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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La justice en Guadeloupe, c'est le &#171; d&#233;paysement &#187;</title>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Gircour</dc:creator>


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&lt;p&gt;L'acquittement de Ruddy Alexis et l'effondrement path&#233;tique du dossier &#224; charge mont&#233; contre lui par la police aurait d&#251; conduire le parquet &#224; reprendre l'enqu&#234;te &#224; z&#233;ro voire &#224; demander des comptes aux responsables de la police. Au lieu de cela, la capitaine Bonamy, responsable de l'enqu&#234;te, a &#233;t&#233; promue commandant et au lieu de chercher &#224; &#233;tablir la v&#233;rit&#233;, le procureur g&#233;n&#233;ral, &#224; peine trois heures apr&#232;s le verdict rendant sa libert&#233; &#224; Ruddy Alexis, faisait appel de cette d&#233;cision ! (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no111-Mai-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;111 (Mai 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Lautric" rel="tag"&gt;Lautric&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'acquittement de Ruddy Alexis et l'effondrement path&#233;tique du dossier &#224; charge mont&#233; contre lui par la police aurait d&#251; conduire le parquet &#224; reprendre l'enqu&#234;te &#224; z&#233;ro voire &#224; demander des comptes aux responsables de la police. Au lieu de cela, la capitaine Bonamy, responsable de l'enqu&#234;te, a &#233;t&#233; promue commandant et au lieu de chercher &#224; &#233;tablir la v&#233;rit&#233;, le procureur g&#233;n&#233;ral, &#224; peine trois heures apr&#232;s le verdict rendant sa libert&#233; &#224; Ruddy Alexis, faisait appel de cette d&#233;cision ! Pourtant, il y a d'autres pistes &#224; exploiter, beaucoup plus s&#233;rieuses celles-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques dizaines de minutes apr&#232;s les faits, Jimmy Lautric, un jeune homme situ&#233; &#224; 150 m&#232;tres de la sc&#232;ne du crime, &#233;tait gravement bless&#233; par un tir de munitions semblables &#224; celle qui a tu&#233; Bino. Pourquoi les policiers qui ont pris sa plainte sont-ils revenus et l'ont-ils d&#233;chir&#233;e sous ses yeux et ceux de sa m&#232;re ? Comment expliquer, alors que la police n'avait encore aucune piste, et encore moins de suspect arr&#234;t&#233; sur une affaire aussi sensible, qu'elle refuse p&#233;remptoirement d'enqu&#234;ter sur ce cas quand tout semble relier les deux faits : la nature de la balistique (il n'y a pas d'autre cas de tir de munition de ce type pendant tout le conflit social), le m&#234;me espace &#224; 150 m&#232;tres pr&#232;s, la quasi-synchronicit&#233; des faits, jusqu'&#224; la description du tireur qui semble co&#239;ncider dans les deux affaires ? Selon les t&#233;moignages que j'ai pu recueillir, celui qui tire sur Lautric est arriv&#233; &#224; moto avec trois autres comparses, arm&#233;s et comme lui habill&#233;s d'un treillis militaire, le visage recouvert par une cagoule noire. Le commando est intervenu alors que les jeunes du quartier venaient de r&#233;ussir &#224; p&#233;n&#233;trer dans une bijouterie attenante &#224; la cit&#233; Henri IV. A quelques pas de l&#224;, les trios de la BAC tentant d'acc&#233;der aux lieux se trouvaient en mauvaise posture, pris &#224; parti par les jeunes&#8230; Si la motivation de ce commando &#233;tait crapuleuse, pourquoi prendre le risque inconsid&#233;r&#233; de s'attaquer &#224; plus d'une centaine de jeunes d'un quartier sensible sur leur territoire alors que la police ne sait plus o&#249; donner de la t&#234;te sur tout l'archipel et que cette bijouterie n'a rien d'extraordinaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres du commando se sont content&#233;s de disperser la foule en tirant sur Lautric qui assistait au casse en spectateur et de d&#233;lester le butin que les casseurs tenaient dans leurs mains sans m&#234;me se donner la peine de rentrer dans la bijouterie finir le travail&#8230; Quant &#224; la seule pi&#232;ce &#224; conviction qui aurait pu donner la confirmation que c'est effectivement une cartouche sp&#233;ciale de gros calibre qui a touch&#233; Lautric, la police qui s'en est saisie pr&#233;tend aujourd'hui ne jamais l'avoir eue en sa possession&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, pourquoi la police qui s'est autant focalis&#233;e sur un SMS anti-raciste n'a-t-elle pas accord&#233; la moindre attention &#224; un autre SMS, celui d'un grand patron qui s'est bien gard&#233; de signer, lu &#224; l'antenne de la cha&#238;ne locale Canal 10, et qui disait en r&#233;agissant aux fermetures d'entreprise : &#171; &lt;i&gt;Nous demandons &#224; tous les chefs d'entreprise de s'unir, d'ouvrir leur entreprise et d'organiser eux-m&#234;mes leur d&#233;fense compte tenu du fait que le gouvernement ne fait rien pour nous d&#233;fendre : pas de force de l'ordre, pas de policiers, m&#234;me le gouvernement a peur&lt;/i&gt; &#187;. Interpell&#233; en direct sur ce message mena&#231;ant par la pr&#233;sentatrice de la cha&#238;ne, Elie Domota, porte-parole du LKP, r&#233;pondait en cr&#233;ole : &#171; &lt;i&gt;Willy Ang&#232;le et Mme Koury&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Willy Ang&#232;le &#233;tait le repr&#233;sentant du MEDEF lors des n&#233;gociations et Colette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;i&gt;ont d&#233;j&#224; fait une annonce comme &#231;a, disant qu'ils inviteraient les leurs &#224; prendre leurs dispositions. Nous savons qu'ils prennent des dispositions, pour tirer sur des gens. Ils ont mont&#233; un commando, une milice arm&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Nous &#233;tions cinq jours avant les faits&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que rien ne semble entrepris pour l'&#233;tablissement de la v&#233;rit&#233; et pour que justice soit rendue &#224; Jacques Bino et &#224; sa famille, une nouvelle disposition extraordinaire va encore plus porter atteinte &#224; la manifestation de la v&#233;rit&#233;. Ruddy Alexis vient en effet d'apprendre par un courrier, alors qu'il n'a toujours pas re&#231;u le papier officialisant son acquittement, que son proc&#232;s en appel, contrairement &#224; tous les usages, serait d&#233;pays&#233; &#224; Paris. Il est peu probable que ses avocats qui ont tellement travaill&#233; sur ce dossier tr&#232;s dense puissent s'absenter de Guadeloupe le temps n&#233;cessaire au proc&#232;s sans compter que Ruddy ne peut bien s&#251;r pas prendre en charge leurs frais de d&#233;placement et d'h&#233;bergement. Les t&#233;moins dans la m&#234;me situation seront entendus par visio-conf&#233;rence et ce par des jur&#233;s &#224; qui il manquera beaucoup d'&#233;l&#233;ments pour comprendre le contexte local et les &#233;l&#233;ments culturels qui y sont reli&#233;s. Pour Ruddy Alexis, cette situation absurde qui va conduire &#224; une sorte de proc&#232;s virtuel est une atteinte &#224; la d&#233;fense de ses libert&#233;s fondamentales. Qui plus est, cette affaire pourrait cr&#233;er une jurisprudence f&#226;cheuse. Pour justifier une pareille mesure, il faudrait que la tenue du proc&#232;s en Guadeloupe constitue une menace &#224; l'ordre public. A la r&#233;flexion, peut-&#234;tre cette d&#233;cision est-elle motiv&#233;e par le seul incident s&#233;rieux ayant &#233;maill&#233; le proc&#232;s, &#224; savoir cette dame d'une cinquantaine d'ann&#233;es qui n'a pu contenir une irr&#233;pressible envie d'applaudir apr&#232;s l'intervention d'un des avocats de la d&#233;fense m&#234;me si elle a obtemp&#233;r&#233; sans broncher quand le pr&#233;sident l'a s&#232;chement pri&#233;e de quitter le tribunal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut plut&#244;t imaginer que le proc&#232;s en appel a pour objectif de gagner du temps pour ne pr&#233;cis&#233;ment pas avoir &#224; r&#233;pondre aux questions embarrassantes que je viens d'&#233;noncer, d'esp&#233;rer qu'avec un an de plus et &#224; 6 000 km de distance, les choses se tassent, et que l'&#233;motion suscit&#233;e par l'acquittement ou la condamnation de Ruddy Alexis &#224; Paris n'auront pas le m&#234;me impact sur l'opinion publique guadeloup&#233;enne sans, notamment le suivi attentif que la presse locale, officielle ou alternative, a consacr&#233; &#224; cette affaire hors norme en premi&#232;re instance. Qui plus est, il est certainement ais&#233; pour qui l'accuse de pouvoir choisir la juridiction, aux d&#233;pens de toute consid&#233;ration d'&#233;quit&#233; que cette dite justice est suppos&#233;e garantir &#224; tout citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, que faut-il penser de la position de Christiane Taubira, garde des sceaux, de qui le procureur g&#233;n&#233;ral qui a fait appel de la d&#233;cision du tribunal de Basse-Terre re&#231;oit les ordres ? Soutien ind&#233;fectible du LKP pendant les quarante-quatre jours de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et au-del&#224;, comment peut-elle aujourd'hui ministre, dans le meilleur des cas, cautionner pareille mascarade, dans le pire s'y pr&#234;ter ? A moins qu'elle n'ait re&#231;u des instructions sp&#233;cifiques lui signifiant qu'il s'agit l&#224; d'une affaire d'&#201;tat et qu'elle ne doit pas y toucher ? Peut-elle encore garder le silence face au harc&#232;lement pour ne pas dire &#224; l'acharnement dont fait preuve le parquet sous ses ordres &#224; l'encontre de Ruddy Alexis ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_661 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH348/p11-guadeloupe-2-e5b88.png?1779877827' width='500' height='348' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour en savoir plus :&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Proces-de-l-Etat-colonial-Liberte'&gt;Le Dossier.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Gircour, co-auteur avec Nicolas Rey, de &lt;i&gt;LKP, Guadeloupe, le mouvement des 44 jours&lt;/i&gt;, (Syllepse, 2009).Fr&#233;d&#233;ric Gircour a &#233;galement chroniqu&#233; ce proc&#232;s hors norme sur son blog : &lt;a href=&#034;http://www.chien-creole3.blogspot.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chien Cr&#233;ole&lt;/a&gt;. On y trouvera aussi les liens pour lire le chapitre (gracieusement mis en ligne) qu'il a consacr&#233; dans le livre &#224; cette affaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Willy Ang&#232;le &#233;tait le repr&#233;sentant du MEDEF lors des n&#233;gociations et Colette Koury est, entre autres choses, la toute puissante pr&#233;sidente de la CCI de Guadeloupe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Proc&#232;s de l'&#201;tat colonial : Libert&#233; pour Ruddy Alexis !</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Proces-de-l-Etat-colonial-Liberte</link>
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		<dc:date>2013-06-20T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Gircour</dc:creator>


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&lt;p&gt;Retour en fanfare carnavalesque du &#171; chien cr&#233;ole &#187; dans les colonnes du Chien rouge pour nous narrer par le menu l'ubuesque proc&#232;s d'un jeune militant du Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP), trois ans apr&#232;s les &#233;meutes qui avaient embras&#233; la Guadeloupe. Entre intimidations polici&#232;res, faux t&#233;moins et parodie de justice, le sort de Ruddy Alexis semblait scell&#233;. Mais&#8230; Pass&#233; sous silence par les m&#233;dias nationaux, un tr&#232;s important proc&#232;s a tenu la Guadeloupe en haleine en novembre 2012, celui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no111-Mai-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;111 (Mai 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Eric-Nanette" rel="tag"&gt;Eric Nanette&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-avoir-abattu" rel="tag"&gt;d'avoir abattu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Retour en fanfare carnavalesque du &#171; chien cr&#233;ole &#187; dans les colonnes du Chien rouge pour nous narrer par le menu l'ubuesque proc&#232;s d'un jeune militant du Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP), trois ans apr&#232;s les &#233;meutes qui avaient embras&#233; la Guadeloupe. Entre intimidations polici&#232;res, faux t&#233;moins et parodie de justice, le sort de Ruddy Alexis semblait scell&#233;. Mais&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pass&#233; sous silence par les m&#233;dias nationaux, un tr&#232;s important proc&#232;s a tenu la Guadeloupe en haleine en novembre 2012, celui de Ruddy Alexis, &#226;g&#233; de 35 ans au moment des faits, accus&#233; d'avoir abattu Jacques Bino, syndicaliste de la CGTG et p&#232;re d'un jeune gar&#231;on, pendant le mouvement social de 2009.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_660 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH348/p11-guadeloupe-3ac62.png?1779877829' width='500' height='348' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 16 f&#233;vrier 2009, quand des &#233;meutes &#233;clatent en Guadeloupe, cela fait quasiment un mois que le LKP a lanc&#233; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale tr&#232;s suivie appuy&#233;e par des manifestations pacifiques quotidiennes, d'une ampleur in&#233;gal&#233;e dans l'histoire de la Guadeloupe. Le grand patronat n'entend rien c&#233;der et le pouvoir politique, qui a pari&#233; sur la lassitude des Guadeloup&#233;ens, commence &#224; comprendre que loin d'affaiblir la mobilisation, cette position ne fait que la renforcer. Le risque que l'exemple du LKP fasse des &#233;mules n'est certainement pas pris &#224; la l&#233;g&#232;re : un mouvement parvenant &#224; d&#233;clarer une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e en r&#233;unissant en son sein tous les syndicats, des plus radicaux jusqu'&#224; la CFDT ou la CFTC, sans oublier les partis politiques progressistes et de nombreuses associations de la soci&#233;t&#233; civile, a en effet de quoi donner des sueurs froides aux tenants de l'ordre &#233;tabli. En m&#233;tropole, les masses, sur l'exemple de la Guadeloupe, pourrait se mettre &#224; exiger de leurs si timides directions syndicales des actions plus ambitieuses que les d&#233;risoires journ&#233;es de gr&#232;ve de 24 heures, plus d&#233;moralisantes qu'autre chose, auxquelles on les habitue&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette situation s'ajoute le fait, avec le d&#233;but des &#233;meutes, que beaucoup de commerces dont de nombreuses enseignes appartenant aux grandes familles b&#233;k&#233;s&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Descendants des premiers colons europ&#233;ens.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, celles-l&#224; m&#234;me qui d&#233;tiennent l'essentiel de l'&#233;conomie insulaire, sont d&#233;sormais la cible de pillages, quand elles ne sont pas incendi&#233;es. La r&#233;pression du mouvement est malais&#233;e &#224; ce stade, du moins tant que les &#233;meutiers ne s'en prennent qu'aux biens des poss&#233;dants, car tout ce que la presse nationale compte comme grands journaux ou cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision importantes a d&#233;p&#234;ch&#233; des journalistes en Guadeloupe, et la presse internationale n'est pas en reste avec, pour ne citer que les plus importants, des envoy&#233;s sp&#233;ciaux de CNN et d'Al Jazeera. On imagine les r&#233;percussions en termes d'image si le gouvernement d&#233;cidait d'entreprendre la r&#233;pression brutale d'un mouvement dont tous reconnaissent la justesse des causes m&#234;me si beaucoup disent d&#233;sapprouver la m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que, dans la nuit du 17 au 18 f&#233;vrier, Jacques Bino, qui vient d'assister &#224; un meeting du LKP &#224; Pointe-&#224;-Pitre, prend sa voiture pour rejoindre son domicile. Sa route s'ach&#232;vera dans la cit&#233; populaire Henri IV, non loin de l&#224;, le thorax travers&#233; de part en part par une balle de tr&#232;s gros calibre utilis&#233;e en principe pour la chasse au sanglier ou par les forces de police, tir&#233;e &#224; une centaine de m&#232;tres du v&#233;hicule en mouvement. Le procureur de l'&#233;poque, Jean-Michel Pr&#234;tre, avant toute enqu&#234;te digne de ce nom, d&#233;clare le matin du meurtre que c'est un jeune qui a tir&#233; depuis un barrage en pensant faire feu sur une voiture de la BAC. La police ne d&#233;mordra plus de cette version.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante-quatre mois plus tard, au cours du proc&#232;s qui se tiendra &#224; la cour d'assises de Basse-Terre, Ruddy Alexis, traduit en justice pour ce meurtre, impressionne par le calme dont il fait preuve, par sa correction et par l'aisance avec laquelle il r&#233;pond aux questions qui lui sont pos&#233;es. Le proc&#232;s va &#234;tre un festival de retournements de situation et de coups de th&#233;&#226;tre qui provoqueront l'effondrement du dossier laborieusement constitu&#233; par la police judiciaire sous la direction de la capitaine Bonamy de la PJ. Truff&#233; d'incoh&#233;rences ne comptant ni aveux, ni arme du crime, il se base pour l'essentiel sur des t&#233;moignages mettant en cause le jeune homme. Or, on ira de surprise en surprise au fil des audiences : le proc&#232;s r&#233;v&#232;le pour commencer que plusieurs t&#233;moins qui incriminaient Ruddy sont en fait des indicateurs de police. Un t&#233;moin, le plus vindicatif contre le jeune militant, sous le coup d'une peine de 8 mois avec sursis dans une affaire ant&#233;rieure, insiste bien &#224; la barre sur le fait que ce soir-l&#224; il ne pouvait pas &#234;tre en train de casser, contrairement &#224; ce qu'un autre t&#233;moin affirme, puisque comme il vient de l'expliquer &#224; la cour, il a pass&#233; sa soir&#233;e &#224; suivre Ruddy Alexis du regard, sans bouger. Et puis vient le moment o&#249; le pr&#233;sident tente de confondre les revirements d'un t&#233;moin &#224; la barre quant &#224; la taille du tireur : 1,80 m ou 1,60 m ? Mais les avocats de l'accus&#233; pr&#233;sentent la feuille manuscrite sur laquelle le PV en question a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; et o&#249; il appara&#238;t que les chiffres de la taille ont clairement &#233;t&#233; ratur&#233;s puis r&#233;&#233;crits par-dessus. La version d&#233;finitive, tap&#233;e &#224; la machine ult&#233;rieurement par les policiers et qui reprend la taille de 1,60 m, celle de Ruddy bien s&#251;r, n'a, elle, jamais &#233;t&#233; sign&#233;e par le t&#233;moin en question&#8230; Un autre nie cat&#233;goriquement avoir tenu les propos que le pr&#233;sident du tribunal lui pr&#234;te en se basant sur la lecture du PV qui a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e chez le juge d'instruction, Fabien Terrier. &#171; &lt;i&gt;C'est pourtant bien votre signature, en bas de ce document&lt;/i&gt; &#187;, l'interpellera s&#232;chement le pr&#233;sident. Avec une certaine g&#234;ne, il explique que, lisant avec beaucoup de difficult&#233;, il se contentait d'apposer sa signature l&#224; o&#249; les policiers apparemment press&#233;s lui demandaient de signer. On lui r&#233;torque que lors de son audition chez le juge d'instruction, il &#233;tait accompagn&#233; de son avocate qui n'aurait certainement pas laiss&#233; passer une chose pareille mais l&#224; encore, les avocats de la d&#233;fense brandissent le PV de ladite audition o&#249; il est sp&#233;cifi&#233; que l'avocate, invoquant un malaise, avait laiss&#233; seul son client&#8230; Et on peut aussi parler de cet autre t&#233;moin capital, par ailleurs en instance de jugement pour viol sur mineur, qui reconna&#238;tra ouvertement avoir fait un faux t&#233;moignage, expliquant qu'il a &#171; &lt;i&gt;d'autres casseroles au-dessus de la t&#234;te&lt;/i&gt; &#187; et que la police lui a promis d'enterrer certaines affaires s'il enfon&#231;ait Ruddy Alexis. A cette longue liste, il faut ajouter les scell&#233;s que le pr&#233;sident Fagalde promet de montrer aux jur&#233;s, ce qu'il ne sera finalement pas en mesure de faire, le parquet ayant &#233;gar&#233; ces pi&#232;ces&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans l'ombre d'un aveu donc (par deux fois Ruddy a m&#234;me entrepris de longues gr&#232;ves de la faim en prison pour clamer son innocence et d&#233;noncer ses conditions d'incarc&#233;ration), et sans preuve recevable ou t&#233;moignage cr&#233;dible, on aurait pu supposer que le parquet &#233;tait au moins en mesure de fournir un mobile du crime irr&#233;futable. Selon la version officielle, le tireur aurait confondu une voiture de la BAC avec la Fiat Punto de Jacques Bino, mais encore fallait-il expliquer pourquoi Alexis aurait voulu tirer sur cette voiture et tuer ses occupants. Il se trouve que le jeune homme avait re&#231;u l'apr&#232;s-midi avant le meurtre un texto qui a &#233;norm&#233;ment circul&#233; &#224; cette &#233;poque en Guadeloupe, reprenant pour les d&#233;noncer les propos d'Alain Huygues-Despointe, puissant b&#233;k&#233; martiniquais, propos qui avaient d'ailleurs valu &#224; l'homme d'affaires d'&#234;tre poursuivi pour incitation &#224; la haine raciale et condamn&#233; en premi&#232;re instance, puis en appel pour apologie de crime contre l'Humanit&#233;, avant que la Cour de cassation ne juge opportun d'annuler cette d&#233;cision&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les propos reproch&#233;s &#224; Alain Huygues-Despointe ont &#233;t&#233; tenus dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Or ce SMS avait &#233;t&#233; relay&#233;, entre autres, &#224; Ruddy par Eric Nanette, un homme tr&#232;s engag&#233; dans la vie associative de Pointe-&#224;-Pitre et, cadre de la Centrale des Travailleurs unis, l'un des syndicats faisant partie du LKP. Aussi absurde que cela puisse para&#238;tre, l'accusation s'est acharn&#233;e &#224; d&#233;montrer que ce SMS, qui ne faisait que reprendre ces propos racistes pour les d&#233;noncer, avait constitu&#233; rien de moins qu'un appel au meurtre, qu'il visait &#224; &#171; &lt;i&gt;faire chauffer le climat social&lt;/i&gt; &#187;. Le t&#233;moin qui a reconnu avoir fait un faux t&#233;moignage dira &#224; la barre que les policiers lui ont demand&#233; explicitement de mettre en cause Eric Nanette, ce qu'il fera d'ailleurs. Ruddy Alexis aussi livrera un t&#233;moignage similaire : &#171; &lt;i&gt;Ils m'ont menac&#233;, fait du chantage : si je n'impliquais pas Eric Nanette comme commanditaire, ma femme irait en prison et ma fille &#224; la DDASS, ils me l'ont r&#233;p&#233;t&#233; plusieurs fois.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'y est cependant toujours refus&#233;. A la question du pr&#233;sident Fagalde lui demandant, selon lui, pourquoi des policiers auraient voulu faire condamner M. Nanette, Ruddy devait r&#233;pondre : &#171; &lt;i&gt;Ils ont sans doute voulu impliquer des membres du LKP,&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;ils ont certainement voulu ternir l'image du LKP.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse locale dans son ensemble s'est assez rapidement convaincue de l'innocence de Ruddy Alexis, comme en t&#233;moigne, par exemple, ce papier dat&#233; du 29 novembre 2012 de Boris Colombet, extrait du quotidien r&#233;gional &lt;i&gt;France-Antilles&lt;/i&gt;, un journal que d'aucuns pourraient qualifier de plut&#244;t complaisant envers le pouvoir. L'article commence comme suit : &#171; &lt;i&gt;Les policiers de la DIPJ (Direction interr&#233;gionale de la police judiciaire) ont-ils fait preuve d'une l&#233;g&#232;ret&#233; proche de l'amateurisme en enqu&#234;tant sur la mort de Jacques Bino ? Ont-ils sciemment fabriqu&#233; un dossier de toutes pi&#232;ces, en recherchant un coupable id&#233;al au lieu de la v&#233;rit&#233; ? La question, volontairement provocatrice, ne peut que se poser, tant les &#233;l&#233;ments &#224; charge cens&#233;s mettre en cause Ruddy Alexis se sont l&#233;zard&#233;s.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Proc&#232;s de Ruddy Alexis, un fiasco pour l'accusation &#187; de Boris Colombet &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avocat g&#233;n&#233;ral, Camille Tardo-Dino, jouant une ultime carte, expliquera dans son r&#233;quisitoire pour minorer cette d&#233;b&#226;cle, que les t&#233;moins &#233;taient tous venus avec la peur au ventre et que c'est sous la menace qu'ils avaient chang&#233; leur t&#233;moignage. Or s'ils ont effectivement re&#231;u des menaces et des pressions, c'est venant des services de police comme tous l'ont d&#233;nonc&#233;. Les jur&#233;s ne s'y tromperont pas, malgr&#233; la peine plancher de 15 ans de prison demand&#233;e par l'avocat g&#233;n&#233;ral, Ruddy Alexis a &#233;t&#233; acquitt&#233; &#224; l'unanimit&#233; et lib&#233;r&#233;. Apr&#232;s trois ans et demi d'emprisonnement dont plus de deux &#224; l'isolement, il a enfin pu retrouver sa compagne et sa fille.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour en savoir plus :&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Gircour, co-auteur avec Nicolas Rey, de &lt;i&gt;LKP, Guadeloupe, le mouvement des 44 jours&lt;/i&gt;, (Syllepse, 2009).Fr&#233;d&#233;ric Gircour a &#233;galement chroniqu&#233; ce proc&#232;s hors norme sur son blog : &lt;a href=&#034;http://www.chien-creole3.blogspot.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chien Cr&#233;ole&lt;/a&gt;. On y trouvera aussi les liens pour lire le chapitre (gracieusement mis en ligne) qu'il a consacr&#233; dans le livre &#224; cette affaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Descendants des premiers colons europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les propos reproch&#233;s &#224; Alain Huygues-Despointe ont &#233;t&#233; tenus dans l'excellent documentaire de Romain Bolzinger, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://vimeo.com/3221400&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Derniers ma&#238;tres de la Martinique&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, diffus&#233; d&#233;but 2009 sur Canal+. Il s'emploie &#224; y expliquer qu'il y avait de &#171; &lt;i&gt; bons c&#244;t&#233;s &#224; l'esclavage&lt;/i&gt; &#187;. D'autre part, les b&#233;k&#233;s pratiquant l'endogamie depuis des si&#232;cles, il explique calmement : &#171; &lt;i&gt;On a voulu pr&#233;server la race&lt;/i&gt; &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Proc&#232;s de Ruddy Alexis, un fiasco pour l'accusation &#187; de Boris Colombet &#8211; &lt;i&gt;France Antilles&lt;/i&gt; 29/11/12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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