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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Aux saintes patronnes qui tiennent des espaces</title>
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		<dc:creator>Julia Zortea</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;&#192; Marseille, le bar se d&#233;cline aussi au f&#233;minin, suppl&#233;ment de caract&#232;re et d'efforts compris. Promenade canonique. Quartier de la Belle-de-Mai, fin de la journ&#233;e de boulot, je d&#233;tache mon v&#233;lo, un des pneus est &#224; plat. Juste avant, ce conseil d'une voisine : le bar, l&#224;-bas, il serait bien pour ton article, la patronne le tient depuis plus de vingt ans mais laisse tomber, c'est vraiment un lieu bizarre, ferm&#233;, un lieu de biz'. Flemme, timidit&#233;, je laisse effectivement tomber, c'est une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no148-novembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;148 (novembre 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; Marseille, le bar se d&#233;cline aussi au f&#233;minin, suppl&#233;ment de caract&#232;re et d'efforts compris. Promenade canonique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;Q&lt;/span&gt;uartier de la Belle-de-Mai, fin de la journ&#233;e de boulot, je d&#233;tache mon v&#233;lo, un des pneus est &#224; plat. Juste avant, ce conseil d'une voisine : le bar, l&#224;-bas, il serait bien pour ton article, la patronne le tient depuis plus de vingt ans mais laisse tomber, c'est vraiment un lieu bizarre, ferm&#233;, un lieu de biz'. Flemme, timidit&#233;, je laisse effectivement tomber, c'est une semaine sans feu sacr&#233; et ce soir &lt;a href=&#034;http://www.articles-religieux-lourdes.com/upload/produit/z-sel-sainte-rital-14124.JPG&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sainte Rita&lt;/a&gt;, ch&#232;re diablesse d'&#233;paule, sainte de l'impossible, ce soir je suis &#224; plat, je ne tente rien. Rita-c&#233;leste sourit : justement, gonfle pas, une cause perdue, m&#234;me minuscule, dix cons&#233;quences obliques. Pour une fois, prendre le bus. Arr&#234;t de gauche ou arr&#234;t de droite ? Allez, &#224; gauche, pr&#232;s du bar bizarre. La devanture, banale. Betty Boop autocoll&#233;e en robe rouge sur la porte vitr&#233;e. Des cheveux blonds ramass&#233;s en queue de cheval derri&#232;re le comptoir. Le bus tarde, j'oublie vite le rade : PJ Harvey dans mes oreilles mord juste ce qu'il faut pour d&#233;finitivement &#233;carter les nobles causes (le dossier &#171; bars &#187; de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;) et caresser l'impossible (le vrai, l'immense, pas celui qui loge au coin de la rue). Bref, le bus n'arrive pas et j'en suis l&#224;, c'est-&#224;-dire pas bien loin vers la gauche, devant l'arr&#234;t de bus, le c&#339;ur en m&#233;tronome &#224; r&#234;vasser, quand deux yeux bleus me tapent sur l'&#233;paule. &#171; &lt;i&gt;Je t'invite &#224; boire un verre ?&lt;/i&gt; &#187; La patronne du bar o&#249; je devais ne jamais entrer pour cause de torpeur existentielle se tient plant&#233;e face &#224; moi sur le trottoir. Elle ajoute : &#171; &lt;i&gt;Par contre, je te pr&#233;viens, je viens de passer une journ&#233;e de merde. &#187;&lt;/i&gt; Elle ne s'&#233;tonne pas de mon absence d'h&#233;sitation &#224; la suivre &#8211; ni de mon regard &#233;bahi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une minute plus tard&lt;/strong&gt;, vodka-orange et Martini s'entrechoquent. Elle boit pour oublier un truc, je bois &#224; la surprise, essaie de ne pas penser au comment est-ce possible et, pour ne pas penser au comment, me vient en t&#234;te ce beau bouquin sur la pr&#233;sence des morts aux c&#244;t&#233;s des vivants lu il y a quelques mois&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vinciane Despret, Au bonheur des morts. R&#233;cits de ceux qui restent, &#233;d. La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, o&#249; l'auteure mentionne ce que le po&#232;te John Keats appelait la &#171; &lt;i&gt;capacit&#233; n&#233;gative&lt;/i&gt; &#187;, cette qualit&#233; &#171; &lt;i&gt;&#224; demeurer au sein des incertitudes, des myst&#232;res, des doutes, sans s'acharner &#224; chercher le fait et la raison&lt;/i&gt; &#187;. Je pense &#224; &#231;a pour mieux atterrir dans cet inattendu, parce qu'en vrai, Rita, tes coups sont &#233;tranges : les bars, les rencontres fortuites, je connais je crois, mais le racolage inopin&#233; par une patronne peu bavarde, l&#224;, je bute un peu. Elle et moi longtemps seules, copr&#233;sence silencieuse, parlant gu&#232;re, les mots par vagues s&#232;ches, hurlant pour nous comprendre par dessus le juke-box ; un improbable face-&#224;-face qui cherche par petites touches son point de raccordement, envelopp&#233; par la fum&#233;e de clopes puis de shit, &#224; mesure qu'entrent les clients ; elle la quarantaine, install&#233;e ici par son p&#232;re &#224; seize ans, elle qui a trois enfants et qui, &#224; l'&#233;couter parler m&#233;canique automobile avec un type, a parfaitement appris l'arabe depuis le temps, elle au petit doigt tordu, au regard qui p&#233;tille quand elle raconte foncer de ses poings dans les bagarres, pr&#233;cisant qu'elle les provoque, les bagarres, s'il le faut, elle qui explique que les femmes ne tiennent g&#233;n&#233;ralement pas de bar car elles ont peur, sans dire de quoi, elle qui l&#232;ve un sourcil quand un client annonce qu'elle est gentille, &#171; &lt;i&gt;gentille et m&#233;chante, s'il te pla&#238;t&lt;/i&gt; &#187;, elle qui aurait &#171; &lt;i&gt;pr&#233;f&#233;r&#233; une boulangerie&lt;/i&gt; &#187; si elle avait pu choisir, elle qui tranche &#224; propos des mecs &#8211; &#171; &lt;i&gt;on est mille fois mieux qu'eux&lt;/i&gt; &#187; &#8211; et de l'autre c&#244;t&#233;, moi &#171; &lt;i&gt;la jeune fille de bonne famille&lt;/i&gt; &#187; comme elle se pla&#238;t &#224; me situer, pointant ainsi, pour rester dans la po&#233;sie anglaise, l' &#187; &lt;i&gt;effrayante sym&#233;trie&lt;/i&gt; &#187; du tigre&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Tigre, William Blake. &#171; Tigre, Tigre ! ton &#233;clair luit / Dans les for&#234;ts (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; que nous formons toutes deux ce soir-l&#224;, moi mentalement pr&#233;par&#233;e &#224; l'&#233;ventualit&#233; de me faire &#233;jecter de son royaume aussi abruptement que j'y suis entr&#233;e, et qui finira par en repartir d'un pas &#233;tonnement assur&#233; dans la nuit, chauff&#233;e aux braises de cette sainte patronne qui a profit&#233; de ma compagnie pour raffermir ses assises &#233;branl&#233;es par une journ&#233;e de merde. Oui Rita, une cause perdue, m&#234;me minuscule, dix cons&#233;quences obliques. Destination : &lt;i&gt;Le (Grand bar du) Chapitre&lt;/i&gt;, en haut de la Canebi&#232;re o&#249; je cherche Sophie, une autre sainte patronne, souvent crois&#233;e &#8211; Sophie qui pr&#233;cise qu'elle n'est que serveuse mais peu importe, &#224; cette heure-ci, on canonise qui l'on veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a quelques mois&lt;/strong&gt;, assises &#224; plusieurs &#224; la terrasse du &lt;i&gt;Chapitre&lt;/i&gt;, l'une d'entre nous avait racont&#233; cet &#233;pisode : elle avait vu Sophie quitter les limites de son bar pour &#233;pauler Bella, une vendeuse de roses en train de se faire casser la gueule par deux tox sur la place des R&#233;form&#233;s. Oui, confirme maintenant Sophie, &#171; &lt;i&gt;ici c'est un quartier difficile, et moi je veille : pas touche &#224; la terrasse, et pas touche &#224; Bella &#187;&lt;/i&gt;. Apr&#232;s cinq ans de service &#224; raison d'une soixantaine d'heures hebdomadaires, Sophie &#233;num&#232;re ce qu'il lui faut pour accomplir son travail : &#171; &lt;i&gt;Du caract&#232;re, &#233;norm&#233;ment de caract&#232;re, de la fermet&#233;, du courage, du franc-parler. &#187;&lt;/i&gt; En particulier derri&#232;re le comptoir en soir&#233;e &#8211; un monde bien distinct de la terrasse &#8211; o&#249; il faut faire face aux hommes, &#171; &lt;i&gt;souvent machos souvent ivres&lt;/i&gt; &#187;, lesquels &#171; &lt;i&gt;parce que t'es une femme, ne te prennent pas pour une merde, mais presque, quand tu interviens parce qu'ils ont trop bu, pas pay&#233;, disent des conneries&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Moralement, le comptoir c'est &#233;puisant, estime Sophie : &#171; &lt;i&gt;Moi qui ne picole pas, je me demande parfois o&#249; je suis.&lt;/i&gt; &#187; Ce qui fait dire &#224; Christelle, serveuse au 31 depuis trois ans (&#224; La Plaine&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDLR : ce bar a ferm&#233; depuis.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;), qu'elle ne pourrait pas travailler dans un bar de quartier (comprendre, avec ses habitu&#233;s scotch&#233;s au comptoir) : &#171; &lt;i&gt;Avec les lourds qu'on se tape en terrasse, c'est bien assez.&lt;/i&gt; &#187; Elle pointe, elle aussi, la n&#233;cessit&#233; d' &#187; &lt;i&gt;avoir du caract&#232;re&lt;/i&gt; &#187; pour r&#233;aliser ce m&#233;tier, homme comme femme, m&#234;me s'il ne fait pas de doute que pour une femme, il s'agit d'une question de survie. La patronne du 31 surgit &#224; cet instant de la discussion. &#171; &lt;i&gt;&#202;tre une femme et tenir un bar ? Ben &#231;a fait chier !&lt;/i&gt; &#187; s'exclame-t-elle en riant. Et Christelle de donner quelques exemples d'attitudes typiquement masculines (et typiquement quotidiennes) auxquelles elle se confronte : &#171; &lt;i&gt;Tu as les mecs qui te draguent parce qu'ils pensent que &#231;a va forc&#233;ment te faire plaisir. Tu es dans l'espace public, et hop, ils y vont, ils se l&#226;chent. Tu as aussi ceux qui te donnent des petits noms : &#8220;Ma ch&#233;rie, ma belle, tu m'am&#232;nes une bi&#232;re ?&#8221; Ou ceux qui te touchent quand ils ont un truc &#224; te demander. Mais &#231;a va, entre-temps, je suis devenue f&#233;ministe en faisant les bonnes rencontres. &#199;a m'a bien ouvert les yeux, je recadre en permanence.&lt;/i&gt; &#187; Toutes disent faire attention aux v&#234;tements qu'elles portent (&#171; &lt;i&gt;Si t'es bien sap&#233;e, t'attires les cons et les poivrots&lt;/i&gt; &#187;) ; ma Belle de Mai et Sophie tapent, posent ce degr&#233; de violence dans la n&#233;gociation ; Christelle pr&#233;f&#232;re les laisser se battre entre eux si &#231;a d&#233;g&#233;n&#232;re, tout en racontant la fois o&#249; elle en a expuls&#233; un qui emmerdait sa copine, laquelle n'arrivait pas &#224; s'en d&#233;barrasser (&#171; &lt;i&gt;L&#224;, tu jubiles&lt;/i&gt; &#187;) ; toutes tiennent et ouvrent des espaces. Du travail de guerri&#232;res. Elles le savent, ou pas : elles constituent de sacr&#233;s rep&#232;res de ma ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un autre soir&lt;/strong&gt;, pneu regonfl&#233;, je m'arr&#234;te &#224; &lt;i&gt;L'Unic bar&lt;/i&gt;, pr&#232;s du Vieux-Port. Une patronne historique, un rade un peu plus branch&#233;. Les &#233;toiles sont alors moins bien agenc&#233;es, je me fais rembarrer : &#171; &lt;i&gt;Tu crois quand m&#234;me pas que je vais vendre mon &#226;me au bout de deux minutes ?!&lt;/i&gt; &#187; En effet, je ne le pense pas. Sainte Rita sourit : ben ouais, quand on attend, &#231;a marche toujours moins bien. Quoique, alors que j'atteins la porte : &#171; &lt;i&gt;Tu t'en vas ? Allez, reviens boire un th&#233; un de ces apr&#232;s-midi, on discutera.&lt;/i&gt; &#187; &#192; bient&#244;t, tigre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Julia Zortea&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Vinciane Despret, &lt;i&gt;Au bonheur des morts. R&#233;cits de ceux qui restent&lt;/i&gt;, &#233;d. La D&#233;couverte, coll. Les Emp&#234;cheurs de penser en rond, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Tigre&lt;/i&gt;, William Blake. &#171; Tigre, Tigre ! ton &#233;clair luit / Dans les for&#234;ts de la nuit / Quelle main, quel &#339;il immortels / Purent fabriquer ton effrayante sym&#233;trie ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;NDLR : ce bar a ferm&#233; depuis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un monde rectangulaire aux ar&#234;tes bien tranchantes</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Un-monde-rectangulaire-aux-aretes</link>
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		<dc:creator>Julia Zortea</dc:creator>


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&lt;p&gt;Savez-vous qui est &#171; l'homme qui changea le monde &#187; selon le c&#233;l&#232;bre magazine &#233;conomique Forbes ? Malcolm McLean, n&#233; en 1913 en Caroline du Nord : un camionneur devenu l'un des armateurs les plus influents de l'histoire &#233;tats-unienne et surtout, le principal inventeur et promoteur du conteneur - une particularit&#233; qui fait de lui le personnage principal de The box, comment le conteneur a chang&#233; le monde, enqu&#234;te du journaliste Marc Levinson traduite en fran&#231;ais en 2011 aux &#233;ditions Max Milo. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no152-mars-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;152 (mars 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/The-box" rel="tag"&gt;The box&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Malcolm-McLean" rel="tag"&gt;Malcolm McLean&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Max-Milo" rel="tag"&gt;Max Milo&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/economique-Forbes" rel="tag"&gt;&#233;conomique Forbes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Marc-Levinson" rel="tag"&gt;Marc Levinson&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3094 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH518/-1325-736a4.jpg?1779602755' width='400' height='518' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par C&#233;cile K.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;avez-vous qui est &#171; &lt;i&gt;l'homme qui changea le monde&lt;/i&gt; &#187; selon le c&#233;l&#232;bre magazine &#233;conomique &lt;i&gt;Forbes&lt;/i&gt; ? Malcolm McLean, n&#233; en 1913 en Caroline du Nord : un camionneur devenu l'un des armateurs les plus influents de l'histoire &#233;tats-unienne et surtout, le principal inventeur et promoteur du conteneur - une particularit&#233; qui fait de lui le personnage principal de &lt;i&gt;The box, comment le conteneur a chang&#233; le monde&lt;/i&gt;, enqu&#234;te du journaliste Marc Levinson traduite en fran&#231;ais en 2011 aux &#233;ditions Max Milo. Histoire d&#233;taill&#233;e de la conteneurisation, &lt;i&gt;The box&lt;/i&gt; expose le processus de construction de l'un des ressorts m&#233;caniques de l'expansion du commerce mondial, depuis les toutes premi&#232;res caisses en bois utilis&#233;es au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle par les chemins de fer britanniques et fran&#231;ais pour transporter du mobilier domestique, en passant par les boites carr&#233;es utilis&#233;es sur les camions dans les ann&#233;es 1930, jusqu'&#224; l'acheminement de celles-ci &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire dans les ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'il est une date &#224; retenir&lt;/strong&gt;, on peut choisir le 26 avril 1956, quand Malcolm McLean affr&#232;te &#224; Newark (New Jersey) un navire charg&#233; de conteneurs, l'&lt;i&gt;Ideal X&lt;/i&gt; : 58 caisses qui allaient &#234;tre r&#233;parties sur 58 camions &#224; Houston. McLean n'est pas le premier &#224; utiliser la boite carr&#233;e, mais il est celui qui poussa l'uniformisation technique de l'infrastructure du transport (navires, trains, bateaux) le plus loin. On suit McLeans dans ses n&#233;gociations avec les armateurs concurrents dont le c&#233;l&#232;bre Matson ; on apprend qu'il est &#224; l'origine de l'am&#233;nagement du premier terminal &#224; conteneurs priv&#233; dans la baie de Cam Ranh au Vietnam, en 1973, afin d'approvisionner les troupes &#233;tats-uniennes le plus efficacement possible ; on sait quand le march&#233; maritime s'est ouvert &#224; l'Asie gr&#226;ce &#224; ses rencontres japonaises et &#224; l'&#233;tablissement des premi&#232;res lignes conteneuris&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au-del&#224; de la trajectoire biographique&lt;/strong&gt; (et g&#233;opolitique) d'un seul homme, &lt;i&gt;The box&lt;/i&gt; explore les diff&#233;rentes histoires, conflictuelles, qui converg&#232;rent pour fabriquer l'objet qui a rendu techniquement possible la logistique commerciale, &#224; savoir, &#171; &lt;i&gt; le travail consistant &#224; planifier la production, le stockage, le transport et la livraison&lt;/i&gt; &#187; en &#233;tablissant des cha&#238;nes d'approvisionnement &#224; l'&#233;chelle mondiale. Une histoire du processus de normalisation internationale de la taille et du poids des conteneurs pour parvenir &#224; trois tailles standards et compatibles avec tous les modes de transports de marchandises du monde, labellis&#233;es par l'Organisation internationale de normalisation (ISO).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Puis, une &#233;difiante histoire syndicale&lt;/strong&gt;, revenant notamment sur les n&#233;gociations men&#233;es par les syndicats majoritaires des c&#244;tes Est et Ouest des &#201;tats-Unis avec les organisations patronales et les gouvernements f&#233;d&#233;raux au sujet de l'introduction des conteneurs dans les ports et de leur automatisation. Les r&#233;sistances des ouvriers face &#224; l'introduction de nouvelles technologies ont &#233;t&#233; fortes, rythm&#233;es par des gr&#232;ves &#224; r&#233;p&#233;tition. Les syndicats finiront n&#233;anmoins par signer deux accords (en 1960 et 1965) qui font partie, selon Levinson, &#171; &lt;i&gt;des plus singuliers et controvers&#233;s de l'histoire commerciale des Etats-Unis &lt;/i&gt; &#187; : ils autorisent l'introduction de la conteneurisation et la r&#233;organisation du travail des docks sous couvert d'une redistribution des b&#233;n&#233;fices de l'automatisation aux travailleurs qui devaient perdre leur emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enfin&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;The Box &lt;/i&gt;narre l'histoire des techniques de gestion mises en &#339;uvre par la diffusion du conteneur, des bureaux des concepteurs o&#249; McLean introduit la technique de l'&lt;i&gt;open-space&lt;/i&gt; dans les ann&#233;es 1950 pour surveiller la productivit&#233; de ses employ&#233;s, &#224; l'introduction de l'informatique sur les docks, notamment pour assurer l'identification et le suivi des boites d&#233;charg&#233;es le plus rapidement possible, afin de minimiser les dur&#233;es de stationnement des navires dans ce que l'on appelle, d&#233;sormais, des &#171; &lt;i&gt;espaces de transbordement multimodal &lt;/i&gt; &#187;. Autant de murs de rectangles multicolores symbolisant la d&#233;shumanisation des paysages portuaires mondialis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Julia Zortea&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Br&#232;ves du dossier &#034;Mauvaises Langues&#034;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Breves-du-dossier-Mauvaises</link>
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		<dc:date>2018-07-28T07:23:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Momo Br&#252;cke, Bruno Le Dantec, Julia Zortea, L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>En bref</dc:subject>
		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Plonk et Replonk</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>faire</dc:subject>
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		<dc:subject>langue</dc:subject>
		<dc:subject>langues</dc:subject>
		<dc:subject>langue turque</dc:subject>
		<dc:subject>Pasolini</dc:subject>
		<dc:subject>Langue vulgaire</dc:subject>
		<dc:subject>langues vulgaires</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Baleini&#233; Vous connaissez Le Baleini&#233;, dictionnaire des tracas (&#233;ditions Points), cet admirable petit lexique de n&#233;ologismes invent&#233;s par Christine Murillo, Jean-Claude Leguay et Gr&#233;goire Oestermann pour nommer diff&#233;rents d&#233;sagr&#233;ments de la vie quotidienne ? Deux exemples : &#171; Plute : prix oubli&#233; sur un cadeau &#187; ou &#171; D&#233;dz&#233;zer : songer qu'il est temps d'arr&#234;ter sa sieste &#187;. D'autres mots sont apparus de mani&#232;re incontr&#244;l&#233;e par l'Acad&#233;mie, comme ce magnifique verbe : &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no145-juillet-aout-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;145 (juillet-ao&#251;t 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/En-bref" rel="tag"&gt;En bref&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Plonk-et-Replonk" rel="tag"&gt;Plonk et Replonk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/annees" rel="tag"&gt;ann&#233;es&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/langue-turque" rel="tag"&gt;langue turque&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Pasolini" rel="tag"&gt;Pasolini&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Langue-vulgaire" rel="tag"&gt;Langue vulgaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/langues-vulgaires" rel="tag"&gt;langues vulgaires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2514 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH103/-780-82dbc.jpg?1779626660' width='500' height='103' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Plonk &amp; Replonk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Baleini&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Vous connaissez &lt;i&gt;Le Baleini&#233;, dictionnaire des tracas&lt;/i&gt; (&#233;ditions Points), cet admirable petit lexique de n&#233;ologismes invent&#233;s par Christine Murillo, Jean-Claude Leguay et Gr&#233;goire Oestermann pour nommer diff&#233;rents d&#233;sagr&#233;ments de la vie quotidienne ? Deux exemples : &#171; &lt;i&gt;Plute : prix oubli&#233; sur un cadeau&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;D&#233;dz&#233;zer : songer qu'il est temps d'arr&#234;ter sa sieste&lt;/i&gt; &#187;. D'autres mots sont apparus de mani&#232;re incontr&#244;l&#233;e par l'Acad&#233;mie, comme ce magnifique verbe : &#171; &lt;i&gt;Procraf&#233;inier : remettre une d&#233;cision ou l'ex&#233;cution de quelque chose apr&#232;s avoir pris son caf&#233;&lt;/i&gt; &#187;. A &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; et parmi nos proches, nous avons r&#233;colt&#233; les mots invent&#233;s que nous utilisons quotidiennement. En voil&#224; une s&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Accumoncellement :&lt;/strong&gt; accumulation et amoncellement r&#233;unis. Ce qui fait beaucoup !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abstrut :&lt;/strong&gt; (n.m.) passage de texte qu'on comprend pas bien ce qu'il veut dire. (adj.) Qui pourrait &#234;tre clarifi&#233; ou pas du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abolixer :&lt;/strong&gt; feindre de conna&#238;tre le latin quand on ne l'a crois&#233; que par la lecture d'Ast&#233;rix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Barkolover :&lt;/strong&gt; tenter d'exposer une id&#233;e scientifique ou politique compliqu&#233;e en &#233;tat d'&#233;bri&#233;t&#233; avanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bleau :&lt;/strong&gt; judicieuse contraction des mots &#171; beau &#187; et &#171; bleue &#187; car dire &#171; beau bleue &#187;, c'est pas facile. Ex : &#171; &lt;i&gt;T'as de bleaux yeux tu sais ?&lt;/i&gt; &#187; Variante : &#171; &lt;i&gt;Les gars, sortez vos tonfas, on va leur coller des gros bleaux !&lt;/i&gt; &#187; (Adjudant CRS Petipapon &#224; ses hommes, peu avant d'aller s&#233;curiser une manif lyc&#233;enne.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bouchoum-bouchoum (&#234;tre)&lt;/strong&gt; : m&#233;lange de &#171; &lt;i&gt;je ne suis pas dans mon assiette&lt;/i&gt; &#187; et de &#171; &lt;i&gt;je suis un peu triste&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chamchater&lt;/strong&gt; : (&#233;tym. arabe libyen) signifie taxer, gratter quelque chose &#224; quelqu'un. Un chamchatte est un gratteur, un taxeur (de clopes, de briquet, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chkarkay&lt;/strong&gt; : Petits r&#233;sidus secs accumul&#233;s autour des yeux au r&#233;veil, compos&#233;s de liquide lacrymal, de mucus, de poussi&#232;res et de cellules mortes, autrement appel&#233;s &#171; cacas d'&#339;il &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Descriner (se) (variante : se descriner la gueule)&lt;/strong&gt; : (verbe intr.) Chute d'un pi&#233;ton plus occup&#233; &#224; mater l'&#233;cran de son smartphone qu'&#224; regarder o&#249; il marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;baroulades, d&#233;barouler :&lt;/strong&gt; faire des roulades sur des pentes herbeuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Draculiser (se faire) :&lt;/strong&gt; se faire ridiculiser par un vampire. (usage plut&#244;t rare).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire le &#171; mari pourri &#187; (prononcer avec l'accent anglais &#171; mawoui pouwoui &#187;) :&lt;/strong&gt; d&#233;signe un compagnon qui trompe sa femme et lui ment, qui abandonne sa famille, qui ne veut pas partager les t&#226;ches m&#233;nag&#232;res, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F&#233;lobre :&lt;/strong&gt; &#224; prononcer av&#233; l'accent, &#231;a veut juste dire raide ou bourr&#233;. Ex : &#171; &lt;i&gt;Ouah putaing, je suis compl&#232;tement f&#233;lobre ! &lt;/i&gt; &#187; Usage limit&#233; &#224; une petite ethnie affinitaire dans la r&#233;gion de Montpellier dans les ann&#233;es 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Foutard (&#234;tre en) &lt;/strong&gt; : &#171; &lt;i&gt;Je suis en retard, mais je m'en fous !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Grenotter&lt;/strong&gt; : grogner, r&#226;ler mais pas trop fort quand m&#234;me, juste pour exprimer un petit d&#233;sagr&#233;ment. S'utilise en particulier pour les b&#233;b&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Moutte (n. f.) :&lt;/strong&gt; se dit de l'&#233;tat naus&#233;eux post-cuite qui monte progressivement tout au long de la journ&#233;e. Ex : &#171; &lt;i&gt;Je savais pas ce qu'il y avait avec ce rhum de la veille, mais j'avais une de ces mouttes ce jour-l&#224; ! &lt;/i&gt; &#187; (Capitaine Haddock, &lt;i&gt;De quoi Tintin est-il le nom ?&lt;/i&gt;, &#233;d. Libertalia, 1999)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Panach&#233; :&lt;/strong&gt; nom d&#233;signant une personne m&#233;tiss&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Ma fille, c'est une petite panach&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pantoufle :&lt;/strong&gt; le mec ou la nana avec qui l'on reste en couple par flemme de changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire du spoute :&lt;/strong&gt; c'est quand t'as envie de faire du sport, &#233;ventuellement un foot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Strainss :&lt;/strong&gt; angoisse irrationnelle de rater le d&#233;part de son train qui oblige le voyageur &#224; se pr&#233;senter tr&#232;s en avance et en sueur &#224; la gare tout ayant oubli&#233; son billet ou ses enfants &#224; la maison. Ex : &#171; &lt;i&gt;J'avais tellement le strainss que j'ai pris le train de la veille.&lt;/i&gt; &#187; (Ma m&#232;re, &lt;i&gt;Texto &#224; mon fils&lt;/i&gt;, &#233;d. des Familles, 2016)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Super-zu :&lt;/strong&gt; un mec qui fait tout tr&#232;s bien mais qui est du coup tr&#232;s chiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Textaver :&lt;/strong&gt; envoyer &#224; une heure indue, dans un &#233;tat inappropri&#233;, un SMS inadapt&#233; &#224; la mauvaise personne. Ex : &#171; &lt;i&gt;Fran&#231;ois, j'ai fait une connerie : cette nuit j'ai textav&#233; Myriam en lui disant qu'elle est &#8220;la plus lib&#233;rale des plus lib&#233;rales de ses copines.&#8221; Et depuis, elle me regarde bizarre.&lt;/i&gt; &#187; (Manuel V. )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;daction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Colonialisme : Comment dicter sa loi aux indig&#232;nes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En 1900, le bon Louis Machuel, directeur honoraire de l'Enseignement public en Tunisie et inspecteur g&#233;n&#233;ral honoraire de l'Universit&#233;, publiait chez Armand Colin&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les domaines agricoles que Machuel et Colin poss&#233;daient pr&#232;s de Tunis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; un opus au titre ambigu : &lt;i&gt;L'Arabe sans Ma&#238;tre&lt;/i&gt;. Pour qui aurait cru &#224; un pamphlet &#224; la Frantz Fanon, le sous-titre en page de garde dissipe tout malentendu : il s'agit d'un Guide de conversation arabe &#224; l'usage des colons, des militaires et des voyageurs. &#171; &lt;i&gt;Un petit livre de poche permettant&lt;/i&gt; [&#224; nos compatriotes] &lt;i&gt;d'arriver &#224; &#233;changer quelques mots avec les indig&#232;nes&lt;/i&gt; &#187;, clarifie l'avant-propos. Comment ? En transcrivant phon&#233;tiquement l'arabe dialectal en caract&#232;res latins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le chapitre X, &#171; &lt;i&gt;Conjugaison de certains verbes d'un usage fr&#233;quent, expressions diverses&lt;/i&gt; &#187;, on p&#233;n&#232;tre au c&#339;ur de l'&#233;poque. &#171; &lt;i&gt;Le verbe z&#226;d suivi d'un autre verbe traduit le mot encore.&lt;/i&gt; &#187; Phrases pratiques : &#171; &lt;i&gt;Pourquoi n'avez-vous pas encore moissonn&#233; ce bl&#233; ?&lt;/i&gt; &#187; &#8211; &#171; &lt;i&gt;Il ne veut plus travailler&lt;/i&gt; &#187; &#8211; &#171; &lt;i&gt;Nous ne pouvons plus vous laisser entrer dans notre propri&#233;t&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Plus loin, &#171; l&lt;i&gt;'id&#233;e de &#8220;faire faire&#8221; peut se rendre aussi &#224; l'aide du verbe amer, ordonner&lt;/i&gt; &#187;. Exemple : &#171; &lt;i&gt;Le ca&#239;d fit mettre le voleur en prison.&lt;/i&gt; &#187; Pour illustrer l'id&#233;e de r&#233;ciprocit&#233;, trois propositions posent l'ambiance : &#171; &lt;i&gt;Ils se sont frapp&#233;s&lt;/i&gt; &#187; &#8211; &#171; &lt;i&gt;Ils se sont entretu&#233;s&lt;/i&gt; &#187; &#8211; et, finalement, &#171; I&lt;i&gt;ls se sont rencontr&#233;s&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au chapitre XV, &#171; &lt;i&gt;Conversations simples&lt;/i&gt; &#187;, le lecteur est mis en situation : &#171; &lt;i&gt;Mohamed, va me chercher des ouvriers dans le dou&#226;r. Am&#232;ne six ouvriers, je leur donnerai 2&#8239;piastres par jour. Choisis des hommes travailleurs et tranquilles.&lt;/i&gt; &#187; Puis, Machuel imagine cet &#233;difiant dialogue : &#171; &#8211; &lt;i&gt;Ali, combien as-tu de journ&#233;es ? &#8211; Je ne sais pas, monsieur, c'est toi qui inscris. Nous autres, Arabes, nous ne savons pas compter. &#8211; Je te dois 22 journ&#233;es &#224; 2 piastres, cela fait 44 piastres ou 26 francs 40 centimes. Je t'ai avanc&#233; 22 frs. Il te reste donc 4 frs 40. Les voici. &#8211; C'est bien, monsieur. Merci. &#8211; Compte bien pour ne pas me dire ensuite que je ne t'ai pas donn&#233; ce qui te revient. &#8211; Non, monsieur, vous en &#234;tes incapable. Vous &#234;tes un homme de bien ; vous ne voudriez pas faire de tort aux gens.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hormis la mentalit&#233; coloniale et les monnaies qui n'ont plus cours, ce langage n'est pas si martien : il colle de fa&#231;on troublante &#224; l'article 2 de l'actuelle loi Travail sur les n&#233;gociations d'entreprise&#8230; Mais Sidi Machuel n'&#233;tant plus de ce monde, il ne pourra pas poser la question &#224; un million de piastres : de quoi la loi El Khomri est-elle le nom ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Bruno Le Dantec.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2513 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH537/-779-d13f3.jpg?1779602723' width='400' height='537' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Notes sur &lt;i&gt;La Langue vulgaire&lt;/i&gt; de Pasolini : S'&#233;teindre pour se rallumer vers la fin des cr&#233;puscules&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 21 octobre 1975, une dizaine de jours avant d'&#234;tre sauvagement assassin&#233; sur la plage d'Ostie, Pier Paolo Pasolini se trouvait dans les Pouilles, &#224; Lecce. Invit&#233; par un groupe d'enseignants pour discuter des rapports entre les &lt;i&gt;dialetti&lt;/i&gt; et l'&#233;cole, il rage &#8211; comme dans ses &lt;i&gt;&#201;crits corsaires&lt;/i&gt; et ses &lt;i&gt;Lettres luth&#233;riennes&lt;/i&gt; &#8211; contre la tragique disparition des lucioles&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La luciole est l'image po&#233;tique de la r&#233;sistance erratique, de la joie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; dans l'aveuglante lumi&#232;re des projecteurs. &lt;i&gt;Volgar'eloquio&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Langue vulgaire, &#201;ditions La Lenteur, 2013. Pasolini &#8211;&#8239;mort trop t&#244;t &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; est la fid&#232;le retranscription de cet &#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les lecteurs fran&#231;ais qui, pour la plupart, n'ont que peu go&#251;t&#233; aux dialectes et &#224; leurs cultures, nous noterons que l'Italie est autre. Point de r&#233;volution unificatrice et uniformisante, comparable &#224; ce que la France a connu. La standardisation culturelle s'est en effet op&#233;r&#233;e &#224; travers l'&#233;mergence de la soci&#233;t&#233; de consommation. Pour Pasolini, les ann&#233;es 70 marquent une v&#233;ritable rupture anthropologique caract&#233;ris&#233;e par l'entr&#233;e des dialectes et de leur monde dans l'&#232;re de la survivance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le diagnostic de Pasolini est cinglant. On ne peut plus, nous dit-il, penser les langues vulgaires comme on le faisait dans les ann&#233;es 60 &#8211; dans une soci&#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;cl&#233;ricale-fasciste&lt;/i&gt; &#187; dont le pouvoir centralis&#233; reposait uniquement sur la r&#233;pression. Avant le tournant des ann&#233;es 70, il existait une culture pluraliste en Italie, une culture romaine, une culture sicilienne, napolitaine, frioulane ou encore pi&#233;montaise. &#171; &lt;i&gt;La culture italienne &#233;tait ni plus ni moins qu'une abstraction, c'&#233;tait une culture impos&#233;e par le haut, par les Pi&#233;montais avec l'Unit&#233; nationale&lt;/i&gt; &#187;. Le florentin, pourtant &#233;lu &#171; &lt;i&gt;langue totalitaire et totalisante&lt;/i&gt; &#187; n'a pas du tout pollu&#233; &#8211; &#171; &lt;i&gt;voil&#224;, c'est le mot&lt;/i&gt; &#187; &#8211; les &lt;i&gt;dialetti,&lt;/i&gt; c&#339;urs battants des cultures populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, Pasolini semble cat&#233;gorique : les langues vulgaires sont &#171; &lt;i&gt;destin&#233;es &#224; n'&#234;tre plus&lt;/i&gt; &#187;. Condamn&#233;es &#224; la survivance, tu&#233;es, &#224; petit feu, par la culture de masse, par la soci&#233;t&#233; de consommation et le d&#233;veloppement de ses instruments de diffusion : la t&#233;l&#233;vision et l'&#233;cole. Le consum&#233;risme &#171; &lt;i&gt;est parvenu &#224; perp&#233;trer des g&#233;nocides du m&#234;me ordre que ceux que le capitalisme a sans doute perp&#233;tr&#233;s en France&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;&#224; l'&#233;poque de Marx.&lt;/i&gt; &#187; Lecteur de la &lt;i&gt;Critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, Pasolini sait qu'un nouveau type d'&#233;conomie cherche avant tout &#224; produire de nouveaux rapports sociaux. C'est en cela qu'il qualifie de &#171; &lt;i&gt;v&#233;ritable fascisme&lt;/i&gt; &#187; ce ph&#233;nom&#232;ne qui s'en prend aux langages, aux valeurs, aux gestes, aux corps du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arpenteur des &lt;i&gt;borgate&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nom donn&#233; &#224; ces quartiers autoconstruits ill&#233;galement &#8211;&#8239;souvent qualifi&#233;s de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; romaines, il fait l'amer constat de la frustration des jeunes de ces quartiers face &#224; l'impossibilit&#233; d'atteindre les mod&#232;les existentiels propos&#233;s par la t&#233;l&#233;vision. Dans la balance, l'h&#233;donisme marchand ne compensera jamais la destruction d'un monde et de sa culture : &#171; &lt;i&gt;Le pire des maux c'est la mis&#232;re du pseudo-bien-&#234;tre ; ils sont maintenant bien plus pauvres qu'il y a dix ans, proportionnellement&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Avant d'ajouter, quelques minutes plus tard, &#171; &lt;i&gt;ce sont d&#233;j&#224; des cadavres au regard de ce qu'ils &#233;taient. Il me semble que leur destin historique est de vivre cet &#233;tat de mort et ressusciter&lt;/i&gt; [&#8230;], &lt;i&gt;je ne sais pas quand, parce que je ne suis pas proph&#232;te ni ne veux l'&#234;tre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Noir constat qui n'est pas sans rappeler sa fun&#232;bre lamentation de &#171; L'article des lucioles&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;crits corsaires, Flammarion, 1976.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187; o&#249;, pessimiste, il conclut &#224; leur disparition. Pourtant, il perdure ici une lueur d'espoir. Pasolini, dans &lt;i&gt;La Langue vulgaire&lt;/i&gt;, semble poser le probl&#232;me de l'extinction des lucioles d'une autre mani&#232;re, celui &#171; &lt;i&gt;de la lutte entre une culture que nous n'acceptons pas et une culture caduque.&lt;/i&gt; &#187; Une fa&#231;on, peut-&#234;tre, d'appeler &#224; dialectiser les cultures dialectales. Appel &#224; trouver &#171; &lt;i&gt;un nouveau mode d'&#234;tre libre&lt;/i&gt; &#187;, en dehors, ou plut&#244;t en plus, des deux solutions habituelles que sont la mus&#233;ification des dialectes et le s&#233;paratisme &#8211; &#224; l'image des Basques ou des Irlandais. Quarante ann&#233;es apr&#232;s ce &#171; &lt;i&gt;g&#233;nocide culturel&lt;/i&gt; &#187;, les lucioles survivent encore... Et tout reste &#224; inventer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Momo Br&#252;cke.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Turquie : petit pr&#233;cis de n&#233;gation linguistique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La carri&#232;re des id&#233;es et des sentiments transmet les cultures et les traditions ; c'est pourquoi ceux qui parlent la m&#234;me langue partagent les m&#234;mes aspirations, la m&#234;me conscience, et la m&#234;me mentalit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit Ziya G&#246;kalp, en 1918, dans son ouvrage &lt;i&gt;Turquifier, islamiser, moderniser&lt;/i&gt;. Principal id&#233;ologue de la nation turque, cr&#233;&#233;e en 1923 suite au d&#233;litement de l'Empire ottoman, G&#246;kalp d&#233;fend une vision assimilationniste de la &#171; turcit&#233; &#187;, fond&#233;e sur le partage d'une langue et d'une culture &#8211; et non du sang ou de la race.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Langue officielle de l'Empire ottoman depuis 1876, la langue turque est inscrite comme telle dans la premi&#232;re Constitution de la R&#233;publique de Turquie, en 1924. Dans les textes fondateurs de la nation, rien n'interdit formellement l'usage des langues autres que le turc, nombreuses sur le territoire (une trentaine). Pour cause, interdire reviendrait en effet &#224; reconna&#238;tre, indirectement, des appartenances concurren&#231;ant l'identit&#233; nationale naissante, articul&#233;e autour de l'intention de &#171; &lt;i&gt;T&#252;rk yapmak&lt;/i&gt; &#187; (fabriquer des Turcs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fervents d&#233;fenseurs de la r&#233;volution k&#233;maliste, les intellectuels Munis Tekinalp et Hamdullah Suphi mettent en pratique les th&#232;ses de G&#246;kalp dans les premiers temps de la R&#233;publique. En 1928, Tekinalp r&#233;dige les &#171; &lt;i&gt;dix commandements&lt;/i&gt; &#187; de l'homme turc, lesquels commencent ainsi : &#171; &lt;i&gt;Turquifie ton nom de famille &#187;, &#171; Parle turc &#187;, &#171; Prie en turc &#187;, &#171; Turquifie les &#233;coles &#187;&lt;/i&gt;. Peu apr&#232;s, ce dernier organise des campagnes de propagande afin d'imposer la langue turque aux populations non turcophones dans les lieux publics &#8211; jusque dans les ann&#233;es 1960, certaines municipalit&#233;s sanctionneront par une amende chaque mot prononc&#233; dans une autre langue. Ces campagnes sont soutenues par des associations promouvant la culture nationale : les Foyers turcs, dirig&#233;s depuis 1924 et pendant 28 ans par Suphi, lequel estime que &#171; &lt;i&gt;notre nationalit&#233; est dans notre langue plus que dans toute autre chose&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t n&#233;anmoins, la politique assimilationniste bute sur les revendications kurdes. La r&#233;volte de 1925, men&#233;e par Cheik Said contre l'av&#232;nement de la R&#233;publique et l'abolition du sultanat, marque le d&#233;but d'une politique de r&#233;pression localis&#233;e, notamment linguistique, dans les r&#233;gions kurdophones. La m&#234;me ann&#233;e est secr&#232;tement &#233;labor&#233; le Plan de r&#233;forme de l'Est, dans lequel le &#171; &lt;i&gt;parler kurde&lt;/i&gt; &#187; est &#171; &lt;i&gt;imm&#233;diatement&lt;/i&gt; &#187; interdit. Pour s'en assurer et promouvoir l'&#171; &lt;i&gt;unit&#233; nationale&lt;/i&gt; &#187; au del&#224; de l'action uniformisante des &#233;coles de la R&#233;publique, des Foyers turcs sont implant&#233;s &#224; l'est. Ce sont ces m&#234;mes Foyers qui &#233;laborent, d&#232;s les ann&#233;es 1930, les premi&#232;res &#171; &lt;i&gt;th&#232;ses d'histoire turque&lt;/i&gt; &#187; cherchant &#224; prouver la &#171; &lt;i&gt;turcit&#233;&lt;/i&gt; &#187; des Kurdes et de leurs langues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le coup d'&#201;tat militaire de 1980 et alors m&#234;me que des universitaires patent&#233;s s'emploient encore &#224; d&#233;montrer que le kurde est une forme de proto-turc, la nouvelle Constitution de 1982 interdit finalement les langues autres (sans les nommer) que la langue turque et consacre cette derni&#232;re &#171; &lt;i&gt;langue maternelle&lt;/i&gt; &#187; de tous les habitants du pays. Paradoxalement, cette interdiction constitue l'aveu d'&#233;chec de la politique assimilationniste de l'&#201;tat, et institue alors, par la n&#233;gative, l'existence des minorit&#233;s kurdes, ce qui renforcera les rapports de force ult&#233;rieurs. L'interdiction linguistique sera partiellement lev&#233;e &#224; partir des ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Julia Zortea.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce billet se fonde sur la lecture de l'excellent ouvrage de Cl&#233;mence Scalbert Y&#252;cel, &lt;i&gt;Engagement, langue et litt&#233;rature. Le champ litt&#233;raire kurde en Turquie (1980-2000)&lt;/i&gt;, &#201;dition P&#233;tra, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les domaines agricoles que Machuel et Colin poss&#233;daient pr&#232;s de Tunis &#233;taient voisins.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La luciole est l'image po&#233;tique de la r&#233;sistance erratique, de la joie innocente, face aux diff&#233;rentes formes de fascismes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Langue vulgaire&lt;/i&gt;, &#201;ditions La Lenteur, 2013. Pasolini &#8211;&#8239;mort trop t&#244;t &#8211;&#8239;n'a pu relire le contenu de cette transcription, qu'il aurait sans aucun doute quelque peu remani&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Nom donn&#233; &#224; ces quartiers autoconstruits ill&#233;galement &#8211;&#8239;souvent qualifi&#233;s de &#171; &lt;i&gt;quartiers d'irr&#233;ductibles&lt;/i&gt; &#187; &#8211; qui ont vu naitre de v&#233;ritables r&#233;sistances populaires face aux autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;crits corsaires&lt;/i&gt;, Flammarion, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Avoir une langue c'est un pouvoir &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Avoir-une-langue-c-est-un-pouvoir</link>
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		<dc:date>2018-07-26T06:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Julia Zortea, Mathilde Bl&#233;zat</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;Entretien collectif avec les membres de l'association Mot &#224; Mot. &#192; Marseille, dans le quartier de la Belle de Mai, l'association Mot &#224; Mot transmet depuis cinq ans la langue fran&#231;aise &#224; des adultes &#233;trang&#232;r.e.s, tout en r&#233;fl&#233;chissant aux rapports de pouvoir tapis dans les mod&#232;les d'enseignement. Depuis peu, les formatrices &#233;changent les r&#244;les avec des apprenant.e.s lors de stages immersifs en kabyle et en arabe, et nombre de participant.e.s s'investissent dans le fonctionnement de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no145-juillet-aout-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;145 (juillet-ao&#251;t 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Caroline-Sury" rel="tag"&gt;Caroline Sury&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/francais" rel="tag"&gt;fran&#231;ais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/exemple" rel="tag"&gt;exemple&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/langue" rel="tag"&gt;langue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/mot" rel="tag"&gt;mot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/apprendre" rel="tag"&gt;apprendre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Carline-Sury" rel="tag"&gt;Carline Sury&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Francais-langue" rel="tag"&gt;Fran&#231;ais langue&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien collectif avec les membres de l'association Mot &#224; Mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Marseille, dans le quartier de la Belle de Mai, l'association Mot &#224; Mot transmet depuis cinq ans la langue fran&#231;aise &#224; des adultes &#233;trang&#232;r.e.s, tout en r&#233;fl&#233;chissant aux rapports de pouvoir tapis dans les mod&#232;les d'enseignement. Depuis peu, les formatrices &#233;changent les r&#244;les avec des apprenant.e.s lors de stages immersifs en kabyle et en arabe, et nombre de participant.e.s s'investissent dans le fonctionnement de la structure. Lors d'une table ronde avec les trois salari&#233;es de l'association et une vingtaine d'apprenant.e.s originaires des Comores, d'Alg&#233;rie, du Maroc, de Roumanie et de Syrie, ces derni&#232;r.e.s nous pr&#233;sentent le fonctionnement et les positionnements de l'association. Les propos ci-dessous sont extraits, sous la forme de citations, de cette conversation polyphonique alternant les registres de langue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2508 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH474/-774-a4959.jpg?1779602799' width='400' height='474' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Carline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mot &#224; Mot dans le champ de l'apprentissage du fran&#231;ais &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette association est un lieu o&#249; on peut apprendre le fran&#231;ais et d'autres langues (l'arabe, le kabyle, et bient&#244;t le comorien). Il est fr&#233;quent&#233; par 150 apprenant.e.s environ. Ce qu'on propose, c'est toujours en fonction de la demande des personnes. On leur pose la question de ce qu'ils veulent apprendre, puis on essaie de r&#233;pondre au plus pr&#232;s. Le pas de c&#244;t&#233;, il est notamment &#224; cet endroit-ci. En essayant de rester au plus pr&#232;s de ce que les personnes souhaitent, on prend le sens contraire de ce que l'&#201;tat pr&#233;conise actuellement, c'est-&#224;-dire transmettre la langue et la culture de son choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut savoir que le champ de l'apprentissage gratuit du fran&#231;ais pour les adultes primo-arrivants est, depuis 2003, tr&#232;s largement structur&#233; par des appels d'offre &#233;mis par l'Office fran&#231;ais de l'immigration et l'int&#233;gration (OFII). L'objectif est de trouver des prestataires de services qui r&#233;pondent &#224; un cahier des charges. La cr&#233;ation de ce march&#233; public a eu pour cons&#233;quence de mettre les organismes publics et priv&#233;s en concurrence, d'affaiblir les petites associations qui ne participent pas &#224; cet appel d'offres (moins de subventions leur sont octroy&#233;es), et de viser des publics particuliers (les sans-papiers n'y ont pas acc&#232;s, par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Marseille, il existe un collectif, le collectif FLE Marseille Sud-Est, o&#249; des formatrices et formateurs de Fran&#231;ais langue &#233;trang&#232;re (FLE), venant de structures tr&#232;s diverses, &#233;changent sur leurs pratiques et r&#233;fl&#233;chissent aux transformation du champ de la formation. Les coll&#232;gues qui travaillent dans des organismes de formation financ&#233;s par l'OFII racontent qu'ils ont de moins en moins de marge de man&#339;uvre pour &#233;tablir leurs programmes et penser l'organisation des ateliers. En janvier 2016, l'OFII a pr&#233;sent&#233; le cahier des charges de son nouvel appel d'offres. Les conditions d'acc&#232;s aux formations ont &#233;t&#233; resserr&#233;es. Seuls les nouveaux signataires du &#171; Contrat d'accueil et d'int&#233;gration&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La signature de ce contrat est obligatoire pour les &#233;trangers non europ&#233;ens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187; y ont acc&#232;s (et non plus les personnes &#233;trang&#232;res d&#233;j&#224; pr&#233;sentes en France depuis plusieurs ann&#233;es). Les dur&#233;es de formation ont &#233;t&#233; drastiquement r&#233;duites. Et surtout, le contenu des formations a encore &#233;t&#233; r&#233;orient&#233;. En 2011, l'OFII avait enjoint aux organismes de formation d'enseigner ce qu'il appelle le &#171; fran&#231;ais langue d'int&#233;gration &#187; (apprendre &#224; parler de sa famille, de son logement, de la sant&#233;, de la citoyennet&#233;&#8230;). Aujourd'hui, le cahier des charges indique que les formations linguistes doivent se focaliser exclusivement sur deux aspects : la citoyennet&#233; et le travail.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2509 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH345/-775-14bd4.jpg?1779672427' width='400' height='345' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Carline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mot &#224; Mot propose un accueil inconditionnel et gratuit. C'est-&#224;-dire que les personnes &#233;trang&#232;res qui fr&#233;quentent l'association viennent parce qu'elles veulent apprendre le fran&#231;ais. C'est uniquement ce qui nous int&#233;resse, nous ne nous ne leur demandons pas de nous communiquer leur situation administrative. Si l'on rentre dans le march&#233; de la formation linguistique, r&#233;glement&#233; et financ&#233; par l'&#201;tat, on se trouve coinc&#233;es. Apprendre sous l'injonction de l'&#201;tat, en contrepartie du RSA ou de la signature d'un &#171; Contrat d'accueil et d'int&#233;gration &#187;, change forc&#233;ment le rapport &#224; comment je m'approprie une langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, on n'a pas perdu de financements. Mais il y en a qu'on ne va pas chercher parce qu'on sait qu'on ne pourrait pas y r&#233;pondre ou que ce serait trop contraignant. Le gros de notre budget vient des institutions publiques (mairie, &#201;tat, politique de la Ville, conseil g&#233;n&#233;ral, R&#233;gion parfois...) Ces subventions sont diff&#233;rentes de celles accord&#233;es dans le cadre du march&#233; de la formation linguistique ; elles ne sont pas sp&#233;cifiques aux th&#233;matiques linguistiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mot &#224; Mot &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mot &#224; Mot fait ses activit&#233;s dans diff&#233;rents lieux. Il d&#233;place. Y'en a le ateliers pour prendre la langue fran&#231;ais, au local de Mot &#224; Mot, &#224; AAPI, &#224; Massa&#239;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mot &#224; Mot organise &#233;galement des ateliers en dehors de son local, dans des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le code de la route, c'est lundi, jeudi, l'apr&#232;s-midi. Et mercredi c'est le atelier &#233;criture &#224; la Friche. Tout est gratuit. Enfin, chaque personne, il donne, m&#234;me 10 centimes, pour l'adh&#233;sion annuelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2510 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH495/-776-2dc24.jpg?1779672427' width='400' height='495' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Carline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; On est &#233;cout&#233;, apr&#232;s on est parl&#233;. On est fait conjugaisons, dialogues. Quelqu'un qui comprend pas, il fait les gestes, les gestes pour comprendre, c'est difficile. Comme &#231;a, on fait un peu de th&#233;&#226;tre, un peu&#8230; Apr&#232;s on corrige. Apr&#232;s il donne les feuilles pour faire ce qu'on a compris. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Y en a qui l'arrivent &#224; lire, y en a qui l'arrivent pas, &#231;a d&#233;pend chaque groupe. Y en a qui s'expriment bien, y en a non. Si les personnes il arrive pas &#224; lire, il partage, il regarde les personnes qui l'arrivent &#224; lire, les personnes qui l'arrivent &#224; &#233;crire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le secret de l'association, c'est on est ensemble, solidaire, comme une famille. Dans les autres associations tu trouves pas cette familiale. Les liens attach&#233;s. Solidaires. Voil&#224;, la famille. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un collectif d'administration (CA) ouvert &#224; toutes et &#224; tous&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le CA, on trouve les solutions quand y en a les probl&#232;mes, on pr&#233;pare qu'est-ce qu'on fait, qu'est-ce qu'on ajoute, qu'est-ce qu'on l&#232;ve. Qu'est-ce qu'y se passe. On fait le r&#233;glage, on fait le programme. On fait les r&#233;unions &#224; peu pr&#232;s tous les deux mois et demi. Si quelqu'un qui veut participer au CA, c'est ouvert. On est beaucoup quand m&#234;me. Une douzaine. Voil&#224;, c'est nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Face &#224; cette injonction &#224; faire de la langue une langue d'int&#233;gration, qui te sert &#224; trouver un travail et &#224; respecter les r&#232;gles, on avait envie de d&#233;fendre l'id&#233;e qu'apprendre le fran&#231;ais, c'est avant tout l'outil pour pouvoir dire ce qu'on pense et d&#233;cider un peu de ce qui nous arrive. On avait envie que Mot &#224; Mot, &#224; son &#233;chelle, soit peut-&#234;tre un espace qui permette &#231;a, c'est-&#224;-dire qu'on vient apprendre le fran&#231;ais pour se d&#233;brouiller dans le quotidien puis au bout d'un moment si on en a envie, enfin, quand on veut en fait, on peut aussi &#234;tre dans le collectif d'administration, dans le CA, dans un endroit de d&#233;cision, de r&#233;flexion, voil&#224;. C'est parti de l&#224; cette intention de chercher &#224; ce que le CA soit un lieu investi par les gens qui viennent pratiquer le fran&#231;ais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En tous cas, j'ai remarqu&#233; qu'y a des r&#233;unions o&#249; l'arabe commence &#224; prendre une place ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand l'association coulait, l'ann&#233;e derni&#232;re, on le savait. Sherifa, elle avait propos&#233; de faire un repas de soutien &#224; la Cantine du Midi&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Restaurant associatif install&#233; &#224; c&#244;t&#233; du local de Mot &#224; Mot. Les cuisines (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. On est donn&#233; les 200 euros de repas pour la caisse de Mot &#224; Mot. On a fait l'appel &#224; dons, et en contrepartie, on a organis&#233; les stages en kabyle et en arabe. Et Mariama et Mohamed ils avaient fait un atelier cuisine &#171; samoussa &#187; pour les gens qui avaient particip&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2511 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH357/-777-a49f6.jpg?1779672427' width='400' height='357' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Carline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;crire l'amour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On fait aussi ateliers d'&#233;criture, &#224; la Friche, avec une dame, Marie-France. C'est beau &#231;a ! On &#233;crit l'amour. Elle am&#232;ne des petits livres, elle nous lit le texte, apr&#232;s on &#233;coute, apr&#232;s on... Tout le monde peut r&#233;diger. Les voyages, t'imagines des choses... La po&#233;sie, voil&#224;, tout &#231;a. On fait tous ! Par exemple, la nuit, on a &#233;crit sur la nuit. La nuit, le soleil, le printemps par exemple. Ils nous corrigent le texte qu'on fait. Ou y'a des mots qu'on comprend pas, il explique. On pose la question apr&#232;s ils nous expliquent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chacun il lire entre nous. &#199;a le secret, il reste entre nous. Pas dehors, pour nous. Par exemple on dit les choses de r&#233;alit&#233;. Des fois on fait l'imaginaire mais y a des choses chacun il dit son r&#233;alit&#233;, reste entre nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des fois on va &#224; la biblioth&#232;que aussi. Chercher des livres. On &#233;tait all&#233;es au Centre international de la po&#233;sie, c'&#233;tait super. On a &#233;t&#233; tr&#232;s tr&#232;s bien re&#231;ues. On cherchait des textes en d'autres langues, on avait trouv&#233; en bambara, en alg&#233;rien, en arabe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inverser les r&#244;les&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ann&#233;e derni&#232;re, on a eu des difficult&#233;s financi&#232;res. L'association coulait. On a fait un appel &#224; don, et en contrepartie, on a propos&#233; une initiation &#224; l'arabe et au kabyle, qui a fonctionn&#233;, puis on a eu envie de plus, et on fait des stages r&#233;guliers sur deux jours, ouverts &#224; tous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est nous qu'on le fait, moi [Yamina] et Aziza. On pr&#233;pare les dialogues, on pr&#233;pare les traces &#233;crites. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moi j'aurais besoin d'apprendre le comorien, ou qu'il y ait un salari&#233; de l'asso qui parle le comorien, ne serait-ce que pour faire l'accueil, par exemple. C'est-&#224;-dire avoir des petites notions, pour pouvoir inscrire quelqu'un, le mettre &#224; l'aise, juste pour permettre les premi&#232;res conversations. Et au-del&#224; de &#231;a, en tant que formatrice, je pense qu'on a aussi besoin d'apprendre des langues en permanence pour savoir ce que c'est, parce que sinon on se rend pas compte. &#192; chaque fois que je suis dans un stage d'arabe ou de kabyle, je vois bien combien c'est difficile, combien &#231;a d&#233;place. C'est tr&#232;s fort de faire partie des douze Fran&#231;ais en difficult&#233;, qui essaient, qui osent pas trop, qui se lancent, avec les formatrices qui t'encouragent. &#199;a r&#233;tablit quelque chose de beau dans les rapports aux langues. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moi je connais des Fran&#231;ais qu'ils ont besoin de la langue arabe, la langue kabyle, la langue &#231;a, la langue ci. Avoir une langue c'est un pouvoir. Pour d&#233;couvrir des cultures des autres. Pour repr&#233;senter la culture alg&#233;rien, il faut vous connaissiez bien l'arabe. L'arabe elle est trop large, un mot a beaucoup de sens diff&#233;rents. Des fois tu trouves pas le mot exact en fran&#231;ais, alors il faut conna&#238;tre l'arabe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fran&#231;ais du code de la route en autogestion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ici pour apprendre le code c'est bien. On fait les sch&#233;mas, elle dessine la petite voiture comme &#231;a, elle explique, elle &#233;crit sur le tableau. Des fois on est presque quinze personnes, que des femmes ! Gr&#226;ce &#224; Mot &#224; Mot, j'ai rentr&#233; pour faire le code, j'arrive &#224; r&#233;pondre, je comprends qu'est-ce qui dit, bient&#244;t je vais passer l'examen. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est chose qu'il est dur ici en France, c'est le code. 40 questions&#8230; Avant quand je rentre, je prends le bo&#238;tier et je sais pas comment je r&#233;ponds, je connais pas les panneaux, le marquage au sol, je connais rien du tout. Maintenant &#231;a me fait pas peur, je rentre avec plaisir, je connais les marquages, je r&#233;ponds facilement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2512 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH559/-778-523fc.jpg?1779672427' width='400' height='559' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Carline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moi j'ai l'impression que ici le groupe il s'aide beaucoup, que y a des explications qui passent dans le groupe, une transmission. Peut-&#234;tre que c'est moins possible &#224; l'auto-&#233;cole. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chez auto-&#233;cole, c'est pas comme ici, y'a pas cette patience ! Puis aussi on est en groupe avec toutes le m&#234;me objectif, donc une force comme &#231;a ! On est attach&#233;es, c'est &#231;a aussi. On est bien attach&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une fois par mois on fait le repas de soutien &#224; la Cantine du Midi, &#224; c&#244;t&#233;, pour les femmes qu'ils veulent passer leur code. On fait r&#233;union. Par exemple, six femmes ou cinq femmes, on fait un r&#233;union avec la responsabilit&#233; de la Cantine, on choisit le menu, on fait le repas traditionnel africain, arabe, l'entr&#233;e, le plat principal, v&#233;g&#233;tarien, ou plat avec la viande, on fait le dessert. Et tout le menu &#231;a, &#224; 8 euros. On pr&#233;pare les repas. Les gens qu'il vient ils demandent leur repas, ils mangent, ils payent. Apr&#232;s on compte combien de personnes, et combien rentrait d'argent, on rembourse les courses, loyer de la cantine. Et le reste, &#231;a c'est les b&#233;n&#233;fices. Quand une femme qui l'est pr&#234;te pour aller au code, on lui donne 200 euros. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apprendre le fran&#231;ais, &#231;a sert &#224; quoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est pour par exemple chercher du travail, par exemple quelqu'un qui te fait bien, il faut parler bien pour remercier, pour faire aussi l'exercice pour les enfants aussi, apprendre, parce que moi j'ai fait les &#233;tudes en arabe, y a des fois des choses j'arrive pas &#224; expliquer pour ma fille. Remplir les papiers, les rendez-vous, &#224; l'&#233;cole, la ma&#238;tresse, y'a beaucoup de choses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a les postes seuls les Arabes qu'ils travaillent. Les Fran&#231;ais ils cherchent le moins cher, c'est l'Arabe, travaille mieux, travaille bien, il pay&#233; moins cher. Les bl&#233;dards comme on dit, les clandestins, ils parlent pas le fran&#231;ais, c'est pour &#231;a qu'on les appelle. Prendre quelqu'un qui sait pas ni lire ni &#233;crire, il fait pas attention au contrat. Il peut rien dire. Pas se d&#233;fendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut apprendre le fran&#231;ais, m&#234;me pour la famille, y en a des familles, ils parlent pas l'arabe. Y'a l'invitation, tout &#231;a, tu restes t'asseoir devant eux, ils parlent le fran&#231;ais le fran&#231;ais, tu sais rien. M&#234;me ils te moquent de toi, toi tu rigoler, &#224; cause de &#231;a. C'est pour &#231;a. C'est pour moi. J'ai apprendre le fran&#231;ais &#224; cause de &#231;a. Parce que ma fille, quand tu lui dis &#8220;Explique moi qu'est-ce que &#231;a, qu'est-ce que &#231;a&#8221;, elle te dit &#8220;Non, je te dis rien&#8221;. Je viens ici pour apprendre, maintenant je lui dis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retranscription &#233;tablie par Jeanne Bally.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; J'ai boucop d'histoire dans mon corps &#224; dire &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Discussion avec J&#233;r&#233;mie Piolat sur l'&#171; accueil &#187; des migrant-e-s et la d&#233;colonialit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'aimerais vous lire un court extrait &#233;crit par une formatrice en alphab&#233;tisation dans une grande association belge (qui fait par ailleurs un tr&#232;s bon travail) : &#8220;&lt;i&gt;Je ressens chez la plupart d'entre eux une r&#233;elle soif d'apprendre. J'appr&#233;cie beaucoup quand, entre eux, ils s'expliquent des choses que l'un n'aurait pas comprises. Tout comme quand deux apprenants de m&#234;me nationalit&#233; se parlent en fran&#231;ais.&lt;/i&gt;&#8221; En lisant cela, on dirait que les migrants, d&#233;pourvus de culture, sont en train de d&#233;couvrir le savoir. Mais ils ne sont pas dupes : ils s'adressent &#224; l'institution de la mani&#232;re dont celle-ci veut qu'ils s'adressent &#224; elle. On croit souvent que le silence des migrants vient d'une faiblesse li&#233;e &#224; la pr&#233;carit&#233; inou&#239;e dans laquelle ils se trouvent, mais on oublie en quoi il vient aussi, sinon d'un sage et docte m&#233;pris, du moins d'un &#233;tonnement sans cesse renouvel&#233; face au regard que portent sur eux les institutions qui se pensent &#233;mancipatrices. &#192; cause de cela, pour faire plaisir &#224; leurs alphab&#233;tiseurs, on entend parfois des migrants eux-m&#234;mes dire : &#8220;J&lt;i&gt;e suis comme un enfant qui apprend &#224; marcher, avant je ne connaissais rien.&lt;/i&gt;&#8221; Tout se passe comme si se jouait une grande pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre o&#249; les personnes blanches joueraient le r&#244;le de ceux qui savent, et les migrants celui de ceux qui apprennent. Pour moi, nous sommes ici dans une situation certainement pas postcoloniale, ni m&#234;me n&#233;ocoloniale, mais tout simplement supracoloniale, dans le sens o&#249; ne se pose m&#234;me pas la question : &#8220;&lt;i&gt;Et si les personnes qui sont en face de nous n'&#233;taient pas comme on les pense a priori ?&lt;/i&gt;&#8221; Pas plus que : &#8220;&lt;i&gt;Pourquoi, moi qui les rencontre, je pense qu'elles sont comme &#231;a ?&lt;/i&gt;&#8221; Les chirurgiens ont fini par accepter de se laver les mains en se rendant compte qu'ils &#233;taient vecteurs de mort s'ils ne le faisaient pas, comme le rappelle Isabelle Stengers. On peut aussi &#234;tre vecteur de mort, de dissolution de la personne quand on pr&#233;tend vouloir la soigner, l'&#233;manciper, sans se laver les mains de sa colonialit&#233;, sans s'interroger sur son propre conditionnement. Enfin, ce qui m'int&#233;resse, c'est comment nous pouvons relier cette d&#233;culturation, &#224; l'&#339;uvre dans certains cours d'alphab&#233;tisation, avec celle que nous, Europ&#233;ens de l'Ouest, avons v&#233;cu et vivons encore. Le processus est &#224; pr&#233;sent tr&#232;s avanc&#233; et dans une phase &#8220;r&#233;siduelle&#8221;, mais il y a toute une histoire v&#233;cue dans les r&#233;gions, qu'on appelait autrefois des &#8220;pays&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien consultable en int&#233;gralit&#233; sur jefklak.org.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La signature de ce contrat est obligatoire pour les &#233;trangers non europ&#233;ens qui viennent d'obtenir un titre de s&#233;jour ou une carte de r&#233;sident, et implique le suivi de cessions de formation portant sur le civisme, la &#171; vie en France &#187; et l'apprentissage du fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mot &#224; Mot organise &#233;galement des ateliers en dehors de son local, dans des structures associatives et institutionnelles situ&#233;es dans les 1er et 3&#232;me arrondissement de Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Restaurant associatif install&#233; &#224; c&#244;t&#233; du local de Mot &#224; Mot. Les cuisines peuvent notamment &#234;tre pr&#234;t&#233;es &#224; des associations amies afin de r&#233;colter des fonds.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Musique du babil et cin&#233;ma pour l'oreille</title>
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&lt;p&gt;Avec son spectacle Prosodie, la compositrice &#201;milie Mousset explore la dimension sensible du langage en s'int&#233;ressant &#224; la cr&#233;ativit&#233; vocale et auditive des tr&#232;s jeunes enfants entendants. 25 minutes d'&#233;coute, huit hauts-parleurs, quelques couettes&#8230; et une pi&#232;ce sonore jou&#233;e en direct qui prend le souffle comme point de d&#233;part, jusqu'&#224; parvenir au langage articul&#233;. Entretien. CQFD : Pourrais-tu expliciter le titre de ton spectacle, Prosodie ? &#201;milie Mousset : Pour les musicologues (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no145-juillet-aout-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;145 (juillet-ao&#251;t 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Eric-Sneed" rel="tag"&gt;Eric Sneed&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/jeune-enfant" rel="tag"&gt;jeune enfant&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec son spectacle &lt;i&gt;Prosodie&lt;/i&gt;, la compositrice &#201;milie Mousset explore la dimension sensible du langage en s'int&#233;ressant &#224; la cr&#233;ativit&#233; vocale et auditive des tr&#232;s jeunes enfants entendants. 25 minutes d'&#233;coute, huit hauts-parleurs, quelques couettes&#8230; et une pi&#232;ce sonore jou&#233;e en direct qui prend le souffle comme point de d&#233;part, jusqu'&#224; parvenir au langage articul&#233;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une version binaurale du spectacle est accessible en ligne sur le site de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1835 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/-137-004b2.jpg?1779848544' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Eric Sneed.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Pourrais-tu expliciter le titre de ton spectacle, &lt;i&gt;Prosodie&lt;/i&gt; ? &lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;&#201;milie Mousset :&lt;/strong&gt; Pour les musicologues comme pour les linguistes, la prosodie, c'est ce qui d&#233;finit l'enveloppe musicale de la parole : son grain, ses composantes harmoniques, sa densit&#233;, ses attaques. C'est l'&#233;coute des ph&#233;nom&#232;nes d'accentuation et d'intonation des phon&#232;mes, mais aussi des variations de hauteur, de dur&#233;e, d'intensit&#233; et de timbre. Ce sont toutes les inflexions musicales, les &#233;motions, les intentions sous-jacentes &#224; la parole, qui font que sonnent les h&#233;sitations, l'irritation, la tristesse, la peur, la col&#232;re, la douceur. La prosodie, pour r&#233;sumer, c'est la part de signification apport&#233;e par la voix au-del&#224; du sens initial du mot : c'est la m&#233;lodie du langage. C'est une notion qui permet de faire &#233;merger l'importance du sensible et de l'affect dans les liens &#233;troits qui unissent le langage et la musique. C'est d'ailleurs l&#224;, pour moi, que le rapport avec le champ de la petite enfance est imm&#233;diat. Pour le jeune enfant entendant, sans m&#234;me parler des &#233;tudes d&#233;sormais nombreuses qui montrent l'importance du sonore dans le milieu intra-ut&#233;rin, le sonore est un champ pour lequel il d&#233;veloppe une acuit&#233; et une finesse impressionnantes, et qui donne forme au monde qui l'entoure &#8211; qui lui permet en tout cas de s'y inscrire, et de commencer &#224; le percevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que cherches-tu &#224; explorer en investissant, plus pr&#233;cis&#233;ment, le champ de la petite enfance ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour le jeune enfant, le mot est son avant m&#234;me d'&#234;tre sens, et le langage parl&#233; est d'abord et avant tout musique. Les enfants sont capables de vocaliser bien avant d'articuler. Ils d&#233;veloppent tr&#232;s pr&#233;cocement des capacit&#233;s de perception des ph&#233;nom&#232;nes sonores, ainsi qu'une large palette de modes d'&#233;coute. Il suffit d'observer de tout jeunes enfants &#233;couter et produire des sons pour r&#233;aliser leur grande plasticit&#233; &#224; jouer dans le spectre sonore. Virtuoses en vocalisation, ils bruitent les objets, &#233;coutent les r&#233;sonances, ajustent la dynamique de l'attaque en fonction du son recherch&#233;, sont tr&#232;s attentifs aux timbres. La mati&#232;re sonore est source d'exp&#233;rimentation et de plaisir sans cesse renouvel&#233;s. Le son comme la voix sont investis tour &#224; tour comme objets de sensation, de plaisir, d'exploration de temps et d'espace, de communication, de cr&#233;ation. En outre, pour l'enfant apprenti locuteur, le rapport au langage est intrins&#232;quement li&#233; &#224; l'affectivit&#233;. La p&#233;riode o&#249; le monde prend sens &#224; travers les voix (notamment celle de la m&#232;re) est cruciale, et le temps de la petite enfance est l'&#226;ge d'or de l'ou&#239;e. C'est dans cette &#171; p&#226;te primordiale &#187; que se constitue un premier fondement de pr&#233;sence &#224; soi et au monde. Si le langage m'int&#233;resse aussi, c'est que je crois qu'on ne peut pas dire qui on est (et par cons&#233;quent ce que l'on veut, ou ne veut pas), si on ne peut ou ne sait pas s'exprimer. Cette pi&#232;ce, qui dure 25 minutes, c'est finalement l'&#233;coute de comment un enfant arrive peu &#224; peu au langage : elle commence par le souffle, puis montre peu &#224; peu comment le langage s'ext&#233;riorise, se sociabilise, et dans le m&#234;me mouvement s'articule progressivement. Prosodie s'appuie et se fonde &#224; la fois sur la mat&#233;rialit&#233; de l'acte de dire, et sur un constant rapport &#233;troit du langage et du musical : c'est cette articulation des deux, et l'&#233;volution de cette articulation qui constitue le mouvement de la pi&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton travail n'est pas uniquement celui d'une compositrice puisque tu mets en sc&#232;ne l'&#233;coute de ta propre pi&#232;ce. Pourquoi ne pas se contenter d'une pi&#232;ce sonore, radiophonique, &#233;coutable chez soi, et pr&#233;f&#233;rer en faire un concert &#8211; en grande partie en direction des tout-petits ? &lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai commenc&#233; ma vie professionnelle dans le champ du th&#233;&#226;tre, et je n'en suis jamais vraiment sortie ! Quand j'ai d&#233;cid&#233; de me consacrer &#224; la composition sonore, je pense l'avoir toujours envisag&#233;e comme une &#233;criture &#233;labor&#233;e et re&#231;ue dans un espace : une sc&#232;ne, un jardin public, la rue ou une salle de sieste (pour rester sur Prosodie et son accueil possible dans des endroits comme des cr&#232;ches, ou des &#233;coles). Pendant mes &#233;tudes de composition &#233;lectroacoustique, la d&#233;couverte de l'outil de diffusion qu'est l'&#171; acousmonium&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme a &#233;t&#233; popularis&#233; en 1974 par le compositeur Fran&#231;ois Bayle.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187; a &#233;t&#233; d&#233;terminante. Il s'agit de diffuser une pi&#232;ce sur un orchestre de haut-parleurs, qui construit un impressionnant espace d'&#233;coute, tr&#232;s immersif, o&#249; chacun entend la pi&#232;ce projet&#233;e diff&#233;remment, en fonction de sa place &#224; l'int&#233;rieur de l'orchestre. On parle souvent de &#171; cin&#233;ma pour l'oreille &#187;. Cet outil permet &#224; la fois de dessiner un espace du son, d'en &#233;crire une dramaturgie, mais aussi, et c'est un de mes cr&#233;dos, de mettre volontairement les gens en situation d'&#233;coute. Le dispositif de Prosodie est donc celui d'un concert de type acousmatique. Ce terme renvoie aux pratiques d'enseignement de Pythagore, qui pla&#231;ait ses disciples derri&#232;re une tenture afin de privil&#233;gier leur seule &#233;coute. Le compositeur Pierre Schaeffer, &#224; l'origine de la &#171; musique concr&#232;te &#187;, parlait d' &#171; &#233;coute r&#233;duite &#187; pour d&#233;signer ce resserrage extr&#234;me de l'attention sur la perception des choses. Le son, c'est aussi un espace mental, qui laisse &#224; l'auditeur l'autonomie et la libert&#233; de r&#233;cr&#233;er les images, qui donne &#224; son &#233;coute active une part de cr&#233;ation de l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les jeunes enfants, le son passe avant tout par le corps, r&#233;sonne dans le corps, se re&#231;oit et s'exprime par le corps, d'o&#249; l'importance de ce dispositif. Il est arriv&#233; pendant des repr&#233;sentations que des enfants se mettent &#224; tourner autour d'une enceinte, rapprochent, &#233;loignent leur oreille de la membrane, se cr&#233;ant ainsi leur propre &#171; mixage &#187;. Il est aussi fr&#233;quemment arriv&#233; que des enfants marquent physiquement, ou vocalement, ce qu'ils entendent, qu'ils interagissent avec la pi&#232;ce, souvent de mani&#232;re tellement fine et musicale que les autres auditeurs m'ont dit ne plus vraiment savoir ce qui appartenait &#224; la composition ou &#224; l'intervention de leurs petits voisins. Je crois que l'inventivit&#233; du langage des enfants, sa plasticit&#233;, son rapport primaire au musical, en font des grands po&#232;tes qui s'ignorent (d'autant plus grands qu'ils s'ignorent !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment as-tu chemin&#233; pour r&#233;aliser ce spectacle ? &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Tout est parti d'un compagnonnage avec une structure bas&#233;e &#224; Saint-Nazaire, Ath&#233;nor, une &#171; sc&#232;ne nomade de production et de diffusion &#187; qui explore notamment la cr&#233;ation sonore en lien avec la toute petite enfance. J'ai commenc&#233; une premi&#232;re phase de cr&#233;ation &#224; Vitrolles o&#249;, avec un percussionniste, une chanteuse, une danseuse, nous avons investi le quotidien de plusieurs cr&#232;ches, sur des journ&#233;es enti&#232;res. C'est l&#224; que j'ai pu commencer les premi&#232;res exp&#233;riences de prise de son avec de tout jeunes auditeurs, les observer &#233;couter d'abord, puis les faire manipuler et sonner des objets de leur quotidien, les enregistrer et leur faire &#233;couter le r&#233;sultat imm&#233;diat, pour tenter d'autres manipulations ou jeux de voix, de bruits de bouche, les r&#233;&#233;couter, les rejouer. J'ai ensuite b&#233;n&#233;fici&#233; de temps de r&#233;sidence en studio, et dans des lieux &#171; de plateau &#187;, qui m'ont permis d'&#233;prouver la pi&#232;ce dans l'espace et de l'&#233;crire avec les haut-parleurs. J'ai volontairement voulu que le dispositif soit simple et tienne dans un coffre de voiture pour aller jouer dans des lieux &#171; hors spectacle &#187;, comme des cr&#232;ches justement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment as-tu pens&#233; la place des adultes dans cette pi&#232;ce sonore ? L'irruption, puis la d&#233;ferlante des mots articul&#233;s &#224; mesure que les enfants grandissent, a-t-elle un impact sur les capacit&#233;s d'&#233;coute ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;M&#234;me si, dans ce spectacle, tout part de l'&#233;coute et du rapport au son des enfants, je propose une forme qui n'est pas uniquement d&#233;di&#233;e au jeune public. N&#233;anmoins, si les enfants semblent admettre imm&#233;diatement le &#171; bain sonore &#187; qui leur est propos&#233;, certains adultes sont parfois troubl&#233;s par le dispositif acousmatique o&#249;, par d&#233;finition, on ne conna&#238;t pas la source du son. En composant cette pi&#232;ce, j'ai essay&#233; de me tenir sur une ligne entre le compr&#233;hensible et le sonore, et les enfants se situent pr&#233;cis&#233;ment dans la libert&#233; de cet espace. Les adultes ont parfois beaucoup plus de mal &#224; sortir du sens des mots. Il est possible que l'irruption du langage articul&#233;, avec sa kyrielle de mots et de r&#232;gles (grammaire, syntaxe, conjugaison) &#224; utiliser correctement, bride de fa&#231;on presque fonctionnelle l'ampleur du champ de l'&#233;coute et du sonore tel qu'il est v&#233;cu au d&#233;part, avec son ouverture, son inventivit&#233; permanente et, encore une fois, son rapport fondamental au musical !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une version binaurale du spectacle est accessible en ligne sur le site de l'&#233;mission &#171; Supersonic &#187;, produite par France culture.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le terme a &#233;t&#233; popularis&#233; en 1974 par le compositeur Fran&#231;ois Bayle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Turquie : Fi&#232;vre ottomane, fictions nationales</title>
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		<dc:subject>d'&#201;rik Bullot</dc:subject>

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&lt;p&gt;Depuis sa formation, l'&#201;tat turc ne cesse d'&#233;toffer ses principes nationalistes : &#224; l'indivisibilit&#233; de la nation s'adjoignent d&#233;sormais le ciment id&#233;ologique du sunnisme et la r&#233;activation d'un pass&#233; ottoman mythifi&#233;. Alors qu'un conflit ouvert est en cours entre le gouvernement turc et le mouvement kurde, fantasme d'unit&#233; nationale et r&#233;sistance &#224; l'h&#233;g&#233;monie culturelle s'expriment &#224; travers les enjeux linguistiques, au c&#339;ur des luttes politiques. Projet&#233; en mars 2015 au Cin&#233;ma du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-Erik-Bullot" rel="tag"&gt;d'&#201;rik Bullot&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis sa formation, l'&#201;tat turc ne cesse d'&#233;toffer ses principes nationalistes : &#224; l'indivisibilit&#233; de la nation s'adjoignent d&#233;sormais le ciment id&#233;ologique du sunnisme et la r&#233;activation d'un pass&#233; ottoman mythifi&#233;. Alors qu'un conflit ouvert est en cours entre le gouvernement turc et le mouvement kurde, fantasme d'unit&#233; nationale et r&#233;sistance &#224; l'h&#233;g&#233;monie culturelle s'expriment &#224; travers les enjeux linguistiques, au c&#339;ur des luttes politiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Projet&#233; en mars 2015 au Cin&#233;ma du r&#233;el, prestigieux festival de films documentaires, &lt;i&gt;La R&#233;volution de l'alphabet&lt;/i&gt; d'&#201;rik Bullot revient sur l'usage de l'outil linguistique dans le processus d'invention de la nation turque, cr&#233;&#233;e en 1923 suite au d&#233;litement de l'empire ottoman. Id&#233;e prometteuse, tant la rupture fut radicale et violente : d'ottomane, la langue officielle de l'&#201;tat est abruptement devenue turque en l'espace de deux mois, &#224; la fin de l'ann&#233;e 1928. &#201;pur&#233;e de son vocabulaire persan et arabe, la langue s'&#233;crira d&#233;sormais gr&#226;ce &#224; un alphabet latin l&#233;g&#232;rement modifi&#233; et non plus en lettres arabes. Plus pr&#233;cis&#233;ment, le r&#233;alisateur s'interroge sur la m&#233;moire et les r&#233;percussions des r&#233;formes linguistiques, parmi la soci&#233;t&#233; turque contemporaine. Malheureusement, il passe &#224; c&#244;t&#233; de son sujet en le d&#233;politisant presque enti&#232;rement : en pr&#233;sentant l'actuel ph&#233;nom&#232;ne de r&#233;apparition de l'ottoman uniquement comme le retour positif d'une culture oubli&#233;e, ce film voile malgr&#233; lui les enjeux strat&#233;giques de l'instrumentalisation de l'histoire par la politique d'Erdo&#287;an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'&#233;gide de Mustafa Kemal Atat&#252;rk, l'id&#233;ologie nationaliste de la nouvelle r&#233;publique s'est autoritairement employ&#233;e &#224; d&#233;finir l'identit&#233; turque des habitants du pays et &#224; imposer le caract&#232;re &#171; moderne &#187; de l'&#201;tat, d'inspiration occidentale. Il s'agit alors d'&#233;tablir une coupure nette entre l'ancien r&#233;gime et la r&#233;publique naissante en jetant l'opprobre sur la dynastie ottomane&#8200;&#8211;&#8200;consid&#233;r&#233;e obscurantiste et coupable de trahison suite aux tractations men&#233;es avec les vainqueurs de la Premi&#232;re Guerre mondiale. Aussi, en parall&#232;le de la la&#239;cisation des syst&#232;mes juridique et &#233;ducatif ainsi que de l'europ&#233;anisation des tenues vestimentaires, la fiction nationale s'est appuy&#233;e sur une historiographie visant &#224; &#233;tablir un lien entre le territoire anatolien et l'existence d'une &#171; race turque &#187;, pr&#233;existant au sultanat d&#233;chu. Comme l'indique l'historien &#201;tienne Copeaux sur son blog &lt;a href=&#034;http://www.susam-sokak.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Susam-Sokak&lt;/a&gt;, il est question de &#171; &lt;i&gt;prouver que cette &#8220;race&#8221; est pr&#233;sente en Anatolie avant les autres peuples (Grecs, Arm&#233;niens&#8230;) pour l&#233;gitimer l'existence de la Turquie anatolienne face aux revendications adverses. L'histoire, l'arch&#233;ologie, l'anthropologie, la linguistique sont alors mobilis&#233;es par l'&#201;tat&lt;/i&gt; &#187;. La diffusion du nouvel idiome par des campagnes d'alphab&#233;tisation appuie la propagation de l'id&#233;ologie k&#233;maliste. Pendant les ann&#233;es 1930, la th&#233;orie de la Langue-soleil, reprise par l'&#201;tat, cherche &#224; d&#233;montrer que le turc est le premier langage de l'humanit&#233;. Un manuel de g&#233;ographie &#233;dit&#233; dans les m&#234;mes ann&#233;es peut ainsi tranquillement &#233;crire que &#171; &lt;i&gt;la Turquie est actuellement compos&#233;e de terres o&#249; sont &#233;tablis uniquement des Turcs&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1645 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH468/p11-erdogan_le_pathe_tique-9b835.jpg?1779602790' width='400' height='468' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;En avan&#231;ant par fragments, en donnant &#224; son film une forme d'ab&#233;c&#233;daire, &#201;rik Bullot entreprend, selon ses termes, une &#171; &lt;i&gt;enqu&#234;te exp&#233;rimentale et &lt;i&gt;po&#233;tique&lt;/i&gt;&lt;/i&gt; &#187; sur l'effacement de la m&#233;moire &#233;crite de la soci&#233;t&#233; turque, coup&#233;e de ses archives. Par effet de r&#233;sonance, le r&#233;alisateur &#233;tablit un lien entre la r&#233;forme de l'alphabet de 1928 et les mobilisations parties de la place Taksim en 2013, contemporaines du tournage&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; En Turquie, une r&#233;volte sentimentale &#187; publi&#233; dans CQFD n&#176;113 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. En croisant pass&#233; et pr&#233;sent, amn&#233;sie forc&#233;e et expressivit&#233; de rue, Bullot place indirectement la violence d'&#201;tat du r&#233;gime d'Atat&#252;rk et celle de l'actuel r&#233;gime du pr&#233;sident Erdo&#287;an (parti de l'AKP) sur un m&#234;me continuum. Mais cette suggestion (pourtant pertinente) tourne court, remplac&#233;e par une autre suggestion, qui entra&#238;ne une autre suggestion, et ainsi de suite : de po&#233;tique, le film devient rapidement lacunaire, au risque de produire des contre-sens politiques. La s&#233;quence intitul&#233;e &#171; R&#233;surrection &#187;, en filmant un cours collectif priv&#233; de turc ottoman, entend ainsi transmettre une touche d'optimisme. Or l&#224; encore, la proposition est un peu courte : nulle mention n'est faite au contexte politique actuel, favorisant la r&#233;surrection controvers&#233;e du pass&#233; ottoman. M&#234;me silence concernant les rapports de force cherchant aujourd'hui &#224; l&#233;gitimer l'usage de la langue kurde, longtemps interdite par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refoul&#233; par les institutions k&#233;malistes, le pass&#233; ottoman commence &#224; refaire surface d&#232;s les ann&#233;es 1970, &#224; travers l'&#233;laboration progressive d'une &#171; synth&#232;se turco-islamique &#187; par des intellectuels de droite. Associant l'histoire turque &#224; l'histoire de l'islam sunnite, cette synth&#232;se cherche initialement &#224; unifier la nation autour d'une religion suppos&#233;e commune afin de contrer, principalement, les id&#233;ologies de gauche &#8211;&#8200;finalement r&#233;prim&#233;es par le sanglant coup d'&#201;tat de l'arm&#233;e en 1980, laquelle r&#233;tablit temporairement les cours d'&#233;ducation religieuse &#224; l'&#233;cole. En se r&#233;f&#233;rant &#224; la grandeur de l'Empire ottoman, cette nouvelle id&#233;ologie nationaliste vient naturaliser et valoriser les origines musulmanes des Turcs, tout en &#233;corchant la figure h&#233;ro&#239;que et tut&#233;laire d'Atat&#252;rk. Dans les ann&#233;es 1990, &#171; islamistes &#187; et &#171; k&#233;malistes &#187; s'affrontent au sujet de la dynastie ottomane, r&#233;habilit&#233;e par les premiers ou d&#233;savou&#233;e par les seconds. Comme l'&#233;crit &#201;tienne Copeaux, le pr&#233;sent est alors projet&#233; sur une version binaire du pass&#233;, mais l'inverse est aussi vrai : &#171; &lt;i&gt;Le pass&#233; s'impose au pr&#233;sent, car il n'est justement pas pass&#233;.&lt;/i&gt; &#187; En t&#233;moignent encore aujourd'hui les difficiles avanc&#233;es de l'histoire officielle de la R&#233;publique turque vis-&#224;-vis des &#233;v&#233;nements traumatiques qui ont particip&#233; &#224; son fondement, tels que le g&#233;nocide arm&#233;nien&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; L'extermination des chiens a &#233;t&#233; la &#8220;r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale&#8221; de celle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, non reconnu par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mise en pratique par l'AKP depuis son accession au pouvoir en 2002, la synth&#232;se turco-islamique permet notamment de l&#233;gitimer le conservatisme des r&#233;formes en mati&#232;re de m&#339;urs, l'islamisation de l'enseignement, et l'extension de l'influence turque dans l'aire post-ottomane. Dans ce cadre, la d&#233;f&#233;rence du gouvernement de l'AKP envers le pass&#233; ottoman s'exprime de plus en plus librement, jusqu'&#224; &#234;tre qualifi&#233;e de &#171; fi&#232;vre ottomaniaque &#187; par certains observateurs. On peut citer la menace de censure, en 2012, de Muhte&#351;em Y&#252;zyil, c&#233;l&#232;bre s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e donnant, selon Erdo&#287;an, une mauvaise image du sultan Soliman le Magnifique. Ou les rencontres mondaines entre membres de l'AKP et descendants de la famille imp&#233;riale. Mais aussi, la volont&#233; du pr&#233;sident de reconstruire une caserne militaire ottomane &#224; l'emplacement du parc Gezi, &#224; l'origine des mobilisations du printemps 2013. Ou encore la d&#233;cision du gouvernement d'imposer l'apprentissage de la langue ottomane dans les lyc&#233;es, formul&#233;e en d&#233;cembre 2014. Face aux protestations, l'autoritarisme du pr&#233;sident s'est une nouvelle fois exprim&#233; : &#171; &lt;i&gt;Les gens vont apprendre l'ottoman dans ce pays, et peu importe s'ils le veulent ou non&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Propos retranscrits par Bianet, journal turc ind&#233;pendant, et traduits en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. &#187; Ce &#224; quoi Selahattin Demirta&#351;, co-pr&#233;sident du parti pro-kurde HDP, a r&#233;pondu : &#171; &lt;i&gt;Vous&lt;/i&gt; [&#201;tat turc]&lt;i&gt; interdisez &#224; des personnes d'apprendre leur langue maternelle.&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt; Puis vous dites que les enfants ne peuvent pas lire les pierres tombales en ottoman. OK, qu'ils apprennent. Mais qu'ils apprennent aussi le persan, le chinois, et d'autres langues&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem.&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s des d&#233;cennies de censure par d&#233;ni d'existence, l'interdit pesant sur la langue kurde est partiellement lev&#233; en 1991. Son expression demeure n&#233;anmoins ill&#233;gale dans l'espace public &#8211;&#8200;la m&#234;me ann&#233;e, la d&#233;put&#233;e kurde Leyla Zana est condamn&#233;e &#224; 15 ans de prison pour avoir prononc&#233; une phrase dans sa langue natale appelant &#171; &lt;i&gt;&#224; la fraternit&#233; entre les peuples turc et kurde&lt;/i&gt; &#187; au Parlement turc. En 2002, dans la perspective d'une int&#233;gration europ&#233;enne, le gouvernement de l'AKP a autoris&#233; la diffusion du kurde dans la sph&#232;re audio-visuelle ainsi que son enseignement priv&#233;. Cette possibilit&#233; a ensuite &#233;t&#233; &#233;tendue aux universit&#233;s en 2009 et aux coll&#232;ges publics (de mani&#232;re optionnelle) en 2012. Sp&#233;cialiste des langues et des litt&#233;ratures kurdes en Turquie, la chercheuse Cl&#233;mence Scalbert Y&#252;cel observe pourtant que &#171; &lt;i&gt; le kurde (comme toutes autres langues que le turc) ne fait toujours pas l'objet d'un statut reconnu (langue nationale, langue maternelle, langue minoritaire, langue officielle). L'emploi de termes tels que &#8220;quotidien&#8221;, &#8220;traditionnel&#8221;, &#8220;vivant&#8221;, semble toujours rejeter le kurde dans le domaine de la sph&#232;re priv&#233;e et domestique.&lt;/i&gt; &#187; Un constat partag&#233; par &#201;lisa Couvert, &#233;tudiante qui effectue ses recherches sur la mise en &#339;uvre des cours priv&#233;s de kurde : &#171; &lt;i&gt;Autoriser &#224; parler et &#224; apprendre une langue sans pour autant lui reconna&#238;tre un droit d'existence dans tous les moments de la vie (comme la sph&#232;re administrative) d&#233;politise un aspect culturel en le cantonnant au domaine des droits individuels.&lt;/i&gt; &#187; C'est pourquoi les mobilisations kurdes continuent de lutter pour l'acquisition d'un statut officiel et de v&#233;ritables droits linguistiques, tout en organisant, sans l'&#201;tat, des alternatives locales (bilinguisme dans les mairies HDP, cr&#233;ation d'&#233;coles primaires en kurde, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'&#201;tat turc a r&#233;activ&#233; la guerre contre le PKK dans les r&#233;gions kurdes&#8200;&#8211;&#8200;cons&#233;quence des perc&#233;es &#233;lectorales du HDP aux l&#233;gislatives de juin dernier&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Erdo&#287;an fait sa sale guerre &#187;, publi&#233; dans CQFD n&#176;135 (septembre 2015).&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;&#8200;&#8211;, alors que l'id&#233;ologie du r&#233;gime du pr&#233;sident Erdo&#287;an puise de plus en plus clairement dans le registre de l'extr&#234;me droite ultra-nationaliste&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les alliances des islamistes et nationalistes, voir &#171; Calife &#224; la place (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, laquelle s'abreuve depuis peu des principes de la synth&#232;se turco-islamique, une nouvelle organisation de jeunesse pro-gouvernementale fomente quasi quotidiennement des attaques contre les locaux du HDP et de certains m&#233;dias d'opposition. Ces milices r&#233;pondent au doux nom de&#8230; &#171; foyers ottomans &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/En-Turquie-une-revolte&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; En Turquie, une r&#233;volte sentimentale &#187;&lt;/a&gt; publi&#233; dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;113 (juillet 2013).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &#171; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Bede-L-extermination-des-chiens-a&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'extermination des chiens a &#233;t&#233; la &#8220;r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale&#8221; de celle des Arm&#233;niens&lt;/a&gt; &#187;, publi&#233; dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;132 (mai 2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Propos retranscrits par &lt;i&gt;Bianet&lt;/i&gt;, journal turc ind&#233;pendant, et traduits en fran&#231;ais par le site &lt;a href=&#034;http://www.kedistan.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Kedistan&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Idem.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &#171; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Turquie-Erdogan-fait-sa-sale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Erdo&#287;an fait sa sale guerre&lt;/a&gt; &#187;, publi&#233; dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;135 (septembre 2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur les alliances des islamistes et nationalistes, voir &lt;a href=&#034;http://www.kedistan.net/2015/10/13/calife-a-la-place-du-calife/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Calife &#224; la place du Calife&#8230; &#187;&lt;/a&gt; d'Erwan Kerivel sur Kedistan.net &#8211; ndlr.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Liverpool : Common football !</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Liverpool-Common-football</link>
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		<dc:date>2014-09-11T03:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Julia Zortea</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#192; Liverpool, le foot amateur s'&#233;teint tandis que les grands clubs s'offrent de grands projets. Tesco, leader de la distribution en qu&#234;te de nouveaux march&#233;s, met son grain de sel, sans &#233;gards pour les fondements communautaires des clubs de quartier. Reportage sur les rives de la Mersey. Mai 2013, quartier d'Anfield. La pelouse du stade d&#233;gorge des effets d'un ciel capricieux et ordinaire. En ce jour de finale de championnat 2012-2013 de premi&#232;re division du comt&#233; de Liverpool, le match (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; Liverpool, le foot amateur s'&#233;teint tandis que les grands clubs s'offrent de grands projets. Tesco, leader de la distribution en qu&#234;te de nouveaux march&#233;s, met son grain de sel, sans &#233;gards pour les fondements communautaires des clubs de quartier. Reportage sur les rives de la Mersey.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mai 2013, quartier d'Anfield. La pelouse du stade d&#233;gorge des effets d'un ciel capricieux et ordinaire. En ce jour de finale de championnat 2012-2013 de premi&#232;re division du comt&#233; de Liverpool, le match s'ach&#232;ve sur une d&#233;faite mordante du Waterloo Dock FC, contre l'&#233;quipe du Red Rum (7-2). Engonc&#233; dans un k-way bleu et blanc, Jim Davies applaudit ses joueurs, le regard grave et la mine mouill&#233;e par la bruine. Le patron des Docks a d&#233;j&#224; oubli&#233; la racl&#233;e ; gueuler n'est plus de mise. Ce match, jou&#233; &#224; la maison, est son dernier match. Exactement 50 ans apr&#232;s la cr&#233;ation du Waterloo Dock par quelques jeunes travailleurs du port et plus de 70 troph&#233;es, le manager &#224; la plus longue carri&#232;re de l'histoire britannique a d&#233;cid&#233; de raccrocher. Au Guardian, Jimmy confie son meilleur souvenir, quand sa petite &#233;quipe affronta le grand club pro du Liverpool FC &#224; la Senior Cup de la ville en 2009 : &#171; &lt;i&gt;Nous n'&#233;tions m&#234;me pas intimid&#233;s, et nous n'avons perdu qu'apr&#232;s un but tardif.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1148 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH253/foot-strike-picture-d4030.jpg?1779738443' width='400' height='253' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mat&#233;o.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Press&#233; par une journaliste du Liverpool Echo, l'ancien docker de 71 ans ne parvient pas &#224; &#171; &lt;i&gt;mettre son amour du jeu populaire en mots&lt;/i&gt; &#187;. En revanche, par &#233;gard pour ce m&#234;me &#171; amour &#187;, Jim a publi&#233; une poignante tribune dans ce journal local, peu de temps avant la finale. &#171; &lt;i&gt;Je pourrais d&#233;crire comment des gars jouent leurs tripes lors de froides matin&#233;es, mais je ne le ferai pas. Je veux &#233;crire sur un sport en d&#233;clin.&lt;/i&gt; &#187; Dans la r&#233;gion du Merseyside, pourquoi les clubs de foot amateurs disparaissent-ils les uns apr&#232;s les autres ? Pourquoi peine-t-on &#224; boucler les &#233;quipes ? Certes, il y a bien ce que papi Jimmy nomme un &#171; &lt;i&gt;manque d'int&#233;r&#234;t&lt;/i&gt; &#187; des jeunes, lesquels ne retrouvent plus la route du stade apr&#232;s une nuit de &lt;i&gt;binge drinking&lt;/i&gt;. Mais avant tout, rappelle le vieux scouser, il faut en revenir &#224; l'&#171; &lt;i&gt;&#233;conomie du football&lt;/i&gt; &#187; local. Des crampons aux pansements, de la location des terrains aux pleins d'essence, Jim &#233;num&#232;re m&#233;thodiquement les co&#251;ts incompressibles d'un &lt;i&gt;grassroots&lt;/i&gt; [mouvement issu de la base-ndlr] &lt;i&gt;football&lt;/i&gt; pris au s&#233;rieux. &#171; &lt;i&gt; La FIFA sait-elle d'o&#249; vient l'argent n&#233;cessaire ?&lt;/i&gt; &#187; De la r&#233;colte de fonds dans les pubs apr&#232;s le match, &#233;crit Jim. Or, dans les quartiers ouvriers d'Everton, d'Anfield et de Clubmoor (grands pourvoyeurs de supporters), le taux de ch&#244;mage d&#233;passe les 30 % en 2013 et &#171; &lt;i&gt;les pubs se font de plus en plus rares&lt;/i&gt; &#187;. Pour beaucoup, entre boire sa Guinness au bar et payer 10 &#163; pour voir un match, il faut choisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis ses d&#233;buts en 1963, le Waterloo Dock FC s'entra&#238;ne sur des terrains appartenant au Dockers club, un club social corporatif cr&#233;&#233; en 1949 et situ&#233; &#224; Anfield. Depuis son labo de Leicester, le sociologue du sport John Williams explique que &#171; &lt;i&gt;ces clubs permettaient aux gars de la classe ouvri&#232;re qui travaillaient dans les mines du Nord, &#224; Sheffield ou &#224; Newcastle, ou sur les docks de Liverpool, de boire pour pas cher et d'aller au spectacle avec leur femme&lt;/i&gt; &#187;. Aujourd'hui, dans le b&#226;timent de briques rouges feutr&#233; de moquette pied-de-poule, une quarantaine de papis &#8211; ex-dockers &#8211; rigolent et descendent des pintes en tapant le carton, bient&#244;t rejoints par mesdames. L'heure du cours de &lt;i&gt;Jive&lt;/i&gt; approche ; la boule &#224; facettes de la salle de danse va faire tourner les t&#234;tes. Sous ses airs de guinguette, pourtant, le Dockers club vacille depuis longtemps : le conseil paritaire qui g&#233;rait les docks &#8211; et qui accessoirement le finan&#231;ait &#8211; a &#233;t&#233; dissout par Thatcher en 1991, afin de privatiser les terminaux portuaires. Comme l'explique Jim Davies, &#233;galement patron du club social : &#171; &lt;i&gt;Cela fait dix ans que la gestion de ce club est devenue un enfer, et cinq que l'on fonctionne &#224; perte. Les seules cotisations des membres sont insuffisantes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2011, Tesco &#8211; premier groupe britannique de distribution alimentaire &#8211; tourne autour du club fatigu&#233;. &#192; la place, la cha&#238;ne propose de construire un immense supermarch&#233; pour combler &#171; &lt;i&gt; ce d&#233;sert alimentaire&lt;/i&gt; &#187;. De plus, elle offrirait 40 % des futurs emplois aux habitants du quartier et construirait un terrain pour le Waterloo Dock. &#171; &lt;i&gt; Apr&#232;s s'&#234;tre implant&#233; dans les rues du centre-ville, c'est au travers d'arguments sociaux que Tesco part conqu&#233;rir de nouveaux march&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, commente Dan, du quartier voisin. Une sale r&#233;putation pr&#233;c&#232;de la bo&#238;te, dont les contrats de travail sont plut&#244;t pr&#233;caires. Selon John Williams, le groupe &#171; &lt;i&gt; est consid&#233;r&#233; par ses d&#233;tracteurs comme un opportuniste, un annonciateur du d&#233;clin de l'&#233;conomie locale et des relations de communaut&#233;. En effet, il offre peu en termes d'emplois et de salaires d&#233;cents, et sape les revenus des pubs et des clubs en vendant de l'alcool &#224; des prix d&#233;fiant toute concurrence&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1147 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/footrise-of-price.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH666/footrise-of-price-8cabc.jpg?1779738443' width='500' height='666' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Tract de supporters anglais.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Contre toute attente, Jim Davies accepte l'offre de Tesco fin 2011. Accul&#233;, &#233;puis&#233; par la gestion des lieux, il botte en touche quand on l'interroge en juillet 2012 : &#171; &lt;i&gt;De toute fa&#231;on, ma femme en a assez que je passe tous mes week-ends au stade...&lt;/i&gt; &#187; &#192; l'&#233;poque, le conseiller l&#233;gal de Tesco nous souffle de ne pas &#233;bruiter l'affaire tant que la municipalit&#233; n'aura pas donn&#233; son aval. Les n&#233;gociations sont aujourd'hui au point mort ; et le plancher du Dockers tremble encore sous les effets du &lt;i&gt;rockabilly Jive&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas &#233;bruiter l'affaire ? &#192; Liverpool, Tesco a un pass&#233; pour le moins d&#233;rangeant dans le milieu du foot &#8211; professionnel, cette fois-ci. Assis autour d'une tasse de th&#233; au pub associatif La Casa (achet&#233; dans les ann&#233;es 1990 par les dockers en lutte), Dave, Colin et Patrick racontent leur &#171; &lt;i&gt;ironique&lt;/i&gt; &#187; entr&#233;e en politique. Tous trois sont des Toffees, supporters de l'&#233;quipe d'Everton FC &#8211; adversaire historique du Liverpool FC &#8211; jouant en Premier League. En 2007, ils s'opposent, avec quelques milliers de supporters, au d&#233;m&#233;nagement de leur stade, l'historique Goodison, situ&#233; dans le quartier populaire de Walton depuis 1892, vers un district de la banlieue nord de la ville, Kirkby. Les dirigeants du club n'ont qu'une id&#233;e en t&#234;te : s'offrir un stade assez beau pour accueillir une Coupe du monde ! Sauf qu'Everton manque d'argent. &#171; &lt;i&gt;C'est l&#224; que Tesco-le-chevalier-blanc fait son entr&#233;e en sc&#232;ne&lt;/i&gt; &#187;, rigole Dave. La cha&#238;ne propose de participer &#224; hauteur de 65 millions d'euros &#224; la construction du stade, &#224; condition qu'il soit int&#233;gr&#233; &#224; son projet de &lt;i&gt;giga Mall&lt;/i&gt; [colossal centre-commercial et d'affaires-ndlr] &#224; Kirkby. &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;but, on &#233;tait assez isol&#233;s. Les gens essayaient m&#234;me de nous dissuader de lutter&lt;/i&gt; &#187;, explique Dave. &#171; &lt;i&gt;Parce qu'on est supporters, on est cens&#233;s br&#251;ler nos T-shirts et pas r&#233;fl&#233;chir&lt;/i&gt; &#187;, ricane Colin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en contestant les r&#233;sultats d'un simulacre de r&#233;f&#233;rendum organis&#233; par les g&#233;rants du club aupr&#232;s de fans d&#251;ment s&#233;lectionn&#233;s que na&#238;t la campagne Keep Everton in our city (Keioc). Colin sourit : &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait David contre Goliath.&lt;/i&gt; &#187; Le groupe KEIOC d&#233;nonce la capacit&#233; d'un trust commercial et d'un club de foot &#224; faire la pluie et le beau temps sur le dos des supporters et des communaut&#233;s locales. &#171; &lt;i&gt;Nous savons que le foot est un business. C'est un fait. Mais ce qui est inadmissible, c'est que ce business ait des incidences sur les bases communautaires d'un club&lt;/i&gt; &#187;, se cabre Dave. Le Keioc parvient &#224; persuader la mairie d'interpeller le gouvernement, lequel lance une enqu&#234;te publique en 2008. Par ailleurs, un Groupe d'action des r&#233;sidents se structure dans le district de Kirkby, oppos&#233; &#224; l'implantation d'un futur stade et d'un centre commercial qui n&#233;cessiterait la destruction de logements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avantage d'appartenir &#224; l'une des plus grandes familles de supporters du Merseyside a permis au Keioc de s'entourer d'avocats, d'architectes et d'urbanistes sans avoir &#224; d&#233;bourser d'argent. Les commissaires d'enqu&#234;te puisent des infos dans les rapports du groupe. Le plan de financement du stade s'av&#232;re fumeux, aucune adaptation des transports n'a &#233;t&#233; pens&#233;e et l'&#233;conomie d&#233;j&#224; fragile de Walton s'effondrerait en cas de d&#233;m&#233;nagement. En 2009, alors que Robert Elstone, le grand chef d'Everton, vient d'annoncer publiquement la candidature de Liverpool pour recevoir la Coupe du monde 2018, Dave et Colin lui proposent un rendez-vous. &#171; &lt;i&gt;On venait d'apprendre que le projet allait &#234;tre rejet&#233; par le gouvernement ! On l'a donc annonc&#233; &#224; Elstone en priv&#233;&lt;/i&gt; &#187;, jubilent les gaillards avant de reprendre : &#171; &lt;i&gt;Il &#233;tait atterr&#233;. On lui a offert un autocollant du Keioc, pour qu'il le colle sur sa bagnole.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils rigolent, les Toffees : &#171; &lt;i&gt; Nous, petit groupe de supporters, on a tenu t&#234;te au big Tesco !&lt;/i&gt; &#187; Pendant que Dave, Colin et Patrick d&#233;noncent toujours la mauvaise gestion financi&#232;re d'Everton, 5e de Premier League, l'amateur Waterloo Dock se remet &#224; nouveau d'une fra&#238;che d&#233;faite aux tirs au but en finale du championnat du comt&#233; de Liverpool. Pour le moment, les stades locaux se cramponnent &#224; leur communaut&#233;. La victoire sera pour l'ann&#233;e prochaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Julia Zortea, d'apr&#232;s une enqu&#234;te r&#233;alis&#233;e avec A. D.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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