La chronique littéraire de Noël Godin.
Quand on trompette : « Un autre présent pour un autre futur », on a naturellement tout dit, que pour avoir une chance de transformer le monde, il faut changer la vie illico. Ce foudroyant appel à la révolution immédiate ayant aimanté mai 68, on le trouve dans L’Argentine des piqueteros, une expérience partageable ? (éditions CNT-RP) de Frank Mintz. Il rappelle avec alacrité que les piqueteros sont des chômeurs actifs, ou des travailleurs précaires, « refusant de s’enfoncer dans la détresse » en lutte (...)
A l’inverse des écrits galvanisants de John Holloway et du Tiqqun, la petite synthèse sur L’Anarchisme du prof de l’EHESS Édouard Jourdain, qui sort en ce début d’année à La Découverte, n’apporte pas grand-chose de vraiment neuf sur le sujet. Ce panorama frugal a pourtant pour lui d’être tout à fait sympa, d’être constamment limpide et d’arriver à bien survoler l’histoire des offensives libertaires en tout domaine. C’est ainsi que Jourdain ne remonte pas seulement au « philosophe-vagabond » Diogène et à La (...)
Dans la ragaillardissante fiction utopiste de Jean-François Aupetitgendre, La Commune libre de Saint-Martin (éditions libertaires), M. Laurent ne « se monte pas le verre en fleurs » en se présentant coluchesquement aux élections municipales. À l’instar du père Peinard, au XIXe siècle, dont il retrouve un manifeste choc, il sait que tous les candidats, « qu’ils soient bourgeois ou ouvriers, socialistes ou réacs, se foutent de nous », qu’il y a lieu d’« envoyer dinguer tous ces chameaux ». Malgré son (...)
Une petite balade digestive dans les livres récents traitant de la réimagination séditieuse du monde. Dans Aux origines du socialisme moderne (L’Atelier, 2010), l’érudit Michel Cordillot, à qui l’on doit La Sociale en Amérique (L’Atelier, 2002), nous apprend que la Première Internationale fut diantrement moins engelso-marxiste qu’on ne le croit. Très « disparate dans ses composants », elle regorgeait de proudhoniens, de fouriéristes, de libertaires, de blanquistes et d’insurgés peu étiquetables, tels les (...)
Ya de quoi pavoiser. Des textes phares, plutôt optimistes, en provenance de nouveaux historiens anglo-saxons de l’offensive anticapitaliste commencent à être accessibles en français. Tel que le Crack Capitalism de John Holloway (éditions Libertalia) dont CQFD a déjà largement parlé, ou la Cartographie de l’anarchisme révolutionnaire de Michael Schmidt (éditions Lux) qui nous permet de réaliser qu’il y a, et qu’il y a eu, beaucoup plus de bastions anars qu’on ne le croit sur la planète. Après avoir bien (...)
Je passe d’une sorte d’utopie-éclair, sous forme d’happening mécréant pro-Pussy Riot dans une église orthodoxe de Toulouse à l’éloge d’une autre espèce d’utopie jubilatoire : la création en Suisse d’une fabrique de livres foutrement dangereux. Les « francs vauriens » (selon l’expression du romancier émeutier belge Georges Eeckhoud) des éditions Entremonde veillent en effet sourcilleusement à ce que chacun de leurs titres soit aussi utile à dégoupiller qu’une grenade incendiaire. Depuis les classiques de (...)
Il est assez étrange que personne n’ait relevé (tout du moins à ma connaissance) que l’inventeur de l’éperonnant concept des zones autonomes temporaires ou TAZ, Hakim Bey, travaillait sacrément du citron. Ses écrits pamphlétaires couillus, godillant souvent en même temps dans l’ésotérisme, la linguistique, l’anthropologie, la gastrosophie, la polémologie, le soufisme et l’anarcho-situationnisme, prennent souvent de drôles de chemins, tour à tour phosphorescents et opaques, éclairants et biscornus. En (...)
Si vous avez envie de vous shooter à l’utopie, quelques conseils de lecture. Orchestré par un ex-PSU chargé de mission auprès du conseil général du Rhône (Pierre Thomé), ce qui nous engagerait plutôt à jeter son livre à la flotte, Créateurs d’utopies (éd. Yves Michel) n’est effectivement pas très poilant. Mais il fourmille d’infos éclairantes. La différence claire et nette comme balayette, par exemple, entre l’autogestion, fondée sur l’initiative populaire autonome, et la démocratie participative, fondée sur (...)
Deux bouquins récents de l’Harmattan s’attaquent à l’utopie. Approchons-nous d’eux à petits pas méfiants car ils sont fristouillés par des grosses têtes universitaires. Le livre Anarchie éclairée du professeur de philosophie du droit Matthias Kaufmann décrit fort lourdinguement « la communauté des hommes libres et égaux » proposée par Aristote dans laquelle quelques privilégiés d’apparence débonnaire gouvernent et se laissent gouverner à tour de rôle en glosant sur l’utile et le juste. Il rappelle quelques (...)
Après la cagade électorale, on veut bien quelques Appels d’air. En voici. Le dossier copieux Pierre Clastres (Sens&Tonka), concocté par le sujet du livre lui-même, avec tout plein de textes rares ou inédits, et par quelques historiens dérangeants, Miguel Abensour, Marc Richir, Anne Kupiec…, souligne à quel point l’anti-ethnologue Clastres a foutu le souk dans l’anthropologie politique. Comment ? En démontrant avec force que « l’absence d’État dans les sociétés dites primitives ne provient pas de (...)
