Inde, o&#249; les jeunes amoureux avaient pris l'habitude de se retrouver. Mobilis&#233;s contre celles et ceux qui vivent en concubinage ou osent s'aimer sans &#234;tre de la m&#234;me caste ou de la m&#234;me religion, ils s&#233;vissent comme police des m&#339;urs au service de la &#171; culture hindoue &#187;. C'est donc naturellement devant le quartier g&#233;n&#233;ral du RSS que les manifestants de New Delhi ont d&#233;cid&#233; de se rendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Coup pour coup, &#339;il pour &#339;il&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Nous venons affirmer la libert&#233; de s'aimer, de disposer de son corps et de sa sexualit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, explique Pratik, lunettes rondes, cheveux boucl&#233;s en bataille, un bouquin d'Orwell sous le bras. Lui et sa copine Pankhuri ont mis en ligne le rendez-vous sur Internet. Ils ont pass&#233; la nuit &#224; recevoir des coups de fil de menaces et d'insultes de la part de membres du RSS, promettant de r&#233;pliquer par la violence s'ils maintenaient l'&#233;v&#233;nement. Apr&#232;s un cruel moment d'angoisse, l'&#233;tudiant est finalement l&#224;, debout, &#224; haranguer la foule, de grosses baskets aux pieds au cas o&#249;&#8230; &#171; &lt;i&gt;Alors, tu es venu pour choper ?&lt;/i&gt; &#187;, demande un journaliste am&#233;ricain &#224; Pratik d'un air entendu. &#171; &lt;i&gt;Euh&#8230; je ne chope pas les filles&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pond-il calmement. Voir des couples se rouler des galoches, voil&#224; bien ce qui semble exciter les m&#233;dias, venus en nombre couvrir le rassemblement. Au loin, deux personnes s'enlacent. Les photographes plongent dans la foule, pi&#233;tinent plusieurs camarades, se jettent les uns sur les autres comme des poules auxquelles on lance du grain.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1305 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH331/p04-kiss-02-8fc4d.jpg?1779619335' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Aami Sayan.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, nous voil&#224; plus de 300, regroup&#233;s sur le c&#244;t&#233; &#224; quelques pas des sanghis. Sur un bout de trottoir ombrag&#233;, un couple s'am&#233;nage un espace et s'embrasse. Un homme &#224; l'&#233;charpe orange fonce sur eux, il vocif&#232;re &#171; &lt;i&gt;Foutez le camp !&lt;/i&gt; &#187; avant d'&#234;tre &#233;cart&#233;, &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt;. A l'arri&#232;re, un cordon se forme pour prot&#233;ger les manifestants. Arya, petit bout de femme en bras de chemise, se glisse dans ce service de s&#233;curit&#233; improvis&#233;. Quelques sanghis s'approchent. Elle leur fait face. Un coup &#224; droite, un coup &#224; gauche. Voil&#224; l'imprudent touch&#233; au visage, un verre de lunettes en moins. Des &#233;clats de sourire passent sur les l&#232;vres. &#171; &lt;i&gt;Pourquoi s'aimer en cachette ? Quand les sentiments ne demandent qu'&#224; &#234;tre d&#233;voil&#233;s ?&lt;/i&gt; &#187;, un manifestant entonne joyeusement une chanson sortie d'un film Bollywood. Ses copains du DSU, syndicat &#233;tudiant proche des maos, en restent pantois. M&#234;me les moins rigolos se mettent &#224; l'eau de rose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premi&#232;re ligne, quelques membres de l'organisation r&#233;volutionnaire KNS&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le KNS&#8200;(Krantikari Naujavan Sabha) n'est pas un parti mais une orga de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; sont au corps &#224; corps avec la police. Les pandores emp&#234;chent le groupe d'avancer vers les bureaux du RSS. Alors on part de l'autre c&#244;t&#233;. La cha&#238;ne humaine s'&#233;tend peu &#224; peu, pour doucement s'extraire de la zone pi&#233;tonne. Un pas, puis un autre. &#171; &lt;i&gt;Arr&#234;tez les voitures !&lt;/i&gt; &#187;, lance Arya. La route est prise. La foule s'engouffre. Un cri de joie couvre les klaxons. Puis, vite, il faut courir, emp&#234;cher la police de former un cordon. On pousse les fliquettes. &#171; &lt;i&gt;Libert&#233; ! Contre les fachos, libert&#233; ! &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Sanghis, nous ne vous craignons pas !&lt;/i&gt; &#187;. Les poings se l&#232;vent au milieu de la chauss&#233;e. Sans badges ni drapeaux partisans, la manif se veut volontairement non-&#233;tiquet&#233;e. Elle finit sa route pr&#232;s de barri&#232;res fra&#238;chement pos&#233;es afin de prot&#233;ger les b&#226;timents du RSS. Un infiltr&#233; frappe au cou un homme qui vient d'embrasser son compagnon. Un groupe de sanghis se forme, il est bruyamment refoul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une revendication &#233;litiste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1306 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH331/p04-kiss-03-0c4ff.jpg?1779619335' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Aami Sayan.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; l'enthousiasme, certains restent sceptiques. &#171; &lt;i&gt;Quel besoin de revendiquer le droit de s'embrasser publiquement ?&lt;/i&gt;, demande un t&#233;moin dans un journal local. &lt;i&gt;Ne devrions-nous pas plut&#244;t nous occuper de combattre la pauvret&#233; ?&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;S'embrasser dans la rue n'est pas le c&#339;ur de notre mouvement&lt;/i&gt;, r&#233;torque Nayan, du KNS. &lt;i&gt;Mais nos revendications sont certainement faites d'amour, contre la haine des forces fascistes et contre une soci&#233;t&#233; invivable contr&#244;l&#233;e par le lib&#233;ralisme.&lt;/i&gt; &#187; Les jeunes militants du KNS passent la majeure partie de leur temps &#224; soutenir les gr&#232;ves ouvri&#232;res de plus en plus nombreuses dans la ceinture industrielle du nord de l'Inde. Avec l'arriv&#233;e du parti nationaliste au pouvoir, la gauche r&#233;volutionnaire indienne se retrouve oblig&#233;e &#224; ouvrir de nouveaux fronts : &#171; &lt;i&gt; La lutte contre les violences interreligieuses, contre les discriminations des LGBT ou contre le syst&#232;me des castes est indispensable pour &#233;largir le mouvement contre ceux qui nous gouvernent.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Lorsqu'en 2004, des femmes ont manifest&#233; nues contre le viol, heureusement qu'elles n'ont pas attendu l'autorisation des organisations politiques traditionnelles ! La r&#233;volte s'exprime de diff&#233;rentes mani&#232;res et nous nous en f&#233;licitons&lt;/i&gt; &#187;, ajoute Nayan. Si s'embrasser &#224; l'air libre n'est certainement pas la pr&#233;occupation de tout le monde, la n&#233;cessaire &#233;mancipation des femmes touche toutes les classes sociales. Ainsi, le 7&#8200;novembre, plus de 200&#8200;ouvri&#232;res en gr&#232;ve ont d&#233;cid&#233; de rester toute la nuit devant leur usine, malgr&#233; le harc&#232;lement des repr&#233;sentants de l'ordre qui les conjuraient de rentrer chez elles, &#171; &lt;i&gt; pour leur s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Une femme s'est vue dire par son mari : &#171; &lt;i&gt;L'Inde n'est pas pr&#234;te pour ce genre d'action. &lt;/i&gt; &#187; Elle lui a r&#233;pliqu&#233; qu'elle restait l&#224; pour d&#233;fendre le droit &#224; une vie digne, quel que soit l'endroit ou le moment de la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indissociable des revendications pour l'&#233;mancipation, la lutte contre les violences faites aux femmes a acquis une place centrale dans les r&#233;cents mouvements. &#171; &lt;i&gt; Il ne s'agit pas seulement d'avoir le droit d'embrasser. Mais aussi d'avoir le droit de ne pas embrasser&lt;/i&gt;, mart&#232;le Pankhuri dans un dernier discours. &lt;i&gt;Nous ne tol&#233;rons aucun type de harc&#232;lement.&lt;/i&gt; &#187; Rappelons-nous les foules immenses descendues dans la rue &#224; New Delhi en d&#233;cembre 2012, apr&#232;s le viol dans un bus d'une &#233;tudiante de 23 ans par six hommes. Depuis septembre 2014, la fac de Jadavpur &#224; Calcutta est secou&#233;e par des milliers d'&#233;tudiants insurg&#233;s contre l'inaction des autorit&#233;s face au harc&#232;lement sexuel dont fut victime une &#233;tudiante. Aujourd'hui encore, les victimes de violences et de viols sont r&#233;guli&#232;rement accus&#233;es de l'avoir bien cherch&#233;. &#171; &lt;i&gt;Comment &#233;tiez-vous habill&#233;e ?&lt;/i&gt; &#187;, voil&#224; l'une des questions pos&#233;es &#224; la jeune fille par les fonctionnaires charg&#233;s de l'enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1307 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH331/p04-kiss-04-38f68.jpg?1779619335' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Aami Sayan.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tuer une femme n'est pas un p&#233;ch&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soup&#231;on permanent est au c&#339;ur de l'hindouisme politique. Le RSS d&#233;fend une conception patriarcale de la femme confin&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de la maison et dont les choix de vie appartiennent au chef de famille. L'organisation s'oppose au droit &#224; l'h&#233;ritage pour les filles et fait r&#233;guli&#232;rement des d&#233;clarations sur la bonne mani&#232;re de se comporter et de s'habiller. &#171; &lt;i&gt; La femme est l'incarnation des pires d&#233;sirs, haines, tromperies, jalousies et mauvais sentiments. La libert&#233; ne doit jamais &#234;tre donn&#233;e &#224; la femme&lt;/i&gt; &#187;, peut-on lire dans le livre sacr&#233; pr&#233;f&#233;r&#233; des hindouistes, le &lt;i&gt;Manusmriti&lt;/i&gt;. Ou encore : &#171; &lt;i&gt;Tuer une femme, un intouchable ou un ath&#233;iste n'est pas un p&#233;ch&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Ainsi, au contr&#244;le du corps de la femme s'ajoute une d&#233;fense radicale du syst&#232;me des castes, dont les intouchables forment le plus bas &#233;tage. Les mariages intercastes sont pour eux sacril&#232;ges&#8200;&#8211;&#8200;ils affaiblissent &#171; &lt;i&gt;l'harmonie de la nation hindoue&lt;/i&gt; &#187;. Pour avoir fr&#233;quent&#233; une fille d'une caste sup&#233;rieure, un intouchable a &#233;t&#233; tu&#233; avec deux membres de sa famille par des hindous de haute caste le 20&#8200;ao&#251;t dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Love Jihad, invention de la propagande hindoue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amour, le poison qui menace l'Inde hindoue : voil&#224; ce que professent les ultranationalistes. Et si l'amant est musulman, alors la croisade leur appara&#238;t d'autant plus n&#233;cessaire. Depuis plusieurs mois, les militants hindous ont r&#233;activ&#233; une vieille propagande contre les musulmans, qu'ils accusent d'enlever leurs femmes pour les convertir. Strat&#232;ges en communication, ils ont invent&#233; une formule : le &lt;i&gt;Love Jihad&lt;/i&gt;. Cet &#233;t&#233;, ils se sont mobilis&#233;s pour sauver une jeune femme hindoue originaire de Meerut, dans le nord de l'Inde, suppos&#233;e avoir &#233;t&#233; viol&#233;e puis convertie de force &#224; l'islam par un mahom&#233;tan. En octobre, la victime a finalement d&#233;clar&#233; devant le juge qu'elle avait simplement fugu&#233; avec celui qu'elle aimait. D&#232;s les ann&#233;es 1920, au moment de la cr&#233;ation du RSS, les nationalistes faisaient d&#233;j&#224; le portrait d&#233;lirant des musulmans comme &#233;tant des envahisseurs, violents et violeurs&#8200;&#8211;&#8200;le minaret devenant le symbole du p&#233;nis p&#233;n&#233;trant le corps de la m&#232;re-patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Rassemblons-nous au nom de notre unit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, c'est ainsi ce qu'on pouvait lire le 31&#8200;octobre sur l'appel distribu&#233; dans les rues de Bawana, au nord-ouest de New Delhi. Un &lt;i&gt;maha panchayat&lt;/i&gt;, une assembl&#233;e traditionnelle de &#171; sages &#187;, d&#233;cr&#233;tait l'interdiction d'une procession chiite appel&#233;e &#171; tazia &#187;. &#171; &lt;i&gt;Nous sommes si peu organis&#233;s et si peu nombreux pour lutter contre leur efficacit&#233; !&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;nerve un militant r&#233;volutionnaire impuissant, venu en observateur. &#201;trangement excit&#233;s, des groupes de jeunes rejoignent le rassemblement en criant &#171; &lt;i&gt;Vive la m&#232;re-patrie !&lt;/i&gt; &#187;, semblant pr&#234;ts &#224; ob&#233;ir &#224; n'importe quel ordre. De quoi rappeler certaines heures sombres de l'histoire de l'Inde : lorsqu'en 1992, les militants nationalistes ont d&#233;plac&#233; des foules aux cerveaux lobotomis&#233;s pour d&#233;truire la mosqu&#233;e Babri Madjid. Ou lorsqu'en 2002, dans l'&#233;tat du Gujarat, un pogrom anti-musulmans, perp&#233;tr&#233; avec l'aval du gouvernement, a caus&#233; la mort de pr&#232;s de 2 000 personnes. Le ministre en chef complice n'&#233;tait autre que Narendra Modi, l'actuel Premier ministre. On ne s'&#233;tonnera donc pas que de nouvelles &#233;meutes &#233;clatent. Les braises sont d&#233;j&#224; pr&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1308 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH331/p04-kiss-05-eb49a.jpg?1779619335' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Aami Sayan.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le RSS, hydre &#224; mille t&#234;tes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Narendra Modi, le Premier ministre de l'Inde, a &#233;t&#233; form&#233; d&#232;s l'&#226;ge de 8 ans chez les volontaires nationaux, le RSS. Il leur doit toujours all&#233;geance : pour la premi&#232;re fois dans l'histoire de l'Inde, un discours du pr&#233;sident du RSS a &#233;t&#233; retransmis cette ann&#233;e &#224; la t&#233;l&#233;vision publique. Le RSS a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en 1925 par des brahmanes, au plus haut de l'&#233;chelle des castes. L'objectif &#233;tait de former une branche arm&#233;e de l'hindouisme pour se d&#233;fendre contre les colons et les musulmans. Golwalkar, &#224; la t&#234;te du RSS durant 33&#8200;ans et l'un de ses id&#233;ologues les plus influents, admirait Hitler et l'extermination des juifs. L'assassin de Gandhi &#233;tait membre de l'organisation. Interdit sous les Britanniques puis &#224; trois reprises dans l'Inde ind&#233;pendante, le RSS a continu&#233; &#224; s'&#233;tendre dans toutes les villes et &#224; recruter des enfants d&#232;s 6 ans. Le matin et le soir, ils suivent des exercices paramilitaires et apprennent la loyaut&#233;, la discipline et le patriotisme &#224; travers des livres emplis de propagande contre les minorit&#233;s religieuses. En plus de ses centres, le RSS dirige un r&#233;seau de 18 000 &#233;coles. Depuis pr&#232;s d'un si&#232;cle, il a d&#233;velopp&#233; son action dans toutes les sph&#232;res de la soci&#233;t&#233; gr&#226;ce &#224; son syndicat &#233;tudiant, son syndicat ouvrier, sa branche f&#233;minine, son organisation religieuse, son organisation caritative et d'autres encore. En mars, le quotidien britannique &lt;i&gt;The Guardian&lt;/i&gt; affirmait que le RSS poss&#233;dait au moins 50 000 branches dans toute l'Inde, avec 40&#8200;millions de membres.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1309 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH331/p04-kiss-06-6adb9.jpg?1779619335' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Aami Sayan.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le KNS&#8200;(Krantikari Naujavan Sabha) n'est pas un parti mais une orga de jeunes influenc&#233;s par le marxisme-l&#233;ninisme. Ils refusent la participation au syst&#232;me &#233;lectoral et luttent &#171; &lt;i&gt;contre toutes les formes d'oppression&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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