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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Nous sommes la crise du capitalisme et nous devrions en &#234;tre fiers &#187;</title>
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		<dc:creator>Julien Bordier</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Il avait mis &#224; mal les dogmes de gauche dans son livre Changer le monde sans prendre le pouvoir, le sens de la r&#233;volution aujourd'hui (Syllepse-Lux, 2008) et ne s'&#233;tait pas fait que des amis parmi les repr&#233;sentants des partis d'extr&#234;me gauche et les militants professionnels. Aujourd'hui, John Holloway revient avec Crack Capitalism, 33 th&#232;ses contre le capital (Libertalia, 2012). On y gamberge dur, on y lit qu'il n'y a pas de petite r&#233;volte, que le capitalisme n'est pas qu'une forme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no102-juillet-aout-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;102 (juillet-ao&#251;t 2012)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Remi" rel="tag"&gt;R&#233;mi&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/devons" rel="tag"&gt;devons&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il avait mis &#224; mal les dogmes de gauche dans son livre &lt;i&gt;Changer le monde sans prendre le pouvoir, le sens de la r&#233;volution aujourd'hui&lt;/i&gt; (Syllepse-Lux, 2008) et ne s'&#233;tait pas fait que des amis parmi les repr&#233;sentants des partis d'extr&#234;me gauche et les militants professionnels. Aujourd'hui, John Holloway revient avec &lt;a href=&#034;http://editionslibertalia.com/Crack-Capitalism.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Crack Capitalism, 33 th&#232;ses contre le capital&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (Libertalia, 2012). On y gamberge dur, on y lit qu'il n'y a pas de petite r&#233;volte, que le capitalisme n'est pas qu'une forme d'organisation &#233;conomique, que le temps de l'horloge ou l'identification de genre sont des formes propres &#224; la dynamique capitaliste, que la fin de ce syst&#232;me c'est ici et maintenant. Discussion avec un Irlandais install&#233; au Mexique, chercheur erroriste sans chapelle qui, en pensant le monde &#224; l'envers, remet les id&#233;es &#224; l'endroit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_438 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH374/97remiholloway-66d08.png?1779603795' width='400' height='374' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Vous avez &#233;crit et soutenu qu'il est n&#233;cessaire de &lt;i&gt;&#171; changer le monde sans prendre le pouvoir &#187;&lt;/i&gt;. Quel regard portez-vous sur les diff&#233;rentes &#233;lections qui se d&#233;roulent ou se sont d&#233;roul&#233;es en Europe ces derniers temps ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;John Holloway :&lt;/strong&gt; Je ne voudrais pas &#234;tre brusque, encore moins dans la premi&#232;re r&#233;ponse, mais je pense qu'il faut s'interroger sur la situation grecque. En France, c'est tr&#232;s bien que Nicolas Sarkozy soit parti, mais la victoire de Fran&#231;ois Hollande ne me fait pas sauter de joie. La Gr&#232;ce en revanche, soul&#232;ve des questions cruciales, autant dans la perspective &#233;tatiste qu'anti&#233;tatiste, puisque c'est une situation de craquement intense, une situation qui va droit dans le mur. Le capital nous force &#8211; nous, en Gr&#232;ce &#8211; &#224; nous mettre &#224; genoux, il nous dit : &lt;i&gt;&#171; Incline-toi, soumets-toi &#187;&lt;/i&gt;. Et courageusement nous lui r&#233;pondons : &lt;i&gt;&#171; Non, nous ne nous soumettons pas &#187;&lt;/i&gt;. C'est une parole courageuse, mais nous ne savons pas vraiment comment &#233;viter d'&#234;tre vaincus dans une telle situation. Si le parti Syriza avait gagn&#233; et form&#233; un gouvernement, ou s'il y arrive un jour, que pourrait-il faire ? Pourrait-il faire autre chose que ren&#233;gocier une restructuration du capital, comme l'ont fait les gouvernements de Cristina et Nestor Kirchner en Argentine, ou le gouvernement d'Evo Morales en Bolivie ? Ce serait certainement mieux que les vieux partis, tout comme les Kirchner ont &#233;t&#233; moins pire que Carlos Menem, et Evo meilleur que ses pr&#233;d&#233;cesseurs. Mais cela signifierait toujours se soumettre au capital. Notre seul chemin pour sortir de la crise capitaliste est de construire des modes de vie diff&#233;rents. C'est ce que de nombreux groupes et individus tentent de faire, par choix ou par n&#233;cessit&#233;, et c'est le chemin que nous devons emprunter, m&#234;me s'il est difficile d'en faire une vraie alternative. Si Syriza gouvernait la Gr&#232;ce, pourrait-il de quelque mani&#232;re que ce soit cr&#233;er une rupture avec le capitalisme, en s'alliant avec d'autres groupes radicaux ? Il est difficile de voir comment cela pourrait avoir lieu, m&#234;me si le bon c&#244;t&#233; de l'histoire est de nous forcer &#224; toujours tout repenser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &lt;i&gt;Changer le monde sans prendre le pouvoir&lt;/i&gt;, vous d&#233;truisez une vieille hypoth&#232;se : il faudrait construire des organisations fortes et s'emparer du pouvoir pour changer radicalement la soci&#233;t&#233;. Que retenez-vous des discussions qu'il a soulev&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose plus que toute autre : pour ceux et celles qui ne sont pas int&#233;ress&#233;s par la prise du pouvoir d'&#201;tat, reste l'interrogation : comment d&#233;truire le capitalisme ? C'est ce &#224; quoi j'essaie de r&#233;pondre dans ce nouveau livre. Et je ne peux bien s&#251;r pas&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_439 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH756/97remiholloway2-db8bc.png?1779603795' width='400' height='756' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;r&#233;pondre ! Mais j'esp&#232;re r&#233;ussir &#224; porter cette id&#233;e et ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;crivez que &lt;i&gt;Crack Capitalism&lt;/i&gt; est la fille de ce premier livre ? Faut-il conna&#238;tre la m&#232;re pour mieux rencontrer sa fille ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, je ne pense pas. Sans aucun doute, je l'ai &#233;crit comme un livre ind&#233;pendant. Mais je le vois tout de m&#234;me comme la fille de Changer le monde dans la mesure o&#249; il est le r&#233;sultat direct des discussions provoqu&#233;es par ce pr&#233;c&#233;dent livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous nous pr&#233;sentez le capitalisme comme une forme de coh&#233;sion sociale sans cesse contrari&#233;e par nos inadaptations et nos insoumissions : les br&#232;ches et les failles&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme est un syst&#232;me de domination. Il est fond&#233; sur notre subordination &#224; une dynamique que nous ne contr&#244;lons pas : la logique de l'argent, la logique du profit. Une br&#232;che est un espace ou un moment o&#249; nous n'ob&#233;issons pas, o&#249; nous refusons de nous soumettre &#224; cette dynamique et o&#249; nous agissons en fonction de ce que nous consid&#233;rons comme d&#233;sirable ou n&#233;cessaire. C'est un refus-et-cr&#233;ation, une dignit&#233;. Les br&#232;ches peuvent &#234;tre petites ou grandes, mais elles existent partout. Le soul&#232;vement zapatiste est une br&#232;che, belle et dramatique, un refus-et-cr&#233;ation immense. Mais je pense qu'un journal comme &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; peut aussi &#234;tre vu comme une br&#232;che, une marche dans la &#171; mauvaise &#187; direction. Et probablement, pour ceux et celles qui nous lisent en ce moment, l'effort de refus-et-cr&#233;ation est une part importante de la vie, une tentative toujours contradictoire. Et &#224; moins que ces lecteurs soient une sorte d'&#233;lite, nous devons nous demander comment le mouvement de refus-et-cr&#233;ation fait partie d'une exp&#233;rience commune de la vie dans la soci&#233;t&#233; capitaliste. En d'autres mots, la notion de br&#232;che bouge comme une question, c'est une invitation pour chacun &#224; observer et essayer de comprendre en quoi le monde est rempli de rebellions anticapitalistes. Si nous ne voyons pas que l'anticapitalisme est la chose la plus commune au monde, rien ne sert de r&#234;ver &#224; une r&#233;volution anticapitaliste. Elle ne serait qu'un autre tournant &#233;litiste dans les sch&#233;mas de la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi dites-vous que nous sommes responsables de la crise du capitalisme et qu'il faut s'en r&#233;jouir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, le capitalisme n'est pas qu'un syst&#232;me de domination, c'est une dynamique de la domination qui s'intensifie toujours. Son fonctionnement demande une subordination toujours plus grande de nos vies &#224; sa logique. Si tu veux, cela peut &#234;tre exprim&#233; th&#233;oriquement comme la baisse tendancielle du taux de profit, ou, la d&#233;termination de la valeur par le temps de travail socialement n&#233;cessaire : la r&#232;gle du capital repose sur l'id&#233;e du &#171; plus-vite-plus-vite-plus-vite &#187;. Si le capital est en crise, cela ne peut &#234;tre que le r&#233;sultat du fait que nous n'intensifions pas notre subordination &#224; sa r&#232;gle &#224; un degr&#233; suffisant pour qu'il fonctionne correctement. Nous sommes la crise du capitalisme, nous sommes la crise du syst&#232;me qui nous m&#232;ne &#224; notre destruction. Nous sommes la crise du capitalisme et nous devrions en &#234;tre fiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment cette approche peut-elle nous servir &#224; changer le monde en ces temps de &#171; crise globale &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a que deux voies de sortie &#224; la crise. L'une est d'accepter les exigences du capital et s'incliner devant sa r&#232;gle, sachant qu'il en demandera encore plus, que la prochaine crise arrivera bient&#244;t et que la voie capitaliste est celle de l'autodestruction humaine. L'autre chemin est celui du refus de la dynamique capitaliste, de la construction de mani&#232;res de faire diff&#233;rentes, de diff&#233;rentes fa&#231;ons de se relier les uns aux autres. Nous faisons &#231;a tout le temps, les br&#232;ches, mais la question vraiment difficile est de savoir comment nos mani&#232;res de faire diff&#233;rentes ont la force de percer le capital. C'est ce qui se joue maintenant en Gr&#232;ce, et partout dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les textes th&#233;oriques trouvent peu de lecteurs. Selon vous, penser contre le capital, c'est d&#233;j&#224; une des br&#232;ches dont vous parlez ? Cela suffit-il &#224; envisager un changement radical ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser fait partie du mouvement contre le capital. Pour r&#233;sister et se rebeller, nous avons besoin de nous interroger sur nos pratiques et sur ce que nous faisons, et pour pouvoir penser nous avons besoin de r&#233;sister et de nous rebeller. Si l'on s&#233;pare&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_440 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH457/97remiholloway3-bae4a.png?1779603795' width='400' height='457' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;la th&#233;orie et la pratique, nous ne pensons ni n'agissons pas bien. Penser contre le capital peut &#234;tre une br&#232;che, et c'est &#233;videmment une part n&#233;cessaire de chaque br&#232;che. Mais non, je ne pense pas que cela soit suffisant. Le probl&#232;me r&#233;el est de savoir comment nous disons &#171; Non &#187; et cr&#233;ons les bases pour une forme diff&#233;rente d'organisation sociale. Il ne suffit pas de penser contre le capital car on ne peut vivre de la seule pens&#233;e. Il n'est pas non plus suffisant de faire tomber le gouvernement, nous devons en fait casser la dynamique du capital. Et nous devons partir du fait que nous ne savons pas comment le faire &#8211; c'est pourquoi penser est important. Si, au contraire, nous voulons simplement appliquer des mod&#232;les pr&#233;existants de r&#233;volution, alors nous n'avons probablement pas besoin de beaucoup penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Crack Capitalism&lt;/i&gt; bouleverse les concepts sur son passage : le genre, les classes sociales, l'&#201;tat, la marchandise, l'argent&#8230; Il est aussi beaucoup question du temps. Proposez-vous de vivre hors du temps ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, au contraire, nous devons vivre &#224; temps, dans notre temps. Nous devons transformer le temps de l'horloge du capitalisme qui s'impose &#224; nous et nous domine en notre temps v&#233;cu, dans les rythmes de notre faire, en un pr&#233;sent qui r&#233;sonne avec les m&#233;moires et les d&#233;sirs du pass&#233; et qui s'&#233;tire dans le &#171; pas-encore &#187; d'un futur possible. La pens&#233;e r&#233;volutionnaire traditionnelle, ce qui est en soit d&#233;j&#224; un paradoxe, acceptait une s&#233;paration franche entre le pass&#233;, le pr&#233;sent et le futur : une s&#233;paration propre &#224; la pens&#233;e bourgeoise. Par cons&#233;quent, le mot &#171; r&#233;volution &#187; est presque ins&#233;parable du mot &#171; futur &#187; : nous r&#234;vons tous d'une r&#233;volution future. Que l'on se revendique anarchiste ou communiste, ou plus raisonnablement les deux &#224; la fois, nous imaginons &#224; quoi le monde ressemblerait apr&#232;s la r&#233;volution. Mais c'est un non-sens total. Si nous pensons la r&#233;volution comme un &#233;v&#233;nement futur, alors nous sommes oblig&#233;s de reproduire le capitalisme en l'attendant et, de la m&#234;me mani&#232;re, en reproduisant le capitalisme nous repoussons encore la r&#233;volution dans le futur. Une autre mani&#232;re de l'exprimer est en termes de verbes et de noms. La s&#233;paration nette entre le pass&#233;, le pr&#233;sent et le futur cr&#233;e une domination des noms, un monde domin&#233; &#224; chaque instant par un ordre des choses identifi&#233;es : le f&#233;odalisme, le capitalisme, le communisme, et ainsi de suite. Essayons de dissoudre la distinction entre pass&#233;, pr&#233;sent et futur, qui nous fige dans une place, en transformant les noms en verbes. On voit alors que le capitalisme est un processus constant qui capitalise la vie, qui mon&#233;tarise l'ensemble de nos interactions sociales. Or ce processus est une lutte contre son mouvement contraire, celui qui communise. L'id&#233;e d'un communisme futur est une absurdit&#233; qui nous emp&#234;che de percevoir que notre existence m&#234;me consiste &#224; communiser ici et maintenant. Nos vies sont d&#233;chir&#233;es, individuellement et collectivement, par l'affrontement antagoniste et in&#233;vitable entre le capitalisant/mon&#233;tarisant et le communisant, ou mieux les communisants, parce que communiser ne peut &#234;tre qu'exp&#233;rimental. Le mouvement qui communise se d&#233;place contre celui qui capitalise, le long des interstices que sont les br&#232;ches et les failles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouvez-vous revenir sur le refus du travail, qui anime votre critique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que le rejet du travail, en tant qu'activit&#233; qui nous est impos&#233;e de l'ext&#233;rieur, fait partie de nos exp&#233;riences quotidiennes. C'est s&#251;rement pourquoi les mouvements anticapitalistes disent de plus en plus ouvertement que la lutte contre le capital est une lutte contre le travail. Le communisme (quel que soit le nom qu'on veuille lui donner) ne serait pas fond&#233; sur l'&#233;mancipation du travail (comme les horribles exemples de la Russie ou de la Chine l'&#233;taient sans aucun doute) mais comme une &#233;mancipation contre le travail. Mais on ne peut pas aller bien loin en rejetant le travail sans d&#233;fendre une forme alternative d'activit&#233; &#224; sa place. Une activit&#233; que j'appelle le &#171; faire &#187;. Notre probl&#232;me est alors de trouver comment articuler la force du faire de telle sorte qu'elle d&#233;passe et brise la r&#232;gle du travail. Le futur du monde d&#233;pend de &#231;a. Je pense &#224; Fotis, un ami en Gr&#232;ce qui pendant des ann&#233;es a altern&#233; p&#233;riodes de ch&#244;mage et boulots pr&#233;caires, ce qui est une exp&#233;rience partag&#233;e par des millions de personnes en Europe et ailleurs dans le monde. C'est une forme de libert&#233; dans un sens, mais ce sont aussi de grandes frustrations et une vie de pauvret&#233; prolong&#233;e &#224; une &#233;poque o&#249; il n'y a rien d'attrayant dans la pauvret&#233;. Pense maintenant &#224; Franklin Roosevelt et son New Deal. Les gens admirent Roosevelt pour avoir adopt&#233; les politiques keyn&#233;siennes de d&#233;penses publiques et sauv&#233; les gens de la pauvret&#233; en les mettant au travail, &#224; construire des routes et autres travaux publics. Alors que la crise s'approfondit et continue, les gens attendront de plus en plus ce genre de solutions. &#201;videmment, ce n'est pas la voie &#224; suivre. D'abord parce que ce n'est probablement plus possible dans un monde o&#249; le capital est extr&#234;mement mobile, et que la base r&#233;elle de &#171; l'&#226;ge d'or &#187; keyn&#233;sien du capitalisme d'apr&#232;s-guerre &#233;tait le massacre de 50 millions de personnes pendant la&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_441 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH443/97remiholloway4-bfdab.png?1779603795' width='400' height='443' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Seconde Guerre mondiale. Deuxi&#232;mement, parce que mettre les gens au travail signifiait les int&#233;grer dans le travail capitaliste, pour reconstruire le capitalisme. Il ne suffit pas de dire que ce n'est pas la solution, et nous devons admettre qu'une r&#233;ponse comme celle de Roosevelt est attirante. En d'autres mots, quand nous critiquons le travail, nous devons reconna&#238;tre dans le m&#234;me temps les grandes frustrations v&#233;cues quand on en est exclu. Comment pouvons-nous &#234;tre anti-Roosevelt ou alter-Roosevelt ? Comment pouvons-nous partir de la frustration explosive du ch&#244;mage-pr&#233;carit&#233; qui se g&#233;n&#233;ralise et, par en bas, canaliser cette immense force explosive-cr&#233;ative en des mani&#232;res de faire diff&#233;rentes, en un faire qui casse la frustration-pauvret&#233;-isolement-d&#233;pression du ch&#244;mage et de la pr&#233;carit&#233; ? Bien s&#251;r, cela signifie saisir des moyens de production ici et maintenant, autant que possible, mais peut-&#234;tre aussi r&#233;inventer des moyens de production qui soient vraiment les n&#244;tres. C'est ce que nous faisons d&#233;j&#224;. Mais nous devons nous concentrer clairement sur la lutte pour un monde de faire-contre-le-travail, maintenant, comme la seule mat&#233;rialisation r&#233;elle d'un espoir pour les millions et les millions de gens vivant la m&#234;me vie que Fotis. C'est la cl&#233; du d&#233;passement en Gr&#232;ce, mais aussi partout dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc, plut&#244;t que de d&#233;truire le capitalisme, il ne faut pas le reproduire. Mais vous ne donnez pas de r&#233;ponses&#8230; C'est stimulant, mais aussi angoissant. Quelque chose &#224; ajouter, pour nous rassurer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, bien s&#251;r que non ! Il n'y a aucun moyen de se rassurer. Mais je pense que transformer la question r&#233;volutionnaire de &lt;i&gt;&#171; comment d&#233;truirons-nous le capitalisme ? &#187;&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;&#171; comment pouvons-nous arr&#234;ter de fabriquer le capitalisme ? &#187;&lt;/i&gt; place le pouvoir de notre faire au centre. C'est bien nous qui cr&#233;ons ce syst&#232;me affreux, ici et maintenant. Que pouvons-nous faire pour cesser de le recr&#233;er demain et, &#224; la place, faire de nos vies quelque chose d'appr&#233;ciable ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis et traduits par Julien Bordier&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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