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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Se tuer au travail ou vivre d'air pur ?</title>
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		<dc:creator>Andrea Bottalico</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le 17 ao&#251;t, un Comit&#233; de citoyens et de travailleurs libres et conscients se rassemblait &#224; proximit&#233; du centre-ville de Tarente, bloqu&#233; par les carabinieri. Andrea Bottalico, r&#233;dacteur au Napoli Monitor, &#233;tait sur place. Au milieu des chants, Francesca fait entendre la voix du comit&#233; : &#171; Apr&#232;s l'ordonnance de Todisco, il y a eu des troubles &#224; Tarente. Il a &#233;t&#233; dit que les travailleurs avaient bloqu&#233; le pont et la ville pour demander le maintien de l'activit&#233; de l'usine. Le but &#233;tait de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no103-septembre-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;103 (septembre 2012)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 17 ao&#251;t, un Comit&#233; de citoyens et de travailleurs libres et conscients se rassemblait &#224; proximit&#233; du centre-ville de Tarente, bloqu&#233; par les carabinieri. Andrea Bottalico, r&#233;dacteur au &lt;a href=&#034;https://www.napolimonitor.it&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Napoli Monitor&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &#233;tait sur place.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au milieu des chants, Francesca fait entendre la voix du comit&#233; : &lt;i&gt;&#171; Apr&#232;s l'ordonnance de Todisco, il y a eu des troubles &#224; Tarente. Il a &#233;t&#233; dit que les travailleurs avaient bloqu&#233; le pont et la ville pour demander le maintien de l'activit&#233; de l'usine. Le but &#233;tait de cr&#233;er une fracture entre ceux qui d&#233;fendent le travail et ceux qui d&#233;fendent la sant&#233;. Sur le pont, les travailleurs nous ont dit qu'ils s'&#233;taient mis en gr&#232;ve sur les conseils de l'entreprise. C'&#233;tait la premi&#232;re fois qu'ils nous voyaient et une solidarit&#233; est n&#233;e. &#199;a ne s'&#233;tait jamais vu. Les travailleurs ont dit publiquement que dedans on meurt. Les agriculteurs du coin ont d&#251; abattre six cents t&#234;tes de b&#233;tail. Autour de Ilva, un rayon de cinq cents m&#232;tres est interdit au p&#226;turage et il s'&#233;tend jusqu'&#224; une vingtaine de kilom&#232;tres en direction de la c&#244;te. [&#8230;] On nous fait du chantage : &#8220;Vous voulez la sant&#233; ou l'emploi ?&#8221; Ce n'est pas la bonne question. C'est pour diviser les gens. Le probl&#232;me &#224; Tarente est &#233;vident. Si vous allez &#224; Tamburi un jour de vent, &#231;a vous br&#251;le le nez, vous avez un go&#251;t de m&#233;tal dans la bouche. Notre objectif est de faire comprendre aux ouvriers que nous ne sommes pas contre eux. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cataldo travaille sur les installations maritimes de Ilva : &lt;i&gt;&#171; Cette usine casse tes droits et ta dignit&#233;. Si tu refuses d'ex&#233;cuter un travail dangereux ou si tu fais gr&#232;ve, tu n'auras pas de promotion. Si tu acceptes de risquer ta vie, tu iras loin. &#199;a marche comme &#231;a. [&#8230;] &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il continue : &lt;i&gt;&#171; Nous sommes en col&#232;re. Ils nous tuent au travail et on s'entend r&#233;pondre &#8220;c'est comme &#231;a ou vous serez tous mis &#224; la rue&#8221;. Aujourd'hui, un coll&#232;gue a t&#233;moign&#233; : il a trente-huit ans, cinq enfants, malade d'un cancer, et il a &#233;t&#233; licenci&#233;. Neuf mois de chimio. Que faire pour ce gars-l&#224; ? Et que faire de ceux qui ne pensent qu'&#224; s'enrichir ? [&#8230;] Tarente n'&#233;tait pas destin&#233;e &#224; produire du poison. Il y a d'autres ressources.
Quelqu'un a d&#233;cid&#233; que Tarente serait la poubelle de l'Italie et on meurt de ce poison. Quelqu'un a pris la d&#233;cision strat&#233;gique qu'il y ait ici quarante pour cent de ch&#244;mage, afin de nous obliger &#224; d&#233;fendre ce travail qui nous tue. Il n'y a plus de n&#233;gociation possible. [&#8230;] Les drapeaux et les partis qui nous s&#233;parent, on les leur laisse ! Nous, les travailleurs de ce comit&#233;, nous ne sommes pas contre les travailleurs de Ilva. [&#8230;] Nos coll&#232;gues morts, nous les avons pleur&#233;s ensemble. [&#8230;] Nous ne sommes plus syndiqu&#233;s, nous avions honte. Si vous demandez aux ouvriers de Tarente ce qu'ils pensent des syndicats, ils vous diront qu'ils sont tous corrompus. Complices et vendus. Ils ont montr&#233; ce qu'ils sont. Ils sont soumis &#224; l'entreprise. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extraits de l'article publi&#233; le 19 ao&#251;t sur &lt;a href=&#034;https://www.napolimonitor.it&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.napolimonitor.it&lt;/a&gt;. Voir aussi &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Avoir-le-cancer-plutot-crever'&gt;&#171; Avoir le cancer, plut&#244;t crever ! &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Entretien avec Roberto Saviano, auteur de Gomorra</title>
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		<dc:date>2010-05-12T09:37:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Andrea Bottalico, Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>l'&#233;tat</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;N&#233; en 1979 &#224; Naples, Roberto Saviano est &#233;crivain et journaliste. Il a particip&#233; &#224; l'Observatoire de la Camorra. En mars 2006, il publie un &#171; roman nofiction &#187;, Gomorra, dans l'empire de la Camorra. Dans la lign&#233;e de Truman Capote, il m&#233;lange litt&#233;rature, essai et reportage pour raconter le pouvoir du crime organis&#233; en Italie et dans le monde. L'ouvrage se vend &#224; deux millions d'exemplaires en Italie et trois millions dans le reste du monde. Face &#224; ce succ&#232;s, plusieurs chefs mafieux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no77-avril-2010" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;77 (avril 2010)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Marche" rel="tag"&gt;Marche&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/organisations" rel="tag"&gt;organisations&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;N&#233; en 1979 &#224; Naples, Roberto Saviano est &#233;crivain et journaliste. Il a particip&#233; &#224; l'Observatoire de la Camorra. En mars 2006, il publie un &lt;i&gt;&#171; roman nofiction &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Gomorra&lt;/i&gt;, dans l'empire de la Camorra. Dans la lign&#233;e de Truman Capote, il m&#233;lange litt&#233;rature, essai et reportage pour raconter le pouvoir du crime organis&#233; en Italie et dans le monde. L'ouvrage se vend &#224; deux millions d'exemplaires en Italie et trois millions dans le reste du monde. Face &#224; ce succ&#232;s, plusieurs chefs mafieux incrimin&#233;s par Saviano l'ont condamn&#233; &#224; mort, ce qui l'oblige &#224; vivre depuis le 13 octobre 2006 sous escorte polici&#232;re. Son second livre, &lt;i&gt;Le contraire de la mort&lt;/i&gt;, vient de sortir en France aux &#233;ditions Robert Laffont. Depuis sa semi-clandestinit&#233;, il a accept&#233; de r&#233;pondre aux questions de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : L'&#201;tat italien est historiquement et culturellement moins implant&#233; dans sa soci&#233;t&#233; que l'&#201;tat fran&#231;ais. Est-ce encore un &#233;l&#233;ment utile pour expliquer l'enracinement mafieux et son d&#233;veloppement actuel ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Roberto Saviano :&lt;/strong&gt; Ici, il ne faut pas r&#233;fl&#233;chir en terme de bipolarit&#233;, &#201;tat contre anti-&#201;tat. &#199;a n'existe pas. Les mafias font partie de l'&#201;tat et l'&#201;tat fait partie des mafias. Il existe une remarquable corr&#233;lation entre l'&#233;volution du pouvoir mafieux et celle du pouvoir &#233;tatique. Sans aucun doute, la Camorra a &#233;t&#233; bien plus capable que l'&#201;tat de p&#233;n&#233;trer le tissu social. Voil&#224; la grande diff&#233;rence : sa capacit&#233; &#224; donner des r&#233;ponses aux demandes, aux besoins des gens comme aux attentes du march&#233;. Les officines mafieuses sont bien plus efficaces pour trouver un boulot ou un salaire &#224; celui qui en a besoin que les &#171; P&#244;le Emploi &#187; &#233;tatiques. Pourquoi se poser la question d'&#233;changer et d'agir de mani&#232;re l&#233;gale,quand il est bien plus ais&#233; d'obtenir une situation en tirant un trait sur sa propre moralit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant de se fondre dans l'&#233;conomie de march&#233;, qu'&#233;tait la Camorra ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;tait guapparia, c'est-&#224;-dire une sorte d'organisation secr&#232;te qui levait un imp&#244;t sur toutes les activit&#233;s ill&#233;gales. Une bourgeoisie de la mis&#232;re. Aujourd'hui, ce n'est plus &#231;a. Depuis un demi-si&#232;cle, ce n'est plus &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les soci&#233;t&#233;s modernes, la politique est toujours en retard par rapport au temps impos&#233; par l'&#233;conomie. Les organisations mafieuses semblent capables d'interpr&#233;ter la r&#233;alit&#233; et les d&#233;fis de la mondialisation avec une plus grande agilit&#233;. Pourquoi ? Et &#224; quel prix ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique a l'&#233;norme d&#233;faut de ne pas avoir les pieds sur terre. La criminalit&#233; organis&#233;e vit, elle, en contact &#233;troit avec le quotidien : elle ne craint pas d'y tremper les mains et respire l'air de la n&#233;cessit&#233;. Elle l'&#233;value, le mastique et le transforme en business. Elle exploite tout ce qu'elle peut. &#192; tel point que les organisations criminelles sont aujourd'hui sutur&#233;es sous la peau de la vie &#233;conomique. Elles sont plus comp&#233;titives et r&#233;actives que n'importe quelle multinationale. Elles font preuve d'une capillarit&#233; mercantile &#224; faire p&#226;lir d'envie les grandes entreprises. Elles savent ce qu'elles veulent,connaissent bien la demande et imposent une offre imbattable. &#192; quel prix ? Le co&#251;t est pay&#233; en &#226;mes damn&#233;es, massacres, corps cram&#233;s dans des carcasses de voiture, exploitation au noir et chantages auxquels il devient tr&#232;s difficile de r&#233;sister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as publi&#233; les noms et pr&#233;noms des &#171; boss &#187; camorristes et de leurs complices dans le monde des affaires,mais tu as &#233;t&#233; plus prudent sur l'infiltration mafieuse dans le monde politique. C'est le prix &#224; payer pour ton actuelle protection ? Es-tu encore libre de parler ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas un homme qu'on fait chanter. Cette protection m'a &#233;t&#233; offerte pour me permettre de continuer &#224; parler au plus de monde possible. Mais les noms en politique sont plus difficiles &#224; donner, pour la simple raison que c'est plus compliqu&#233; d'avoir des certitudes sur les culpabilit&#233;s. Et tu ne peux pas te permettre de faire des erreurs, parce que sinon tu deviens un Savonarole&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dominicain du XVe si&#232;cle rendu c&#233;l&#232;bre par ses pr&#234;ches v&#233;h&#233;ments.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de l'antimafia, qui en accusant tout le monde d'&#234;tre des mafieux finit par donner l'impression que personne n'est mafieux. La pr&#233;sence des mafias &#224; l'int&#233;rieur du monde politique est de plus en plus forte,mais c'est difficile &#224; prouver. Je donne des noms quand je suis s&#251;r de la consistance des accusations, comme dans le cas de Nicola Cosentino, vice-ministre dont les services antimafia de Naples ont demand&#233; l'arrestation. Parce qu'un appel d'offres, une concession de march&#233; ou un mandat de comparution sont des documents tangibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les anticorps g&#233;n&#233;r&#233;s par la soci&#233;t&#233; italienne pour r&#233;sister au pouvoir mafieux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'en vient deux &#224; l'esprit : un de type aristocratique, comme le cas de Sorrento ou de la c&#244;te amalfitaine, o&#249; les vieilles familles bourgeoises ou nobles,quand elles sont en crise,vendent leurs propri&#233;t&#233;s seulement &#224; leurs pareils et aux locaux pour &#233;viter toute infiltration mafieuse. L'autre, c'est l'id&#233;e lib&#233;rale de rendre la l&#233;galit&#233; plus avantageuse pour permettre &#224; la libre entreprise de grandir hors du contr&#244;le mafieux, et esp&#233;rer ainsi d&#233;truire le crime organis&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paraphrasant Robert Kaplan (&lt;i&gt;&#171; Regarde le z&#233;ro et tu ne verras rien, regarde &#224; travers le z&#233;ro et tu verras l'infini &#187;&lt;/i&gt;), tu as &#233;crit &lt;i&gt;&#171; Regarde la coca&#239;ne et tu verras juste de la poudre, regarde &#224; travers elle et tu verras le monde &#187;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Vi racconto l'impero della cocaina &#187;, article paru dans L'Espresso du 8 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;. L'&#233;conomie criminelle est devenue une composante essentielle du march&#233; mondial. Dans sa crise perp&#233;tuelle, le capitalisme n'est-il pas tent&#233; de recourir de plus en plus souvent &#224; de tels proc&#233;d&#233;s d'accumulation primitive ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accumulation originaire &#8211;ou primitive,comme tu dis&#8211; est n&#233;cessaire dans un march&#233; de plus en plus domin&#233; par des monopoles. Dans une p&#233;riode de crise comme celle-ci, seules de consid&#233;rables disponibilit&#233;s d'argent liquide permettent de faire de gros investissements pour r&#233;sister &#224; la concurrence et, a fortiori, gagner de nouvelles parts de march&#233;. N'oublie jamais : business, business, business.Voil&#224; les trois mots-cl&#233;s de la p&#232;gre. Tout doit converger dans le business, y compris l'imagination et la cr&#233;ativit&#233; pour trouver de nouveaux domaines d'activit&#233;s et augmenter ses gains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on dire alors que l'activit&#233; mafieuse agit aujourd'hui comme un acc&#233;l&#233;rateur de l'&#233;conomie l&#233;gale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apparemment, oui. En r&#233;alit&#233;, l'&#233;conomie criminelle se pr&#233;sente sur les nouveaux march&#233;s avec des propositions avantageuses : prix comp&#233;titifs, main-d'&#339;uvre corv&#233;able. Cela devrait &#234;tre des signaux alarmants pour les entrepreneurs honn&#234;tes ayant affaire &#224; ce genre d'offre : le risque encouru est bien pire que le b&#233;n&#233;fice obtenu initialement. Ces timides entr&#233;es dans le march&#233; se transforment rapidement en d&#233;g&#233;n&#233;rescence incontr&#244;lable, comme une m&#233;tastase : celui qui au d&#233;but t'offrait une main-d'oeuvre &#224; bas co&#251;t devient ensuite ton premier concurrent, capable de rafler les appels d'offres et disposant d'&#233;normes quantit&#233;s d'argent &#224; blanchir. Seconder ou demander un soutien &#224; cette &#233;conomie souterraine revient &#224; lui ouvrir les portes et renoncer &#224; reprendre un jour le contr&#244;le de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les groupes mafieux ne semblent pas souffrir de la crise. Au contraire, ils arrivent &#224; en tirer profit, en v&#233;ritable avant-garde de l'&#233;conomie globale. Dans quelles circonstances pourraient-ils faire faillite ou,tout au moins, subir la crise &#233;conomique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esp&#233;rer qu'ils &#233;chouent reviendrait &#224; attendre la faillite des multinationales comme Nestl&#233;, Henkel&#8230; Il faut savoir que la criminalit&#233; organis&#233;e est versatile : elle op&#232;re dans plusieurs domaines, avec une capacit&#233; d'adaptation incomparable, cam&#233;l&#233;onesque. Les groupes criminels sont aujourd'hui g&#233;r&#233;s par des personnes cultiv&#233;es, bien pr&#233;par&#233;es, avec un haut degr&#233; de professionnalisme. Les &#171; boss &#187; investissent dans des &#339;uvres d'art, publient des livres, dissertent sur la psychanalyse et envoient leurs fils dans de grandes universit&#233;s. Il ne s'agit plus seulement de sang, de brutalit&#233; et de puissance militaire. Il ne faut pas se laisser pi&#233;ger par l'imaginaire du mafieux &#224; chapeau mou : ceux d'aujourd'hui sont toujours des individus sans scrupule,mais ils ont plusieurs dipl&#244;mes en poche, &#224; cot&#233; du flingue. Et cette formation sert &#224; tuer autant, sinon plus, que les armes. Il ne s'agit pas de personnages folkloriques. Ce sont des fils de propri&#233;taires terriens et d'entrepreneurs de la construction. Eux-m&#234;mes se d&#233;finissent comme des entrepreneurs. Plus que sur une faillite, il faut miser sur une nouvelle culture. Je crois beaucoup aux jeunes, aux changements qu'ils peuvent apporter. Je comprends et j'approuve leur envie d'&#233;migrer, mais j'esp&#232;re aussi qu'une fois qu'ils auront connu d'autres pays, ils auront la volont&#233; de retourner dans le Sud pour y introduire des exp&#233;riences positives et d&#233;montrer qu'une autre Italie est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certaines grandes marques de l'industrie du luxe passent des accords avec le crime organis&#233; pour inonder le march&#233; avec des contrefa&#231;ons &#8211;moins ch&#232;res&#8211; de leurs propres produits&#8230; On en trouve jusqu'&#224; Istanbul. Quelles sont les relations des mafias italiennes avec les r&#233;seaux de commer&#231;ants orientaux qui transitent sur ces m&#234;mes routes commerciales ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports sont tr&#232;s vari&#233;s. Une enqu&#234;te des services de l'antimafia de Naples a r&#233;v&#233;l&#233; par exemple des relations du clan Mazzarella avec des Arabes li&#233;s au fondamentalisme islamique. Le clan leur a permis de vivre en toute tranquillit&#233; &#224; Naples sous de fausses identit&#233;s et munis de fausses cartes de s&#233;jour. En &#233;change, les Arabes ont fourni du haschisch &#224; prix cass&#233;, mais surtout ils lui ont ouvert un march&#233; au Maghreb pour leur production contrefaite de chaussures, de v&#234;tements, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans Gomorra, tu d&#233;cris longuement la pr&#233;sence chinoise &#224; Naples. Quel est son r&#244;le dans la fabrication de contrefa&#231;ons textiles au sein des fabriques sous contr&#244;le camorriste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis longtemps, les triades chinoises ont tiss&#233; des rapports d'&#233;gal &#224; &#233;gal avec la Camorra. Le port de Naples est aujourd'hui sous contr&#244;le chinois, c'est-&#224;dire de capitaux chinois &#8211; pas forc&#233;ment de la mafia chinoise, m&#234;me si souvent la limite entre capital l&#233;gal et capital mafieux est difficile &#224; situer. La volont&#233; des clans est de renforcer toujours plus le lien entre la Chine et Naples. C'est, parmi d'autres, un moyen de compter sur une main-d'&#339;uvre sp&#233;cialis&#233;e &#224; bas co&#251;t. La communaut&#233; chinoise est discr&#232;te et laborieuse, deux qualit&#233;s tr&#232;s appr&#233;ci&#233;es par les organisations criminelles de la zone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as affirm&#233; que le probl&#232;me n'est pas seulement italien, mais europ&#233;en. Quelles sont les organisations qui investissent en France ? Dans quels secteurs et quelles affaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, il y a des clans calabrais, siciliens et de Casal di Principe [Campanie]. Ils investissent dans le ciment, les boutiques de luxe, les restaurants, les h&#244;tels, les transports, la distribution, les denr&#233;es alimentaires&#8230; Mais en France, le gouvernement s'int&#233;resse peu &#224; la criminalit&#233; organis&#233;e et pr&#233;f&#232;re se focaliser sur la criminalit&#233; sociale. La p&#232;gre corse est int&#233;ressante, capable de se structurer avec des m&#233;canismes similaires au milieu italien. Le gang de la Brise de mer est toujours l&#224;, m&#234;me si l'&#201;tat fran&#231;ais fait semblant de le croire mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En ces temps de mondialisation, qu'est-ce qui diff&#233;rencie les organisations mafieuses russes, bulgares, nig&#233;rianes,mexicaines ou colombiennes des syst&#232;mes mafieux italiens ? Ce qui se passe &#224; Naples ne semble pas tr&#232;s diff&#233;rent de ce qu'on voit dans les m&#233;tropoles d'Am&#233;rique du Sud&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les march&#233;s criminels op&#232;rent des mutations rapides et les mafias aussi. Chacune selon ses propres d&#233;clinaisons, mais au fond, les organisations deviennent comparables. Ce qui est frappant, c'est que presque toutes se structurent sur le mod&#232;le des organisations criminelles italiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi as-tu d&#233;fini le Mexique comme une &#171; narcod&#233;mocratie &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il subsiste encore une structure d&#233;mocratique au Mexique : des &#233;lections plus ou moins libres,un march&#233; plus ou moins libre, des ministres, un syst&#232;me de sant&#233;. Mais le narcotrafic tire les ficelles. L'&#201;tat mexicain existe encore parce que les narcos ont besoin qu'un &#201;tat existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel type de menace repr&#233;sente aujourd'hui la 'Ndrangheta calabraise, apr&#232;s les r&#233;cents attentats perp&#233;tr&#233;s comme autant de messages d'intimidation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme s'ils voulaient se faire de la publicit&#233; : quand une entreprise planifie des campagnes de pub, elle le fait parce qu'elle a besoin de r&#233;cup&#233;rer ou de r&#233;affirmer ses parts de march&#233;. C'est aussi le cas avec la 'Ndrangheta. C'est comme s'ils avaient affich&#233; des panneaux publicitaires pour confirmer leur position dans le monde. C'est parce qu'elle a besoin de s'imposer &#224; nouveau, y compris sur le plan m&#233;diatique, public,symbolique. &#199;a signifie qu'un court-circuit a eu lieu, qui met en crise leur cr&#233;dibilit&#233;. Et &#231;a, c'est un &#233;l&#233;ment positif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de la r&#233;volte des ouvriers agricoles immigr&#233;s de Rosarno, d&#233;signer la 'Ndrangheta comme seule responsable n'emp&#234;che-t-il pas de prendre en compte la responsabilit&#233; des propri&#233;taires terriens, des politiciens locaux et de la politique agricole europ&#233;enne ?
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces gens-l&#224; ont sans doute des responsabilit&#233;s, mais je crois qu'il est important de maintenir les projecteurs sur les vrais protagonistes, sur ceux qui g&#232;rent la vraie trame de cette histoire d'exploitation &#233;hont&#233;e. Les autres sont des seconds couteaux, des comparses. La gestion de ce secteur de l'&#233;conomie est &#224; l'heure actuelle entre les mains de la 'Ndrangheta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certains disent que la 'Ndrangheta et le racisme sont des alibis de &lt;i&gt;&#171; jeunes journalistes en mal de scoop &#187;&lt;/i&gt;, l'arbre qui cache la for&#234;t des rapports de production capitalistes&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand des enqu&#234;tes importantes sont men&#233;es et que les v&#233;ritables responsabilit&#233;s sont d&#233;busqu&#233;es, c'est facile d'accuser leurs auteurs de se prendre pour des divas. Mais les m&#233;canismes criminog&#232;nes naissent et sont g&#233;r&#233;s d'en bas. C'est l&#224; qu'il faut commencer &#224; observer et &#224; raconter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contre l'emprise mafieuse,est-on condamn&#233; &#224; militer pour la restauration d'un hypoth&#233;tique &#233;tat de droit ou bien existe-t-il des formes de r&#233;sistance g&#233;n&#233;r&#233;es par la soci&#233;t&#233; locale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'est pass&#233; &#224; Rosarno est un exemple extraordinaire de r&#233;sistance. Les immigr&#233;s de Rosarno ont de fait d&#233;fendu des droits que nous, les Italiens, avons renonc&#233; &#224; d&#233;fendre. Eux ont accept&#233; initialement de venir se faire exploiter, ils ont repeupl&#233; des zones abandonn&#233;es, ils s'installent de mani&#232;re pacifique, ils s'ins&#232;rent dans la soci&#233;t&#233; locale et, au fur et &#224; mesure, deviennent autosuffisants en cherchant des syst&#232;mes d'&#233;conomie alternatifs, honn&#234;tes, le plus &#233;loign&#233;s possible de la mafia, pour &#233;chapper &#224; l'emprise de son syst&#232;me de repr&#233;sailles. Ils sont pr&#234;ts &#224; se faire exploiter pour vingt euros par jour, ils troquent leur vie contre un travail &#233;puisant, mais, avec en contrepartie, la construction d'une nouvelle vie sur des territoires que les Italiens n'habitent plus. Ils se r&#233;approprient la dignit&#233; qui accompagne l'accomplissement de travaux humbles. Les immigr&#233;s ont &#233;t&#233; les seuls, ces derni&#232;res ann&#233;es, &#224; se r&#233;volter ouvertement contre les pouvoirs criminels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'origine, les mafias ont sans doute &#233;t&#233; un m&#233;canisme de r&#233;sistance, puis un moyen de survie pour les plus pauvres. Aujourd'hui, alors qu'elles sont devenues parties int&#233;grantes du syst&#232;me, quelles sont les &#233;chappatoires pour les gens simples qui ne sont ni affili&#233;s aux clans ni fonctionnaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas qu'il y ait d'&#233;chappatoire. Naples est une ville populeuse. Une grande partie des Napolitains ne sont li&#233;s ni aux clans, ni &#224; une activit&#233; l&#233;gale. Ce sont des gens que les clans ne peuvent pas int&#233;grer, ou qui ne veulent pas &#234;tre int&#233;gr&#233;s. Seuls les plus habiles et les plus mall&#233;ables finissent par s'affilier. L'&#233;conomie informelle, les vols &#224; la tire, les braquages, le vol de voitures permettent &#224; beaucoup de survivre sans &#234;tre pris en charge par les clans. Il existe une sorte de loi non &#233;crite qui fait que ceux qui commettent ces petites arnaques doivent demander l'autorisation aux clans. Il arrive aussi qu'ils soient punis par la Camorra quand ils exag&#232;rent ou touchent &#224; qui ils n'auraient pas d&#251; toucher. Mais la plupart des Napolitains ne vivent ni gr&#226;ce &#224; la Camorra, ni gr&#226;ce &#224; l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Albert Camus, que tu aimes beaucoup, donnait une place importante &#224; l'id&#233;e d'honneur. Le concept, dans le sud de l'Italie, a &#233;t&#233; habilement manipul&#233; par les mafieux pour le mettre au service de leur propre grammaire, de leur propre pouvoir&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je d&#233;sire par-dessus tout, c'est qu'on puisse se r&#233;approprier les mots. Le crime organis&#233; a d&#233;tourn&#233; la signification noble de l'honneur. L'honneur, c'est sentir sa propre dignit&#233; offens&#233;e quand on est face &#224; une injustice grave. La fiert&#233; d'&#234;tre un homme d'honneur n'a pas sa place dans le syst&#232;me mafieux. Elle a sa place dans l'id&#233;e de d&#233;fendre son droit au bonheur et de croire dans des valeurs communes sans calculer les cons&#233;quences. Je veux retrouver la fiert&#233; de ce mot. Sa signification comme le mot en lui-m&#234;me. Je veux r&#233;cup&#233;rer tout notre vocabulaire. Le seul mot que je leur abandonne avec plaisir, c'est la l&#226;chet&#233;. Celui-l&#224; ne nous sera d'aucune utilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dominicain du XVe si&#232;cle rendu c&#233;l&#232;bre par ses pr&#234;ches v&#233;h&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Vi racconto l'impero della cocaina &#187;, article paru dans &lt;i&gt;L'Espresso&lt;/i&gt; du 8 mars 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Qui veut &#233;teindre Radio Blackout ?</title>
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		<dc:creator>Andrea Bottalico, Juliette Volcler</dc:creator>


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&lt;p&gt;Sur le site de Radio Blackout s'affiche la date de p&#233;remption que voudraient lui donner les autorit&#233;s italiennes : le 15 mars, il lui restera officiellement deux semaines. Parce qu'une radio libre, &#224; Turin, &#231;a d&#233;range &#8211; surtout quand elle se permet de soutenir les &#233;trangers, notamment sans papiers, et de relayer la lutte contre les centres de r&#233;tention. RADIO BLACKOUT est une radio de lutte cr&#233;&#233;e en 1992 pour que celles et ceux qui n'ont jamais la parole puissent la prendre. Elle na&#238;t au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no76-mars-2010" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;76 (mars 2010)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Medias-8" rel="tag"&gt;M&#233;dias&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/annees" rel="tag"&gt;ann&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/association-1448" rel="tag"&gt;association&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/n-ont-jamais" rel="tag"&gt;n'ont jamais&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Panthere-un-mouvement" rel="tag"&gt;Panth&#232;re,un mouvement&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Turin" rel="tag"&gt;Turin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sur le site de Radio Blackout s'affiche la date de p&#233;remption que voudraient lui donner les autorit&#233;s italiennes : le 15 mars, il lui restera officiellement deux semaines. Parce qu'une radio libre, &#224; Turin, &#231;a d&#233;range &#8211; surtout quand elle se permet de soutenir les &#233;trangers, notamment sans papiers, et de relayer la lutte contre les centres de r&#233;tention.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;RADIO BLACKOUT&lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui &#233;met &#224; Turin sur le 105,250 MHz et en streaming sur www.radioblackout.org.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; est une radio de lutte cr&#233;&#233;e en 1992 pour que celles et ceux qui n'ont jamais la parole puissent la prendre. Elle na&#238;t au sein de La Panth&#232;re,un mouvement &#233;tudiant d'occupation des facs qui parcourt l'Italie &#224; la fin des ann&#233;es 80 et au d&#233;but des ann&#233;es 90. Notamment li&#233;e au milieu des squats et des centres sociaux, elle se d&#233;finit comme &lt;i&gt;&#171; sujet r&#233;volutionnaire et moyen de communication &#187;&lt;/i&gt;, rien de moins. Elle se veut autog&#233;r&#233;e (les prises de d&#233;cisions sont collectives, sans distinction entre ceux qui d&#233;cident et ceux qui mettent en pratique) et elle est enti&#232;rement autofinanc&#233;e : ni pub ni subventions, mais des concerts de soutien et des souscriptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ind&#233;pendance, qui se traduit sur les ondes par une critique sociale radicale, n'est pas du go&#251;t des barons locaux. La mairie de Turin, &#224; qui la radio avait arrach&#233; une convention d'occupation pour ses studios,a d&#233;cid&#233; que Blackout ne cadrait pas avec les projets d'am&#233;nagement du quartier. La radio, elle, se sent tr&#232;s bien l&#224; o&#249; elle est et n'a, de toute fa&#231;on, pas les moyens de payer un loyer au prix du march&#233; &#8211; mais la ville lui demande de quitter les lieux depuis fin novembre, et la menace d'expulsion. C'est qu'il faut pacifier un peu les parages avant les &#233;lections r&#233;gionales qui se pr&#233;parent &#233;galement de ce c&#244;t&#233;-l&#224; des Alpes. Avant, aussi, la traditionnelle Ostention du Saint-Suaire&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La pr&#233;sentation du tissu qui aurait gard&#233; une empreinte du corps du Christ, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; pr&#233;vue au printemps, un grand p&#232;lerinage catholique qui draine, les rares ann&#233;es o&#249; il se tient, quelques millions de touristes. Et puis rien ne doit faire obstacle au projet de construction de la ligne grande vitesse Lyon-Turin dans le val de Suse : les voix discordantes des No-TAV&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le TAV &#233;tant, tu l'auras devin&#233;, un TGV.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;,qui s'expriment sur l'antenne de Blackout, sont pri&#233;es de la mettre en veilleuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cas o&#249; Blackout n'aurait pas compris le message, la r&#233;pression a pris le 23 f&#233;vrier une forme plus imm&#233;diate, avec la perquisition de ses studios&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'autres perquisitions ont eu lieu &#224; Turin, Mantoue, Trente et Cuneo.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, l'arrestation de trois de ses r&#233;dacteurs, l'assignation &#224; domicile de trois autres personnes, dont un membre de la radio, et la mise sous s&#233;questre d'ordinateurs et d'archives de l'antenne, dont la diffusion en streaming a &#233;t&#233; interrompue pendant plusieurs heures. Tout cela dans le cadre d'une enqu&#234;te visant les actions de l'Assembl&#233;e antiraciste de Turin, particuli&#232;rement active dans l'opposition aux centres de r&#233;tention,et qui se r&#233;unit parfois dans les locaux de la radio. La solidarit&#233; avec les sans-papiers, &#231;a ne va pas franchement dans le sens de la politique de l'immigration que met en &#339;uvre le gouvernement italien &#8211; le climat g&#233;n&#233;ral est plut&#244;t &#224; la chasse aux &#233;trangers, comme &#224; Rosarno r&#233;cemment&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;O&#249; des sans-papiers africains ont &#233;t&#233; bless&#233;s &#224; coups de fusils ou de barres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Mais c'est certainement une simple co&#239;ncidence si le magistrat qui instruit l'enqu&#234;te contre l'Assembl&#233;e antiraciste, M. Padalino, est connu pour ses prises de position x&#233;nophobes et sa promotion d'un projet de loi proposant de relever les empreintes digitales de tous les &#233;trangers&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Association de malfaiteurs &#187;, donc, les manifs devant le CIE (Centre d'identification et d'expulsion, &#233;quivalent de nos CRA) de Turin, les occupations de la CGIL (la C&#233;g&#232;te locale) ou de la Croix-Rouge,accus&#233;es de complicit&#233; avec la machine &#224; expulser. &#171; Association de malfaiteurs &#187;, le pourtant vivifiant jet de merde dans le resto chic Il Cambio, pour g&#226;cher le repas des rupins pendant que les retenus &#233;taient en gr&#232;ve de la faim. &#171; Association de malfaiteurs &#187;, l'opposition &#224; la Ligue du Nord, la solidarit&#233; avec les retenus, la diffusion de leurs revendications. &#171; Association de malfaiteurs &#187;, les infos transmises &#224; l'antenne ou par SMS pour pr&#233;venir de contr&#244;les d'identit&#233;. L'&#201;tat italien s'est trouv&#233; un ennemi public, le &#171; milieu anarchiste insurrectionnaliste &#187;, pour mieux criminaliser les luttes et &#233;viter qu'elles ne fassent des &#233;mules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blackout n'entend pas se laisser intimider, moins encore b&#226;illonner : elle appelle &#224; la solidarit&#233;,&#224; &#233;crire &#224; Luca Ghezzi, Andrea Ventrella, Fabio Milan, les trois r&#233;dacteurs emprisonn&#233;s&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Via Pianezza 300, 10151 Torino, Italie.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, et &#224; diffuser l'information&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une &#233;mission de Radio Gal&#232;re avec des r&#233;dacteurs de Radio Blackout est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;. Le 27 mars prochain, &#224; minuit, plusieurs radios italiennes interrompront leurs programmes pour passer un communiqu&#233; de Blackout. Comme ils disent : &lt;i&gt;&#171; Spegni la censura, accendi Blackout ! &#187;&lt;/i&gt; (&#171; &#201;teins la censure, allume Blackout ! &#187;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Qui &#233;met &#224; Turin sur le 105,250 MHz et en streaming sur &lt;a href=&#034;https://www.radioblackout.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.radioblackout.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La pr&#233;sentation du tissu qui aurait gard&#233; une empreinte du corps du Christ, quoi, b&#233;otien !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le TAV &#233;tant, tu l'auras devin&#233;, un TGV.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'autres perquisitions ont eu lieu &#224; Turin, Mantoue, Trente et Cuneo.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;O&#249; des sans-papiers africains ont &#233;t&#233; bless&#233;s &#224; coups de fusils ou de barres de fer, et renvers&#233;s par des voitures. Lire &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Black-Spartacus'&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;75&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Via Pianezza 300, 10151 Torino, Italie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une &#233;mission de &lt;a href=&#034;https://www.radiogalere.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Radio Gal&#232;re&lt;/a&gt; avec des r&#233;dacteurs de Radio Blackout est notamment t&#233;l&#233;chargeable sur &lt;a href=&#034;http://www.sonsenluttes.net/spip.php?article90&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sonsenluttes.net&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Black Spartacus</title>
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		<dc:date>2010-03-24T09:28:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Andrea Bottalico, Nicolas Arraitz</dc:creator>


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&lt;p&gt;Prisonniers de la fatalit&#233; et de la peur de voir leurs proches expos&#233;s &#224; des repr&#233;sailles, les habitants de Rosarno acceptent comme un ph&#233;nom&#232;ne naturel la main-mise mafieuse sur la soci&#233;t&#233; locale. Le 8 janvier 2010, des immigr&#233;s sans papiers, isol&#233;s, maltrait&#233;s, menac&#233;s, ont bris&#233; la loi du silence. La police italienne les a aussit&#244;t envoy&#233;s en centre de r&#233;tention. UN BOURG AGRICOLE PERDU entre mer et plantations d'agrumes,dans la plaine de Gioia Tauro. Avec ces 15 000 habitants, dont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no75-fevrier-2010" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;75 (f&#233;vrier 2010)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gioia-Tauro" rel="tag"&gt;Gioia Tauro&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/immigres" rel="tag"&gt;immigr&#233;s&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Prisonniers de la fatalit&#233; et de la peur de voir leurs proches expos&#233;s &#224; des repr&#233;sailles, les habitants de Rosarno acceptent comme un ph&#233;nom&#232;ne naturel la main-mise mafieuse sur la soci&#233;t&#233; locale. Le 8 janvier 2010, des immigr&#233;s sans papiers, isol&#233;s, maltrait&#233;s, menac&#233;s, ont bris&#233; la loi du silence. La police italienne les a aussit&#244;t envoy&#233;s en centre de r&#233;tention.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UN BOURG AGRICOLE PERDU&lt;/strong&gt; entre mer et plantations d'agrumes,dans la plaine de Gioia Tauro. Avec ces 15 000 habitants, dont 4000 immigr&#233;s, Rosarno est la derni&#232;re des innombrables communes calabraises dissoutes et mises sous tutelle par l'&#201;tat pour &#171; infiltration mafieuse &#187;. Chaque automne, des centaines d'immigr&#233;s originaires d'Afrique ou d'Europe de l'Est convergent ici dans l'espoir d'&#234;tre embauch&#233;s pour la r&#233;colte des oranges.Cette main-d'oeuvre invisible vit en marge des villages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eboli, Castel Volturno, Casal di Principe, San Cipriano, Tropea&#8230; : ces localit&#233;s du midi italien, &#233;cras&#233;es par &lt;i&gt;&#171; l'arrogance des puissants et la l&#226;chet&#233; des faibles &#187;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Expression de l'intellectuel calabrais Corrado Alvaro.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, sont &#224; la p&#233;riph&#233;rie de l'imaginaire europ&#233;en. On ne les d&#233;couvre que lorsque la violence des clans &#233;clabousse au-del&#224; de leurs fiefs, comme lors du sanglant r&#232;glement de comptes entre deux familles de San Luca, le 15 ao&#251;t 2007, dans la ville allemande de Duisburg. Mais ces lieux sont par contre bien connus des immigr&#233;s exploit&#233;s dans les champs. Vaste est la g&#233;ographie cach&#233;e de cet esclavage moderne.Et Rosarno est un des trous noirs de cette carte-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; M&#234;me des animaux ne vivraient pas ici. Tu vois les silos l&#224;-bas ? Des gens dorment l&#224;-dedans&lt;/i&gt;, constate am&#232;rement Francis, un Ivoirien bivouaquant avec des dizaines d'autres Subsahariens dans une usine abandonn&#233;e. &lt;i&gt;Il n'y a pas d'eau, pas de lumi&#232;re, pas d'&#233;lectricit&#233;, rien. Le travail commence &#224; 6 heures du matin et je suis pay&#233; quinze euros. &#187;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Il tempo delle arance &#187;, sur la t&#233;l&#233; pirate InsuTV.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, les saisonniers sont soumis au caporalato, un syst&#232;me de recrutement ill&#233;gal.Pions entre les mains des clans, les caporaux, souvent eux-m&#234;mes &#233;trangers, g&#232;rent la main-d'oeuvre en &#233;change d'un bakchich impos&#233; aux&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_383 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L321xH388/lindingre76-46ea5.jpg?1779602895' width='321' height='388' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Lindingre
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;exploitants agricoles. Les conditions de travail ainsi impos&#233;es permettent &#224; peine la survie. Ces ouvriers vivent sans droits, sans S&#233;curit&#233; sociale, sous la menace de la loi &#8211; en Italie, la clandestinit&#233; est depuis peu consid&#233;r&#233;e comme un crime. Le 7 janvier, trois Africains ont &#233;t&#233; tir&#233;s comme des lapins par des inconnus circulant en voiture. Le lendemain, plusieurs centaines d'immigr&#233;s saccagent le centre-ville. Le surlendemain, la chasse au Noir est ouverte : &#224; coups de chevrotine, de pare-choc ou de barre de fer. Rome diligente alors des renforts policiers et d&#233;porte les immigr&#233;s qui ne se sont pas enfuis vers les centres de r&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nos fr&#232;res marchaient le long de la route quand, d'une BMW rouge, sont partis les coups de feu, s'emporte un &#233;meutier devant la cam&#233;ra d'InsuTV. La t&#233;l&#233; nous montre comme des vandales et des cannibales ! Mais elle ne va pas &#224; la racine du probl&#232;me : les gens de Rosarno sont en train de nous tuer ! Les Italiens pensent que nous sommes la cause de la r&#233;volte, mais la cause c'est eux, et vous, les journalistes. Vous ne dites pas la v&#233;rit&#233; ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les lois racistes r&#233;centes, les immigr&#233;s du Mezzogiorno se savent en danger permanent depuis le massacre de Castel Volturno. Dans la nuit de la San Gennaro, le 18 septembre 2008, des sbires d'un clan camorriste de Casal di Principe abattent six jeunes Africains pris au hasard, comme des cibles de foire sur lesquelles tester sa puissance. 125 douilles sont retrouv&#233;es. Le clan voulait terroriser et r&#233;affirmer son contr&#244;le absolu sur le territoire. Mais le lendemain, la rage des immigr&#233;s &#233;clate. Leur manifestation vire &#224; la gu&#233;rilla urbaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si je viens te tuer, ou tuer ton fr&#232;re,tu restes sans rien faire ? Non,tu r&#233;agis ! Si tu veux me tuer, moi je te d&#233;truis la propri&#233;t&#233; ! Dis aux Italiens que c'est pas notre faute, mais celle de leurs fr&#232;res de Rosarno. Ils nous tuent et on doit se d&#233;fendre.[&#8230;] Et s'ils viennent avec des fusils, nous on est l&#224; et quelqu'un survivra pour le raconter. Tu comprends ? &#187;&lt;/i&gt; Derri&#232;re celui qui parle, un graffiti : &lt;i&gt;&#171; Avoid shooting Blacks. We will remember it. &#187;
&#171; C'est pas la premi&#232;re fois, clame un autre.S'ils ha&#239;ssent les Blacks, qu'ils nous laissent quitter la ville ! &#187;&lt;/i&gt; La police les a pris au mot. Mais si ce n'&#233;tait que la fin de saison qu'on r&#233;gule ainsi &#224; coups de flingue ? On tire pour donner cong&#233;, quand le travail vient &#224; manquer. D&#233;j&#224;, en d&#233;cembre 2008, deux Ivoiriens avaient &#233;t&#233; bless&#233;s par balle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 janvier, le journal en ligne UnoNotizie.it soulignait qu'au plus fort des &#233;meutes du vendredi 8, un groupe de manifestants africains encercla la villa d'un &#171; boss &#187; de Rosarno, pointant du doigt le responsable de leur malheur. Roberto Saviano, auteur de &lt;i&gt;Gomorra &#8211; Dans l'empire de la Camorra&lt;/i&gt;, l'affirme : &lt;i&gt;&#171; C'est simple, il s'agit d'une r&#233;volte des Noirs contre la 'Ndrangheta&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mafia calabraise.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. Le clan Pesce,de Rosarno,est si puissant qu'il peut s'acheter tout un quartier de Bruxelles.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 5 mars 2004, plusieurs membres du clan Pesce sont arr&#234;t&#233;s pour avoir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force de la 'Ndrangheta r&#233;side dans sa structure strictement familiale, qui la prot&#232;ge des &#171; repentis &#187;. Un syst&#232;me &#171; liquide &#187;, redoutablement efficace, assimilable par un march&#233; en perp&#233;tuelle recherche du moindre co&#251;t et du profit maximum. &#192; la fois tribale et globale, capable de p&#233;n&#233;trer dans les entrailles de l'&#233;conomie mondiale, elle se pose en avant-garde de l'ultralib&#233;ralisme&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Saviano utilise la m&#233;taphore du scratch pour souligner le fait que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Dans la Calabre d'aujourd'hui, la plupart des activit&#233;s &#233;conomiques sont sous pression, infiltr&#233;es et souvent dirig&#233;es par les clans de cette holding mafieuse (c'est le cas sur le chantier de l'autoroute Salerne-Calabre et sur le port de Gioia Tauro). Les ouvriers subsahariens, pouss&#233;s par le d&#233;sespoir et le refus de l'humiliation, se sont soulev&#233;s contre ce pouvoir-l&#224;. Car encore plus que se battre pour ce qu'il n'a pas, en se r&#233;voltant &lt;i&gt;&#171; l'homme d&#233;fend ce qu'il est &#187;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Albert Camus.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Expression de l'intellectuel calabrais Corrado Alvaro.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Il tempo delle arance &#187;, sur la t&#233;l&#233; pirate &lt;a href=&#034;http://www.insutv.it/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;InsuTV&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mafia calabraise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 5 mars 2004, plusieurs membres du clan Pesce sont arr&#234;t&#233;s pour avoir blanchi quelque 28 millions d'euros du trafic de coca&#239;ne dans des investissements immobiliers &#224; Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Saviano utilise la m&#233;taphore du scratch pour souligner le fait que l'&#233;conomie mafieuse agit comme acc&#233;l&#233;rateur de l'&#233;conomie l&#233;gale. Quand la petite musique du march&#233; est trop lente, la main du DJ imprime un brutal coup d'arr&#234;t au disque, pour ensuite le relancer avec une &#233;nergie renouvel&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Albert Camus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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